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Cette année de 1718 fut une année d'activité exceptionnelle pour la .Monnaie, par suite de la refonte des espèces à laquelle on procédait et du retrait du numéraire en circulation que cette opération nécessitait. De nombreux inventaires constatent l'importance du stock de monnaies d'or et d'argent à rélormer qui passèrent dans les coffres de l'atelier.
Le 31 mars il y en avait pour 16.497', le 30 avril pour 16.563', le 3omai pour 62.243 ', le 2 juin pour 213.936 '. le 4 juin pour 165.475 ', le 5 pour 4.069 ', le 1 3 pour 31 1 .95 3 ', le 21 juillet pour 85.017 ', le 26 août pour 117. 150', le 26 septembre pour 92.350', le 26 octobre pour 48.100', le 26 novembre pour 52.650', le 27 décembre pour 14.550', enfin le 30 décembre pour 335.096', et il convient d'expliquer que chacun de ces chiffres ne concerne que les monnaies nouvellement retirées de la circulation, dont aucune ne figurait dans les inventaires antérieurs : plus de douze cent mille livres furent ainsi reçues à la .Monnaie de Bourges.
Cette activité ne se maintint pas, et, jusqu'à la fermeture de l'atelier, on vit le chiffre des opérations de change qui s'y accomplissaient, aller toujours en diminuant. Cette baisse constante se manifeste sur les totau-x des inventaires des matières d'or et d'argent appartenant au Roi. comme on disait, et qui existaient à la .Monnaie lors des Inventaires dressés à la fin de l'année. Voici ceux que l'on retrouve pour quarante-cinq années du X\ 111" siècle:
Année 17 16 301 . 1 r
Année 1730 182
Année 1742 93-044
» 1745 9^6so
» 17-17 75. io«
Année 1754 61 .012
La moyenne des cinq dernières années n'avait pas dépassé le chiflre de 27.400, et comme la labrication monétaire avait subi une baisse analogue, on comprend que l'autorité royale ait fermé un atelier qui rendait si peu de services.
Marchés pour la confection des carrés.
Kn 171 5, Pierre Boucault. qui était graveur de la .Monnaie et, comme tel. chargé de la conlection des carrés, se trouvait dans l'impossibilité de satisfaire à l'obligation qui lui incombait, et d'exécuter un travail qui était étranger a son propre métier. Il fut donc contraint de traiter avec un maître taillandier de Bourges, nommé Feau, dit la \'ille, et de passer avec lui le marché suivant :
<i Nous soussigné sommes convenus de ce qui suit, sçavoir est » que moy Michel Feau m'oblige et promet fournir à monsieur Pierre )) Boucault, graveur de la .Monnoye de cette ville, toutes sortes de » carrés tant d'orque d'argent, grosses et menues espèces, de lagros- )) seur et hauteur que l'on les fait à la Monnoye de Paris, les » abbatre, tremper et fraper au marteau, quand le cas y échoires » pour le prix et somme d'un liard par mar tant de l'or que de l'ar- » gent, et sy par hazard l'on venait à faire des liards en cette » monoye, je m'oblige comme dessus de luy en fournir moyennant » un denier par mar, et m'obligeant à tous dommages et intérêts si » le travail demeure en souffrance par la faute des carrés, ce que » moy Pierre Boucault accepte et m'oblige de payer ledit Feau,
» suivant ce qui sera passé de net, tant en or que d'argens, en la » délivrance de messieurs les juges-gardes de cettte Monnoye de
» Bourges, le 27 février 171 5. »
La convention que venait de passer Pierre Boucault était très désavantageuse pour lui.Enefiet il ne lui était alloué que huit deniers par marc pour la fabrication des espèces nouvelles et six deniers pour les espèces réformées. L'émolument promis à Feau s'élevait en somme à trois deniers par marc, ce qui, suivant les cas, réduisait à cinq ou à trois deniers la part qui lui revenait. 11 résolut donc de poursuivre devant la juridiction de la Monnaie l'annulation du marché du ij février ou tout au moins la réduction des concessions faites à Feau.
