II
papillons, ou que les papillons développés n'ont pu quitter leur enveloppe de soie, ni même leur coque de chrysalide. Cet effet, sans nul doute, était dû à l'intensité de la multiplication des corpuscules dans les sujets de ce lot, qui en renfermaient beaucoup plus que les sujets des deux autres, et surtout que ceux du premier, moins chargés en général que ceux du second.
L'influence des repas corpusculeux n'est pas moins sensible dans le premier tableau relatif aux chrysalides, puisque toutes les chrysalides du lot soumis à de tels repas se sont montrées, dès tes premiers jours de leur formation ^ chargées de corpuscules à profusion, tandis que moitié seulement des chrysalides des deux autres lots en ont offert et que, là où il y en avait, ils étaient en général très-peu nombreux.
Quoi qu'il en soit, je ne devais pas accepter comme tout à fait concluantes les expériences que je viens d'exposer, par cette circonstance que tous les papillons des trois lots ont été trouvés corpusculeux. Du moins, les essais précédents auraient une signification bien plus tranchée, si le lot des vers élevés avec de la feuille saine avait fourni des papillons absolument privéj de corpuscules, tandis que la feuille préjugée malade n'en aurait donné que de corpusculeux. J'ai donc senti la nécessité de répéter mes expériences dans des conditions meilleures et plus décisives.
Durant notre séjour à Alais, M. Gernez avait envoyé à Valenciennes une petite quantité de graine que nous avions lieu de croire saine. Outre l'étude que nous en avions faite, elle appartenait à l'un de ces cartons rendus célèbres par le don que le Taïcoun en avait fait à l'Empereur. A la date du 3i août dernier, M. Gernez put examiner les papillons issus de ces graines. Aucun d'eux ne montra des corpuscules. En outre, il fut constaté que leur graine était bivoltiney c'est-à-dire qu'au bout de quinze jours environ elle donna naissance à de nouveaux vers , qui furent également élevés à Valenciennes, par les soins de M. Gernez, du 10 juillet à la fin de septembre. Informé à temps par lui de ces circonstances, je le priai de reproduire sur les vers de cette seconde génération les épreuves auxquelles j'avais soumis les vers de M. Peligot, et de les rendre môme plus complètes, en disposant quatre lots au lieu de trois, dans les conditions suivantes :
Le premier avec repas de feuilles ordinaires ;
Le deuxième avec repas de feuilles mouillées (Peau de papillons non corpusculeux : cette nature de repas a commencé après la troisième mue ;
Le troisième avec repas de feuilles mouillées cTcau de papillons corpusculeiucy cette nature de repas devant commencer après la troisième mue ;
Le quatrième avec repas semblables à ceux du troisième lot, mais devant commencer après la quatrième mue seulement.
La comparaison entre le quatrième lot et le troisième devait m'éclairer sur les causes des différences observées entre l'expérience faite à Paris et les expériences faites à Alais ; car je soupçonnais que ces différences tenaient à l'âge auquel les vers avaient été mis à l'épreuve de la contagion de la maladie.
* NOTES ET DOCUMENTS. i79
Les repas d'expériences ont été au nombre de cinq, en cinq jours consécutifs, un par jour, intercalés dans des repas de bonnes feuilles.
Voici le résultat, assurément remarquable, de ces nouvelles éducations :
Le premier lot de vers soumis au repas de feuilles ordinaires n a rien offert de particulier. L'éducation a été aussi bien que le permettait la saison déjà avancée, dans le département du Nord, et sans faire de feu dans la pièce où se trouvaient les vers. Elle a fourni 27 cocons, dont aucun des papillons n'était corpusculeux. Chaque lot avait 40 vers à l'origine.
Le deuxième lot (feuilles non corpusculcuses) a donné 19 cocons, dont aucun des papillons n'était corpusculeux. Néanmoins il est sensible que l'humectation de la feuille a nui en quelque chose. C'est du reste un fait constant que la feuille mouillée ne convient pas aux vers.
Le troisième lot (feuilles corpusculcuses après la troisième mue) n'a fourni que 4 cocons. Un seul de ces cocons a donné un papillon lequel était trèscorpusculeux ; deux autres de ces cocons renfermaient des chrysalides mortes, dont une était très-corpusculeuSe, et enfin un ver était mort dans le quatrième cocon, et s'est trouvé également corpusculeux.
Le quatrième lot (feuilles corpusculeuses après la quatrième mue seulement) a fourni 22 cocons, dont ^fondus ou peaux à peine formées. La mortalité a donc été ici beaucoup moindre que pour les vers du troisième lot, mais tous étaient également corpusculeux excepté 3 vers, morts sous forme de vers, dans leurs cocons.
Ces résultats confirment ceux que j'ai fait connaître tout à l'heure. Ils expliquent en outre, conformément aux prévisions que j'énonçais il n'y a qu'un instant, l'anomalie apparente que j'avais signalée le 23 juillet devant l'Académie, entre mes essais d'Âlais et ceux de Paris sur les vers de M. Peligot. Mais ils empruntent une valeur toute particulière à cette circonstance remarquable, que les deux lots auxquels on n'a pas donné de matières corpusculeuses n'ont pas fourni un seul sujet corpusculeux, sans nul doute à cause de la qualité de la graine, tandis que, et malgré la supériorité de celle-ci, les deux autres lots, soumis à une alimentation corpusculeuse, ont fourni des vers dont la très-grande majorité est devenue corpusculeuse à l'état de chrysalides et de papillons. II n'y a eu d'exception que pour 4 individus sur 26 qui avaient résisté, et encore ces quatre individus étaient morts trop jeunes pour qu41 y eût déjà développement des corpuscules dans leurs tissus. Enfin, pour ceux qui ont eu après la troisième mue, dans un âge moins avancé, cinq repas corpusculeux, la mortalité (déclarée surtout après la quatrième mue) a été si considérable avant la montée, que 40 vers n'ont fourni que 4 cocons, renfermant des individus très- malades.
