‹ Études sur l'histoire romaine [microform]; Guerre sociale-Conjuration de CatilinaChapitre 7 sur 43 · VI · texte numérisé non relu

VI

A la nouvelle de la mort de Drusus et de l'exil de ses amis, un cri de fureur s'éleva dans toute Tltalie, et les plus timorés cessèrent de parler de soumission et de patience. Désormais ce n'était qu'à la pointe de Tépée que les alliés devaient réclamer leur affranchissement. Naguère ils demandaient à partager les droits des citoyens romains ; maintenant ils voulaient abaisser les Romains à leur niveau. Les principaux des conjurés cherchèrent seulement à contenir la fureur de leurs compatriotes assez de temps pour en rendre l'explosion plus terrible. La plupart des peuples de race sabelUque, les plus belliqueux de l'Italie, s'étaient unis en secret par des serments et des sacrifices solennels, et n'attendaient, pour courir aux armes, que le signal de leurs chefs. A cette époque, le matériel nécessaire pour une campagne n'était point aussi coûteux, aussi long à préparer qu'il Test devenu depuis l'usage des armes à feu. Presque tous les hommes libres possédaient un bouclier, une épée, des javelots. D'ailleurs, les villes alliées étant obligées d'équiper leurs contingents, devaient avoir des arsenaux sous la garde de leurs magistrats municipaux. D'autres magasins militaires beaucoup plus vastes étaient conservés dans des villes fortifiées, probablement colonies romaines, sous la protection de garnisons perma-

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ESSAI

SUR LA GUERRE SOCIALE

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nentes, composées quelquefois d'auxiliaires que, depuis quelque temps, la politique du sénat appelait en grand nombre en Italie (1). On pouvait espérer qu'une surprise réussirait contre ces garnisons disséminées, dont la vigilance s'était endormie par suite d'une longue soumission; l'important, c'était que le complot éclatant sur tous les points à la fois, la république ne sût de quel côté diriger ses redoutables légions.

Les conjurés s'occupèrent en môme tejnps de constituer leur confédération, et pour le cas d'une réussite immédiate, et pour celui d'une longue résistance; en un mot, ils songèrent à se donner un gouvernement central. On ne sera pas surpris de leur voir adopter les formes de l'administration romaine; car, de tout temps, la première action d'esclaves révoltés fut d'imiter leurs maîtres. D'ailleurs, tout en détestant la tyrannie de Rome, leurs chefs voyaient fort bien que l'Italie devait sa prépondérance dans le monde à la direction unique que lui avait imprimée son orgueilleuse métropole. Loin de détruire le gouvernement romain, ils voulurent l'établir sur des bases plus fermes, le rajeunir, si l'on peut s'exprimer ainsi. Dans leurs discordes intestines, leurs adversaires leur avaient donné un exemple qu'ils surent mettre à profit. Les plébéiens n'avaient pas aboli les droits des patriciens, ils en avaient exigé le partage. Semblablement les Italiotes ne voulurent pas supprimer les privilèges exclusifs de la nation romaine ; mais ils prétendirent se substituer à cette nation ; conserver l'empire du monde, mais l'exploiter au profit de toute Tltalie au lieu de Rome seule, tel fut le but quMls se proposèrent.

L'administration des affaires générales fut remise k un sénat composé de cinq cents membres (2), choisis, suivant toute vraisemblance, parmi les plus actifs d'entre les conjurés. On ignore diaprés quelles bases chaque nation italienne devait être représentée dans cette diète générale; mais il y a beaucoup d'apparence que l'on n'y eut égard ni à la population, ni aux richesses, ni à rimportance politique en un mot, mais seulement au fait

(1) On se rappelle les archers crétois d'Opimius. t2) Diod. Sic, XXXVIl, eccl. I, p. 638.

