‹ Études sur l'histoire romaine [microform]; Guerre sociale-Conjuration de CatilinaChapitre 9 sur 43 · C. Judacilius (App., Oros · texte numérisé non relu

C. Judacilius (App., Oros

Samnite.

Samnite oa Campanien.

Samnite ou Campanien.

Samnite.

Samnite.

Picente.

♦ Le Pupidius Siloa mentionné par Dion Cassius, lib. XLVIII, ch. xii, est pro* ttablemeot un 6ls ou un neveu du fameux chef des Marses.

'* Ce cognomen est des plus étranges. Scato s'applique, suivant Forcellinî, à celui qui /requenler et ubique eacat, vel qui muUut est in verbis vel arguliis.

*** On trouve enfin dans Appien ud Trebalius, Samnite, mais ce nom est évidemment le résultat d'une erreur de copiste. Il ne se rencontre qu'une fois et dans une circonstance remarquable qui permet de rectifier le texte d'Appien par un passage correspondant de. i'Epitome. 11 est évident qu'il faut lire Marius Egnatius.

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SUR LA GUERRE SOGIALE

Silon, l'autre un Samnite, C. Papius Mutilus (1), choix qui, pour le dire en passant, prouvent assez la prépondérance exercée de fait dans la confédération par les deux peuples qui lui donnèrent ainsi des généraux. Quant au titre même de consuls, et à la parfaite similitude de leur institution avec celle des consuls romains, on peut conserver quelques doutes à cet égard. Obser-

I M. Lamponius (App., Plut., Flor., Eut.).

n» Â ' /r.- 1 N 1 Lucanien^

M. Attwvioç (Diod.), \

! S'""^ *^'";""« <^"'- '*'«"•)• ÏMarrucin.

) Hieiius (Eut.). (

Gutla (App.) Campanien.

j'T. Lafreniiis (App.). \ Latm (?) V.

] ACranins ^Flor ). I Florus, III,

jT. Herennius(?) (Eut.). j 18, éd. Du-

IFrancus (Oros). y ker.

j C. Poniidius (Vell.). J

13 r. ncvTiXio; (App.). \ (?) (Obsidius (?) (Oros.). J

14 n. ripr.oEvTaïcç (App.) (?)

(1) Le cognomen de Mutilus présente en latin l'idée d'une blessure remarquable qui aurait valu ce surnom à un guerrier maltraité dans un combat, comme chez nous le duc de Guise reçut le sobriquet de Balafré. Mais si Ton tient compie des transformations que les mêmes racines subissent dans la langue osque et dans la langue latine, il parait vraisemblable que le surnom de Mutilus est le même que celui de Metellus, si célèbre dans la famille Csecilia. Metellus ou plutôt Metallus signifie mercenaire, comme le prouve ce passage curieux de Festus : " Meialli dicuniur in lege militari, quasi mercenarii ( Accius , ilnna/t, XXVII), calones famulique métallique caculaeque; a quo génère hominum Gaeciliae famiiidE3 cognomen putat ducium. » (Fest., p. 171.) On peut supposer avec beaucoup de probabilité que le mot osque Mutilus a le même sens, et le surnom de mercenaire, aventurier, a pu être donné chez les Samnites à un guerrier illuslr<* qui se serait autrefois fixé chez ce peuple, grand appréciateur du courage. Cette hypothèse acquiert un nouveau degré de vraisemblance, si l'on se rappelle que les Papius de Rome étaient originaires de Lanuvium (Ascon. in Mil.). Les Papius Samnites avaient probablement la même origine. D'ailleurs leur établissement dans le Samnium paraît fort ancien, puisqu'on voit un Brutulus Papius (ne serait-ce point Mutilus?) livré par les Samnites aux Romains comme l'auleur d'une guerre, dès l'année 432 (Liv., VIII, 39). « Vir nobilis poiensque erat. » La facilité avec laquelle il fut livré serais un motif pour faire croire à son origine étrangère.

ESSAI

vons, en effet, que ces deux chefs ne furerit point remplacés après la première année de la guerre. En outre, Diodore, dans la fuite de son récit, se contredit lui-même en ne désignant Pompaedius que comme préteur ou comme général. Enfin, Florus contribue à rendre le témoignage suspect, en citant comme un fait extraordinaire que les Ombriens, qui ne prirent qu'assez tard une part active dans la guerre, se nommèrent un sénat et deux consuls (l).Ce passage est au surplus d'un haut intérêt historique, car il montre que chaque État de la ligue conservait une complète indépendance pour sa constitution intérieure, et que la diète générale n'avait à s'occuper que de la guerre et des mesures qu'exigeaient les intérêts communs.

