‹ Études sur la paroleChapitre 126 sur 126 · IL SAMUEL · texte numérisé non relu

IL SAMUEL

Le second livre de Samuel nous présente l'établissement définitif de David dans la royauté, et ensuite les misères de sa maison après que la prospérité eut, hélas ! ouvert Técluse à sa volonté.

Le chemin des difficultés de la foi est celui où Ton marche avec Dieu , et où l'on célèbre le triomphe que sa présence nous assure. Un état de prospérité met en évidence combien peu l'homme est capable d'en jouir sans y trouver un piège. Un état de prospérité n'étant pas le chemin de la foi, c'est-à-dire de la force, le mal qui existe dans le cœur se fait jour dans la conduite. Comparez II Samuel XSll ^ le cantique par lequel David termine le chemin des difficultés, Chap. XXIII, l'expression de ses dernières pensées ( en lisant au v. 5 : a Bien »que ma maison ne soit pas telle devant Dieu. » Toutefois I il a fait, etc.»).

Cependant la piété et les sentiments pieux, et par conséquent généreux, étaient réels en David. Il ne feignait pas d'avoir le cœur touché du malheur de Saûl pour saisir la royauté sans regret aussitôt que Saûl aurait cessé d'exister. Eo recevant la nouvelle de sa mort, David a réellement le cœur fondu : Malheur à celui qui , poussé par la dureté et par la recherche de son intérêt particulier, espérait , en lui apprenant cette mort, être porteur de nouvelles agréables! Quel que fût son malheur, c'était du roi d'Israël qu'il s'agissait pour David. C'était, quelles que fussent ses fautes, un roi malheureux. David en avait été aimé. Il avait été un des habitués de sa maison, où le malheur du roi se déployait devant ses yeux, et commandait le respect de ceux qui l'approchaient de si près. Et si Saul avait poursuivi David sans cause , c'était ici le momeqt où il était facile de l'oublier. David , à la mort de Saûl , ne se souviendra que de ce ; qui peut honorer celui qui est tombé ; et , pardessus tout , il se rappellera que ce sont l'oint rÉlernel et le peuple de l'Éternel qui ont été renversés devant ses ennemis.

David fait tuer l'homme qui, trompé par

Tégoïsme , s'était accusé de manquer de toute

crainte de l'Éternel, de tout sentiment bon et

généreux. Car David craint Dieu , et l'oint de

J'Èternel a un grand prix à ses yeux. Puis il

épanche son cœur devant Dieu, dans les accents touchants d'une douleur dont l'expression attendrissante et solennelle rappelle tout ce qui relevait Saûl , et laisse échapper les doux et affectueux souvenirs qui lui sont suggérés par son cœur. Belle expression des fruits de l'Esprit de Dieu I Enfin , la foi agit en David , et il ne se décourage nullement. Si le malheur lui touche le cœur, il lui donne aussi l'occasion de prévenir parla sagesse que l'Éternel lui avait donnée, un malheur semblable. David fait apprendre à Juda l'emploi de l'arc , arme par laquelle Saûl est tombé. David,* dans sa petitesse, marche encore bien. Il demande à l'Éternel s'il doit monter en Juda et en quel lieu; et l'Éternelle dirige. David témoigne aussi aux habitants de Jabée de Galaad sa satisfaction de leur conduite à l'égard de Saûl.

Néanmoins le combat n'a pas encore cessé ; s'il n'a pas lieu contre les ennemis extérieurs, il continue contre ceux du dedans. Ce qui se rattache à l'importance charnelle de Saiil ne peut pas supporter David , Cependant , au fond , tout est maintenant changé ; car Isboseth n'était pas l'oint de l'Éternel , et son règne est véritablement une rébellion contre Dieu. David lui fait la guerre par ses capitaines.

Hélas ! l'histoire de cette période nous plonge dans les voies des hommes. Ce n'est plus sim-

plement David dans le chemin de la foi. C'est Joab, homme habile, ambitieux, sangmnaire et sans cœur. C'est Âbner, homme moralement supérieur à Joab , mais qui combat charnellement comme homme de parti contre le roi que Dieu a élu. Âbner est parent d'Isboseth comme Joab de David. Après que son orgueil a été froissé , il se jette du côté de David , et Joab le tue par jalousie non moins que pour venger la mort de son frère. Et où est-ce que la bravoure et la vaillance des chefs de Benjamin et de Juda se manifestent maintenant dans ce champ des hommes forts? C'est en se tuant les uns les autres. Les Philistins étaient oubliés. Toutefois, au fond , la famille de Saûl avait tort. C'était la nature qui, avec ses prétendus droits, ne se soumettait pas à Dieu et à sa volonté. Ainsi que David commence à le faire ici , Christ , roi de Juda, s'assujettira tout autour de lui aprèç être entré dans son règne. Il est bon de remarquer, toutefois, que David ne parait pas en tout ceci. C'est Joab qui est en scène ; et il me semble , par les détails qui nous sont donnés, que le mal commence déjà. Je ne vois pas que David ait consulté l'Éternel, et Joab ne l'a certainement pas fait, lui qui n'était qu'un impie comprenant qu'il était plus sage de respecter Dieu , et de ne pas trop s'écarter de Lui sans but pour satisfaire à ses passions, ce qui ne l'a pas empêché d'être

pris à la fia dans ses calculs. Et, après toat, ce n'est pas l'énergie de Joab quia mis le royaume entre les mains de David; c'est l'orgueil blessé d'Abner qui, au fond, était le chef du parti d'Isboseth, et qui finit par moissonner au milieu des hommes ce qu'il avait semé. Mais tout ceci est fort triste.

