Ibid., |>. 1 U
86 ÉTUDES SUK LES INFXJSOIRES
contractile, on voit alors \o. corps se raccourcir, s'élargir, tandis que l'organe vibratile est rentré à l'intérieur de l'urne et que le péristonne se contracte au-dessus de lui, comme un sphincter, de manière à fermer complètement l'ouverture de l'urne. Pendant que ce mouvement s'opère, la partie postérieure du corps forme, chez plusieurs espèces, des replis très-prononcés, comparables à l'invagination réciproque des différents éléments d'un tube de télescope. Chez les Vorticellines à pédicule contractile, le pédicule se contracte en même temps, son sommet se rapprochant brusquement de sa base. En considérant les planches de M. Ehrenberg, on trouve les contractions du pédoncule représentées de deux manières, à savoir comme des contractions en spirale, puis comme des contractions en zig-zag dans un plan vertical. Ce dernier mode de contraction n'est représenté qu'une seule fois, à savoir sur la planche XXXVI, fig. V, chez un individu rapporté par l'auteur au Carchesium potypinuni. Dans le texte, M. Ehrenberg ne dit rien qu'on puisse rapporter à ce second mode de contraction, et aucun observateur, à l'exception de M. Czermàk, n'a fait attention à ce curieux dessin. M. Czermàk se contente, du reste, d'appeler l'attention des savants sur Ips courbures en zig-zag figurées par M. Ehrenberg; mais il déclare n'avoir jamais lui-même rien vu de semblable, et il ne semble même pas éloigné de croire que le dessin repose sur une erreur. Pendant longtemps, nous avons cru aussi à une erreur de dessin dans la figure en question. Toutefois, nous avons du changer d'opinion après avoir rencontré nous-mêmes, dans la mer du Nord, une espèce qui présente un mode de contraction parfaitement identique à celui que M. Ehrenberg figure dans son prétendu Carchesium polypinum. Cette espèce est\eZoof.hammnmnutans {V. pi. I, fig. 4). Chez aucune autre espèce nous n'avons vu se présenter un phénomène semblable. Nous avons, en particulier, toujours vu le Carchesium polypinirm se contracte)- d'une manière normale, c'està-dire en hélice; aussi avons-nous été i;onduits à nous demander si la figure en question de M. Ehrenbei'g, représente bien réellement un Carchesium polijpimmi, et nous avons dû résoudre cette question par la négative. En elTet, les individus 7, ^ et <; de la fig. 5 (PI. XXXVI) <le M. Ehrenberg, n'ont aucunement le port du Carchesium. polypinum, et la colonie ?, en particulier, est contractée à la manière d'un Zoothamnium, tous les individus, sans exception, étant contractés à la fois. Il est donc probable que les tiois dessins 7, s, ç, ne représentent point le vrai Carchesium poly-
pinum, mais un Zoothamniuni, dont le pédoncule est, comme celui du Z. nutans, susceptible de former des zig-zag dans un seul et même plan.
Des opinions fort diverses se sont fait jour relativement à l'élément auquel il faut attribu(!r la contractilité dans le pédicule des Vorticellines. M. Ehrenberg considérait le filament central comme lui muscle strié transversalement, tandis que M. Dujardin cherchait le siège de la contractilité uniquement dans la substance corticale. Mais ces deux auteurs n'avaient pas fait une étude histologique suffisante du pédoncule contractile des Vorticellines, et ne pouvaient, par conséquent, étayer leurs opinions de preuves suffisantes. C'est M. Czermàk', l'auteur d'un travail très-remarquable sur le pédicule des Vorticellines, qui, le [uemier, a représenté d'une manière parfaitement exacte la structure de cet organe. MM. Ehrenbeig, Dujardin et Eckhard se contentaient de considérer le pédicule comme un cylindre aplati, contenant une cavité oîi se logeait un muscle spiral. MM. Czermàk et Stein ont montré plus tard que le canal n'a pas une position parfaitement axiale, mais qu'il est lui-même excentrique et contourné en une hélice à tours allongés. Tandis que tous les auteurs n'avaient reconnu dans le pédoncule que deux éléments histologiques, à savoir le filament central (le muscle de M. Ehrenberg) et la substance corticale (improprement nommée periïmjsium fMuskelscheide] par M. Eckhard), M. Czermàk en a découvert encore un troisième chez ]e Carchesmm polypimim. C'est une couche granuleuse intermédiaire, c'est-à-dire logée entre le filament central et la substance corticale. M. Leydig l'a décrite, depuis lors, comme étant la tunique du muscle. Cette couche granuleuse paraît exister non pas seulement chez le Carchesium po/ypiniim, mais chez toutes les Vorticellines à pédoncule contractile. Il est vrai que, chez certaines espèces, en tête desquelles se trouvent le Carchesium polypinum et surtout le Carchesmm spcctahilc, elle atteint un développement très-considérable.