En même temps que les villes italiennes conspiraient pour secouer le joug de Rome, une révolution intérieure se préparait aussi dans le sein de chaque cité. Je ne doute point qu'elle n'ait eu une tendance toute démocratique, du moins dans la plupart des provinces, et, à défaut de témoignages certains, j'espère porter ma conviction dans l'esprit du lecteur, en lui faisant remarquer dans le courant. du récit, et le caractère brutalement féroce de l'insurrection chez plusieurs peuples (2), et les cruautés exercées contre les sénateurs de Rome, cruautés qui contrastent avec des ménagements envers les plébéiens (3) ; le choix de quelques chefs étrangers, qui annonce une défiance ou une animosité singulière contre les magistrats nationaux (4) ; la fidélité gardée à Rome par quelques-uns des principaux habitants des villes rebelles (5) ; enfin la répugnance des Lucumons étrusques à entrer dans la ligue, et la révolte désespérée de leurs paysans, qui, pour être tardive, n'en eut pas moins pour cause directe l'exemple des provinces du sud (6).

(1) Flor., III, 19. — Umbros lolus senatus et consules Au reste,

ce passage est controversé. Voir la noie de Duker.

(2) App., Civ.y I, 38.

(3) Id.,t6id., 1,42.

(4) Diod. Sic, XXXVIÏ, 612. — Oros., V, 18, p. 236.

(5) Vell. Pat., II, 16. — Mimcius Maqius Decii Magii nepos

Campanorum principis.

(6) App., Cit?., 1, passim.

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SUR LA GUERRE SOCIALE

Rome allant cesser d'être la capitale de l'Italie, il fallait installer le sénat italien dans un centre d'où il pût surveiller la vaste entreprise qui se préparait. On choisit Corfinium, métropole des Péligniens, soit en raison de sa position forte et de ses 1 emparts réputés imprenables, soit encore parce que, d'après lies traditions qui se conservaient parmi les peuples de race sabellique, elle avait joué un rôle important dans leur histoire; enfin, une dernière considération, peut-être plus puissante que toutes les autres, dut être sa position à peu près centrale entre tous les peuples confédérés. Elle reçut le nom (Tltalia ou de VHeliu (1), qui indiquait sa destination nouvelle. Papius Mutilus et Pompaedius se partagèrent les forces de la ligue; sous leurs ordres chaque peuple, chaque cité élut ses chefs ; de toutes parts on rassemblait des armes, on prenait en secret le serment des soldats.

Malgré le mystère dont les confédérés s'efforçaient d'entourer leurs préparatifs, il fut impossible de les dérober entièrement à l'observation des magistrats romains. L'échange des otages entre les différentes nations n'avait pu manquer surtout d'éveiller des soupçons, à une époque où les voyages étaient rares et les communications difficiles. Avant que les chefs des conjurés eussent achevé de mûrir leurs plans, une découverte fortuite amena une explosion partielle, et dès lors il fallut lever le masque et tenter la force ouverte, puisqu'il n'y avait plus désormais d'espérance de prendre les Romains au dépourvu.

Le sénat, inquiet des rumeurs vagues qui annonçaient dans toute l'Italie une agitation extraordinaire, avait envoyé, soujs différents prétextes, un grand nombre d'agents dans toutes les villes alliées, afin d'examiner l'état des choses et de sonder la disposition des esprits. Pour cette enquête il avait eu soin de choisir des sénateurs, patrons de villes italiotes, ou qui en connaissaient les principaux habitants. Un de ces commissaires

(1) Viteltu est le Dom de l'Iialie dans la langue osque, que parlaient les Samniles et quelques-uns de leurs confédérés. Velléius Paterculus, II, 16, appelle Italicum la capitale des insurgés. La leçon Italia m'a paru préférable parce qu'elle se trouve sur les médailles de la guerre sociale qui portent des légendes latines.