<l'une ancienne existence comme peuple libre et indépendant. Tel était autrefois le principe qui régissait les ligues flaliennes avant leur destruction par les Romains (1). En outre, on observe dans tous les mouvements insurrectionnels que le plus petit peuple, du moment qu'il a reconquis sa liberté, a tellement grandi à ses propres yeux, qu'il croirait reprendre un nouveau joug, s'il reconnaissait la supériorité, même très-réelle, d'un autre peuple, à plus forte raison si ce peuple a été son compagnon d'esclavage. Dans la première exaltation des esprits qui suit un grand mouvement politique, l'indépendance la plus complète est un besoin pour les faibles, un devoir pour les puissants; et un sentiment commun donne aux premiers une susceptibilité inquiète, aux autres une noble générosité. On a donc lieu de croire que dans ce sénat italien chaque nation obtint un suffrage égal.

Il est difficile d'indiquer exactement les peuples qui durent y envoyer leurs mandataires. La plupart des historiens désignent nominativement tous les peuples autrefois confédérés des Marses, comme les plus ardents à se soulever contre Rome. Cinq petites nations, les Marses, les Péligniens, les Vestins, les Frentaniens, les Marrucins, habitants d'âprts montagnes, à Test du Latium, pauvres, mais braves et aguerris, étaient entrés les premiers dans la ligue et l'avaient fondée, pour ainsi dire. Au nord, leurs voisins les Picentes, au midi, les Sammites et les Lucaniens, s'y joignirent avec empressement. Une mêmeorigine et des mœurs semblables rendaient facile l'union de ces huit peuples (2). Pourtant on doit faire entre eux une distinction im-

(1) Oî ^' è'Y^pa'J^apievci raTç (juvôtqjcoi; Taura irpoêcuXot, xat tmjç cpxcu; ou,Cr'aavTe; <xi:o toutwv twv wdXewv, Hoa.'* «v^pe;, ÀoiS'caTêiv x. T. X. Dionys.,V, 61.

(2) Quelques médailles de la guerre sociale présentent huit guerriers, divisés en deux groupes égaux, étendant leurs épées vers une truie que tient un jeune homme agenouillé au piod d'une enseigne militaire. Le nombre des guerriers qui prêtent le serment d'alliance correspond, suivant Eckliel et M. Millingen, à celui des nations coofédérées contre Rome. Je ne partage pas cette opinion, et j'ignore pourquoi ces deux savants ont fixé à hui le nombre des peuples iia-

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portante. Les Marses et leurs confédérés, ainsi que les Picentes, avaient reconnu de bonne heure la suprématie di' Rome, plutôt par entraînement moral que par la force des armes. Satisfaits longtemps du poste d'honneur qu'ils avaient dans les armées de la république, ils s'étaient montrés alliés fidèle» dans les temps les plus difficiles. Après la bataille de Cannes, il? avaient repoussé les séductions d'Annibal. Les peuples du Samnium et de la Lucarne, au contraire, avaient toujours été les iriéconciliables ennemis des Romains. Vingt défaites n'avaient pu lasser leur courage opiniâtre, et jamais ils n'avaient perdu une occasion de secouer le joug. Entre eux et les Romains, c'était une haine à mort. Les Marses étaient entraînés à la guerre par l'ambition de leurs chefs; mais depuis le préteur jusqu'au berger montagnard, il n'y avait pas un Samnite qui n'aspirât à laver dans le sang des oppresseurs de sa patrie la honte d'un long esclavage (i).

liotes. Sur ce point les auteurs ne w us offrent que les renseignements les plus vagues : Tile-Live ci» Meuf peuples coalisés contre Rome; Veliéius nomme sept chefs; Appien, douze peuples et autant de chefs. En réunissant tons les auteurs qui ont traité d»* la guerre sociale, on trouve quatorze chefs, peut-être quinze ; mais pour une nation il y a souvent plusieurs chefs, et, en revanche, on ignore les noms des généraux ou des magistrats qui ont gouverné quelques-unes des petites républiques connues pour avoir pris part à la guerre. Ainsi, par exemple, qui pourrait nommer les chefs des Veslins ou des P(^ligniens? Il faut ajouter que d'autres médailles montrent quatre guerriers ou même deux seulement. Si l'on observe que dans toutes ces compositions les groupes sont partagés également, on pensera peut-être qu'il ne faut pas attacher un sens trop précis au nombre des personnages, et que l'artiste ne s'est occupé que de leur arrangement pittoresque.