En résumé, si l'on se reporte aux expériences que j'ai faites à Alais, et qu'on les rapproche de celles que je viens d'exposer, il est certain que l'on peut déterminer par des repas à feuilles corpusculeuses une grande mortalité, lorsqu'on opère sur les vers dans les premiers âges ; qu'en agissant au conta.
traire sur des vers qui ont dépassé la quatrième mue, c est-à-dire sur des individus relativement plus vigoureux, et qui n'ont plus à subir les époques critiques des mues, la mortalité ne s'accuse pas sur eux à l'état de vers ou de chenilles ; l'éducation donne des cocons, mais l'infection se décide dans les chrysalides, à tel point que celles-ci peuvent avoir de la peine à se transformer en papillons, et, dans le cas où elles atteignent cette phase de leur vie, les papillons meurent souvent dans les cocons, ou dans leurs coques de chrysalides, sans avoir la force d'en sortir. On peut aller aussi, ainsi que le constate la troisième colonne du deuxième tableau ci -dessus, jusqu'à l'impossibilité presque absolue de l'accouplement et de la ponte, circonstances qui sont, après la mort, les signes les plus accusés de la maladie.
D'ailleurs, si l'on considère les pratiques ordinaires des éducations ainsi que les faits que j'ai signalés dans ma lecture du 23» juillet sur la composition de la poussière de certaines magnaneries et sur l'origine de cette poussière, on comprendra que les éducations provenant de mauvaises graines, et qui manquent de très-grands soins, sont une source de matières corpusculeuses répandues sur les feuilles ; qu'en conséquence , le genre d'inoculation par les voies digestives, institué dans les expériences qui précèdent, et dont leurs résultats démontrent l'influence morbifique, n'est pas seulement artificiel et spécial à des essais de laboratoire ; c'est un mode d'inoculation de la maladie régnante que l'on pourrait appeler naturel , inhérent aux éducations de mauvaises graines, bien qu'il ait échappé jusqu'à présent à l'attention des praticiens et des savants. Il est bien propre également, par la nature de ses eflFets, à fortHier la confiance que peut inspirer le procédé que j'ai fait connaître à l'Académie pour obtenir des graines irréprochables. Quoi qu'il en soit, et sans m'étendre davantage sur ce dernier point qui est toujours soumis aux réserves que j'ai introduites dans ma Note du mois de juillet dernier, on peut considérer comme acquis et démontré qu'il est possible de provoquer la maladie sous diverses de ses formes, plus ou moins destructives des éducations, plus ou moins semblables à celles que les éducateurs ont fréquemment sous les yeux, et que ces formes du mal, dans les expériences précédentes, sont en rapport direct avec le développement des corpuscules chez les chrysalides ou chez les papillons. Cela est si vrai, que nous venons de reconnaître qu'en opérant sur des papillons réputés sains par les principes mômes qui me servent de guide, ou peut à volonté, en une seule éducation, tantôt amener les vers issus de leur graine à l'un des états les plus graves de la maladie, voire môme à une mort certaine, tantôt les préserver de l'infection.
NOTES ET DOCUMENTS. i81
NOUVELLE NOTE SUR LA MALADIE DES VERS A SOIE , PRÉSENTÉE PAR M. L. PASTEUR A LA œMMISSION IMPÉRIALE DE SÉROCUL- TURB DANS SA SÉANCE DU iî JANTIER 1867 (i).
(Tableaux complétant ma Note du mois de juillet 186G.)
Dans la Communication que j'ai eu Thonneur de faire à la Commission impériale de sériciculture, au mois de juillet dernier, sur la maladie des vers à soie (2), j'ai plutôt exposé les conclusions de mes observations que ces observations mômes, et j'annonçais, en terminant, le dépôt de nombreux tableaux qui en feraient connaître les détails. Je viens aujourd'hui satisfaire à cet engagement. Comme l'étendue de ces tableaux n'en permettrait pas la lecture devant la Commission, je me bornerai à présenter aujourd'hui un résumé succinct de chacun d'eux.
L'esprit dans lequel ces tableaux ont été rédigés et la nature des observations dont ils rendent compte permettront peut-être de mieux juger les motifs que j'ai d'espérer des moyens pratiques, non de guérir, mais de prévenir la maladie. La recherche de remèdes proprement dits ne doit pas être négligée. J'ai commencé quelques études dans cette direction (tableau 23), afin de répondre à l'un des desiderata du questionnaire de la Commission impériale.