Providentiellement, Dieu accomplit ses desseins et David prospère. En général aussi , dans ses comj^ali à cette époque et dans son élévation, David est une figure de Jésus. Et je ne doute pas que l'établissement du royaume de Christ ne soit une œuvre à accomplir en détail, quand il aura apparu ; c'est ce dont les prophéties de Zacharie et le V^ Chapitre de Michée font foi ; mais, historiquement, nous sommes, comme je l'ai dit, au milieu des hommes. Dans l'affaire de la mort d'Isbosetb, David conserve son intégrité, et il manifeste, à l'égard de l'assassinat d'Âbner, les sentiments qui conviennent à un homme de Dieu. Néanmoins, le v. 39 du Cbap. III , fait déjà voir la faiblesse de l'homme comme instrument du gouvernement de Dieu. David en appelle au Dieu de jugement.

L'élection de la personne voulue de Dieu précède de toutes manières son établissement dans le lieu que l'Éternel avait choisi. Cette élection devance plus évidemment encore le repos de celui qui est choisi ; et ceci est vrai

quant au Christ lui-même, seulement il y est descendu en grâce.

David 9 roi de Juda en Hébron pendant sept ans et demi , devient roi de tout Israël après la mort d'Isboseth. Et maintenant, David n'est plus rhomme de foi qui, chef lui-même des armées d*lsraël, dirigeait, en marchant sous la dépendance de Dieu , les entreprises que les circonstances d'Israël réclamaient de la foi; mais c'est un roi qui peut élever qui il veut. L'homme parait bientôt, l'homme énergique, mais non pas l'homme de Dieu. Celui qui montera jusqu'au canal (v. 8), recevra une récompense de sa main . dit le roi , et sera chef et capitaine. Joab y monte et il a des droits charnels sur David (1). Néanmoins, en somme, David est dirigé par Dieu et il preud la ville choisie de Dieu pour son trône sur la terre. C'est pourquoi il peut dire de ceux qui eh sont maîtres , qu'ils sont haïs de l'âme de David ; <^r, en effet , ceux qui sont en possession du

(1) Joab était évidemment habile et eotreprenant ; mais il est remarquable qu*il ne figure pas parmi les hommes qui d'étaient signalés par Tèclat de leurs triompheSy quand il fallait combattre pour la gloire de Dieu par une foi individuelle. S'agit-il d'être chef et capîtaine, place que David avait remplie jusqu'alors, Joab se met aussitôt en avant.

vrai siège de la puissance de Dieu, du lieu de sa dilection , et qui , confiants en leur force charnelle y résistent au roi que Dieu a choisi et se moquent de lui , sont haïssables plus que tous les autres, et sont haïs de ceux qui ont l'esprit de celui qui établit son* trône sur la terre.

Il est bon de remarquer ici, que David est un type du Christ souffrant et du Christ combattant en puissance pour l'établissement du millenium; et Salomon, du Christ régnant dans la paix milléniale. Les guerres de David avec les Philistins sont postérieures à la prise de Jérusalem et à l'entier assujettissement d'Israël à David. Ce n'est pas David ^ et ce n'est pas non plus le Christ, roi sur la terre, qui prend Jérusalem. Le Christ descendra du ciel pour l'anéantissement de l'antechrist ; mais il détruit les ennemis d'Israël par le moyen de son peuple, après avoir établi son trône en Sion. (Comparez Zacharîe , Chap. IX et X.) Je ne m'étends pas là-dessus. Je me borne à signaler les grands traits que la Parole nous fournit sur ce sujet.

David s'établit en Sion ; il est reconnu des Gentils bien disposés : aussi a-t-il la conscience que Dieu l'a établi roi. Mais le cœur de l'homme perce bientôt. Affermi dans sa royauté de la part de l'Éternel, il agit à son aise, d'après sa volonté. (Comparez Dm^ XVII, 17.) Toutefois l'affermissement de son trône n'anéantit pas

Tespoir de ses anciens ennemis (i), mais il excite leur jalousie. Ils ne connaissent ni le bras de sa force, ni le conseil de l'Éternel qui Ta établi. Ils courent à leur ruine. Ici , avec le danger qui le réveille,[nous retrouvons Thomme de Dieu, figure du Seigneur, attentif aux conseils de TÉternel qu'il a cherchés. Il remporte des victoires éclatantes sous la direction expresse de Dieu dont la force le précède, et met ses ennemis en déroute. Aussi en attribue-t-il la gloire à TÉternel.

Bien que Dieu ait établi roi en puissance celui qui est en même temps le capitaine victorieux de son peuple, cependant les liens de l'alliance ne sont pas encore rétablis. L'Arche est encore là où la piété particulière l'avait accueillie , lorsque Dieu a dû être lui-même le gardien de sa propre gloire. David veut la placer là où son trône est maintenant établi. II veut que l'Éternel des armées qui habite entre les Chérubins , soit honoré et qu'il soit en même temps la gloire du trône du roi d'Israël. Il est Hé avec lui dans sa pensée. Or, la royauté de Melchisédech n'était pas encore en exercice, pas même en figure. Car Melchisédech est roi de

(1) Par bien des prophéties de TAocien Testament, il est évident qa*il en sera de même lorsque Christ sera de retoar sar la terre. Et cependant, dans ce temps-lâ, l'homme ne s'ôlèvera que pour sa destruction subite.

Salem , c'est-à-dire, roi de Paix. Dieu maintenait encore sa propre gloire. II pouvait bénir David, roi élu et oint ; mais Tordre des choses , quiréunissâit tout sous l'autorité du roi, n'était pas encore en vigueur. Il devait être établi plus tard, sous Salomon.