Quant à M. Stein, il a bien aperçu, lui aussi, cette couche intermédiaire, mais il ne la considère pas comme un élément histologique particulier. Il n'en fait mention qu'une seule ibis, en disant que la paroi du canal dans le pédoncule des genres Vorticella, Carchesium et Zoothamnium, est recouverte de fines granulations qu'on pourrait être tenté de prendre pour une membrane spéciale (p. 78).
1. Ueber tieu Sliel dcr Vorticelleu. — Zeitsclir. 1. wiss. Zool., IV, p. 438.
Reste à savoir auquel de ces trois éléments il faut attribuer la propriété contractile. M. Czermàk s'est appliqué à démontrer, par une analyse approfondie, que la contractilité no peut résider que dans le filament central. Nous ne reproduirons pas ici son argumentation remarquable avec laquelle nous sommes parfaitement d'accord, el nous renvoyons le lecteur à la démonstration exacte, donnée par cet auteur, de la nécessité que le pédoncule se contracte en spirale. Ce mode de contraction est, en efïet, une ' conséquence immédiate de la structure auatomique du pédoncule.
M. Stein, qui, en dépit de M. Czermàk, veut soutenir l'opinion de M. Dujardin et enlever la contraetijité au filament central pour on faire hommage à la substance corticale, n'appuie point son opinion, comme l'a fait son antagoniste, de prouves rigoureuses. Il base seulement sa manière de voir sur la circonstance que, lorsque le pédicule d'une Vorticelline est arraché de l'objet auquel il était fixé, il ne perd pas pour cela sa conti'aclilité. Mais cette observation , qui est parfaitement exacte, ne justifie aucunement les conclusions que M. Stein voudrait on tirer. Les rapports du filament central à l'animal et à la substance corticale du pédicule ne sont nullement modifiés, lorsque ce pédicule se trouve fortuitement séparé de son point d'attache. En effet, comme M. Stein le sait du reste fort bien, chez aucune espèce, le iilamont central ne va s'attacher lui-même aux objets étrangers. La base du pédoncule est formée, dans toute son épaisseur, par la substance corticale, et le canal qui contient la substance granuleuse intermédiaire et le filament central ne commence jamais qu'à une certaine distance au-dessus du point d'attache du pédoncule. Il est vrai que, lorsque le pédoncule est coupé dans son milieu, la partie qui est attenante au corps do l'animal conserve encore sa contractilité. Mais ce fait-là, non plus, ne parle aucunement en faveur de M. Stein. Ce savant prétend que, si le filament central était un muscle, la contractilité du pédoncule devrait disparaître en semblable occurence. Nous ne voyons pas pourquoi. Cela serait exact, si le filament central était librement étendu dans le calibre du canal hélicoïdal, parce qu'alors le muscle, en se contractant, se raccourcirait dans l'intérieur do la cavité, sans pouvoir nullement agir sur la substance corticale. Or, il n'en est point ainsi. Le filament central est adhérent, par toute sa surface, à la substance granuleuse intermédiaire, et celle-ci adhère à son tour à la substance corticale. Les trois éléments histologiques du pédoncule sont donc solidaires les uns
ET LES RHIZOrODES. 89
des autres dans leurs mouvenienls; et, si le filament central se contracte activement. la couche intermédiaire et la couche corticale doivent nécessairement se contracter passivement.
M. Gzermàk pense trouver une preuve évidente de la contractilité du lilament dans la circonstance que, partout où ce filament est détruit, le pédoncule perd la propriété de se contracter. Toutefois, cette preuve n'est pas suffisante ; car, si l'on admet, avec M. Stein, que la substance corticale est seule contractile, et que le filament n'est que l'organe au moyen duquel l'animal exerce sa souveraineté sur cette substance corticale, le nerf moteur en quelque sorte, il est clair que la contractilité cessera aussi toutes les fois que ce filament conducteur de la volonté sera détruit. M. Gzermàk donne un argument bien plus favorable à son opinion, lorsqu'il remarque qu'un pédoncule, bien qu'isolé de l'animal qui le surmontait, reste souvent contracté aussi longtemps que le filament central est intact; mais que, dès que celui-ci vient à être détruit par la macération, le pédoncule s'étend de nouveau. C'est là une preuve irrécusable de la contractilité du filament central et de l'existence d'un antagonisme passif (expansion par élasticité) dans la substance corticale.
