MONOLOGUE ET FONCTION PROJECTIVE
d’être les auteurs automatiques. Et, partis de l’hallucination auditive verbale pure, isolée, vraie, nous avons fini par des malades à qui tous les bruits parlent, et par des malades à qui toute sensation est parole, M' E. U... 5 entend des injures dans tous les bruits; M°° Q... 16 et M W..r7 reçoivent des paroles, des paroles orales, dans la main, sur toute la peau, dans le vagin, dans la bouche, sous forme de poisons subtils.
Cette projection de la parole intérieure, et cette réception de la parole sentie exogène est plus ou moins réussie. D’emblée et toujours la parole est extérieure au moi; mais elle a bien des façons de se détacher de tout le sujet, et elle s’en détache plus ou moins : La voix étrangère est dans la gorge du malade, et c’est l'impulsion verbale avec ses degrés : « Il me fait parler », « Il parle par ma bouche », « Il me parle par ma bouche », « Il parle dans ma bouche », « Il est dans ma bouche, 1l m’empêche de parler et il me parle ».« Il», c’est n'importe qui, Dieu par exemple. Mais ce n’est là qu’un commencement de projection; l’aptitude projective progresse, et, sans que l’observateur cesse, bien entendu, de déceler l’endophasie et le monologue, le malade en refoule la perception hors de son appareil phonatoire, le parleur est dans son épigastre, dans son abdomen. « Il » ou « On » va être enfin totalement expulsé. Le sujet parle toujours, mais, écoutant cette voix décidément étrangère, il découvre qu’elle vient du dehors et qu’elle lui parvient par un organe sensoriel. Lequel ?
N'importe lequel. C’est généralement l'oreille, et nous avons vu les jeux subtils que font les malades avec leurs impulsions verbales, leurs « Voix », le silence, les bruits, les bruits subjectifs. M' E. U... a conscience de son monologue, il perçoit comme ils doivent l’être Les bruits extérieurs, et pourtant ceux-ci lui disent ses propres impulsions verbales. M° F. T..… n’entend que Cr, Cr, Cr, et c’est là que sa persécutrice insère ses insultes orales, M' A. Z..., M" Z... reconnaissent leur monologue, mais écoutent intensément et prétendent, dans leur acouphrénie, entendre une voix étrangère, une voix dont je n’ai pu savoir si ce n’était