‹ Etudes sur la monnaieChapitre 1 sur 29 · PRÉFACE · texte numérisé non relu

PRÉFACE

En 18fi3 je publiai sous le titre le Crédit et les Finances un livre (pii était le résumé de mes travaux sur ces matières, travaux (^ui avaient déjà vu le jomdans la Revue des Deux-Mondes et que le public avait Ineii voulu accueillir avec bienveillance. C’étaient spécialement des études sur les (juestions de baïupie et sur la polémique qui avait été soulevée à l’occiision des crises que nous venions de traverser et qui avaient obligé la Banque de France à élever le taux de son escompte à un chiffre inu.sité. Ce qui s'est pa.ssé depuis n’a fait que confirmer mes prévisions.

I‘RKKACK.

Le monopole de la Banque de France n'a pas empêché l’expansion du crédit, ni surtout celle du billet au porteur; celui-ci atteint aujourd'hui des limites qu’on n’aurait pas osé prévoir et qu'on aurait ju- {rées fort, impnidentes, s’il n’y avait eu un mouvement correspondant dans l’élévation de l’encaisse métallique. Il n’a pas empêché non plus le taux de l’escompte de descendi'e très-bas, beaucoup au-dessous de ce ([ii'on considérait alors comme ridéal. On demandait (pi’il ne variât guère au-dessus de i et le voilà à 2 1, 2 depuis tantôt trois ans sans que rien fasse pressentir (piand on pourra le relever. Par conséquent c’est bien là un monopole légitime, utile, cni ne lèse aucun intérêt, ne diminue en rien les services qu’on peut attendre de la circulation fiduciaire, et qui a le grand mérite au contraire de lui donner toute la stabilité dont elle puisse jouir.

11 y avait aussi dans le livre de I8ti5 des études sur les finances pnbliqiies. .l’ai été un des premiers à signaler l’imprévoyance excessive avec laquelle chez nous on laissait grossir les budgets et accumuler les déficits. .l’ai montré l'influence fâcheuse qu’exerqait

l’IlEFAÜE.

SOUS ce i'H])|)ort hi politique, l'inconvénient des candidatures officielles qui rendaient le contrôle illusoire, et à ce titre je n’ai peut-être pas été étranger, pour ma faible part, à ce réveil de l’opinion qui s’est manifestée tout à coup au sein du pays, et qui a enfin abouti à des réformes libérales.

Aujotird'hui, en imliliant ces litinlts sur la âtouuoie (pli ont déjà iiaru également dans la Revue des Deux-Mondes , je puis dire ipie je conqdète celles sur le crédit. En efi’et, la monnaie métallique et le ci’édit sont deux termes corrélatifs, on ne sait rien du second, si on n’a]»précie ]>as en même temjis le rôle que le premiei’ est appelé à jouer dans nos sociétés. Considéré à un certain point de vue et an point de vue principal, le crédit n’est qu'un accessoire, (pi’un perfectionnement dans l’usage de la monnaie, il est iuipü.ssible de le comprendre sans elle, pas [ilus qu'il ne serait possible d’imaginer un édifice bâti dans les airs, sans point d'appui. La monnaie est le point d'appui par excellence du crédit, il n’en a pas d'autre, et toutes les fois qu’on a voulu s’écarter de ce principe, chercher ailleurs des garanties, on est tombé dans des

PKKKAi’.E.

erreurs ((lie l'expérience n’u pas tardé à démontrer.

A côté de ce rôle princii»al de base et de soutien du crédit que joue la monnaie métallique, bien des ]>roblèmes ont été agités encore dans ces derniei's temps à l'occasion des métaux précieux; on a parlé d’abord de la dépréciation (pi’ils avaient dû subir par .suite de la découverte des mines d’or de l’Australie et de la Californie, on a discuté sur le chiflre de cette <lépréciation. Une partie des études nouvelles que je livre au public a pour but d’examiner cette opinion, de la réfuter et de conclure au contraire, que les métaux précieux n’ont jusqu’à ce jour rien perdu de leur valeur, malgré la quantité considérable (pii en est survenue depuis un vingtaine d’aniuies.

J’établis d’abord en principe qu’il n’y a pas pour le numéraire, plus que pour toute antre marchandise, d’abondance absolue. Parce qu'un produit aura augmenté tout à coup dans une proportion très-forte, on ne peut pas dire qu’il est tiop abondant, tout dépend des besoins; si ceux-ci se sont développés dans la même proportion, et si les mêmes rapports subsistent

PIIF.KACE.

entre l’offre et la demande, il n'y a pas d'abondanee, (piel que soit du reste le chiffre de l'augmentation. Ainsi aujourd’hui on jiroduit dem\ et trois fois plus de viande qu’il y a vingt ans, nos frontières en outre sont ouvertes à rintroductioii des hestiau.x étrangers. Peut-on dire que cette denrée est plus abondante qu'aiitrefois, qu'elle dépasse les besoins? Assurément non — l'élévation du prix est la preuvejdu contraire. Ceci établi, j’ai démontré ensuite par les faits, que le progrès des transactions avait été de|)uis 20 ans beaucoup ])lus rapide et iilus considérable que raccroissement du numéraiie, que l’un avait jiour aimsi dire (|uadru[)lé et quintuplé, tandis (pie l'autre lie s’était accru après tout <pie d’environ 1/3. J’aurais pu m'en tenir là, jioiir prouver qu’il n’y avait pas en dépréciation des métaux précieux. Je suis allé plus loin, j’ai voulu entrer dans les détails, et à l'aide de recherches faites sur les variations de prix d'un certain nombre de marchandises tant en France qu'en Angleterre depuis 20 ans, j’ai pu me convaincre que ces variations étaient très-différentes suivant la nature des marchandises, et qu’elles obéissaient à une loi qui n’était pas celle

phkk.u;e.

de la déi)réciation de la monnaie. Je publie à rapi)endice, sous les numéros 4 et 5, le résumé des tableaux (pii ont servi à mes conclusions.