Israël aurait dû reconnaître l'ordre voulu de Dieu. Or, tout en cherchant à honorer Dieu , David pense à lui-même, et il n'y a, en définitive, qu'une imitation fautive de ce qu'avaient fait les sacrificateurs des Philistins , sous l'impression produite par la frayeur de l'Éternel. Le résultat n'en fut pas heureux. Ce que l'homme avait fait, l'homme cherche à l'appuyer ; mais , pour le faire , il porte atteinte à la gloire de l'Éternel et tombe devant sa majesté. L'Éternel revendique sa gloire. Il ne demeure pas encore au milieu de son peuple. Peiné et effrayé en même temps, peiné parce que son cœur cherchait vraiment la gloire de l'Éternel , quoiqu'il ne fût pas à la hauteur de cette gloire et qu'il eût oublié la majesté de celui qu'il aurait dû avoir plus près de lui, David laisse l'Arche dans la maison d'Obed-Edom ; et c'est là que le Seigneur fait voir qu'il lui est naturel de bénir là où l'on ne fait pas de sa majesté un oubli qui dispose de lui comme de droit. Quand on déroge à sa majesté, il la maintient ; comme aussi il manifeste ce qu'il est,Jpar la bénédiction qu'il ac-

corde. Le cœur et les affections de David se relèvent ; il fait transporter TÂrche de la maison d'Obed-Edono , et la place dans un tabernacle qu'il lui avait tendu. Ici on ne voit que David, et on le voit revêtu de l'éphod. Ilest chef de son peuple , quand il rétablit ces relations (1) entre lui et son Dieu , et cela avec joie , avec des chants de triomphe et des sacrifices. C'est lui-même aussi qui bénit le peuple, étant en tout ceci le type remarquable de Jésus et de ce qu'il accomplira en Israël aux dernicrsjours. Tout ceci, cependant, n'était pas bâtir le temple, œuvre réservée au prince de la Paix. C'était le roi , par la foi chef de tout le peuple, agissant jusqu'à un certain point, et pour la foi« en sacrificateur selon le principe de Melchisédech , sans que la bénédiction et l'ordre attachés à ce titre eussent encore été établis. Le roi offre des sacrifices , il bénit le peuple. Comme seul chef, il avait réuni tout Israël. Il avait battu ses ennemis. Mais, après tout, c'était une époque de transition. L'Arche de l'alliance était encore sous une tente. David avait triomphé;

(1) Je dis des relations, parce que, en effet,!* Arche de ralliance était le lien extérieur, le signe des relations formelles entre Dîea et Israël. C'est ce qui donne beaucoup d'importance à la circonstance que doqs étudions ici. La perle de l'Arche avait été, au contraire, ii. cabod du peuple.

mais il ne jouissait de la paix qu'en passant. Cet établissement de FArche sur la montagne de Sion fait cependant époque ; car Sion était la montagne de la grâce royale, où le roi qui avait souffert, et en tant qu'ayant souffert, avait établi son trône en puissance et en grâce en rapport avec Israël. C'est ce qui donne la clef du Chapitre XIV de l'Apocalypse, livre dans lequel l'Agneau est toujours, me semble-t-il, ce Messie qui a souffert , mais élevé au trône de Dieu en attendant la manifestation de sa gloire ; élevé dans ce caractère , quoique , comme tel « il eût accompli des choses bieu autrement importantes , car le salut et l'Église sont bien plus excellents que le royaume ; or, c'est du royaume que nous nous sommes évidemment occupé ici. Je ne doute pas que les cent quarantequatre mille qui sont avec l'Agneau sur la mon* tagne de Sion ne soient ceux qui ^ont souffert pour l'amour du Messie dans l'esprit de ses propres souffrances , au milieu d'Israël. Ils ont part avec lui à sa position royale sur Sion, et ils l'accompagnent partout où il va. Ils sont moralement assez près du ciel pour apprendre le cantique qu'on y chante, et que personne d'autre sur la terre ne peut apprendre. Ce sont les prémices de la terre. Ils ne sont pas dans Iç cie).

Ceci aussi explique Héb. XU , 22 , où nous

trouvons Sion en contraste avec Sinaï, où le peuple avait été placé sous sa responsabilité propre, la loi ayant la sanction que la frayeur de la présence de rÉternel lui donnait. Mais, dans le passage cité, Sion se distingue bien nettement (1) de la Jérusalem céleste. Je ne doute pas qu'il ne doive exister à la fin une relation semblable entre Christ et le résidu de son peuple qui l'a attendu. C'est une période pendant laquelle Jésus est pleinement triomphant et agit en puissance et en roi , mais ne gouverne pas encore en paix, et pendant laquelle il forme, développe et établit les relations des siens avec lui sur la terre , dans ses triomphes et dans sa royauté, selon les droits de laquelle il s'assujettit ses ennemis. Les Psaumes nous ouvrent aussi prophétiquement et en figure , cette partie du règne de Christ. (Voyez le Psaume CX.) Après avoir fait asseoir le Seigneur de David à la droite de la majesté dans les cieux , TEsprit dit : a L'Éternel transmettra de Sion le sceptre x> de sa force. Domine au milieu de tes enne- » mis. Ton peuple sera un peuple de franche

(l)La forme de la phrase Hôb. XII, 22, rend les diverses parties dont elle se compose plus faciles à dislîngoer Le mot « et 0 les sépare. Sion, — la cité du Dieu viTant, la Jérusalem céleste, — les anges, rassemblée générale, — rÈglise des premiers-nés dont les noms sont écrits dans le ciel , — Dieu juge de tous, etc.

» volonté, au joar que tu assembleras ton armée » en sainte pompe. La rosée de ta jeunesse (des » jeunes gens qui le suivent) sera produite » du sein de Taube du jour (seront de cette » matinée de sa gloire , de Taube du jour ). » Ce Psaume entier développe cette même idée, la royauté guerrière de Christ ayant Sion, choisie de Dieu comme siège et comme point de départ, dans les guerres triomphantes du Messie.

Poursuivons aussi ce dernier point.