La connaissance de ces tableaux répondra probablement aux préoccupations des personnes qui peuvent craindre la difficulté d'appliquer en grand le procédé de grainage que j'ai proposé, par la raison que la maladie, suivant elles, serait trop généralement répandue en France. Elles pourront se convaincre que les chambrées de graines japonaises d'importation directe ou de reproduction, et môme les chambrées de graines indigènes, offrent quelquefois, soit la totalité, soit la grande majorité de leurs papillons absolument dépourvus de corpuscules. Le tout est de rechercher et de découvrir ces chambrées, afin de les livrer au grainage. Malgré certaines réserves, qui seront écartées, j'espère, par les recherches que j'effectuerai en 18C7, je m'affermis, en effet, de plus en plus dans l'opinion que la pureté de la graine correspond principalement à l'abser.ce des corpuscules chez les papillons, et que, de plusieurs graines issues de papillons corpusculeux, la meilleure ou la moins suspecte provient de ceux dont les chrysalides ont pris le plus tard possible des
(1) Extrait du Messager agricole du Midi, numéro de février 1867.
(2) Foir cette Communication dans la troisième Partie de ces Documents, p. 161
i82 MALADIE DES VERS A SOIE.
corpuscules. En d'autres termes, plus jeunes seraient les chrysalides, lorsque les corpuscules y prennent naissance, plus mauvais reproducteurs seraient leurs papillons.
J'ai suivi dans ce travail une méthode nouvelle d'observation que je crois plus propre que toute autre à conduire à des résultats certains. Il me semble que, pour un animal aussi robuste que le ver à soie, ce sont les maladies d'hérédité qu'il faut le plus craindre et s'efforcer de«bien connaître, car celles qui naissent accidentellement dans l'éducation sont toujours plus ou moins faciles à éviter par des soins intelligents. Déterminer, par des expériences multipliées et sufiBsamment contrôlées, les qualités que doivent posséder les chrysalides et les papillons pour* fournir de la graine saine, et les meilleurs moyens de leur donner ces qualités, tel est le point de vue qui m'a le plus préoccupé. On a eu le tort jusqu'à présent de vouloir tout déduire de l'étude de la graine. Cette étude peut être fort utile, elle a rendu et rendra encore de grands services ; mais elle est incertaine dans un grand nombre de circonstances, et les soins à donner aux vers deviennent tardifs et superflus si les papillons dont ils proviennent leur ont communiqué, soit des maladies d'hérédité, soit une prédisposition très-grande à des maladies accidentelles. Portons en conséquence toute l'attention possible sur les reproducteurs euxmêmes, avec suite et avec l'aide du microscope. L'application de cette méthode fournira de bonnes graines et facilitera considérablement l'étude scientifique des maladies auxquelles les vers sont sujets.
Tableau n** i. — Exemple d'une graine japonaise bivoUine, déjà reproduite neuf fois à Alais, et dont les vers ont fourni des papillons qui étaient tous privés de corpuscules. Réussite parfaite.
Observation de io8 chrysalides âgées et de 44 papillons sans choix.
Neuf éducations successives n'ont pas altéré une graine.
Les vers, au moment de la montée, étaient très-rarement tachés pour l'œil: à la loupe, ils l'étaient fréquemment, mais d'une façon peu accusée. Les taches étaient plus nombreuses et plus visibles sur les vers prêts à se chrysalider après avoir filé leur soie. Je n'ai pas trouvé de relation entre la présence de ces petites taches et celle des corpuscules, non plus qu'avec la présence des taches chez les papillons [voir également les tableaux n** 12, 13 et 14).
Tableau n° 2. — Exemple dUine graine japonaise annuelle^ d'importation directe, qui a donné des vers dont tous les papillons étaient privés de corpuscules.
Cette éducation a donné lieu, en outre, aux remarques suivantes :
1° Les vers petits^ en retard sur les autres, provoquant V inégalité, nesonl
pas nécessairement des vers corpusculeux, et, si Ton suit à part leur éducation, ils peuvent donner des papillons non corpusculeux.
1° Dans l'éducation par la méthode dite à la turque et sans feu, les vers qui résistent ont plus belle apparence et sont, en général, moins tachés que les mêmes vers des éducations ordinaires [voir aussi le tableau n° 15).
Tableau n* 3. — Exemple (Vune graine japonaise bivoUinr, (l'im/xtrfation directe, qui a donné des vers flont les papillons étaient ^ en grande majorité, privés de corpuscules.
Une deuxième éducation de 200 vers seulement issus de la graine de ces papillon^ et faite à Alais, au mois de juillet, a donné des papillons qui étaient également presque tous privés de corpuscules.
Tableau n** 4. — Exemple de graine japonaise annuelle à cocons verts, d^ importation directe, qui a donné des vers dont les papillons étaient, en grande majorité, privés de corpuscules.
Tableau n* 5. — Exemple de graine jajxinai se verte annuelle, d^impovtation directe^ qui a donné des vers dont tous les papillons ont été trcs-corpusculeux,
L*un des cartons du Taïcoun. La graine était complètement privée de corpuscules. Pas un des vers examinés pendant l'éducation n'a offert de corpuscules, môme les petits. Voici quelques autres conséquences des observations consignées dans le tableau :
1** Les vers, après avoir filé et avant d'être chr>salidés, se sont montrés très-tachés et certainement beaucoup plus que des vers de même race pris au même état de leur vie, et devant doimer, au contraire, des papillons privés de corpuscules ;
1° Des papillons peuvent être d'une parfaite blancheur, à ailes bien déployées Pl fermes, et contenir néanmoins une foule de corpuscules;
3** Sous le rapport de la beauté extérieure des papillons, on gagne considérablement à enlever les vers de leurs cocons après qu'ils ont filé leur soie et à les abandonner au libre contact de l'air. L'amélioration des reproducteurs, qui est manifeste pour ce qui est de la beauté des ailes, s'applique-t-elle à la qualité de leur graine? Je le crois. Pourtant j'ai besoin de preuves expérimentales directes portant sur ces graines elles-mêmes que j'élèverai en 1867. Ces résultats tendraient à confirmer l'opinion que j'ai émise, en i865, sur l'amélioration possible des races par des soins convenables appliqués aux chrysalides. Mes expériences de l'année i866 n'ont pu embrasser cette partie du programme que je m'étais tracé en i865.
iU MALADIE DES VERS A SOIE.
