‹ Études sur l'hallucination: II La cliniqueChapitre 391 sur 422 · AVANT LES VISIONS · texte numérisé non relu

AVANT LES VISIONS

Amélie, fille simple, de dix-huit ans, élevée dans un milieu de piété raisonnable et de travail, s’est de très bonne heure donnée à Dieu. Convenablement dirigée, elle n’a rien fait ou senti d’extraordinaire à sa première communion, à sa puberté, lorsqu'elle àa voulu réaliser son perpétuel désir d’entrer en religion. Son modèle était sainte Thérèse, sainte Thérèse de l'Enfant Jésus, la petite sainte Thérèse, sans extases, sans visions. Pas d’excès d’austérités, pas de prières littéraires, pas d'exercices subtils; de la méditation, de l’oraison discursive, de l’activité, une bonne vie intérieure.

Il y à quelques mois, commença une période de désordre. Amélie est d’abord, ce qui est fort bien, agréée dans un couvent de religieuses cloîtrées, très actives cependant puisqu'elles dressent des « repenties ». Mais sa mère est gravement malade, et la jeune fille se sacrifñe. Elle fait beaucoup plus; sur les instances des siens, elle accepte de « s’établir », avec un homme beaucoup plus âgé qu’elle. Il y à un obstacle : les vœux qu’elle à faits. On l’en relève. La voilà « promise ». J'ai vu les lettres du promis, très empressées, très pressantes, mais très convenables.

Voici ce qu’elle pense, longtemps après, de ce chapitre : « … J'étais découragée... J’ai accepté de voir ce jeune homme... Je ne le connaissais pas du tout... Le mariage ne me disait rien. Je le lui ai dit... J'avais fait des vœux de chasteté, à dix ans, puis à seize ans. Un prêtre s’est occupé de m’en faire relever par Monseigneur. M. le Recteur blâmait mes parents. Il voulait savoir à fond si on me faisait souffrir à cause de ma vocation. Je fus gentille avec lui, je fus le consulter... Je lui ai écrit que je ferais toujours mon devoir, que je sois mariée ou non... On m’a fait dire que je ne voulais pas avoir d'enfants. Il me fit appeler au presbytère. J’y fus généreusement... Il faisait peut-être ça pour ma vocation... Il était très zélé avec moi, très bon, mais je trouve qu’il manquait de prudence quand il blâmait mes parents... « Le curé combattait donc le mariage. Et une voisine dit un jour : « Tu épouses R... Tu n’auras toujours que mes restes, sacrée vilaine petite bonne sœur défroquée ». Cet incident et d’autres la rendent « nerveuse », et son père à quelques difficultés avec elle, pour la première fois : « Elle ne voulait plus faire qu’à sa tête et j'ai été obligé de la corriger ». Elle décide alors de «se placer », et aurait été très appréciée de ses patrons. Après quelques mois, elle tombe malade : vives douleurs abdominales, sans fièvre, qui font penser à des coliques hépatiques. On conseille une opération (la mère a été opérée pour ulcère de l'estomac) mais les parents préfèrent l'homéopathie. Elle guérit, instantanément, après un chapelet. Elle mange, passe une bonne nuit, et, le lendemain, se remet au travail. Plus de trois mois plus tard, depuis longtemps sortie de sa crise mystique, la paix retrouvée, elle croira toujours à une guérison miraculeuse.

Page 1