Maintenant une autre partie de cet ouvrage, la plus importante peut-être, la plus actuelle au moins, a rap- ])ort aux (piestions {(ratiques (pie soulève aujourd'hui la monnaie, (pu'stions ((ui sont débattues dans tous les jiays, et qui, il faut l’espérer, seront enfin résolues de la fai;on la ]dus confoiane à rintérêt général. Je veux parler de la nécessité de s’entendre entre nations pour avoir une monnaie commune, et se mettre à l’abri des ennuis et des exactions du change. Dire (|ue la monnaie d'un peuple, pour traverser la frontière, perd jusqu’à 2 p. 100 de sa valeur, par cela seul qu’elle n’est pas fra]>])ée au même titre que celle que l’on trouve audelà, et qu’elle a besoin d’être refondue pour entrer dans la circulation (’>trangère, c est signaler la plus gi'ossc anomalie qui existe à une (q)oque comimuTiale comme la nôtre ; à ce })oint (pi 'on se demande comment cet abus a pu se pei’pétuer si longtemps, comment il dure encore, avec le rapprochement d’intérêts qu’amènent de plus en plus les chemins de fer.

vhkfm;k.

Il faut le (lire, le plus ixi'aml obstacle à la création d’uiie iiionuaie coimniiiie a été la ditlérence du métal qui est adopté comme (Haloii monétaire dans les divers pays. Ici on ne connaît que l'or, lui .setd a le caractère légal. Ailleurs c’est l’ai^gent qui est investi de ce privilège; dans d’autres pays, les deux métaux servent à la fois de monnai§avec un rapport de valeur fixé enti’e eux par une loi. Ce sont les pays à double étalon et nous sommes de ce nombre. Fih bien ! il e.st évident que tant qu’on n’aura pas [un métal unicpie, et même partout, poui’ .servir d’agent monétaire, il u’y à pius d’entente et d’unité possible. Il faut d'abord répudier le double étalon, n'en avoir plus (pi’un et choisir le mieux approprié aux besoins du pressent et de l’avenir. Sous ce rapport il u’y a pas de doute pos.sibIe, l’or convient le mieux, c’est le métal le plus commode, qui s'use le moins, (pii a le plus de valeur sous le moindre volume; enfin c’est le imtal des pays riches. La conférence internationale de 1867 l’a re(!onnu à l’iuianimité, toutes les commissions spéciales a.sseniblées depuis dans les divers pays l’ont proclamé de même, et si la que.stion pré.sente encore quelques ditfi-

Nil

l’Itr.i- \i;k.

cnltos, c’est à eause des sacrifices (lu auraient à s'imposer les états (pii ont le seul étalon d’ai'gent et même ceux qui ont les deux, pour passer à l'étalon d’or exclusivement. Nous avons démontré dans le cours de cet ouvrage, qu’en ce i(ui nous concerne particulièrement, le sac.rifice ne serait pas considérable ; mais le serait-il ([lie la question .serait acce^oire. — Quand un progrès est nécessaire, (jue tout le monde le réclame et ipi’il n’y a plus de résistance ipie dans des intérêts particuliers, il faut l’accomplir, coûte (pie coûte; la sagesse des gouvernements consiste seulement à choisir le moment le plus opportun. 11 l’eût été davantage pour nous, il y a quelques années, lorsque l’argent jouissait d'une prime sur l’or; il l’est pourtant encore aujourd’hui, mais plus nous tarderons, moins il le .sera. Après maintes études, ajirès plusieurs examens par des commissions .spéciales, notre gouvernement a jugé à propos encore, avant de passer outre, d’ouvrir une nouvelle enquête. Espérons que celle-là enfin portera ses fruits et qu’on lui devra un des progrès les plus essentiels de notre époque, progrès qu’on s’étonnera d’avoir attendu si longtemps, et (pii au lieu d’être le couronnement de

l'HKKACK.

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toutes les améliorations, dans les rapports interiiationaux, aurait dû en être le préliminaire.

Nous publions à l’appendice, comme pièces à consulter, le rapport de la c^miission anglaise, en 18(38, et celui de la commissioiitrampiise, en 1869, sur la monnaie internationale. Nous y joignons un travail que nous avons insérer nous-mêmes dans la Uevue des Deux- Mondes (numéro du 15 mai 1868), sur une question cpii a beaucoup préoccupé et qui )iréoccupe encore beaucoup les esprits, celle de la grève énorme des capitaux qui sont dépo.sés à la Banque de France et ailleurs. Nous avons cru que ce travail, bien que n’étant pas lié directement aux chapitres de notre livre 'et c’est pour cela que nous l’avons relégué à l’appendice), se rattachait cependant encore à des études sur la <piestion monétaire, et (pi’il pouvait fournir des enseignements utiles à ceux (pii examinent les divers aspects de cette question.

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