Le filament central ou le muscle, comme nous le nommerons désormais, se continue dans l'intérieur du corps des Vorticellines. Déjà M. Ehrenberg aurait remarqué une prolongation de ce genre chez la Vorticella Conval/aria. M. Eckhard a confirmé cette observation et l'a étendue à la Vorticella nebidifera, et M. Stein, au Carckesium polijpinum. Ni M. Stein, ni M. Eckhard, ni M. Gzermàk, n'ont cependant compris la modification que subit le muscle en passant du pédoncule dans le corps de l'animal. Tous trois prétendent que le filament central, en pénétrant dans le corps, se bifurque en deux branches divergentes, qui vont se perdre dans le parenchyme. Or, c'est là une erreur d'optique, comme nous avons déjà eu l'occasion de le dire ailleurs. Dans le fait, le muscle, en pénétrant dans la partie postérieure du corps, s'épanouit en une membrane conique, dont la section parallèle à l'axe, suivant le plan focal du microscope, donne la bifurcation en V, signalée par MM. Eckhard et Stein. — M. Stein refuse d'accorder la moindre importance à la bifurcation du muscle, ou, poui- parler pbis exactement, à son épanouissement conique. Il se méprend, décidément, sur ce peint, car la partie postérieure du corps des Vorticellines prend part aux contiactions
saccadées du pédoncule, précisément jusqu'au point où la membrane conique disparaît pour se perdre dans le parenchyme. C'est même là une des meilleures preuves qu'on puisse donner de la contractilité du fdament central du pédoncule et de la noncontractilité de la substance corticale. En effet, la contractilité existe partout où se trouve le fdament central, même dans l'épanouissement conique de celui-ci, bien que la couche corticale n'existe pas autour de cet épanouissement.
Dans les Vorticellines non pédicellées ou pourvues d'un pédoncule non contractile, la partie du muscle que nous avons désignée sous le nom d'épanouissement en membrane conique subsiste néanmoins. Voilà pourquoi la partie postérieure du corps de ces animaux présente les mêmes contractions saccadées que la partie correspondante des espèces à pédoncule contractile'.
Quant à ce qui concerne la direction de l'hélice du pédoncule, M. Czermàk dit qu'elle est variable, et qu'il a observé aussi bien des pédoncules lacolropes que dexiotropes. Nous n'avons pas d'observations personnelles à cet égard.
M. Ehrenberg avait nommé le muscle du pédoncule des Vorticellines un muscle strié transversalement. Ses successeurs n'ont pu retrouver les stries, à l'exception de M. Leydig, qui fait consister le muscle en une série de particules primitives cunéiformes, enchevêtrées les unes dans les autres. Sans vouloir contester l'exactitude de l'observation de M. Leydig, que nous n'avons cependant pas réussi à lépéter, nous remarquons que, chez le Zoothamnium alternans, nous avons trouvé le muscle trèsévidemment composé de fibrilles longitudinales. Chez un individu arraché à son point d'attache, le muscle, macéré dans la partie la plus voisine du point de rupture, s'était divisé en un grand nombre de fibies contournées en spirale. (V. pi. II, fig. 4.)-^
i. M. Ehrenberg paraît, ilii reste, avoir déjà remarqué cette membrane musculaire chez. VEpislylis Galea.