Après avoir dépeint la ruine d'Israël, le Psaume LXXVIII nous fait voir le Seigneur qui se réveille ; mais il met de côté tout ce qui tenait au droit d'héritage et au témoignage de ses voies avec Israël antérieurement ; car (I Chron. V) Joseph avait droit d'atnesse. «Il a » CHOISI la tribu de Juda , la montagne de Sion » qu'il aime. I! a choisi David son serviteur et D Ta pris des parcs des brebis, etc.:» Ce Psaume, il est vrai, fait mention de son sanctuaire, mais la montagne sur laquelle il a été bâti n'est jamais représentée comme objet de l'élection de Dieu. Ce Psaume va plus loin que notre histoire actuelle ; mais l'élection s'applique à David et à Sion. "*

Le] Psaume CXXXII nous présente précisément les sentiments que l'Esprit a inspirés à David, lorsqu'il a placé l'Arche sur la monta-

gne de Sion. Ce n'est qu*uD pavillon , mais cest celui du Paissant de Jacob sur la terre. Et rËternel a choisi Sion. En elle germera la corne de David. Remarquez ici que chaque fois la réponse de l'Éternel dépasse la demande et le désir de David, beau témoignage de la riche bonté de Dieu. Le repos de rËternel est au milieu de son peuple. Il veut jouir de ce repos ici, au milieu des siens, quoique sa gloire soit dans le temple et que ce soit là que Ton en parle. Mais cette gloire et ce repos-là n'avaient pas encore eu lieu dans le désert. Israël était en voyage , et l'Éternel qui demeurait au milieu du peuple , allait devant lui pour chercher un lieu où il se reposât. (Nombr. X, 33.) Ce n'était pas non plus le cas à Silo, où son repos au milieu du peuple dépendait de la fidélité d'Israël. « Il a abandonné le pavillon de Silo; x> et il a livré sa force entre les mains de l'enne- )>mi.»(P^. LXXVIII , 61 et 62.) L'élection et la grâce accomplie par le moyen de celui qui avait été choisi d'entre les peuples ( Psaume LXXXIX « 19) , établissent seules le repos de Dieu au milieu des siens.

Il y a encore une remarque à faire au sujet du Ps. GXXXII. Nous avons vu que Dieu maintient sa majesté dans son gouvernement , et ne permet pas que quelqu'un touche à son Arche. Il laisse à David le temps de trouver que Dieu

test un Dieu de béoédictioD et de grâce ; mais, quelles que soient les bonnes intentions des siens, il faut que la vérité, que ce qu*iiest , soit clairement démontré dans les voies publiques. S'il en était autrement, si son gouvernement n'était pas stable , tout tomberait en ruines ; l'homme se laisserait constamment entraîner par sa légèreté à faire sa propre volonté. Il est vrai que Dieu est plein de patience et que , après avoir établi des relations entre son peuple et Lui, il agit d'après ces relations mêmes aussi longtemps que possible , quoiqu'il doive aussi châtier ; mais enfin le jugement arrive. Dans le cas qui nous occupe, Dieu avait rompu ces relations» il avait livré sa force entre les mains de l'ennemi; David victorieux I^uirendsa place. Néanmoins, l'examen du Psaume CXXXII fait découvrir des sentiments beaucoup plus profonds , uo cœur qui affectionnait la gloire de Dieu au milieu de son peuple, d'une manière beaucoup plus développée et beaucoup plus intime que ne l'indiquait ce qu'exprimaient la pompe extérieure et le cortège auquel Israël pouvait prendre part ; sentiments auxquels Dieu répond d'une bien autre manière que par la mort d'Uzah. Ce Psaume CXXXII, il est vrai , a été écrit après les touchantes communications révélées dans le VII® Chapitre du second Livre de Samuel , comme le démontrent les v. 11 et 12. Il nous apprend

néatimoins quel est Tesprit dans leqael David était allé quérjr TÂrche, le désir ardent de sou cœur de trouver un lieu pour TÉternel , ce que, comme nous l'avons vu , Christ accomplira. (Comparez jExode, XV.) Or, c'est, me semble-til, la conscience de ce sentiment qui, dans cette occasionna donné lieu à la chute de David. Qu'est-ce que de l'homme? Dans la conscience de ce sentiment, il va pour le mettre à exécution, et il oublie un peu la gloire suprême de Dieu, le péché qui avait éloigné Dieu de son peuple et là majesté qui lui est propre. Lorsque Dieu agit d'après les exigences de cette gloire, et qu'il fait tomber l'homme qui prêtait à David son concours pour l'accomplissement du souhait de son cœur, David s'en aigrit. La mort d'Uzah aété la conséquence de la conduite de David , et il se révolte contre l'Éternel lorsque cette conséquence a lieu. C'était bien là la chair. Dieu a rendu David sensible à ce qui convenait au service du Dieu dlsraël {\oy. IChron. XV, 12-13) (1), et il a restauré son âme en lui faisant voir qu'il était la vraie source de bénédiction, et que le renvoi de l'Arche était aussi le renvoi de la bénédiction. De plus , la position de David conservant avec

(I) Il DO s*agit pas de ceci en Samael , parce que c'est David, type du Seigneur, qui nous est présenté par VEsprit.

affection le sentiment de la gloire de l'Éternel au milieu de son élévation, est moralement de toute beauté, et elle a une portée toute particulière eu égard aux économies divines. La place qu'occupe Salomon à la dédicace du temple , présente sans doute un tableau plus frappant. La sacrificature de Melchisedech s'y trouve dans sa simplicité et dans sa plénitude , mais cela était le fruit de l'accomplissement de la bénédiction ; et l'état moral de ceux qui y prenaient part, était beaucoup moins le fruit d'un exercice profond du cœur et de l'intimité avec Dieu qui en est la conséquence; il était ainsi beaucoup moins lié à l'espérance intelligente de Christ. Salomon jouit de la réalisation de la gloire sur laquelle, dans son véritable accomplissement en Christ , David comptait par la foi ; Salomon ne remonte pas plus haut que la foi de David et la responsabilité du peuple qui en découlait. Le temple en est la scène. David s'élève davantage. Il saisit l'intention de Dieu, quant au siège de la royauté du Seigneur, et , lorsque cela exigeait de la foi , il devient, autant que cela se pouvait, roi sacrificateur et par conséquent remonte à Dieu lui-même qui est la source de cette royauté sacerdotale. Enseigné de Dieu, il a compris l'élection de Sion , siège de la gloire royale de Jésus , et , dans ce sens, sa position morale lorsqu'il dansait devant l'Arche comme un homm^

sans importance et à sa honte aux yeux du monde, me semble avoir été plus élevée que celle de Salomon sur son estrade d*airain.