Tableau n^ 6. — Exemple (le foraine japonaise, d'importation directe, à cocons blancs, qui a donné des vers dont les papillons étaient en grand nombre corpusculeux , mais dont les corpuscules ne se sont développés que clans les tout derniers jours de la vie des chrysalides.
Tableau n* 7. — Exemple de graine japonaise de première reproduction, à cocons blancs, annuelle^ qui a donné des vers dont tous les papillons étaient très-corpusculeux, et dont les chrysalides Vêtaient dès leur jeune âge y c'est-à-dire dès les premiers jours de leur formation.
L'éducation de i865 avait bien réussi. La graine que j'ai observée en 1866 ne contenait pas moins de 5o pour 100 d'oeufs corpusculeux. Échec. Rares cocons. Les vers qui ont fait des cocons n'étaient pas corpusculeux à la montée; mais dès que les chrysalides se sont formées, elles ont commencé à devenir corpusculeuses. J'insiste sur ce point, parce que je crois que la tolérance à accorder aux papillons corpusculeux, considérés sous le rapport de la reproduction, est liée surtout à l'époque de l'apparition des corpuscules chez les chrysalides. Ainsi, l'éducation du tableau n° 6 donnerait des graines bien meilleures que celles du tableau n° 7, toutes choses égales, c'est-à-dire lors même que la réussite aurait été bonne dans les deux éducations.
Discussion sur la cause du développement anticipé ou retardé des corpuscules dans les chrysalides. Il faut considérer deux choses : i° l'influence de la graine, ou mieux le degré de maladie des papillons qui ont fourni la graine l'année précédente ; 2° l'inQuence de l'infection par les conditions de l'éducation, au nombre desquelles la contagion par les voies digestives, ainsi que je l'ai démontré expérimentalement.
Tableau n* 8. — Exemple de graine japonaise de première reproduction^ race verte, qui a donné des vers dont tous les papillons étaient trés-corpiusculeux, et dont les chrysalides l'étaient dès leur jeune âge.
Ronne réussite en i865. La graine observée par moi en mars 1866 renfermait environ aS pour 100 d'œufs corpusculeux. Produit, 5 kilogrammes de cocons par once seulement, en 1866.
Tableau n° 9. — Exemple de graine jaune indigène, dite de Rrives, qiù a donné des vers dont les chrysalides se sont montrées en partie corpusculeuses dès les premiers jours de leur formation.
Quelques réussites; bon nombre d'insuccès. Les observations dont il est question dans le titre du tableau ont été faites sur des cocons de chambrées réussies ou non réussies.
tîOTES ET DOCUMENTS. i85
Tableau n* iO. — Exemple fie graine jaune indigène, qui a donné des vers dont les chrysalides sont det*enues corpusculeuses plus de fiuii jours nu moins après leurfonnation.
Bien meilleure réussite que pour la graine du tableau n* 12. Réussite trèssatisfaisante. L'éducateur a vendu pour graine.
Les résultats des éducations des tableaux 9 et 10 prouvent que les graines indigènes peuvent se comporter comme les graines japonaises, c'est-à-dire que les corpuscules absents chez tous les vers à la montée peuvent apparaître chez leurs chrysalides dès les premiers jours de leur formation ou dans les derniers jours seulement de la vie des chrysalides.
Tableau n* 11 . — Exemple de graine indigène, à cocons blancs, qui a donné des papillons en presque totalité privés de corpuscules.
M. X..., du Vigan,. a fait élever, en i866, près de Perpignan, une graine indigène à beaux cocons blancs, dans le but de faire grainer les papillons qui en proviendraient. Portion de la môme graine fut, en outre, élevée par lui au Vigan. Celle-ci n'ayant pas réussi, cet éducateur, grand négociant en graines, craignit que la chambrée de Perpignan, malgré sa bonne réussite, ne donnftt de mauvaises graines et la fit étouffer. Nous allons voir qu'il eut grand tort d'agir ainsi. En effet, il avait vendu les cocons de sa chambrée de Perpignan à un filateur du Vigan ; or, le jour où je visitai la filature de cet industriel, il se trouva que bon nombre de papillons sortaient du tas de cocons, par suite d'un étouffement insuffisant de ces cocons au lieu de leur production. Je m'empressai de recueillir ces papillons et de les examiner. Sur ifi, 4 seulement furent trouvés corpusculeux et un seul d'une façon très-intense.
On voit, par cet exemple, le service que l'étude microscopique aurait pu rendre à M. X....
Je dois ajouter que ces papillons de race indigène ne sont pus du tout les seuls que j'aie trouvés purs.
J'ai reçu de l'Yonne loo papillons d*une très-belle race blanche indigène, prélevés tout venant dans le grainage. Les loo papillons étaient tous absolument privés de corpuscules.
Môme résultat à Anduze, mais on avait ici envoyé presque toute la chambrée à la filature.