Un jugement des juges-gardes, rendu le 13 février 17 16, d'accord entre les parties, prononça l'annulation du traité du 27 février, et pour le règlement du passé, décida que Boucault payerait à Feau trois deniers par marc de toute les espèces frappées et délivrées jusqu'au jour du jugement; qu'à partir du i"' mars Feau continuerait à recevoir trois deniers par marc pour les espèces de fabrication, mais ne toucherait plus que deux deniers pour les espèces de réformation; ordonnait enfin que Boucault supporterait la valeur de tous les carrés frappés et à frapper à dire d'expert, réservait enfin à l'eau la faculté de renoncer à l'ouvrage.
Michel l'eau ayant préféré s'exonérer immédiatement des obligations résultant du marché modifié par le jugement. Boucault fut obligé de chercher de nouveau une personne capable de fabriquer les carrés à sa place et conclut avec Pierre Boyer, serrurrier de la .Monnaie, un nouveau traité dont voici le texte :
(I Nous soussignés, en la présence et du consentement de » messieurs les juges-gardes de la Monnoye de cette ville de Bourges, » sommes devenus d'acord de ce qui suit ;
)) C'est a savoir que moy Pierre Boyer, serrurier de ladite Alon- » noyé, m'oblige envers le sieur Pierre Boucault, graveur d'icelle de » lui (ournir toute sortes de carrés tant pour or que argent, grosses et » menues, espèces de la grosseur et autheur convenable et comme l'on » les lait a la Monnoye de Paris, de les lirrer et adjuster propre à la
ETUDES SUR LA NUMrS>U -^^ ■ ■ ■• BERRY 1^9
" trappe et lorsqu'ils seront frappes au ^'lOi balancier, de les aprocher » en tel sorte que ledit Boucault n'ayt aultre ouvrage qu'a les graver » comme aussy les abatre et tramper bien dûment à la manière ac- » coustumez; je monteray et demonteray l'équipage d'un balancier » lorsqu'il en sera besoin, j'ederay à les fraper et enfin j'antretiendray » ledit équipage en bon état moyennant tout ce que dessus.
I) iMoy Boucault m'oblige envers ledit Boyer de lui payer deux » deniers et une maille par marc tant d'or que d'argent soit pour la » fabrication que pour la réformation suivant ce qui sera passé de I) net en la délivrance de mes dits sieurs juges-gardes et au cas que » dans la suite il se fasse en cette .Monnoye des liards ou doubles •) liards moy Boyer m'oblige comme dessus de fournir au sieur » Boucault tous les carrés nécessaires de la manière qu'ils sont cy- I) dessus expliqués; moyennant quoy moy Boucault je les payerai un » denier et une obolle par marc et sy par la faulte de moy Boye ne I) fournisse pas aud. Boucault tous les carrés nécessaires et à cause » de ce, que le travaille cesse m'oblige de luy payer les dommages et » intérêts, mais encore tous ceux qui pourront être contre luy pré- » tendus. A tout ce que dessus nous nous obligeons réciproquement » l'un envers l'autre sous l'obligation de voir bien et spécialement ce ») qui pourra nous revenir aux dellivrances et comme .Michel Feau. )) surnommé la Ville, a cy-devant fait et fourni des carrés suivant la » convention faite entre luy et moy Boucault, en présence de mes- » sieurs juges-gardes pour l'indemniser des carrés par luy faits jus- » qu'à ce jourd'huy doibt participer dans ce qui me revient des espèces » qui ont esté marquées et qui le seront pendant le présent mois, » moy Boyé m'oblige sans aucune rétribution de fournir tous ceux » qu'il faudra, à la charge aussy que tous ceux qui resteront de bonne » qualité des espèces qui en seront marques après le dernier du » courant, j'an serait payé comme sy je les avais faits et fournis. — » Fait double à l'Hôtel de la .Monnoye ce quinze febvrier mil sept » cent seize ' »