2. Nons remarquerons en passant que notre ligure peut donner lieu à une antre interprétation et qu'on pourrait songer il ne voir dans ces libres (pie l'expression des plis d"uu sarcolennne. Tandis que cette feuille était à l'impression, je soumis le dessin en question à la Société de liiologie de Paris (séance du 27 Mars 1858). M. Rouget, professeur agrégé à TEcole de médecine de Paris, ducjuel je n'avais pas l'Uouneur d'être connu personuellenient, était présent à cette séance et me déclara, sur l'ius|)ectiou de mon dessin, que je ne pouvais avoir eu affaire à des fibres, mais seulement à des plis. Il ne pouvait, disait-il, y avoir de doute pour lui à cet égard, attendu ipi'il savait, par ses observations sur toutes les autres classes d'animaux, que les stries longitudinales présentées par les éléments nuisculaires sont dues à des plis et non à des libres. Je me C(mtentai de répondre que c'était, dans le fond, nu transport à la libre musculaire du débat relatif au tiss'.! conjonctif, dans lequel M. Reicliert et son école appellent plis ce ipie d'au-
En résumé, nous considérons, avec M. Gzermàk, le iilamcnt central du pédoncule des Vorticellines contractiles comme l'élément contractile, et nous pensons devoir cheicher, comme lui, le siège de la force expansive antagoniste dans la substance corticale. Quant à la substance granuleuse intermédiaire, il est fort probable qu'elle est identique avec le parenchyme du corps. C'est la prolongation de ce parenchyme dans l'intérieur de la cavité du pédicule.
Les contractions saccadées, soit du corps des Vorticellines, soit du pédoncule de beaucoup d'entre elles, offrent un cachet si particulier, qu'on conçoit qu'il ait pu venir à l'idée de M. Perty de réunir dans une division commune, sous le nom de Spastica, tous les infusoires qui présentent des contractions semblables. Toutefois, cette division des Spastica est peu naturelle, puisqu'elle a conduit M. Perty à réunir aux Vorticellines les Stentors et les Spirostomes. D'ailleurs, il est d'autres infusoires qu'on serait obligé de faire rentrer dans cette division, bien que leurs affinités naturelles soient d'un côté tout différent. Ainsi, par exemple, YOxijtricha relractlUs devrait forcément compter parmi les Spastica, tels que les définit M. Perty, et c'est cependant une véritable Oxytrique.
Les Vorticelles, bien qu'étant, à l'exception des Trichodines, fixées durant la plus grande partie de leur vie, sont toutes susceptibles de mener momentanément une vie errante. Elles se munissent, dans ce but, d'une couronne de cils postérieure, se détachent de leur pédoncule et nagent librement dans l'eau, leur partie antérieure étant contractée et regardant en arrière. Dans ce passage de l'état fixe à l'état errant.
très noimuent fibres. — « Coimnent ! s'écria M. Rouget, je crois que vous vuus peruiullcz d'élever des doutes sur l'exactitude de mes observatious ! » — «Non, Monsieur, répondis-je ; il ne s'agit point de l'exactitude des observations, mais seulement de l'interprétation de celles-ci : la preuve, c'est que nous acceptons tous deux ce dessin, mais que nous l'expliquons différoniment. » — «Ah! Monsieur l'Allemand ! s'écria M. Rouget, lorsque je vous parle d'une observation, c'est qu'elle est de moi, et qu'elle est bien faite, et il n'y a que moi qui puisse le savoir! Si donc vous vous permettez de conserver le moindre doute sur celte question, je vous donne à clioisir entre une paire de soufflets et deux coups d'épée dans le ventre ! ! » — Je ne cite ces brutalités ridicules que pour montrer qu'en certain lieu on est moins disposé à résoudre les problèmes bistologiques avec le scalpel de l'anatoniiste qu'avec celui du spadassin. M. Rouget s'étant permis, dans l'étrange conversation à laquelle je viens de faire allusion, plus d'une parole offensante pour les savants allemands en général, je profilerai encore de l'occasion pour lui enseigner, ce qu'il parait ignorer, que la science est cosmopolite et ne reconnaît aucune division territoriale ni linguistique. D'ailleurs, pour ce qui me concerne, je suis né sur le beau sol d'Helvélie, et je puis (comme citoyen, non comme savant) m'enorgueillir d'une pareille patrie ; mais si le sort m'eût l'ait naître Allemand, je me ferais une gloire de l'être.
la Vorticelline change subitement de forme, et chaque espèce paraît adopter alors une forme déterminée. Malheureusement, on n'a pas jusqu'ici fait assez d'attention à ces formes libres, qui fourniraient, sans aucun doute, des caractères excellents pour la distinction (les espèces. Les unes, en effet, se contractent en un cylindre long et étroit; d'autres se transforment en im disque aplati ou en une sphère; d'autres retirent la partie antérieure dans la partie postérieure, de manière à former une véritable invagination ; d'autres présentent une invagination précisément inverse, la partie antérieure se retirant dans la partie postérieure ; d'autres, enfin, nagent, le périslome ouvert, à l'aide de leur organe vibratile, et leur partie antérieure est alors dirigée en avant, pendant la natation, et pas en arrière, comme c'est la norme. Nous désirons attirer tout spécialement l'attention des observateurs sur ce point, attendu que la détermination des espèces, chez les Vorticellines, étant quelque chose de fort difficile, il serait très-utile de pouvoir étayer les diagnoses spécifiques de caractères aussi positifs que la forme de la Vorticelline errante.
