VIII
Les deux partis avaient fait des pertes considérables, et probablement celles (les Romains étaient supérieures a celles des alliés, car les premiers combattaient dans un pays ennemi, ou, après une défaite, leurs traînards n'avaient plus de refuge La désertion d'une partie de leurs auxiliaires avait encore contribue à diminuer leurs forces, au point que le besoin d'hommes avait contraint de former douze cohorlcs d'affranchis (4). Touti'fois, ils étaient parvenus à circonscrire à peu près le foyer de 1 insurrection, et à comprimer les mouvements isoles qui s étaient manifestés dans d'autres provinces. Bien qu'ils eussent reçu des rois amis et des provinces sujettes, des subsides et des troupes auxiliaires, ils ne pouvaient se dissimuler que leur autorité était fortement ébranlée, et déjà les proconsuls ne trou-
' il
(0 App., Ctv., 1,47.
gj cTiK.""- o'o;?V. ,8.-App., a... M0.-O„.U dans rEpÛotne: .A. Plotius legatus Umbros , Lucius Forces pmtor mTSOi.quumuterquepopulus defecissH, prœhov,cerant. .. Il n est pas domcx qu'a,, lieu de Marsos on ne doive lire Eiruscoi, car ce mot iefecisset iie peut s'appliquer qu'aux Eliusques.
(4) Cfr. App., Civ., 1, 49. — i"P'<-, ^*■
ESSAI
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■\ aient plus chez leurs sujets cette obéissance empressée à laquelle ils étaient habitués avant l'explosion de la guerre sociale. Une grande fermentation régnait dans la Gaule cisalpine. Au delà des Alpes, les Salyens avaient repris les armes (1); en Asie, Fambition de Mithi idate préparait une guerre redoutable. Il était manifeste que le prestige de la grandeur romaine commençait à s'obscurcir, et que la prolongation de la lutte qui déchirait Tltalie pouvait amener la ruine totale de la république.
Dans ces circonstances, le sénat accueillit, sinon avec empressement, du moins avec résignation, les ouvertures de L. Caesar, qui proposait d'accorder le droit de cité romaine à tous les alliés italiotes qui n'avaient point pris les armes contre la république. Pour les cités fidèles , c'était une récompense méritée et nécessaire; quant aux peuples qui restaient spectateurs indécis de la lutte, on espérait les désintéresser complètement ; enfin, on se flattait que les insurges, dans l'espoir d'obtenir les mêmes avantages par leur soumission, cesseraient une guerre dont ils souffraient à l'égal des Romains.
Les derniers succès obtenus par Sylla, par L. Cœsar , par Cn. Pompée, ôtaient à celte concession le caractère de nécessité qui coûtait à l'orgueil national. -Vainqueur, le peuple romain, après avoir repris la toge, accueillait les réclamations des alliés; il faisait acte de justice, non de faiblesse. Déjà cette grande mesure avait été précédée par la naturalisation partielle de plusieurs chefs italiens qui avaient usé de leur influence pour maintenir leurs compatriotes dans le devoir, ou qui avaient pris les armes pour défendre la république (2). Quelques-uns, honorés presque aussitôt de charges publiques, allaient servir de preuves vivantes de la bonne foi romaine (3),
Toutefois, l'émancipation décrétée solennellement sur la proposition de L. Cœsar cachait mal une jalousie inquiète contre les nouveaux citoyens. Au lieu de les répai'tir dans les anciennes tribus, on en forma un petit nombre de tribus uou-
(1) Epit., 73.
(2) Vell., II, 16,4.
(3) ld,,ibid.
veilcs, qui, ne prenant leur rang dans les comices qu'après les premières, n'auraient jamais pu exercer une grande influence sur les délibérations politiques (1). On sait que l'usage était d'arrêter les opérations du scrutin aussitôt que la majorité s'était prononcée ; il en résultait que les tribus italiotes devaient être fort rarement appelées à donner leur suffrage, et que, dans tous les cas, elles restaient dans une infériorité complète vis-à-vis des Romains de naissance.