ESSAI

reconnut dans une ville marse ou samnite le fils d'un riche citoyen d'Asculum, métropole des Picentes. Ses parents n'étaient point auprès de lui, et il semblait remis à la garde d'une famille étrangère. 11 n'en fallut pas davantage pour lui révéler rexisteace d'un complot auquel les Asculans et peut-être tous les Picentes prenaient part. Fort ému de sa découverte, il se hâla d'en donner avis au proconsul Q. Servilius (1). Celui-ci, accoutumé à tout faire trembler devant son seul regard, accourut à Asculum avec M. Fontéius, son légat, sans autre escorte que ses licteurs et son cortège ordinaire de clients. Dans ce moment on célébrait dans Asculum une fête nationale, et tous les habitants étaient réunis dans le théâtre. Servilius fit interrompre les jeux, faire silence, et harangua la multitude. Déjà il taxait de perfidie les Asculans et les menaçait des vengeances de Rome, lorsque des huées et des clameurs séditieuses lui apprirent que le temps de la soumission était passé, et que ses faisceaux avaient cessé d'inspirer la terreur. Le peuple se jetant sur le malheureux proconsul et sur son légat, les mit en pièces; puis, animé par ce premier meurtre, il se répandit dans les rues', massacrant tous les Romains que des fonctions publiques ou des affaires privées avaient conduits dans Asculum (2).

L'insurrection des Picentes eut le caractère d'une révolte d'esclaves. On fit main basse non- seulement sur les Romains, mais encore sur ceux des habitants qui passaient pour attachés à la république. D'affreux supplices témoignaient de la fureur populaire : elle n'épargna pas même les femmes. Plusieurs de ces malheureuses qui appartenaient à des familles hostiles à la ligue, eurent les cheveux arrachés avec la peau de la tête (3).

(1) Appîen avance que l'Italie élait divisée alors en provinces proconsulaires ; ce fait n'est point encore suffisamment établi. Il serait possible qu'Appiên eût confondu les époques en attribuant le pouvoir proconsulaire aux magistrats romains employés en Italie. On verra qu'après l'explosion de la guerre sociale, le sénat donna celte autorité à tous les généraux commandant des corps d'armée (Cfr. App., Civ., I, 38)

(2) App., Civ., I, 38.

(3) Dion Cass., frag.,CXllI. — L'idée de cette horrible cruauté, qui o'étail point dans les mœurs italiennes, fut peut-êue inspirée aux Picentes par le voisinagedesGaulois, qui scalpaientainsi leurs euuemis.

SUR LA GUERRE SOCIALE. 37

Les insurgés n'avaient point de chef, car en ce moment C. Judacilius, leur préteur désigné par la ligue, parcourait PApulie pour y recruter des partisans (1). Dans les prisons d'Asculum s»^ trouvait par hasard un Cilicien nommé Agamemnon, capitaine de pirates, arrêté par les flottes romaines et livré aux Picentes, sans doute parce qu'il avait commis des déprédations sur leurs côtes. Il suffisait qu'il eût été pris par les Romains pour que les révoltés le regardassent comme un ami. C'était un homme brave et audacieux, accoutumé dès son enfance à la guerre de partisans. Us le nommèrent leur chef (2), et, sous sa conduite, ils se répandirent dans les environs, et commencèrent à piller et à saccager les terres du domaine de la république.

Les chefs des confédérés, éloignés pour la plupart, ainsi que Judacilius, de leur centre d'influence, n'apprirent pas la révolte d'Asculum avec moins de surprise que les Romains eux-mêmes. Mais l'alarme donnée, un seul parti leur restait, c'était de répandre partout la flamme qui venait de s'allumer. De ville en ville l'insurrection se propagea avec une rapidité sans égale. Partout se levèrent comme par enchantement des bandes nombreuses, d'abord mal armées et sans discipline, mais qui reçurent bientôt une organisation régulière et formèrent des légions redoutables. Chacun des chefs nommés par la ligue prit le commandement des levées en masse de la province où la révolte le surprit. Partout leur autorité élait reconnue, et autour d'eux se rafliaient des soldats pleins d'enthousiasme, disposés à les suivre en tous lieux, pourvu qu'ils les menassent contre les Romains. En Apulie, Judacilius fait soulever Canusium, Venusia et d'autres villes moins importantes (3) ; dans la Campanie, Marius Egnatius surprend Venafrum (4), place fortifiée, à la faveur des intelligences qu'il avait avec les habitants, et passe au fil de l'épée la garnison, composée -de deux cohortes romaines ; dans le Samnium, un préteur marse, P. Vettius Sca-

(1) App., Civ., 1,41.

