À, B, ET ACTION
n'importe quoi et n'importe comment. Quelle que soit l'impuissance des outils employés à satisfaire son désir dans la réalité, ils le réalisent en image eidétique ; il compte donc sur son accomplissement dans le réel matériel.
Quant à l’inaptitude à écarter les obstacles, voici comment on pourrait tenter de l’expliquer : si, entre la pomme et l’enfant, on intercale une caisse, la pomme n’en glisse pas moins vers le sujet, et disparaît derrière la caisse ou la contourne. Pour que l’obstacle eidétique s’écarte, il faut que l’attention puisse abandonner un moment la pomme et travailler à déplacer l’image eidétique de l’objet gênant. C’est de cette complication que serait incapable l’attention de l’animal, rivée sur l’objet convoité.
Je ne veux pas explorer plus avant les horizons ouverts à l’école de Marburg par l’image eidétique des petits Allemands; les exemples précédents suffisent à nous imposer l’examen d’un dernier fait, où nous trouverons l’essentiel de l’eidétisme.
Perception et représentation, si profond que soit l’abîme qui les sépare chez l’adulte banal, seraient les produits de dissociation d’une unité primitive, d’un état originel unique qui les portait en puissance, état qui se révèle à nous dans l’image eidétique et dont l’enfant et le « primitif » nous montrent au moins les traces, Certains enfants n'auraient ni images consécutives, ni représentations, ni perceptions classiques, mais seulement des images eidétiques mal dissociées ; et, dans les cas moins purs, l’unité primitive se trahirait à ce fait que les représentations, les images consécutives, les images eidétiques, et même quelques perceptions se comporteraient de façon identique dans les diverses épreuves que nous avons mentionnées. Quand un enfant est encore près de l’unité primitive, ses images consécutives ne grandissent pas assez avec la distance, maïs ses perceptions, loin de décroître quand la distance croît, grandissent plus ou moins; mal évolué est aussi l’enfant dont les représentations, pareilles à des images consécutives, se déplacent et s’inclinent avec les mouvements des yeux et de la tête; se souviennent également de l’état originel les enfants qui copient en miroir,