Nous entrerons dans les détails relatifs aux espèces de beaucoup de Vorticellines d'une manière peu circonstanciée, parce qu'un grand nombre d'espèces ont été trèsbien caractérisées par M. Stein, et nous nous contenterons de renvoyer le lecteur à l'ouvrage remarquable de ce savant. Nous ne nous arrêterons qu'aux espèces nouvelles ou à celles sur lesquelles nous avons quelque chose de neuf à dire.
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Les Vorticellines sont si clairement caractérisées par leur pédoncule contractile non ramifié, que nous n'avons pas à nous arrêter sur la diagnose générique. L'étude des espèces laisse, par contre, une vaste lice ouverte à la discussion, lice dans laquelle nous éviterons cependant de descendre. En effet, les espèces sont nombreuses et fort difficiles à caractériser d'une manière positive. M. Ehrenberg en a déjà établi toute une série nombreuse, et nous n'aurions le droit de recommencer son travail qu'avec la conviction que nous pouvons réellement faire mieux que lui. Or, nous ne pouvons pas avoir cette prétention. Les dessins que M. Ehrenberg donne de ses Vorticelles sont, il est vrai, très-imparfaits pour tout ce qui concerne les détails anatomiques, comme, par exemple, la forme du péristome et de l'organe vibratile, l'implantation des cirrhes buccaux, la forme du nucléus, etc. ; mais ils sont assez exacts pour ce qui concerne la forme extérieure, et ils rendent assez bien l'habitus des animaux qu'ils sont destinés à représenter. C'est là le point essentiel, parce que les espèces de M. Ehrenberg sont basées précisément sur des différences dans le port de l'animal, bien plus que sur des différences anatomiques. Celles-ci sont, d'ailleurs, peu nombreuses, et se réduisent, en général, à quelques différences dans les dimensions du péristome et de l'organe vibratile ainsi que dans la forme du nucléus. Le nucléus affecte, chez toutes les espèces à nous connues, une forme de ruban, plus ou moins contourné, mais la longueur et les courbures du nucléus sont souvent différentes chez des espèces voisines. Le nucléus le plus contourné que nous ayons observé est celui de la VorticeUa Campamda. Malheureusement, on ne peut dire que, sous le lapport de la longueur du nucléus, chaque espèce présente un type parfaitement constant. — On peut retrouver avec certitude presque toutes les espèces ehrenbergiennes, et cependant rien n'est plus difficile que d'établir leurs diagnoses. Personne, nous le croyons, ne serait en état de déterminer les espèces uniquement d'après les diagnoses de l'ouvrage de M. Ehrenberg, ni d'après les nôtres, si nous voulions remplacer celles-ci par de nouvelles. Il est donc urgent d'accompagner lea descriptions de dessins foil exacts qui puissent rendre très-
parfaitement l'haLilus de ces animaux. Nous n'avons malheureusement pas de dessins en nombre suffisant pour présenter à ce sujet un travail quelque peu complet; nous avons donc préféré éliminer toutes les figures de Vorticelles et nous en tenir à celles qui existent dans les ouvrages déjà existants. Il est, d'ailleurs, une méthode qui permet de déterminer avec assez d'exactitude la plupart des espèces ehrenbergiennes en n'ayant recours qu'aux dessins de M. Ehrenberg et à ses diagnoses; elle consiste simplement dans l'élude des localités où se trouvent les Vorticelles observées. M. Ehrenberg a toujours eu égard à ce point important, qui nous a avant tout servi de guide pour retrouver ses espèces.
Il y a, en effet, des formes qu'on ne trouve jamais que dans des eaux contenant des matières en putréfaction et répandant d'ordinaire une odeur assez fétide. Telles sont, par exemple, la Vorticclla microstonia Ehr. et la V. Convallaria Ehr. La première de ces deux espèces, la plus commune de toutes, est, du reste, facile à distinguer de toutes les autres, grâce à l'étroitesse de son péristome. M. Stein en a donné des figures' bien plus exactes que celles de M. Ehrenberg, sous le rapport anatomique, mais ces dernières sont cependant supérieures au point de vue de l'habitus général.