(2) Diod. Sic, XXXVII, C12.— Oroa., V, 18.

(3) App., Ctt;.,I, 41.

(4) Id., ibid.

ts

ESSAI

ton (1), tombe à l'improvisle sur le consul Sex. JuliusCaesar (2), qui, au premier bruit de Tinsurrection, avait rassemblé quelques troupes et se portait à marches forcées au secours de la colonie romaine d'^sernia, contre laquelle il prévoyait avec raison qu'allait se diriger le premier effort des Samnites. Scaton lui tua deux mille hommes, et, Tayaut contraint à une retraite précipitée, investit .flsernia (3).

En même temps Papius Mutilus, avec le gros de Farmée samnite, se jetait dans la Campanie, s'emparait de Stabies, de Liternum, de Salerne, de Nola. La garnison de cette dernière ville se défendit quelques jours dans la citadelle, mais, gagnée par le Samnite, elle livra ses chefs et passa sons les drapeaux du vainqueur; ce qui donne lieu de croire qu'elle se composait en majorité de soldats italiotes ou étrangers. Les citoyens des villes conquises, les prisonniers, les esclaves même des Romains (4), grossissaient l'armée samnite. Mutilus menaçant de saccager les villes de la Campanie qui ne lui enverraient pas leurs°contingents, les obligea de lui fournir eu peu de jours jusqu'à dix mille hommes de pied et mille chevaux (5). Enfin, en Lucanie l'insurrection obtenait un égal succès. Les peuples

(1) Cicéron l'appelle Marsorum dux, Phil., Xll, 11. — Il est évident que c'est le même chef que Velléius Paterculus nomme Insteius Caton ; Appien, Caton Veltius, et Sénèque, T. Vellius.

(2) Je place cet engagement vers la fin du consulat de !.. ^larcius Philippus et de Sex. Julius Caesar ; car, outre qu'Appien le mentionne immédiatement après la révolte d'Asculum, il est naturel de supposer que le premier effoit des Samniies dut se porter contre les Romains d'iEsernia établis sur leur territoire. Appien a confondu, dans le cours de son récit. Us deux consuls Sextus et Lucius Ciesar. Le premier, que je suppose b;itlu par Veltius Scaton, déposa le consulat aux calend» s de janvier, l'an de Rome 664, époque où le second entra en charge. Ce jour répond au 12 novembre de l'année Julienne (voy. VArt de vérifie^ les da'es). Il paraît donc que l'insurrection éclata dans l'auloinne de l'an de Rome 603, 91 avant Jésus-Christ.

(3j App., Civ.f I, 41.

(4) id., ibid, 42. — Cette conduite, analogue à celle des Asculans, fournil une nouvelle preuve du caractère éminemment démocratique de l'iusuireciion italienne.

(5) App., ibid.

SUR LA GUERRE SOCIALE

de ce pays se soulevaient à la voix de leur compatriote M. Lamponius , brûlaient les cantonnements des Romains (1) , et forçaient leur chet M. Licinius Crassus à s'enfermer dans Grumentum, après un combat dans lequel il perdit huit cents de

ses soldats (2).

Dans la première fureur de h révolte, les Italiotes, surtout les Samnites et les Picentes, se montrèrent impilopbles. Tous les sénateurs, tous les riches propriétaires romains qui tombèrent en leur puissance furent indistinctement massacrés, quelques-uns dans d'horribles supplices. Papius Mutilus fit mourir de faim les officiers de la garnison de Nola (3). Judacilius fut aussi cruel pour ses prisonniers en Apulie (4) ; les Marses au contraire montrèrent de la générosité dans leurs succès (5). Partout cependant on égorgea les magistrats romains qui ne se hâtèrent pas de se dérober par la fuite à la vengeance populaire. Un petit nombre évita la mort, quelques-uns sauvés par des femmes ou par leurs hôtes italiens (6). Quant aux soldats étrangers, et même aux plébéiens de Rome, on les contraignait d'entrer dans les rangs des insurgés, qui affectaient de ne faire la guerre qu'au sénat, c'est-à-dire à la caste privilégiée à laquelle appartenaient tous les honneurs (7). Pourtant, aussitôt après leur prise d'armes, les confédérés essayèrent de traiter avec Rome. Ils envoyèrent des ambassadeurs offrant la paix, à condition que le droit de cité romaine leur serait accordé ; mais le sénat, toujours grand devant l'ennemi , refusa de les recevoir, et déclara qu'il n'examinerait leurs griefs que lorsqu'ils auraient mis bas les armes (8).

