TU ES MON ÉPOUSE
La veille, elle regardait un morceau de pain sans avoir la force de le manger. N.-S. le prit, le lui porta à la bouche, et dit : « Mange, ma fille... J'ai de la peine de te voir souffrir. C’est ce qui te convient maintenant ».
Un jour, il passe une heure et demie près d’elle et elle rapporte quelques-unes de ses paroles, une page entière le mérite ne consiste pas à jouir mais à souffrir, travailler, aimer. Saint Paul n'a goûté qu’une fois les joies célestes et a eu très souvent à souffrir. Vois ma vie, pleine de souffrances. « Quand tu vois ma Mère me tenant dans ses bras, ne pense pas que ses joies fussent sans tourments ; dès qu’elle eut entendu les paroles de Siméon, mon Père l’éclaira sur ce que j'aurais à souffrir. Crois-moti, ma fille, ceux-là reçoivent de mon Père de plus grandes souffrances qui sont le plus aimés de lui; et ces souffrances sont la mesure de son amour. Vois ces plaies... C’est le chemin de la vérité... » 64,
C’est pendant le priorat, après la conquête des mitigés et avant la reprise des fondations, que se place la cérémonie du Mariage spirituel. Un jour, au milieu de novembre 1572, Jean de la Croix l’ayant mortifiée en lui tendant une hostie divisée, elle entend : Ve crains pas que rien puisse te séparer de moi. & Il m’apparut alors par vision imaginaire au plus intime de mon âme et, me donnant sa main droite : Regarde ce clou; c’est la marque que dès ce jour tu seras mon épouse; jusqu'ici tu ne l'avais pas mérité. Désormais tu auras soin de mon honneur, non seulement parce que je suis ton Créateur, ton Roi et ton Dieu, mais parce que tu es ma véritable épouse. Mon honneur est le tien, et ton honneur est le mien » $. C’est le Mariage spirituel, la VII° Demeure du Château de l’âme (1577), l’état décrit dans la relation de 1581, le détachement des biens et des maux, la soumission parfaite à Sa volonté, l’atténuation des désirs de mort, de souffrance, de pénitences, d’extases, de présences divines, l’exercice de plus en plus parfait des fonctions naturelles, la vision intellectuelle à peu près permanente de la Trinité, la disparition des visions imaginatives, la rareté des extases.