Malgré cette restriction, la loi Julia, ainsi nommée d'après son auteur, suffit cependant à contenter tous les alliés demeurés fidèles. Bien plus, elle fut accueillie avec enthousiasme par plusieurs provinces, et surtout par l'Étrurie (2) . D'un état de servage, les paysans étrusques passaient tout d'un coup à la condition de citoyens romains, ils devenaient les égaux de leurs Lucumons. C'était plus qu'ils n'eussent osé attendre du triomphe des confédérés.
La loi Julia eut encore pour effet de refroidir singulièrement l'ar 'eur des Marses et de leurs voisins. A l'exception de leurs chefs, trop compromis pour espérer une réconciliation sincère
(1) Suivant Velléius Paterculus, les Italiens auraient élé inscrits dans huit des trente-cinq anciennes tribus. « Ilaque quum ita civitas Ilaliœ data esset, ut in octo tribus contnhuerentur novi cives (voir dans Forcellini le mot contrihuo], Cinna in omnibus tribubus eos se dislribulurum pollicitus est. » (Vell., II, 120.) - J'ai préféré la version d'Appien, d'aboid parce que les détails dans lesquels il entre prouvent qu'il avait étudié la question ; puis, il est évident que le sénat ne voulut accorder aux alliés que le moins possible ; or, si les Italiotes avaient été inscrits dans huit tribus anciennes, où nécessairement ils auraient eu toujours la majorité, ils auraient pu être appelés quelquefois à donner le suffrage prérogatif; et l'importance superstitieuse que les Romains attachaient à ce vole me fait supposer qu^ils avaient pris des mesures pour se le conserver. Sur la création de tribus nouvelles, Appien ne laisse pas de doutes : ÂXXà JejcaTeûovxe; duécpipvav érép a;, èv aiç êxeipcTo'v&uv iaxa.xci,
;2)'app., Civ.y I, 49. — Quelques villes grecques, notamment Héraclée et Néapolis, paraissent avoir refusé le bénéBce de la loi Julia (Cic Pro Bal., 8). Dans ce parti, la crainte des Samnites eut sans doute autant et plus d'influence que rattachement à leurs anciennes insliluiioDS.
avec Rome, ils ne montrèrent plus ni la même animosité ni la même vigueur. Mais les Samnites et les Lucaniens, qui combattaient plutôt pour satisfaire une haine nationale que pour conquérir une association avec des ennemis abhorrés, conservèrent leur énergie et leur acharnement.
A rapproche des élections, les généraux de la république se rendirent à Rome, pour la plupart, afin d'assister aux comices et d'y réclamer le prix de leurs exploits. L. Sylla obtint la préture et le commandement de l'armée destinée à faire la guerre aux Samnites. Cn. Pompée et L. Porcins Caton, nommés consuls, eurent pour mission, le premier de réduire les Picentes et d'observer rOmbrie et l'Étrurie (i); le second, ayant pris le commandement de Tarmée de Marins, dut attaquer les Marses et les autres peuples dépendant de leur confédération.
Les alliés avaient formé le plan d'une puissante diversion en Étrurie. Trompés sur les dispositions de cette province, ils se flattaient de l'insurger facilement et d'enfermer ainsi Rome dans un cercle d'ennemis. Dans cette intention, ils détachèrent quinze mille hommes de leurs meilleures troupes, qui, sous la conduite de Vetlius, se dirigèrent sur TÉtrurie par un long circuit au travers des montagnes. Partant, suivant toute apparence, des bords du lac Fucin, cette expédition longea les Apennins, traversa la Sabine, et dut déboucher en Ombrie du côté de Spolète, pour de là gagner Clusium, alors la ville la plus importante de rÉtrurie. On ignore jusqu'où pénétra cette armée (2). Outre les
(1) Suivant Appien (Ctv., I, 48), L. Caesar aurait dirigé, en qualité de proconsul et en conservant l'imperium, une partie de l'armée du Nord détachée contre Asculum. Ce fait, contredit par Orose et par l'Epitome, paraît peu vraisemblable. En effet, pourquoi aurait-on Ole à César le commandement de l'armée du Midi après qu'il venait de battre les Samnites? Pourquoi l'aurait-on donné pour collègue à Cn. Pompée, qui n'avait pas été moins heureux contre les Picentes? Tout se concilie par la correction généralement admise dans le texte d'Appien, à savoir, que la ville près de laquelle L. Caesar mourut de maladie, n'est point Asculum, mais Acerrae, ou toute autre ville de la Campanie. ,^ ,
(2) L'expression d'Appien est fort obscure : k tt.v Tufpr.viav
■7;£5l£7;5U.WCV (Civ., I, 60).