(1) Front., Straf., II, *, 16.

(2) App., Cit;.,l, 41.

(3) Id., ibid., 42.

(4) Id., iWd., 43. ,

(5) Cela semble résulter des termes mêmes du récit de Ciceron racontant l'entrevue de Sex. Pompée el de Veltius Scaton Médiocre etiamodium, (Fini., XII, 11.)

(G) LW., £>■«., lib. LXXII.

(T) App.,C'tt;., 1,43.

(8) ld.,tDi(i., I, aO.

ESSAI

Vers la fia de rannée 663 (1), le Picenum, toute la conféfdéralion des nations sabelliques sous Tinfluence immédiate des Marses, toute la Lucanie, une grande partie des districts de la Campanie et de TApulie, enfin tout le Samnium et même plusieurs villes ou colonies latines, avaient pris k-s armes et adhéraient à la ligue italienne. Au milieu des populations insurgées, quelques colonies et même quelques cites alliées demeuraient fidèles et résistaient à la tempête. Pinna, dans le pays des Ves-. tins, après s'être défendue quelque temps avec courage, fut prise d'assaut et impitoyablement saccagée (2). Firmuni, ville des Picentes, bravait les efforts des insurgés à la faveur de ses excellentes fortifications (3). iËscrnia résistait à Vettius Scaton, Crumentum à Lamponius, Acerrse dans la Campanie, à la principale armée des Samnites. Les alliés en voulaient surtout aux colonies romaines établies sur leur territoire ; et quoique mal pourvus du matériel nécessaire pour des sièges, ils s'opiniàtraient à Tattaque de villes bien fortifiées, au lieu de se diriger de concert contre Rome. Mais chaque peuple avait son injure particulière à venger; et il haïssait plus encore que les Romains du Capitole, ces colons qui Tavaient dépouillé de ses terres, et lui faisaient éprouver chaque jour des outrages nouveaux. Cette faute des confédérés donna le temps à la république de se remettre de sa surprise, de rassembler ses troupes et d'appeler de nombreux auxiliaires.

Le couiage du peuple romain ne l'abandonna pas dans ces difficiles circonstances. Chaque citoyen quitta la toge pour prendre le sagum, comme dans les nécessités les plus pressantes. Le justitîum fut prononcé, et toute affaire civile cessa en présence des préparatifs militaires. Après avoir mis la ville en état de défense, et réuni les légions, les deux nouveaux consuls, L. Julius Csesar et P. Rutilius Lupus, revêtus par le sénat de pouvoirs extraordinaires, sortirent de Rome après s'être partagé l'Italie et les opérations de la guerre En raison du grand

(i) Automne de l'an de Jésus-Christ 9i.

(2) Diod. Sic.,XXXVIi,612.

(3) App., Civ.f I, 47.

SUR LA GUERRE SOCIALE

ti

nombre de points menacés, il fallut diviser les troupes en corps détachés et leur donner des chefs investis d'une autorité suffisante pour agir au besoin sans attendre les ordres des consuls. A chacun de ces magistrats on adjoignit donc cinq légats ayant les pouvoirs proconsulaires. Rutilius dut s'opposer aux Marses et aux Picentes avec ses légats : c'étaient C. Marins, son parent, le vainqueur des Cimbres, qui passait pour le plus habile général de ce temps; Cn. Pompeius Strabon, le père du grand Pompée, Q. Caepion, C. Perperna et Valérius Messala. Contre les Samnites et les Lucaniens, L. Cœsar dirigeait cinq corps d'armée commandés par P. Lentulus, son frère utérin (I), T. Didius, Licinius Crassus, si malheureux en kucanie, M. Marcellus, enfin L. Cornélius Sylla, que nous verrons bientôt exercer une influence extraordinaire sur les destinées de l'Italie et sur celles de tout le monde romain (2).

11 s'en fallait de beaucoup, au reste, que chacun de ces généraux eût un corps d'armée en état d'agir immédiatement. Au nord, Rutilius, Marius et Perperna opéraient contre les Marses, le premier dirigeant le corps de gauche et Perperna la droite. Q. Caepion, Cn. Pompée et Valérius demeuraient en seconde h'gne, chargés probablement d'organiser une réserve. Quant à L. Caesar, il paraît qu'il tenait toutes ses troupes réunies sous son commandement immédiat, dans l'espoir de frapper un grand coup en Campanie. Plus tard, son légat, L. Sylla, entra en campagne avec un corps séparé, menaçant à la fois les Marses et les Samnites, et manœuvrant de manière à maintenir les communications entre Tarmée du nord et celle du midi.

