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OPSIPHONIES ET VISIONS TOXIQUES

parfois ironique, des visions toxiques où même mystiques. Tout à fait étrangères aux probabilités visuelles que nous pourrions imaginer devant un chant, elles n’en paraissent pas moins intimement et naturellement unies à la musique, parfaitement d'accord avec elle, de façon indicible et impensable, mais évidente.

À la fois surprenantes et nécessaires comme le paraissent les visions toxiques, les synopsies se rapprochent aussi des visions peyotliques, fébriles et autres, par les apparences de richesse et de beauté de leurs couleurs et de leurs formes. — Elles s’en séparent pourtant, dans les cas les mieux étudiés, par des différences qu’un familier des hallucinés trouvera profondes.

On sait que les visions toxiques sont avant tout de luxueux dessins ou des objets connus. Les dessins sont de magnifiques broderies, et les objets, exacts, grimaçants ou idéalisés, vont d’un ustensile quelconque à la scène la plus mouvementée.

Les visions synopsiques des normaux n'’offrent guère ces entrelacs, ces décors géométriques, ces stylisations, non plus que ces caricatures ou ces délicieux visages. Il n’y a rien de commun entre les diagrammes des correspondants de Claparède et les visions toxiques. Les féeries, colorées, ou noir et blanc, des observateurs d’Anschütz, aussi riches, aussi pures que les plus opulentes visions peyotliques n’étalent pas leurs précieux filigranes, leurs vivantes géométries florales, leurs miraculeux oiseaux, leurs démons et leurs vierges. —— Les points lumineux, les cercles, les commencements de spirales, les accolades, les droites et les innombrables couleurs des synopsies, avec leurs jaune- Lilas, bleu-jaune, vert-rouge, si riche et si complexe que soit le tableau obtenu, ne constituent ni une géométrie, ni des objets ou dessins empruntés aux trois règnes, ou, par quelque détour que ce soit, à la littérature ou à l’art. — Quand un sujet qui entend une musique et contemple ses photopsies parle de nuages, de pierres précieuses, de fleurs et d’architectures, il sait et il dit que ce sont là des approximations lointaines, la traduction, exécrable ou parfaitement mauvaise, de l’indicible. — Les fleurs et les palais des visions peyotliques sont très exactement et

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supérieurement telles fleurs et tels palais. Les êtres des synopsies ne sont ni des fleurs, ni des fleurs stylisées, ni des fleurs éminentes, mais des dessins originaux que le langage trahit tout à fait et que le pastel trahit encore terriblement, moins par ses poussiéreuses vapeurs que par ses oublis, ses impuissances et ses fausses aptitudes à traduire les transparences nocturnes des rêves. —— Déjà indicible par excès de richesse, le tableau synopsique l’est surtout, avant tout et essentiellement, parce qu’il a une forme, une personnalité qualitativement distincte de tout ce qu'ont appris nos yeux. Sans doute, qu’elle fasse une perception avec objet ou une hallucination, une hallucination peyotlique ou une hallucination phonogène, notre vue voit toujours du vert, du rouge, des droites, des courbes, de la lumière, de l’ombre, du modelé; mais ici, excitée par un son, elle construit des objets qu'ignorent la veille et le sommeil,

Chacun le sait, un filet nerveux du petit doigt, excité à son extrémité périphérique ou en un point quelconque de son trajet, — bras-moelle-couche optique-écorce, — ne sait faire qu’une chose et la fait toujours : une sensation de fourmillement du petit doigt. Et que ce dernier soit présent où amputé, peu importe. — Nous croyons également savoir que des excitations inadéquates, même très complexes, des voies sensitives, de la peau à la pariétale ascendante, sont incapables de construire une perception tactile et motrice, à la fois complexe, correcte et sans objet, de la main, du petit doigt ou de la palpation d’un objet 2. __ Ki de telles hallucinations sont cependant affirmées par des malades, il s’agit vraisemblablement de la substitution des noms et des images d'objets familiers à des perceptions originales, spécifiquement distinctes de toutes les formes extérieures connues et nommées,

Les synopsies viennent de nous montrer quelque chose d’analogue. Les synopsies simples n’ont, peut-être un peu enrichies (le jaune-bleu), que les couleurs et les formes élémentaires de notre seule expérience possible. Les synopsies complexes, quand elles sont esthésiques, cons-

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