AMPLIFICATEURS » DU MONOLOGUE
mâchoire. C’est M'e F... qui était sur moi. Il n’y a pas d'erreur possible... Je sens très bien quand c’est L... qui est dans mes mains. Mes mains font les mêmes mouvements que les siennes... C’est comme pour la respiration. Tous les matins je fais des exercices respiratoires, le torse nu, dans la cour. Sans ça tous me feraient des prises thoraciques. Comme ça, c’est moi qui les leur fait. Je leur envoie tout ce que je veux... Quand j'allais avec ma femme, je sentais très bien que ce n’était pas moi, mais une autre personne qui pense à moi... Ce n’est pas que l’autre personne prenne la place de mon corps. C’est ce que j'appelle l’osmose ». Grâce à « l’osmose » il peut ainsi sentir et percevoir à une distance illimitée l’action d'Anna Duval et autres. Il la sent d’ailleurs partout, mais plus particulièrement dans la gorge et dans le nez. « En ce moment, M" Z... se touche le nez. Il passe dans mes narines. Ce n’est pas que je le sente, mais il vient sûrement de se tirer un poil du nez ».
Le larynx du malade reçoit ainsi les paroles à lui adressées, et, s’1l les articule à voix suffisamment haute, il les entend.
Qu’arrive-t-il s’il ne les articule — c’est l’ordinaire — que virtuellement? Alors apparaît le deuxième intermédiaire entre la voix du dehors et M7 E. U... Quand Anna Duval ou une autre parle, sa voix n’agit pas seulement sur le larynx de Mr E. U.. Elle actionne « un amplificateur ». C’était tout à l’heure le ronflement de H.., c’est maintenant autre chose, n’importe quoi, n'importe quel bruit extérieur.
Il vient d’entendre « je suis ta pensée » prononcé par sa bellesœur, dans le tic tac de la pendule. La pendule, il est le premier à me le dire, n’est capable que d’une chose : « tic tac », avec un timbre et un rythme particuliers; et, ce tic tac, il l’entend tel qu’il est. Mais, en même temps, son larynx reçoit, et émet, à l’état naissant : « je suis ta pensée, je-suis-ta-pen-sée ». Le tic tac l’amplifie, et il l’entend.
Quand A. D... et les autres parlent beaucoup, et tous à la fois, il n’y à pas assez de bruits extérieurs pour recevoir et transmettre tout cela, pas assez d’amplificateurs pour que ses paroles naissantes puissent s’y poser et sy épanouir. La pendule, la montre, les roulements de voiture, le feu, les pas, les aboiements, les miaulements, les cris humains, les coups de fouet, les bruits viscéraux, tout parle et chante.
Certains, capables de dissocier le bruit « réel » de Pimpulsion motrice verbale qu’ils posent et perçoivent en lui, ne se servent que d’une espèce de bruits : les acouphènes. M° F. T..., qui associe tres étroitement les mots qu'il imagine ou articule avec toutes les sensations qui lui viennent de sa persécutrice, brûlures, froid, odeurs, érections, n’entend ses impulsions verbales que dans les bruits sub-