L'Arche est encore le signe du rétablissement de la puissance de Dieu au milieu de son peu-* pie par ce lien moral ; mais ce rétablissement a lieu en figure par la victoire et l'énergie de Christ qui prévaut sur ses ennemis , comme cela aura lieu, et non-seulement dans la jouis-^ sance de la gloire. Dans toute cette partie de son histoire, David est plus personnellement un type de Christ, C'est lorsque cela est diffi^ cile , qu'il établit les liens du peuple avec Dieu , et avant que l'effet de la puissance ait levé les obstacles , il bénit et rassasie le peuple comme Melchisedech. La bénédiction découle de sa personne en présence de ce qui s'y oppose en-^ core et malgré toutes les difficultés. La position que David prend encore est celle de serviteur et de serviteur immédiat de Dieu par la grâce. Il n'est pas sacrificateur sur son trône ; mais le roi se fait sacrificateur, et cela encore en accomplissant un service. Samuel, comme donné à l'Éternel, était vêtu d'un éphod de linw C'était le vêtement sacerdotal, et il n'é-^ tait pas sacrificateur de l'ordre d'Âaron. Il servait au Tabernacle par la grâce et par l'Esprit, comme une personne élue et mise à part pour Dieu. Il était dans ses droits , mais c'était de

la part de Dieu en grâce , lorsque la sombre nuit d'Icabod menaçait déjà le peuple de ses ténèbres. Ici, c'est le roi qui , prenant cette place , revêt l'éphod de sacrificateur, non les vêtements que Dieu avait donnés aux sacrificateurs pour gloire et pour ornement; mais ceux qui distinguaient le sacrificateur en tant que type de la personne de Christ sacrificateur, et qui tenaient à l'essence de ses fonctions ; et en réalité il se fait plutôt lévite, c'est-à-dire serviteur dévoué devant l'Arche, devant l'Éternel. L'idée dominante qui se rattache à l'éphod, c'est que celui qui le revêt se présente devant Dieu. Tout en présentant ses requêtes, Melchisedech s'offre plutôt aux yeux du peuple, quoiqu'il fut devant Dieu pour le peuple comme roi et sacrificateur sur son trône.

Ayant offert ses sacrifices , le roi bénit le peuple. Il restait à vaincre les Philistins, les Syriens et d'autres nations encore; mais les liens du peuple avec Dieu étaient établis et maintenus en sûreté par le roi en Sion, bien que l'Arche à laquelle ces liens se reportaient , fût encore sous un pavillon. La bénédiction aussi était assurée de la part du roi : de celui qui avait réuni le signe de l'alliance et le roi élu dans le lieu de l'élection de Dieu et qui était encore serviteur pour cela. L'éphod n'était pas de Melchisedech ; mais , en honorant l'Éternel

qui avait gardé le peuple , celui qui le portait . maintenait comme sacrificateur la bénédiction du peuple auprès de Dieu. Mical, qui selon l'esprit de Saiil, son père, ne rêvait qu'une gloire charnelle, ne peut y participer. L'humiliation devant l'Éternel lui était incompréhensible. Elle ne connaissait ni ne goûtait sa gloire ni la joie de le reconnaître seul maître du cœur. Ce qui tient à Saiil ne saurait avoir part au règne de David et ne sait pas souffrir avec un rejeté et un méprisé. Enfin , c'est le roi dévoué à l'Éternel et au peuple qui assure à celui-ci et lui communique la bénédiction, et non encore un roi jouissant par-dessus tout d'une bénédiction établie, ce qui est l'état de Salomon. Or, le premier de ces deux états représente , il me semble, Christ tel qu'il a toujours été en principe et en droit, et particulièrement tel qu'il sera après la destruction de l'Anti-Christ , et antérieurement à la destruction des ennemis qui s'opposeront encore alors à rétablissement de son règne en paix. Son peuple, tout Israël, sera réuni sous lui. Le sceptre de sa force sortira de Sion et il dominera au milieu de ses ennemis {Ps. CX); mais ce ne sera encore l'accomplissement ni du Psaume LXXII , ni de Zacharie VI , 12-13. Comparez encore le Psaume II, où le Christ est considéré comme Fils de Dieu, né sur la terre , et où ses droits universels à la

possession de la terre qui en découlent, sont constatés, reconnus de Dieu et dénoncés aux rois. Au Psaume GX, le Christ est élevé à la droite de Dieu , attendant que ses ennemis soient mis pour le marche-pied de ses pieds. Au Psaume Vllf , Il est le Fils de l'Homme et toutes choses lui sont assujetties. Sous Salomon, tout Israël se réjouit de tout le bien que TËternel avait départi à Salomon, ainsi qu'à David. Ici, David lui-même fait personnellement provision de ce qui était nécessaire pour rassasier le peuple , et fait distribuer à chacun un bon morceau ( 1 )• Il revient pour bénir sa maison ; car David aune maison qui est sienne, dans laquelle il se rend après avoir béni Israël : c'est

(1) LePsaumellDous montre le roi établi sarla saiate montagne de Sioo, Fils de Dieu, engendré dans le temps (vérité qui ne touche pas à sa relation de Fils , un avec le Père avant que le monde fût, doctrine enseignée, Jean I , Héb. I , Col. I , et ailleurs) , reconnu tel par l'Éternel et les rois sommés de se soumettre à lai. Le Ps. VllI nous en parle comme le Fils de l'Homme , à qui toutes choses sont assujetties d'après les conseils éternels de Dieu. Au Ps. GX, celui qui avait été méprisé et rejeté, étant élevé à la droite de Dieu, doit dominer au milieu de ses ennemis.