Tout le mal est là. Les éducateurs, n'ayant pas eu jusqu'à présent un criierium de la valeur do leurs cocons, envoient ou n'envoient pas à la filature, sur la foi d'observations vagues, gardant les mauvais reproducteurs, se privant des bons, ou inversement, d'où résulte un pôle-môle de bonnes et de mauvaises graines qui prolonge outre mesure une situation déplorable.
i86 MALADIE DES VERS A SOIE.
Tableau n® 12. — Recherche d'une correspondance possible entre la présence ou l'absence des taches au moment de la montée, et la présence ou l'absence des corpuscules chez les papillons provenant de ces vers. ( Graine Japonaise de première reproduction.)
Les expériences ont consisté à prélever dans une éducation, dite à la turque et sans feu, des vers tachés et des vers non tachés à la veille de la montée, et à suivre l'éducation séparée des deux lots jusqu'à la sortie des papillons.
La présence des taches chez les vers n'est ni un signe certain qu'ils ont des corpuscules ni un signe certain que leurs papillons en auront. Il manque au fait de la présence de la tache le caractère de réciprocité pour qu'elle puisse être un signe certain de la maladie. Quand la maladie existe, les taches existent plus volumineuses et plus abondantes; mais, quand il y a des taches, la maladie accusée par les corpuscules n'existe pas nécessairement, soit chez les sujets où on les observe, soit chez ces mêmes sujets à une époque ultérieure de leur vie.
Tableau n® 13. — Recherche d'une correspondance possible entre la présence des taches chez les vers près de la montée, et la présence des corpuscides chez les papillons qui en proviennent.
Les observations ont été faites de lai manière suivante : un certain nombre de cocons ont été ouverts et l'on a mis à part,, dans des cellules, tous les vers ayant déjà filé leur soie, mais non encore transformés en chrysalides, en prenant note, aussi exacte que possible, des taches que ces vers présentaient; puis on a attendu la sortie des papillons, que l'on a observés isolément et pour les taches qu'ils pouvaient eux-mêmes offrir, et sous le rapport de la présence ou de l'absence des corpuscules. Les résultats sont les suivants : i" il n'y a pas de correspondance nécessaire entre la présence des taches chez les vers et la présence des corpuscules chez les papillons; 2** les vers peuvent avoir des taches plus ou moins visibles à l'œil nu et à la loupe et les papillons présenter de belles ailes sans taches.
Tableau n** 14. — Recherche d'une correspondance possible entre la présence des taches chez les vers et In présence des corpuscules chez les papillons qui en proviennent.
Même genre d'observations que pour les études relatées dans le tableau 13; mômes résultats. Les sujets avaient été élevés à la manière ordinaire, dans une chambrée industrielle.
KOTES ET DOCUMENTS. 187
Tableau îi* 15.— Par le système des éducations dites à la turque, on n'évite pas les sujets corpuscuieur ; mais les vers qui subsistent conduisent à des papillons offrant en moindre nombre des papillons corpusculeux^ toutes choses égales d'ailleurs.
On a opéré sur des graines japonaises de première reproduction.
Première comparaison. — Sur 60 papillons de l'éducation en magnanerie chauffée, 18 ont été trouvés corpusculeux, soit 3o pour 100.
Sur 39 papillons de l'éducation en magnanerie à la turque, sans feu, 5 ont été trouvés corpusculeux, soit 12 à i3 pour 100.
Deuxième comparaison (autre graine). — Sur 72 papillons de l'éducation en magnanerie chauffée > 38 ont été trouvés corpusculeux, soit 62 à 53 pour 100.
Sur 10 papillons de l'éducation en magnanerie à la turque, sans feu, un seul a été corpusculeux, soit 10 pour 100.
Troisième comparaison (autre graine). — Sur 3o papillons de l'éducation en magnanerie chauffée, 10 ont été trouvés corpusculeux, soit 3o pour 100.
Sur 10 papillons de l'éducation en magnanerie à la turque sans feu, un seul a été corpusculeux, soit 10 ponr 100.
D y a donc, dans les éducations à la turque, un moyen sûr d'amélioration de la graine. Ce n'est point du tout un mode industriel d'éducation propre à être appliqué dans nos climats sur une grande échelle. Il est brutal quand il s'emploie sans feu, comme je le suppose ici, et que la température s'abaisse considérablement durant quelques jours, ainsi que cela est arrivé en 1866; mais c'est une raison de plus pour que les papillons provenant de telles éducations soient de meilleurs reproducteurs. Plus un mode d'éducation est dangereux pour la santé des vers, plus sont robustes ceux qui survivent, lorsqu'un tel mode ne peut communiquer de maladie particulière aux vers à soie.
On a beaucoup préconisé, et avec rdison, les petites éducations. Elles se prêtent à des soins plus multipliés, et on peut mieux les préserver du genre d'infection sur lecpiel j'ai appelé l'attention des éducateurs, par des expériences directes, dans ma Note du ti6 novembre à l'Académie des Sciences ; mais il faut bien s'entendre :
Que l'on parte d'une bonne graine, et les petites éducations auront un immense avantage pour l'obtention d'une graine également bonne et abondante, surtout si ces petites éducations sont faites isolément, sans association ni voisinage de très-mauvaises éducations : les soins auxquels elles se prêtent donneront une abondante récolte de cocons, d'où sortiront de bons reproducteurs ;
Si Ton élève, au contraire, une graine mauvaise, les soins dont on l'entourera donneront, il est vrai, un nombre de cocons d'autant plus grand, mais de cocons qui pourront être très-mauvais, et ce sera en quelque sorte un moyen ^ propagation de la mauvaise graine
i88 MALADIE DES VERS A SOIE.