(1) Il faut encore tenir compte de la différence de langage qui existait à cette époque entre les peuples alliés, différence qui complétait les deux grandes divisions que je viens d'établir. Les Marses paraissent avoir adopté de bonne heure les caractères romains et la lan^^ue latine, ou du moins un dialecte qui s'en rapprochait beaucoup, tandis que les Samnites conservèrent jusque sous les empereurs l'idiome osque. On peut citer les surnoms purement latins des deux chefs marses : Q. Pompaedius Silo et P. Vetiius Scato, et la légende Itaua sur les médailles attribuées aux Marses, tandis que les deniers

SUR LA GUERRE SOCIALE

Outre ces huit peuples, qui formaient pour ainsi dire la tête de la Hgue, beaucoup de cités italiotes y avaient donné leur adhésion, ou n'attendaient, pour s'y affilier, que le moment où se lèverait un drapeau d'indépendance. Un premier sticcès, les confédérés l'espéraient du moins, déterminerait la coopération des Étrusques et des Ombriens, qu'ils avaient jusqu'alors sollicités inutilement de faire cause commune avec eux. Quant à la Campanie, à l'Apulie et au Brutlium, il paraissait facile d'y déterminer un soulèvement, ces provinces étant en quelque sorte soumises à l'influence du Samnium.

On ne sait si dans la suite elles eurent des représentants à la diète générale, mais il est vraisemblable qu'ayant mis sur pied des troupes considérables, elles obtinrent une place distinguée dans les conseils de la ligue.

Diodorc de Sicile et Strabon rapportent qu'en imitation des institutions de Rome, on nomma dans le sénat italiote deux consuls annuels, ayant chacun une province déterminée (1),avec six lieutenants ou préteurs sous ses ordres (2). Il est certain que

samnites portent pour légende le mot Viteliu (Italie), en caractères osques, ou le nom d'un de leurs principaux chefs, Papius Mulilus, suivi du mot Embraïur^ c'est-à-dire Imperator.

(1) Strab., V, 369. — Diod.,XXXVlI, 538-541 : Outoi 5è êvo|xc6eTyi(jotv 5ûo (i.9v uTTOCTcu; x.xt' èviauTÔv aipeîffÔat... ûiraTty.àç incL^yio,; Taûra; xal p.spî^a; àiirs^ei^av" xal tw (xèv IIwjxTraiJîa) 7rpcawpi<jav x^pav àiro tûv KepjtwXwv >caXcu|X3vwv, ixs'xpi tr; À^piarwtx; ôaXàajY,;, Ta ^pà; 5uap,à? xaî TYiv ÂpîCTOv veûcvra jxs'pyi.... To 8k X&itîôv t^; traXîa; tyîç upôç eo xal p.e(yr,p.optav veuouffav, irpoawpiaav Tatct) MotuXw. Cercoli est absolument inconnu. Je pense qu'il faut y substituer Circeii. H résulte; d'ailleurs de l'ensemble des faits, que Pompaedius avait dans sou gouvernement le Picenum, le pays des Marses, celui des Vestins, des Péligniens, des Frentaniens, des Marrucins, enfin l'Ombrie et l'Étrurie. Papius Mutilus commandait aux Samnites, aux Lucaniens, aux peuples de la Campanie, de l'Apulie, de la Calabre et du Brullium. Il semble que ces deux chefs se soient partagé le Latium.

(2) On trouve en effet au moins quatorze chefs ilaliotes, mais en tenant compte de ceux qui ne jouèrent un rôle important que dans la seconde époque de celle guerre. Voici leurs nrms, avec les variantes qu'ils présentent dans les dilTérenls auteurs :

Marse«

Marsc.

«2 ZSSAI

deux chefs suprêmes furent élus, Tun le Marse Q. Pompœdius

Q. SILO (médaille de la guerre sociale).

Q. Pompaedius Silo (Liv., App., Strab., Diod., Oros.).

Poppaedius (Vell.).

llcTTs^to; (Plut.).

Pompeius Sylo (J. Obsequens).

riouTniS't&ç SîXûiv (Dion Cass. *).

P. Vellius Scato ♦* (Cic). J

OùêTUo; (App.). I

Insleius Cuto (Vell.).

T. Veltius (Eutrop.).

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