PÂQUES. 1571. LA TRINITÉ
charge de prieure de l’Incarnation d’Avila ; ordre terrible, puisque Thérèse a déserté le couvent de sa jeunesse pour en combattre la règle, lui enlever des religieuses et dresser l’armée des Carmes déchaussés contre les mitigés. Le soir de Pâques, une compagne chante le « Fais-moi bientôt mourir » ; Thérèse s’affaisse dans une extase de douleur, et son tourment dure jusqu’au matin. Elle a alors un ravissement sans image, N.-S. la donne au Père, le Père l'approche de Lui et la tient ainsi un certain temps. Il dit des paroles qu’elle a oubliées. La journée ainsi commencée sera toute en consolations. N.-S. répond à une de ses tristes pensées de la veille sur l’insupportable absence du Père Gratien : les mortels aiment trouver avec qui parler de leurs joies sensibles ; ainsi l’âme, quand quelqu'un la comprend, désire lui dire ses pensées. N.-$. ne la quitte pas; il lui expose que si les visions imaginatives sont courtes, les visions intellectuelles peuvent être longues et qu’elle ne doit pas y chercher de règles certaines, Après la communion, Il s’assied près d’elle, lui prend les mains, les porte à son côté. Il lui apprend qu’Il n’est plus descendu sur la terre depuis son ascension.
Que de choses dans ce Dimanche de Pâques ! Une extase de douleur, un exposé sur la psychologie des visions, la justification de l’affection pour les amis, des heures d’entretien avec N.-$., le contact « intellectuel » de ses plaies, la nouvelle qu’Il ne descend jamais se montrer, pas même maintenant, un contact avec le Père, l’oubli de Ses paroles 5%.
La Trinité se montre le 29 maï. Elle priait, distraite, et se plaignait à N.-$. de sa distraction. « Mon âme commença à s’embraser, car je connaissais clairement, ce me semble, que la Sainte Trinité m'était présente par vision intellectuelle. Par une sorte de représentation qui était comme une figure de la vérité et la rendait accessible à ma grossière intelligence, mon âme comprit comment un seul Dieu est en trois personnes. Il me sembla que ces Personnes, que je voyais distinctement en mon âme, me disaient que par une faveur de chacune je constaterais én moi des progrès sur