De plus, M. Stein représente la F. microstonia comme étant parfaitement lisse, tandis que nous avons toujours vu sa cuticule présenter d'une manière très-évidente les stries que représente M. Ehrenberg : ces stries ne forment, toutefois, pas un seul système transversal, comme l'indiquent les dessins de cet auteur, mais deux systèmes croisés et obliques à l'axe, dont l'un est en général beaucoup plus évident que l'autre. M. Dujardin a déjà indiqué ces deux systèmes dans sa Vort. infusiomim (Meyen), qui est identique avec la V. microstonia Ehr. — La seconde espèce, la Vort. Convallaria, ne se laisse pas caractériser plus facilement, et l'on pourrait la confondre facilement avec des formes voisines, par exemple avec la Vort. nclmlifcra Ehr., bien que celle-ci ait un port plus élancé et plus élégant. Mais les doutes disparaissent lorsqu'on a égard à la provenance des animaux. La Vort. Convallaria ne se trouve, en effet, que dans les bocaux qui contiennent des matières en décomposition, ou dans les eaux stagnantes très-sales, oîi elle se fixe sur des débris de tous genres. La Vort. nebulifcra
t. Loc. cit. PI. IV, Fig. 17—20.
ne se trouve que dans des eaux très-pures sur des Hotlonies, des racines de Lemna et quelques autres plantes aquatiques. Lorsqu'on |]a transporte dans des bocaux peu spacieux, elle y périt très-promptement, à moins qu'on ne prenne des précautions pour qu'une végétation active empêche toute espèce de décomposition fétide dans l'eau.
Il est, du reste, plusieurs des espèces de M. Ehrenberg dont nous n'oserions garantir la valeur spécifique. Sa Vorticella haniata et sa V. picta nous sont inconnues. Nous avons, il est vrai, observé des Vorticelles de taille aussi petite que la Vort. hamata, mais elles ne présentaient pas le port tout particulier de cette dernière. La plupart paraissaient être de jeunes exemplaires de la Vort. microstoma et de quelques autres espèces. En général, les très-petites Vorticelles, et il n'est pas rare d'en rencontrer de plus petites encore que la Vort. hmiata Ehr.. sont extrêmement difficiles à déterminer, et c'est surtout l'examen de ces formes-là qui nous a convaincus que nous étions bien loin d'être au clair sur la question des espèces dans le genre des Vorticelles, comme dans la famille des Vorticellines en général.
Nous avons de la peine à croire que la Vorticella chlorostigma Ehr. soit une espèce indépendante. En effet, M. Ehrenberg la caractérise uniquement par sa couleur verte, ce qui n'est pas suffisant pour justifier l'établissement d'une espèce particulière, puisque nous savons que la plupart des infusoires sont susceptibles de devenir verts par suite de la formation d'un dépôt de chlorophylle dans le parenchyme de leur corps. Nous avons rencontré fréquemment dans les environs de Berlin, en particulier sur des prairies submergées, des Vorticelles qui nous ont semblé parfaitement identiques à la Vort. chlorostùjma Ehr., mais nous n'avons pu reconnaître en elles que des Vort. nekdifera, à parenchyme verdi par de la chlorophylle.
Quant à la Vort. citrina Ehr. , nous ne l'avons rencontrée que rarement dans les environs de Berlin, en général sur des Lemna et dans des eaux fort limpides. Nous n'osons affirmer que sa couleur soit constante, ni, par conséquent, que sa valeur spécifique soit bien réelle, lorsqu'on se contente de la caractériser par sa couleur de citron. Toutefois, son port, si élégant, paraît la distinguer des autres espèces établies par M. Ehrenberg. C'est de la V. Patellina qu'elle se rapproche au plus haut degré.