Outre les troupes nationales, les consuls avaient encore sous leurs ordres les contingents de presque tout le Latium, et ceux même de quelques peuples italiens demeurés fidèles , au nombre des juels on cite les Hirpins (3), qui, cependant, étaient de race sabeUique et dans toutes les guerres précédentes avaient fait cause commune avec les Samnites. Enfin, une grande quan-

(1 ) C'est l'opinion de Freinsh., LXXII, 0.

(2) App., Cil)., 1,40.

(3) Vell. Pat., II, 16. — Dans la campagne suivante, les Hirpin» se joignirent aux Samnites ou furent envahis par eux.

îf^

ESSAI

tité d'étrangers arrivaient de toutes les parties du monde au secours de cette Rome si puissante au dehors, au dedans si menacée. 1/ Afrique envoyait une nombreuse cavalerie numide : la Gaule cisalpine, dix mille auxiliaires levés en quelques jours dans celte belliqueuse province par Q. Sertorius (1), qui dirigeait en même temps sur les armées romaines un matériel et des approvisionnements immenses.

L'hiver se passa dans ces préparatifs. Au printemps, les troupes de la république se déployaient au pied des Apennins. Rome occupant à peu près le centre de leur ligne d'opérations, elles recevaient facilement les recrues, les approvisionnements et les ordres du gouvernement central. Quant aux détachements isolés dans les provinces insurgées, la plupart pouvaient être ravitaillés par les flottes romaines. Pour les alliés, au contraire, les communications étaient plus difûciles; car, entre les deux points extrêmes de la confédération, le Picenum et la Lucanie, elles n'avaient lieu qu'au travers des montagnes, souvent a\ec des peines et des dangers inflnis. 11 en résultait pour les généraux delà ligue la presque impossibilité de combiner leurs opérations, tandis que les Romains , concentrés et appuyés aux places fortes du Latium, pouvaient rapidement se porter en masse sur les points les plus faibles de la ligne ennemie. De chaque côté, plus de cent mille hommes allaient se disputer ce vaste champ de bataille. Pour les deux armées, mêmes armes, même tactique, et aussi même courage. 11 paraît que les Italiotes n'avaient qu'une faible cavalerie, tandis que celle des Romains était nombreuse; mais depuis longtemps ce service était presque exclusivement abandonné à des auxiliaires, en général numides ou gaulois (2). L'infanterie légère aussi ne se composait

1) Plut., Sert., 4. Il était questeur dans la Gaule cisalpine. (2) 11 n'est plus guère question de cavaliers romains, à plus forte raison d'escadrons de chevaliers, dans les armées de la république, depuis l'organisation qu'elles reçurent de Marins. Du temps de Césai, il n'y avait plus de cavaliers attachés aux légions. Pour avoir une escorte de cavaliers sûrs, César fut obligé de faire monter des fantassins de ia dixième légion sur les chevaux de ses cavaliers gauloiS (Caeâ., Gal.j I, 42\

SUR LA GUERRE SOCIALE

que d'étrangers , parmi lesquels les archers crétois et les frondeurs baléares avaient acquis une réputation méritée. Enfin, les Romains avaient des flottes , et disposaient d'un matériel considérable. Les confédérés, au contraire, manquaient de vaisseaux, ainsi que de machines de guerre et d'ingénieurs pour les sièges. Ayant échoué dans leurs premières attaques par surprises, ils n'avaient, pour réduire les villes occupées par des garnisons ennemies, d'autre moyen que de les affamer.

Les premières opérations devaient avoir la plus grande influence sur les résultats de cette guerre. En effet, les succès des Romains devaient retenir dans l'obéissance toutes les villes qui ne s'étaient point encore déclarées pour la ligue, leurs revers pouvaient être suivis d'un soulèvement général, qui s'étendrait même aux provinces tributaires. La Gaule cisalpine inspirait particulièrement de vives inquiétudes. La fidélité des auxiliaires envoyés par Sertorius était douteuse; et il paraît que pour les éloigner davantage de leur pays, on avait jugé à propos de les diriger sur l'armée de L. Caesar.

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