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difficultés que la nature du pays et que la saison avancée (l) opposaient à sa marche, elle eut bientôt sur les bras les troupciS de Cn. Pompée. D'ailleurs, au heu de l'enthousiasme qu'il croyait exciter par sa venue, Scaton ne trouva chez le? Ombriens et les Étrusques qu'apathie et répugnance. Alors, renonçant à s'aventurer au milieu d'une population indiCTérente, sinon hostile, il dut chercher à se replier sur le Picénum pour y faire sa jonction avec d'autres chefs des confédérés qui tenaient encore la campagne. Cette manœuvre réussit, et nous le trouvons bientôt non loin d'Asculum, en présence de l'armée romaine. Sans doute elle lui fermait le chemin de cette ville (2) ; mais dans ses marches et contre-marches, il avait rallié plusieurs divisions italiotes et se trouvait à la tête de soixante-dix mille hommes. Pompée lui en opposait soixante-quinze mille, si toutefois ces nombres nous sont parvenus sans exagération (3). Avant d'en venir aux mains, les deux généraux, retranches dans leurs camps, suivant l'usage romain, s'observèrent quelque temps, hésitant l'un et l'autre à engager une lutte décisive, dont chacun sentait parfaitement les conséquences. Pompée essaya de parlementer ; il offrit vraisemblablement les conditions acceptées déjà par une partie des cités italiotes ; mais Scaton, qui avait souvent battu les Romains, voulait une émancipation plus complète que la loi Julia. Les conférences se prolongèrent, chacun, sans doute, devant en référer à son sénat. Avant la guerre, Scaton avait eu des liaisons d'hospitalité avec Sex. Pompée, frère du consul, personnage grave et respecté de tous les partis. Dans l'espoir que son influence pourrait rendre le Marse moins exigeant, le consul manda son frère de Rome, pour l'aboucher avec le général ennemi. Cicéron, qui faisait alors ses premières armes, fut présent à cette entrevue, et nous en a
(1) C'était au commencement de l'hiver. Fin de l'an 90, on commencement de l'an 89 avant Jésus-Christ. Commencement de l'année consulaire 665.
(2) Cela est évident par les suites de la bataille qui eut lieu. Les alliés furent rejetés sur les Apennins, au lieu d'ôire enfermés dans Asculum.
(3) Vell. Pat., II, 21. — Le passac^e est suspect d'inlerpoialion.
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conservé quelques détails pleins d'intérêt (1). Elle eut lieu entre les deux camps. Scaton salua Sex. Pompée. « Quel nom te donnerai-je? dit celui-ci. — Appelle-moi ton hôte, répondit le Marse. Je le suis de cœur; par nécessité ton ennemi. » De part et d'autre on se donna des preuves de confiance et d'estime; mais aucun ne voulant céder de ses prétentions , tout accommodement devint impossible. Il fallut combattre, et la victoire se déclara pour les Romains. L'armée des alliés perdit ses plus braves soldats (2) ; et le reste, dans le plus grand désordre, fut
(1) Quo quidem memini Sex. Pompeium fratrem consulis ad colloquiiim Roma venire, doclum virum atque sapientem. Qiiem Scato quum saluiassel : « Quem te appellem? inquit. » At ille :« Yolunlale hospilem, nucessilaie hoslem. » Erat in illo colloquio a'quilas, nullus timor, nulla snberat suspicio, médiocre eliam oduim ; tiou enim, ut eriperent nobis socii civilalem, sed ut in eam recipereniur. pelebant (Cic.,P/ii/., XII, 11).
