ERREURS ET FOI DU VISIONNAIRE
cocasserie dans l’indigente réalité d’une post-image; vous identifierez la post-image d’abord méconnue de quelque objet voisin; vous n’aviez pas conscience que de cet objet, parfois très grand et fort peu lumineux, pût naître cette image si petite et si claire; parfois, sachant que votre postimage vient de tel groupe d'objets, vous ne pourrez pas préciser quel est celui qui l’a fournie et à quoi elle doit sa forme; vous découvrirez que de vagues linéaments métesthésiques peuvent accepter l’évocation, le nom et, pour un rêveur, l'apparence d’un objet qui les dépasse infiniment. Un moment réduit à une sorte de paragnosie démentielle et revenu à quelque état « perceptif », ou plutôt « objectif », où l’on oublie, et soi-même, et les exigences de la perception correcte, vous avez cru voir, dans les détails inaperçus d’une post-image méconnue, des objets infiniment variés, vous avez omis de leur demander leur précise identité et leurs détails, vous avez oublié que vous ne voyez pas mais croyez; et l’inconscience de ne pas voir, ici comme ailleurs, vous a tenu lieu de vision.
Naturellement, le visionnaire maintient ses affirmations. Il veut bien que le simple résidu métesthésique, chez le rêveur, toujours un peu dément, et inconscient de sa démence, puisse engendrer la foi en la vue de beaucoup de choses; mais lui, fort de sa connaissance des métesthésies en général et de celle où il vient de voir quelque objet prodigieux, distinctement conscient d’une attitude très convenablement critique, rompu à la distinction des états esthésiques, imaginatifs et noétiques, violemment conscient d’avoir vécu un état inverse de ceux où l’on imagine et identique à ceux où l’on perçoit un être extérieur à nous, il oppose aux subtilités maîtresses de doute la massive certitude de qui voit, veille et sait.
Mais sa perception sans objet a été jusqu'ici précisément encombrée d’objets. Cherchant l’hallucination, et l’hallucination-perception, édifice de sensations sans objets, non image, croyance ou conduite, il a d’abord voulu, jouant à peu de frais la difficulté, la trouver dans les perceptions les plus légitimes, les perspectives ambiguës par exemple, ou la lecture et l’illusion du correcteur.