Tableau n® 16. — Observations sur les éducations en plein air. Des opinions généralement admises au sujet des petites éducations, fies éducations dam les pa) s éloignés des grandes éducations industrielles et sur le caractère épidémique de la maladie.
Dans la Communication que j'ai faite à l'Académie des Sciences, au mois de septembre i865, j'ai dit que sur 5 papillons d'une race indigène, qui m'avaient été remis par MM. Rollin et André, d'Anduze, et dont les vers avaient filé leur soie en plein air, où ils avaient passé tout le temps de leur éducation, 4 s'étaient montrés absolument privés de corpuscules , mais que tous les papillons, assez nombreux, qui m*avaient été remis par M. Laupies, membre du Comice agricole d'Alais, et dont les vers avaient été également élevés en plein air, s'étaient trouvés corpusculeux.
Ces deux résultats, si contraires, doivent être certainement attribués à la différence de qualité des graines qui avaient été élevées en plein air par MM. Rollin et Laupies.
Grâce à l'obligeance de M. Rollin, j'ai pu étudier les produits de ses éducations de i866. Ils m'ont offert des particularités très-dignes d'intérêt
Tout est autrement simple qu'on ne le croit, tel est du moins mon avis, et ce qui importe par-dessus tout, nous allons en avoir de nouvelles preuves, c'est d'avoir primitivement une bonne graine, laquelle peut être partout préparée et qualifiée sûrement, à la condition de recourir à l'étude microscopique, non de cette graine, mais des papillons qui lui ont donné naissance.
Voici les résultats curieux auxquels je suis arrivé en observant, cette amiée, les papillons des petites éducations de Rouen et ceux des éducations, soit es plein air, soit en chambre, à Anduze. Je n'ai pas eu l'occasion de voir de chambrée industrielle chez M. Rollin.
1® Tous les papillons sans exception des petites éducations de Rouen étaient très-corpusculeux ;
2*" Sur 26 papillons de l'éducation en plein air à Anduze, 8 étaient corpusculeux, soit 3oà 3i pour loo;
3** Sur 53 papillons de la petite éducation en chambre faite sur 5'',5 de graine environ, 16 étaient corpusculeux, soit également 3o à 3i pour 100. La graine de cette petite éducation provenait de celle des papillons de l'éducation en plein air de i865, laquelle renfermait des sujets corpusculeux, ainsi que cela résulte de ma Note à l'Académie du mois de septembre i865.
On voit donc que les petites éducations de Rouen, en 1866, ont été plus défectueuses que celles d' Anduze de la même année, et que si l'on n'a pas recours à un moyen sûr de reconnaître la bonne graine, on peut être induit en erreur par les procédés en apparence les plus rationnels
Rien de mieux, je le répète de nouveau, que les petites éducations, mais à la condition qu'elles porteront sur de bonnes graines, reconnues telles par te
tdications ordinaires, fortiûées des résultats de robservation microscopique BS papillons.
ABLEAU N** il. — Les graifics qui renferment beaucoup (Vœufs corpusculeux donnent des chambrées détestables ; la présence des corpuscules dans un œuf est un signe certain de maladie très-{ivancée ,
Les preuves de ces faits abondent et confirment les nombreuses observations lites chaque année par M. Cornalia.
Dans réducation dont il s'agit ici (éducation de quelques mille vers d'une ^aine réputée pure et envoyée de Shang-Haï par un missionnaire], l'infection
été telle, que les vers prêts à filer leur soie étaient déjà corpusculeux. Il l'y a eu que quelques cocons.
Dans les observations qui accompagnent ce tableau, j'insiste de nouveau lur la possibilité de déduire des époques d'apparition des corpuscules chez les chrysalides, une espèce d'échelle de qualité ponr la graine résultant des paillons auxquels ces chrysalides donnent naissance.
Fableau n** 18. — Éducations diverses, en 1866, de graines que f avais préparées en i865 et qui étaient issues de papillons que f avais examinés séparément au microscope et par couples isolés jxyur y découvrir la présence ou l'absence des corpuscules.
Voici les principales conséquences auxquelles donnent lieu les observations sur ces éducations, toutes de graines japonaises, à moins que je n'avertisse du contraire :
i* Les mômes graines ayant été mises à éclore en février et en avril, ce sont celles d'avril qui ont le moins bien éclos. La différence dans les nombres d'œufs qui n'ont pas fourni de vers a môme été considérable, au moins dans le rapport de i à 5 et davantage. Nécessité d'attribuer la cause de cette différence à ce que, dans les mois de février et de mars, il y a eu un travail embryonnaire dans les œufs, à cause de la douceur de la température. Au lieu de conserver la graine dans une chambre au nord, suivant la méthode du pays, il aurait fallu adopter un hivernage plus rigoureux.
2" Plusieurs lots de graines indigènes ont éclos aussi bien en avril et môme inieux qu'à l'époque des éducations précoces de février.
3* Des graines détestables qui renferment un grand nombre d'œufs trèscorpusculeux éclosent quelquefois tout aussi bien que celles qui sont relati veinent beaucoup plus saines.
4*" Exemples de graines où la non-éclosion avait, au contraire, pour cause b degré avancé d'infection des œufs sous le rapport de la présence des corpiiscules.