(2) Oro-^e V, 18) compte dix-huit mille morts et quatre mille prisonniers; Appien {Civ., I, 50), cinq mille morts seulement. Ils sac cordent d'ailleurs sur les circoiislances de la relraite qui suivit la Dataille. Si l'on admet les chiffres de Yelléius Paterculus, la perte des confédérés, telle qu'elle est rapportée par Orose, ne paraîtra pas hors de proportion avec le nombre des combatiants; mais je soupçonne qu'Orose confond les deux batailles gagnées par Cn. Pompée, une près de Firmum, lorsqu'il était préleur, l'autre près d Asculum, lorsqu'il était coiisul. On peut le supposer, en remarquant que parmi les morts il cite un Francus, général des Marses. A mon avis, il n est point douteux que ce nom ne soit falsifié par un copiste, au heu de celui d'AtVauius ou de Lafrénius, qui, comme nous l'avons vu plus haut, commandait les alliés devant Firmum. L'imporiance de cette bataille de Firmum est attestée à la fois par l'Kpitome et par Orose, d'accord sur ce fait, qu'à la nouvelle de la victoire, le sénat reprit es laliclaves et les autres insignes qu'on quittait dans les temps cala-
'°"on"pourrait peut-être concilier les chiffres d'Appien et ceux d'Orose, en supposant que le premier ne compte la perle des aliies que dans la bataille près d'Asculum, et que l'autre y ajoute celle qu ds firent dan'
leur retraite. , , 4 .„
Quant au lieu où se livra la bataille, je ne puis proposer que des conjectures tort incertaines. Pour passer de l'Ombrie dans le Picenum, la route naturelle de Veitius Scaton me parait être de remonter la vallée du Nar, d'entrer dans la Sabine, et laissant Nurcia sur la gauche, de se diriger sur Asculum par la vallée du Tronto. Ce serait donc au
refoulé sur les montagnes. Alors commença pour ces troupes, déjà démoralisées, une retraite désastreuse. L'hiver régnait dans toute sa rigueur. Sans cesse harcelés par les vainqueurs, les Italiotes étaient obligés de suivre au milieu des neiges les crêtes des montagnes. La faim, le froid, la misère, les décimaient chaque jour. Les Romains rencontraient des cohortes entières arrêtées, immobiles sur la neige, et qui semblaient faire halte. En s'approchant, ils trouvaient les soldats couchés, ou appuyés sur leurs armes, les yeux ouverts, mais ne voyant rien. Ces malheureux étaient morts gelés (1). Bien peu parvirtrent, après mille dangers, à revoir leur patrie, et ce fut pour y porter le deuil et le découragement.
Vettins Scaton périt dans cette funeste expédition ; on ne sait si ce fut dans la bataille ou dans la retraite ; mais les circonstances de sa mort recueillies par Sénèque, méritent d'être con« servées à l'histoire. Fait prisonnier par quelques soldats, on le conduisait au consul; un de ses esclaves, auquel personne ne faisait attention, marchait à ses côtés; tout d'un coup cet homme arrachant une épée à un soldat de l'escorte, en frappa Scaton et le tua sur la place. « J'ai affranchi mon maître ! s'écria-t-il avec un cri de triomphe; à mon tour, maintenant! » et il se passa répcc au travers du corps (2).
La victoire de Pompée, et ses suites plus désastreuses encore pour les alliés, lui permirent de porter la plus grande partie de ses forces contre les peuples qui habitaient îe littoral de TAdriatique et les versants orientaux des Apennins. Leurs contingents étaient détruits, ou bien, réunis à l'armée de Pompœdius Silon, ils faisaient tête au consul Porcins. Us n'avaient de secours à attendre ni des Marses, aux prises avec ce dernier, ni des Saranites, vivement pressés par Sylla. Contre une armée nombreuse, exaltée par les succès, ils ne pouvaient opposer une longue résistance.
Une anecdote intéressante, que nous a conservée Valère Ma-
débouché de celte dernière vallée que Pompée l'aurait battu et rejeté dans l'Apennin.
(1) Oros., V, 18.
(2) Senec, de Ben., III, 23.