Comparez Pss. XXIV et Cil . — Dans le premier il est reconnu comme TÊlernel des armées , Je roi de gloire , après avoir vaincu ses ennemis ; dans le second » comme le Créateur lui-même.

quelque chose de plus près de lui qu'Israël. Mical, nous Favons vu, ne saurait véritablement en être. David trouve sa joie à s'humilier devant l'Éternel et la reprend. Quelle réponse accablante que celle qu*il lui fait.

Désirant avec ardeur la gloire de l'Éternel , David n'aime pas à demeurer dans une maison de cèdre , tandis que l'Éternel demeure sous un pavillon. Il désire lui bâtir une maison. Bon désir, mais que Dieu ne pouvait exaucer. C'est au prince de Paix qu'appartenait l'œuvre de bâtir le temple. Souffrant et conquérant, David représentait le Christ , non par conséquent comme jouissant du royaume terrestre d'après un droit que personne ne contestait plus , et ouvrant à tous les portes du temple où l'Éternel de justice devait être adoré. Il rentre donc , pour ainsi dire , dans sa position personnelle, où Dieu le bénissait d'une façon toute particulière. David était plus qu'un type; il était réellement souche de la famille de laquelle devait sortir le Christ lui-même. C'est ce qu'enseigne ce beau Chapitre VII. Vase d'élection pour soutenir la cause du peuple de Dieu dans la souffrance, et pour rétablir au milieu de ce peuple la gloire du nom de l'Éternçl (8 et 9), l'Éternel avait été avec lui; et David, tout particulièrement honoré en cela, était aussi dans sa fidélité un vase de promesse de la paix

et de la prospérité future destinées à Israël dans les desseins de Dieu. Mais c'étaient encore des choses futures. La perpétuité de la royauté sur Israël est établie dans sa famille, que Dieu saurait châtier, s'il y avait lieu , mais qu'il ne retrancherait pas. Son fils bâtirait la maison. Dès l'Exode (1) , la pensée de l'homme plein de l'Esprit était de bâtir ce qui servirait d'habitation à l'Éternel.

Voici les points principaux de la révélation et de la réponse de David : — Appel souverain de Dieu ; — ce que Dieu avait fait pour David ; — la sûreté du repos à venir d'Israël ; — l'établissement, de la part de Dieu, de la maison de David ; — son fils serait Fils de Dieu, bâtirait la maison ; le trône de son fils serait établi pour toujours.

La première pensée de David , et il en est toujours ainsi lorsque l'Esprit de Dieu agit , n'a pas été de s'en réjouir, mais de bénir Dieu. Voici les traits frappants de la prière d'action de grâces : Il est en paix et au large devant Dieu; il entre et s'assied devant lui; il reconnaît en même temps sa petitesse et combien il était indigne de ce que Dieu avait déjà fait. Ce n'était que peu de chose cependant aux

(1) Exode XV, 2. — Mais il fallait le Messie poar cela. Jusqu*aIo!8 Israël était voyageur et Diea avec lau

yeax de Dieu , qui lui avait annoncé l'aveDir glorieux de sa maison. C'était Dieu, et non la manière d*agir de l'homme. Que pouvait-il dire de plus? Dieu le reconnaissait; c'était là sa confiance et sa joie . Il reconnaissait que Dieu le faisait en vérité et de son propre cœur. C'était la grâce, pour que son serviteur en eût connaissance. L'effet de tout ceci était de faire reconnaître à David l'excellence de rËternel. Il n'y avait que Lui , et , sur la terre , il n'y avait rien de comparable à son peuple élu, qu'il était allé racheter pour lui-même et qu'il s*était maintenant assuré , afin qu'Israël fût son peuple à jamais et que lui-même fût son Dieu. Il ne demande que l'accomplissement de la révélation de Dieu. C'est le genre le plus élevé de la prière, que celle dont la source n'est pas dans nos besoins, mais dans les désirs et l'intelligence produits par larévélation des desseins de Dieu , qu'il veut accomplir en amour envers son peuple et pour la gloire de Christ. — Enfin, il demande que sa maison soit le lieu de la bénédiction de Dieu lui-même. Il désire, en un mot , que les desseins de Dieu , qui avaient réveillé toutes ses affections , soient accomplis par celui qui les avait révélés à son serviteur. Ayant pleinement échappé aux séditions du peuple , David agit ensuite avec puissance en assujettissant ses eivueux\%. Les Philistins, qui

demeuraient au dedans du territoire d'Israël, sont subjugués. Metheg^Amma veut dire : la bride ou le frein de la capitale. David tenait la clef de la puissance. Moab est soumis et rendu tributaire. Enfin, les ennemis extérieurs, les Syriens, sont aussi vaincus ou se soumettent. Les Iduméens sont asservis > et TËternel garde David partout où il va. En tout ceci, nous avons encore Thomme de foi et le type du Seigneur Jésus, roi en Sion, qui remporte la victoire sur les ennemis d'Israël, et met Israël en possession du territoire promis {Gen. XV, 18), jusqu'à rSuphrate. Il consacre à l'Éternel le butin. Il règne sur tout Israël et fait droit à tout son peuple. Les compagnons de son pèlerinage partagent la gloire de son règne, type en tout ceci du règne du Sauveur.