5^ Des papillons très-corpusculeux (m&le seul, femelle seule, ou mftle et femelle ensemble ) donnent fréquemment des graines absolument dépourvues de corpuscules ; mais il peut arriver qu'avec de tels œufs une mortalité considérable de morts-flats se délare après la quatrième mue, sans que ces mortsflats soient le moins du monde corpusculeux.
6^ Plus une ponte offre d'œufs corpusculeux, plus il existe de papillons corpusculeux.
7° Plus purs sont les papillons, au point de vue de la présence des corpuscules, plus grand est le rendement de leur graine en cocons, moins est sensible la mortalité aux mues, plus il y a d'égalité dans l'éducation. En d'autres termes, il parait certain que la graine la meilleure est celle qui est issue de papillons non corpusculeux, toutes choses égales d'ailleurs. U faut regretter cependant que je n'aie pu mettre ce fait en évidence qu'à l'aide d'une ou deux éducations de pontes isolées. Mais j'ai les éléments nécessaires pour reproduire ces expériences en 1867 sur un nombre considérable de pontes. C'est ici qu'est le point vif de mon travail.
8^ Des papillons chargés de corpuscules peuvent donner des graines nonseulement dépourvues de corpuscules, mais de cette graine peuvent provenir des papillons non corpusculeux et en grand nombre.
9"* Il y a plus : une ponte dont une foule d'œufs sont très-corpusculeux peut conduire à des papillons absolument dépourvus de corpuscules , de telle sorte qu'en isolant ceux-ci pour les faire pondre à part, on ne peut douter qu'il soit facile de régénérer toutes les races de vers à soie, môme les plus abâtardies et qui auraient fourni les plus mauvaises graines. Pourtant cette conclusion ne sera à l'abri de toute critique que s'il est établi, par mes recherches de 1867, que les papillons sans corpuscules, issus de graines détestables, donnent des œufs tout aussi bons que les papillons également privés de corpuscules, mais issus de graines excellentes. Cela me parait certain. Il y a lieu néanmoins d'en rechercher des preuves directes.
Tableau n® 19. — Exemples d'échecs absolus dans des éducations (grandes et petites) qui ne peuvent être attribués à la maladie caractérisée par les corpuscules.
Beaucoup de travaux sont à faire dans cette direction. Je suis très-peu fixé présentement sur les véritables causes, probablement multiples, de ces échecs. A plusieurs reprises, pendant le cours de mes recherches de cette année, les insuccès dont il est question dans ce tableau m'avaient porté à penser que la maladie régnante n'était pas en relation directe et nécessaire avec la présence des corpuscules chez les papillons reproducteurs, ce qui est pourtant le point de vue dominant de ces tableaux et de toutes mes observations. Mais la multiplicité des exemples que j'ai recueillis où cette correspondance n'était pas
douteuse et surtout les résultats de mes expériences (inoculation par les voies digestives d'un état maladif, donnant lieu aux formes les plus ordinaires des insuccès des chambrées, et mis en rapport direct avec le développement des corpuscules, me font regarder comme accidentels les échecs dont je parle dans le présent tableau. Quoi qu'il en soit , et à tous les titres, les causes de cette nature de non-réussites méritent la plus scrupuleuse attention.
Tableau n** 20. — Tableaux d'examens microscopiques de graines japonaises d'importation directe, principalement choisies parmi les cartons du Taicoun, et démontrant que, parmi ces graines, on en troufe assez fréquemment qui sont corpusculeuses . Autres tableaux de graines indigènes ou de graines japonaises de reproduction, d'oà l'on peut induire facilement que, dans ces lieux dernières sortes, il y a, à l'ordinaire, un plus grand nombre d'œufs corpusculeux.
Remarque, — Lorsque les graines japonaises sont privées de corpuscules, elles ont, en général, une qualité bien supérieure aux graines indigènes également privées de corpuscules. Même observation lorsque ces deux sortes de graines contiennent des œufs corpusculeux ; c'est-à-dire qu'à égalité du nombre d'œufs corpusculeux, ce sont les graines japonaises qui remportent.
Toutes ces différences tiennent, selon moi, à ce que le nombre des papillons corpusculeux au Japon est beaucoup moindre qu'en Europe, ou, s'il est quelquefois égal, l'époque du développement des corpuscules chez les chrysalides doit être beaucoup plus retardé.
Tableau n® 21. — />i malarlie est constitutionnelle dans une foule de cas.
Elle existe avant Tapparition des corpuscules. Cela résulte d*un grand nombre d'observations consignées dans les tableaux précédents.
La maladie est-elle parasitaire?
Je n'ai sur ce point que des idées préconçues, qui me portent à croire que les corpuscules sont des organites : i'* parce que la maladie est certainement constitutionnelle dans nombre de circonstances et précède l'apparition des corpuscules ; a° les repas de matière corpusculeuse font souvent périr les vers jeunes sans que , dans le corps de ceux-ci , il y ait des corpuscules ; 3" je n'ai pu, jusqu'à présent, surprendre chez les corpuscules un mode de reproduction; 4° leur mode d'apparition ressemble à une transformation des tissus. Pourtant, je suis très-frappé des opinions et des faits énoncés par Leydig , professeur à l'Université de TUbingen , dans divers Mémoires , depuis que ce savant zoologiste a bien voulu me communiquer par écrit quelques-unes de ses observations, adoptées récemment par M. Balbiani.