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xime. peut donner une idée des moyens employés par les généraux romains pour obtenir la soumission des villes alliées, Pinna, colonie romaine, dans le pays des Vestins, mais prise au commencement de la guerre, était maintenant assiégée par les troupes de Cn. Pompée. Dans la place se trouvait un jeune homme, surnommé Pulton (1), renommé pour sa br-^youre et saiorce prodigieuse; son vieux père était prisonnier des Romains. Des soldats amènent le vieillard chargé de chaînes, devant une barrière dont Pnlton avait la garde, et le chef des assiégeants, peut-être Pompée lui-même (2), appelant le jeune officier par son nom, lui annonce que s'il ne livre son poste, il va faire trancher la tête au prisonnier. Déjà les Romains avaient tiré le glaive, ils allaient frapper. La barrière s'ouvre, mais non pour les recevoir. Pulton sort. Seul il s'élance sur le groupe de bourreaux. En un clin d'oeil il les abat ou les disperse. Le vieillard est libre, et son fils, plus heureux que lui, le ramène triomphant dans la place.
Ces traits isolés d'héroïsme ne pouvaient sauver les Italiotes. Il fallut céder au nombre. Les Vestins se soumirent les premiers (3). Les Marrucins et les Péligniens se défendirent quelque temps encore dans leurs montagnes (4) ; mais Pompée soumit tout le littoral de l'Adriatique, et deux de ses lieutenants pénétrèrent dans TApulie (5), diversion qui favorisait puissamment les entreprises de Sylla contre les Samnites.
A l'approche des légions romaines, la diète de Corfinium avait quitté précipitamment cette ville pour chercher un refuge dans les murs de Bovianum (6), sous la protection des montagnes samnites. Nous la verrons bientôt encore obligée de choisir une retraite plus sûre. Laissant à ses légats le soin d'à-
(1) Le mangeur de bouillie ou de purée. C'est encore un sobriquet ridicule donné probablement à un homme très-robuste et de bou appétit comme un athlète.
(2) Romaniis Imperator (Val. Max., V, 4, 7, ext.).
(3) Liv., Epit., 75.
(4) lis ne firent leur soumission que l'année suivante [EpiL^ 76). (6) Epit., 75. — Diod., XXXVil, 538 et suiv. — App., Civ., I, 51. (6) Aujourd'hui Bojano(App., Civ., I, 51).
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chever la conquête des provinces de la confédération marse. Pompée dirigea tous ses eff'orts contre Asculum.
Avant la défaite de Vettius Scaton, la fortune avait reparu pour un instant sous les drapeaux de Pompœdius. Sans attendre la fin de l'hiver (4), le consul Porcins Caton était allé le chercher dans son pays, et l'avait battu dans quelques affaires d'avantgarde. Ces succès insignifiants lui inspirèrent un orgueil iramodéré qui lui devint fatal (2). Il avait pris le commandement de l'armée de Marins, et raillant la prudence de son prédéces' seur, il s'était vanté d'apprendre à vaincre aux soldats dont celui-ci n'avait pas su mettre à profit la bravoure. Dans son armée servait le fils de Marins, qui recueillit ses paroles outrageantes, et s'en souvint au moment où il semblait que le consul allait réaliser ses orgueilleuses promesses. Porcius avait attaqué le camp des Maises, retranchés auprès du lac Fucin, et ses légions, encouragées par son exemple, pénétraient déjà dans les lignes ennemies, lorsque le jeune Marius le frappa, dit-on, d'un coup mortel (3). En voyant tomber leur général, les Romains perdent courage, l'ennemi reprend de l'audace. Pompaedius, profilant du désordre des assaillants, les presse à son tour, les chasse de son camp et en fait un grand carnage. Mais cette victoire n'eut aucun résultat. Les événements du Picénum ouvraient aux lieutenants de Pompée tout le territoire de la confédération marse, et Pompœdius, entouré d'ennemis, se consumait en efforts impuissants pour défendre un pays déjà découragé, abandonné par la plupart de ses chefs, épuisé d'hommes et ruiné par une guerre désastreuse.