Il agit aussi en grâce envers le résidu abaissé de la maison de SaûL; et , si Mephiboseth n'est pas associé à la gloire de son règne, il jouit du privilège de la table du roi qui use de gratuité à son égard , quoique Mephiboseth appartienne à la famille de son ennemi et de son persécuteur, mais en même temps à ce petit résidu qui favorisait le roi élu de Dieu, étant pour cela haï lui-même de ceux qui étaient en autorité. Il jouit aussi en plein de l'héritage de sa famille. Ce touchant et beau témoignage de la bonté et de la fidélité de David par la grâce ^

nous présente , il me semble , le tableau des relations du Christ avec le résidu d'Israël ou du moins celui de l'esprit de ces relations. C'était a la gratuité de Dieu, » qui cherchaitja famille de Saiil, l'ennemi de la royauté de David, — et qui repose sur le représentant de ce Jonathan, dont nous avons lu l'histoire , de ce Jonathan figure de ceux qui s'attacheront au Christ en vue du royaume , mais qui, dans leur pensée, ne s'élèveront pas au-delà. Le résidu jouit de l'effet de l'établissement du royaume; mais il ne figure pas parmi ceux qui environnent le trône après avoir partagé les souffrances du roi méconnu et rejeté.

Le Chapitre X , aux détails duquel nous ne nous arrêterons pas, nous montre le principe général du gouvernement du roi en Sion. La grâce qui se manifeste, et qui auparavant avait été méprisée de ceux auxquels il voulait en rendre le témoignage , attire le jugement du roi. L'opposition et la rébellion ne font qu'établir son autorité là même où l'on essaie de lui résister. Il est inutile de lutter contre la puissance du roi élu de Dieu.

Suit l'histoire de David et de la femme d'Urie. David n'agit plus dans le service de Dieu par la foi. Lorsqu'arrive la saison où les rois sortent pour la guerre , il demeure chez lui , à 80Q aise , et il envoie d'autres chefs faire à sa

place les guerres de Dieu. A son aise et dans la paresse » il succombe facilement au péché » ainsi que cela lui est arrivé lorsqu'il cherchait ses aises au milieu des Philistins. Il n'était plus dans la position où la foi l'avait placé.

Plus David était près de Dieu » plus ses efforts pour cacher son péché étaient vains. Livré pour le moment à lui-même comme châtiment , il ajoute un second péché au premier ; il le consomme et en goûte le fruit , lorsque l'éloignement de tout obstacle prêtait à sa marche une apparence de légalité. Quelle triste histoire I Quelle bassesse ! Il oublie sa position de roi et de roi de la part de Dieu. Était-ce régner en justice , que de profiter de sa puissance royale pour opprimer Urie? Il se rend esclave de ce malheureux Joab» en le rendant complice de son iniquité. Quelle dégradation ! Qu'il était plus heureux, lorsque^chassé comme une perdrix sur les montagnes » il avait une foi vivante et une bonne conscience ! Or , qui peut échapper aux yeux de Dieu? Aussi» Dieu qui le connaît et qui l'aime , ne manque pas de visiter son péché. Ce péché était très-grand. David l'avait commis en cachette ; Dieu le punit à la vue de tout Israël. Si David n'avait su ni glorifier Dieu» ni» en régnant en son nom » maintenir un témoignage vrai de ce qu'était le royaume de Dieu ; s'il eu avait , au contraire, faussé le caractère ,

Dieu lui-même saura , à la vue de tous , en retracer les traits par le châtiment qu'il va envoyer sur celui qui l'avait ainsi déshonoré , et qui avait dté le seul témoignage que Dieu eût fait rendre aux yeux des hommes de son gouvernement.

Cette histoire nous fait voir jusqu'à quel point le péché aveugle le cœur , lors même que le jugement moral demeure sain , et quelle est la puissance de la fidèle parole de Dieu. Dieu fait voir en même temps la souveraineté de sa grâce; car , tout en châtiant David par la mort de l'enfant , c'est le second fils que Balhseba lui a enfanté, qui fut l'élu de Dieu, qui devint roi et tige de la famille royale , l'homme de paix et de hénédiction, le bien-aimé de Jah. Le cœur de David se soumet à la main de Dieu, et se plie sous elle au fond de ses affections. Il la comprend hien mieux que ses serviteurs , tout en ayant été plus coupable qu'eux. Il agit convenablement selon l'intelligence spirituelle. Il y a de la confiance en Dieu et de l'intimité avec lui ; c'est pourquoi David lui ouvre son cœur à l'endroit sensible, à l'endroit où Dieu l'avait frappé; mais la volonté de Dieu étant manifeste, il se soumet pleinement. On voit ici l'œuvre évidente de r£sprit. C'est le même Esprit qui agit dans le Sauveur enGethsémané , bien que l'occasion et l'étendue des souffrances fussent , en

ce cas , bien autrement importantes. Le péché de David avait été extrêmement gra^ve ; mais on voit évidemment en lui l'œuvre précieuse de l*£sprit. Confondu par la fidélité simple d'Urie, il ne peut échappera la main de Dieu. David est pardonné, car il confesse son péché; mais, quant à son gouvernement , Dieu s'est montré inflexible , et tout en épargnant le roi , — car il méritait la mort, — il lui annonce que l'épée ne partirait jamais de sa maison. Nous avons trouvé un pareil cas dans l'infidélité de Jacob. La peine de David répond ici aussi à son péché, { Comp. V. 10 et 12 avec l'histoire d'Absalon. ) Pour le cœur de David , le châtiment se trouve dans la mort de son enfant , châtiment auquel il fut fort sensible , et le gouvernement public de Dieu a été manifesté en ce qui est arrivé , selon sa parole , à la face du soleil et de tout Israël. Il est possible que les enfants d'Ammon eussent mérité un jugement sévère, et que ce temps fût celui de leur jugement ; ils étaient des ennemis insolents du roi établi de Dieu qui avait fait preuve de bienveillance à leur égard. Mais, quanta son état personnel , je ne sais si David aurait traité ses ennemis de la sorte , dans les temps où il marchait lui-même dans le chemin étroit de la foi. Comme figure , ce jugement nous fait penser au juste jugement du Messie, et aux conséquences affreuses de l'avoir méçrîsé

et insulté dans sa gloire même. Il nous montre aussi, que , lorsqu'un peuple est mûr pour le jugement , Dieu le fait tomber sur lui» alors même que les hommes cherchent à agir en grâce.