Malheureusement personne n'a rien découvert de précis au sujet du mode ixissible de reproduction des corpuscules, et toutes les recherches doivent se
concentrer sur ce point très- important de leur histoire. Ni M. Leydig, ni M. Balbiani n'ont traita du mode d'apparition des corpuscules, et les faits signalés par M. Lébert ne sont pas confirmés. Pour moi, voici ce que j'ai vu. Là où les corpuscules vont prendre naissance, je n'aperçois d'abord qu'un tissu ou une matière amorphe translucide ; j'y distingue des granulations confuses ; puis, je soupçonne des formes de corpuscules ayant déjà la dimension des corpuscules adultes, mais sans avoir le moins du monde la visibilité de contours, ni l'éclat, ni la liberté d'aller et de venir. La substance se délimite d'elle-même en quelque sorte sur toute sa surface par un dessin de corpuscules presque invisibles d'abord et peu à peu de plus en plus nets dans leur contour ovalaire, se tenant les uns aux autres sans doute par les portions de matière non transformable ou non encore transformée en corpuscules. En d'autres termes, le corpuscule ne m'a point paru du tout être quelque chose qui grandisse, qui soit d'abord un point et qui grossisse ultérieurement. Dans le tissu se dessinent de prime saut des ovales presque invisibles, et ce qui s'accuse et grandit de plus en plus, si je puis m'exprimer ainsi, c'est la netteté de leur contour et la réfringence plus accusée de leur masse. Existe-t-il une liaison matérielle quelconque entre les corpuscules à l'état adulte et ce substratum de la première évolution des globules? Je ne l'ai jamais aperçue
Tableau n° 22. — Étude de chrysalides de cocons étouffés à des époques antérieures à la maladie^ ou provenant de localités fjui n'avaient pas la maladie alors qu'elle sévissait déjà en Europe,
Le résultat est que plusieurs de ces chrysalides renferment des corpuscules.
Tableau n" 23. — Influence de repas dont les feidlles étaient imociées à des substances étrangères diverses. Foici rénumération de la nature de ces essais, qui ont exigé un temps considérable sans une grande utilité: trois repas ordinaires, trois repas à température élevée, sucre en poudre, phosphate de chaux, sulfate de fer, goudron, térébenthine, lait, vimngre} feuille jeune , repas très-multipliés, feuille fcrmentée, café, coaltar, farine de riz, farine de froment, etc.; il y avait un seul repas anormal par jour, les autres étaient de feuille ordinaire.
On a formé un grand nombre de lots de loo vers chacun prélevés tous dans une même éducation et on les a élevés en associant les feuilles à telles ou telles de ces substances très-divisées sous les états solide, liquide ou de vapeur, et on a examiné les papillons au microscope. Les résultats offrent quelques points mal définis encore et qui ne donnent que quelques indications vagues au sujet de remèdes préservatifs de la maladie. Ce qui frappe ^^
plus à la lecture des obsenations auxquelles ont donné lieu ces nonibreuses éducations partielles, c'est le peu d'influence de ces additions de madères sur la santé générale des vers, bien que les repas anormaux eussent été prolongés pendant toute l'éducation. La plus mauvaise éducation au point de vue de la multiplication des corpuscules chez les papillons a été offerte par le lot élevé à une 'température sensiblement supérieure à i5 degrés Réaumur sans augmentation du nombre des repas. Les repas avec addition de lait, ceux avec vapeur de térébenthine, ceux avec vapeur de goudron des appareils inhalateurs de Sax (i) et ceux avec sulfate de fer ont conduit au plus petit nombre de papillons non corpusculeux. L'éducatioi> au lait n'en a pas offert du tout. Mais je ne puis déduire des résultats de ces éducations aucune conclusion qui me satisfesse, parce que le hasard a voulu que les vers qui m'ont servi fussent sains; d'où il est résulté que les éducations ordinaires de ces vers ont donné très-peu de papillons corpusculeux. Le moindre nombre des papillons sans corpuscules, dans quelques-uns de mes essais comparés, perd donc beaucoup de son importance.
Tableau n* 24. — Éducation avec feuilles recouvertes de corpuscules empruntés aux poussières sèches de magnaneries ou aux débris du corps de vers ou de papillons corpusculeux.
Les résultats de ces éducations ont été suffisamment indiqués dans mes lectures à TAcadémie du 2^ juillet et du 26 novembre, pour qu'il soit superQu de m*arrèter à les résumer ici. Je ferai seulement remarquer que, dans quelques-unes des éducations avec repas de feuilles rendues corpusculeuses par des poussières sèches de magnaneries, si les repas de cette nature venaient ù être suspendus longtemps avant la montée, les papillons provenant des vers qui avaient résisté à ces repas pouvaient n'être pas corpusculeux si la graine originelle était bien saine. L'ingestion des corpuscules n entraine donc pas forcément le développement de ceux-ci, si on ne la prolonge pas indéfmiment, et alors même que cette ingestion a donné lieu à une grande mortalité des vers â la suite de tels repas.
Tableau n"25. — Examen microscopique des jMussières de magnaneries
des environs d^ A lai s.
Abondance souvent excessive des corpuscules, particulièrement dans les poussières des magnaneries qui ont renfermé, l'année précédente, do mau- NTiises éducations, c'est-à-dire des éducations non réussies.
(1) Je dois à robligencc de M. Sax trois de ces appareils, qui sont, je crois, ce ^ a été de mieux imaginé pour répandre des vapeurs en quantité plus ou moins gnmde.