‹ Études sur l'hallucination: II La cliniqueChapitre 367 sur 422 · MONOLOGUE OBSTINÉMENT NIÉ · texte numérisé non relu

MONOLOGUE OBSTINÉMENT NIÉ

complications de lettres et d’argent. Une nuit, à minuit, couchée avec le soldat, elle entend une voix : « Descends ». Elle se lève. La voix parle toute la nuit, réussit à lui faire faire toutes sortes d’excentricités, et finit par lui ordonner d’aller à la gare du Nord. Elle obéit et l’on monte en auto avec deux agents. La voix dit « plus loin » et on arrive à l’asile. — Elle entre et la voix crie «j'ai peur ». Alors, raconte la malade, J'ai dit « j'ai peur », et tout le monde à eu peur.

« Ce sont des hommes et des femmes qui voient tout ce que je fais avec un gros microscope... Il leur sert pour me parler nuit et jour. Par les oreilles, naturellement... Ils disent tout ce qu’il faut que je fasse. Tout ce que je pense, ils me le disent. Ils n’ont pas à deviner ma pensée, puisque je pense ce qu ils me disent... Fans ça comment pourraïient-ils deviner ma pensée ?.. Ils ne m’ennuient pas. Ça va bien comme ça. Je vais très bien... ».

« Tout ce que je dis en ce moment, ils me disent de le dire ». La malade, en effet, ne quitte pas l’attitude auditive. « Ils me disent tout ce qui se passe ici... Si je vous tourne le dos, je saurai tout ce que vous faites ». Essai. La malade énonce nos actes : « Z7 prend l’encrier. Vous prenez l’encrier. Z{ écrit. Vous écrivez. 1 met son chapeau. Vous mettez votre chapeau ». M'Ee B. Y... s’est régulièrement trompée mais ses erreurs ne la troublent pas : je mens.

« Le médecin croit que tu nes ni homme ni femme. Ils me disent que vous croyez que je ne suis ni homme n1 femme! C’est trop fort! On va bien voir ». Et la malade veut absolument se déshabiller, très décemment. Hier, ils lui ont appris que la surveillante « a des faux nichons en boïs », et il a fallu la maîtriser pour éviter une vérification.

« Chante une chanson ». Et M'e B. Y... se met à chanter. En plein couplet, sans une pause : « Une autre », et, sans pause, une deuxième chanson commence.

Ce n’est pas elle qui à dit « une autre »; ce sont eux, avec leur microscope. Ils l’ont dit de loin, et nous sommes stupides de penser qu’ils l’ont dit par sa bouche. « Comment feraient-1ls pour faire marcher ma gorge? » Elle reconnaît pourtant avoir répété l’ordre qu’ils lui adressaient; mais, le lendemain, elle le nie. Ce sont eux qui ont parlé et non pas elle. « Je me promène avec une épingle dans la bouche, pour bien leur montrer que ce n’est pas moi qui parle ».

Dans ses périodes de calme, elle écoute, émet de sa voix normale les propos des voix, et les répète pour nous. La première fois, c’est l’un d’eux qui parle, ce n’est pas elle, ce n’est pas sa voix. La deuxième fois, c’est bien elle. Tout ce qu’elle dit ou fait, c’est sous leur dictée. Quand elle répond correctement à nos questions, sans leur laisser le temps matériel de dicter, c’est du moins sans abandonner l'attitude auditive.

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