ET I.KS RIIIZOPODES. 97
Parmi les autres espèces qui oui été établies depuis M. Ehrenberg, daus le genre Vorticella, nous n'en trouvons point qui puisse subsister réellement. La V. Iniiaris Duj. (Inf-, p. 554, PI. XIV, Fig. '12) est évidemment identique avec la V. Campamda Elu-., (|U(dque détestable que soit la figure qu'en donne M. Dujardin. La V. infusiomm Dnj. est, comme nous l'avons dit, synonyme de la V. microstoma. La V. fascicvlata de M. Dujardin n'est pas suffisamment connue, cet auteur ne l'ayant pas étudiée lui-même et ne la basant que sur la figure qu'Otto-Fr. Mueller donne de sa F. nutans. M. Ehrenberg considérant la Vort. nutans MueW. comme identique à sa V.Patcllina, il n'est pas improbable que la V . fascicidata doive être réunie à cette espèce. — La V . ramosissima Duj. est synonyme du Crrrc/iesinm pohjpinum Ehr. ; la F. Arbuscida Duj., du Zoolhamniiim Arbuscida Ehr. — La F. poli/piiia Duj. (O.-F. Mueller) est un Zoothamnium marin.
9e Gen,.e C AR CH E SIUM.
Les Carchesium sont des Vorticellines formant des colonies ramifiées, dans lesquelles chaque individu est muni d'un muscle pédonculaire spécial.
(ie n'est pas de cette manière-là que M. Ehrenberg a caractérisé son genre Carchesium. En effet, ce savant dessine chez les Carchesium un muscle unique et continu qui se ramifie dans toute la colonie, et il distingue ce genre des Zoothamnium, parce que tous les individus de la même colonie ont la même grosseur, tandis qu'on trouve ça et là sur les familles de Zoothamnium des individus plus gros qne les autres. MM. Czermàk et Stein ont été les premiers à reconnaître que les dessins de M. Ehrenberg sont inexacts par rapport au muscle du Carchesium polypinum. Ils ont constaté que chaque rameau est muni d'un muscle spécial, qui ne s'unit jamais au muscle du rameau voisin, et M. Stein s'est servi avec avantage de ce caractère pour distinguer les Carchesium des Zoothamnium d'une manière plus positive que ne l'avait fait M. Ehrenberg. Lorsqu'un individu d'une famille de Carchesium se divise, l'un des nouveaux individus conserve pour lui l'ancien pédoncule et l'ancien muscle, tandis que l'autre se sécrète une branche nouvelle. Cette branche n'est point creusée d'un canal
dès la base, mais elle est d'abord solide dans toute sa largeur, comme l'est la base commune de toute la colonie. Ce n'est que lorsque le pédoncule a atteint une certaine longueur, peu considérable, il est vrai, que le pédoncule se munit d'un canal central, d'un muscle et d'une couche intermédiaire. Aussi, lorsqu'un individu se contracte, il se contracte seul, à moins que ses voisins ne soient effrayés de ce mouvement et ne se contractent à leur tour. Il est cependant des individus dont la contraction exerce une influence plus grande sur la famille entière, à savoir ceux dont les muscles proviennent des rameaux principaux, eu particulier celui dont le muscle se prolonge jusque dans le tronc commun de la famille. La contraction de cet individu-là entraîne, en général, la contraction plus ou moins complète de toute la famille.
ESPÈCES
i° Carchesium polypinum Ehr. (Inf., p. 278. PI. XXVI, Fig. V.)
DiAGNOSE. Cai'cliesium en cloclie, c'Viisée à son ouveiture, à culicule lisse, ci iiuclétis recourbé dans un plan longiliidinal. Pédoncule non arliculé.
Cette espèce, si répandue, est suffisammenl connue par les figures et les descriptions de MM. Ehrenberg et Stein. Ce dernier a, eu particulier, publié un dessin' qui rend très-bien la forme eL le port de cette espèce. Nous ajouterons seulement que ce Carchesium se distingue par une longueur très-considérable de la soie de Lachmann, comme ce dernier l'a représenté dans son Mémoire.
:2» Carchesium spcctabilc Ehr. (V. PI. III, Fig. i.)
DlAG>'OSE. Carcliesiuni en forme de dé à coudre, non évasé à son ouverture, à cuticule (inement striée, el nucléus rocourljé dans un plan longitudinal et présentant plusieurs sinuosités. Pédoncule non articulé.
Il est possible que nous nous trompions en rapportant le Carchesium dont nous donnons la figure à l'espèce que M. Ehrenberg a décrite sous le nom de Carchesium speclabile" , sans en publier de dessin. Il est fort diflîcile de reconnaîti^e un infusoire vorticellien sur une seule description, surtout lorsque celle-ci se restreint aune simple