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318 ÉMOTIONS ONIRIQUES

qu’on aurait eue, à l’état de veille, dans des circonstances analogues à celles du rêve. Mais il en est d’autres où éclate une émotion comme dans la veille, la même ou une autre, peu importe.

Pour ma part, je connais un rêveur qui a commis deux crimes en rêve. Dans le premier, l’émotion à été en effet insignifiante : Deux hommes sont dans la cuisine, et l’un d’eux administre une fessée à la fille du rêveur. Mais il est bientôt puni, car l’autre lui enfonce un grand couteau dans la gorge. Dzing ! Et le sang gicle. — Le rêveur, — une femme, — qui a assisté au drame, n’est pas très rassuré, car il se trouve avoir, par sa fonction, une certaine part de responsabilité. « $’il s’en tire, se dit-elle, il nous en voudra. Je vais toujours le photographier »; et elle opère, pendant que la carotide se vide. — Son mari arrive et, palpant les photos, remarque : « 1l y a de l’æœdème. J'espère bien qu’il ne s’en tirera pas, mais tu as eu tort de les passer à l’hyposulfite; il à arrêté l’hémorragie... ».

Mais voici le ou la même rêveur aux prises avec une émotion onirique. Elle fait une autopsie et travaille à écorcher la jambe droite du sujet. Une artère saigne! Et un jet de sang crible la joue gauche de l’opératrice. Elle ne s’en émeut pas encore et va se laver. Puis, se retournant : « Mais... s’il saigne? Il est vivant! En voilà une histoire! Que faire? » Et une méditation anxieuse commence devant le pseudo-cadavre et le mince jet vermeil. — Le réveil survient ; le sujet ne sait quand, et il remarque la persistance prolongée de l’état affectif subi pendant le rêve, avec ses craintes, son souci, son angoisse, ses troubles respiratoires et cardiaques, ses sensations épigastriques.

Je doute fort qu'un rêveur qui s’est senti en retard en rêve, qui à poursuivi dans un cauchemar un but invisible et toujours fuyant, qui a cent fois refait sans la faire la même tâche, consente à exclure les émotions du rêve, qu’il s'agisse de quelque choc émotif indifférencié, de l’orage viscéral concomitant ou essentiel, ou des émotions personnifiées. —— Descartes {, déjà, ne croyait pas à des émotions qui seraient fausses, à des illusions d'émotions, et on ne voit pas ce qui manque à une émotion rêvée quand elle a sa forme psychique et —— constatés au réveil ou par un témoin extérieur — ses dessous viscéraux. — Je rêve que je rencontre un serpent, et j'ai peur. « Non, me dit-on, puisque vous n’avez pas vu de serpent ». C’est évidemment

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