Après que David eut montré qu'il avait oublié Dieu et manqué à sa dépendance complète de lui , les misères de sa maison ne tardèrent pas à éclater. Il avait multiplié le nombre de ses femmes. La racine d'amertume germe et produit des fruits amers. Bien qu'au fond David eût le cœur droit devant Dieu et une piété qui reconnaissait Dieu profondément , une fois qu'à la suite des bénédictions dont Dieu l'avait comblé , il est sorti du chemin de l'humble dépendance que la foi et la réalisation de la présence de Dieu produisent, il a rendu amèrelafin de ses jours , en agissant d'après sa propre rolonté dans la jouissance de ces bénédictions. II y a péché dans sa maison , colère à cause de ce péché , vacillation parce qu'il y avait de la partialité à regard d'Absalon. Joab parait sur la scène, ainsi que cela eut lieu chaque fois que ces affaires d'intrigue et de misère se retrouvent dans l'histoire. C'est tout ce qu'il faut dire de la triste histoire d'Ammon et d'Absalon.

La partialité de David pour Absalon a eu encore d'autres suites plus pénibles et des châtiments sérieux. Il est triste de voir le vainqueur de Goliath , chassé de sa propre maison

et de son trône par son fils bien-aimé , et cela» de la main de Dieu. Car^ si Dieu ne l'avait permis, qui aurait pu chasser l'élu de Dieu du siège royal où rËternel l'avait établi? L'épée était dans sa maison : la Parole de Dieu plus pénétrante qu'une épée à deux tranchants. Que Dieu est juste! Mais il châtie ceux qu'il aime. Aussi 9 tout en étant la manifestation du gouvernement juste de Dieu , tout ceci est-il l'occasion pour David d'exercices profonds du cœur et d'une connaissance de Dieu plus réelle et plus intime; car le vrai et éternel lien du coeur avec Dieu se trouvait en lui , de sorte que tous ses malheurs ont produit leurs fruits » bien que ses fautes les eussent amenés ; à cet égard aussi , quoique l'occasion de sa tristesse eût été tout autre que celle du Sauveur luimême, il devient le type des souffrances du Christ, et le vase de l'expression de ses sympathies avec sou peuple. Ceci a même d'autant plus lieu, que, avec un cœur fidèle, et en un certain sens, une intégrité parfaite envers Dieu» les fautes et les péchés du roi prêtaient occasion à ses confessions et à cette humiliation que l'esprit de Christ produit 'dans le résidu d'Israël ; de sorte que, d'un côté, il exprime son intégrité , tandis que, de l'autre, il confesse ses fautes. Or, c'est ce que Christ donne à dire aux siens , et ce qu'il dit pour eux. Cependant , U

faut s*en souvenir, ce n'est pas David lui-même, comme homme de Dieu, qui parle dans les Psaumes, mais FEsprit lui inspire l'expression de ces choses ; et il nous est Irès-précieux que la Parole , dans des circonstances où la foi pouvait venir à manquer et le cœur à se décourager , nous donne l'expression qui convient à la foi , et à la foi en celui qui peut-être a été infidèle; précieux témoignage que, dans cet état, Dieu ne nous rejette pas, et que Christ sympathise avec nous , puisqu'il fourni t des expressions et des sentiments convenables à une semblable position. C'est ce qui se trouve dans leB Psaumes, et tout particulièrement pour le résidu d'Israël aux derniers jours. Intégrité de cœur et confession de péché, voilà ce qui les caractérise. L'Esprit de Christ fournit les sentiments et assure de sa sympathie. Le Ps. XVI nous donne, d'une manière frappante, cette position du Christ. Sa bonté ne monte pas à Dieu. Il appelle rËternelson Seigneur; mais il dit aux saints sur la terre : Je prends en eux tout mon plaisir. Par son baptême , qui en était l'expression , il s'est mis en rapport non avec Israël , mais avec le premier mouvement de l'Esprit, répondant dans le résidu au témoignage du jugement du peuple comme tel. C'est le principe des Psaumes; l'homme juste et fidèle au milieu de la nation perverse. Le livre com-

mence en faisant cette distinction de la part de Dieu; puis nous présente le roi en Sion, selon le décret de Dieu , méconnu de la nation et haï des Gentils qui oppriment le peuple. Tout ceci se développe à travers bien des circonstances, et toutes les relations du résidu, ainsi que tous les sentiments du cœur, y sont dépeints. Tout ce qui s'y rapporte est repassé sous la main et sous la plume Dieu, et celai selon l'Esprit et les sympathies de Christ.

Le Chapitre XX termine cette partie de l'histoire de David et son histoire en général. Il est rétabli sur son trône, et a surmonté les efforts de ses ennemis et les rébellions des siens. L'ordre de son palais et de ses officiers est rétabli en paix. Divers détails sont ajoutés par l'Esprit de Dieu.

Et d'abord , le gouvernement de celui qui n'oublie rien et auprès de qui tout porte son fruit, est rappelé à David et à son peuple à l'occasion des Gabaonites. Pour que les économies de Dieu s'établissent , il n'est plus nécessaire que David poursuive la maison de Satil. Il y a un juste jugement de Dieu, un principe moral qui est au-dessus de toute économie. Saiil, dans son zèle formel et charnel , quoique ce fût pour Dieu, n'avait pas agi dans la crainte de Dieu. C'est ce qui distingue particulièrement un zèle selon Dieu, d'un zèle pour

les intérêts extérieurs de son règne. Il oublie la serment qu'Israël avait fait aux Gabaonites. Dieu en tient compte et ne méprise pas les pauvres Gabaonites. David en tient compte aussi ; après avoir consulté Dieu à l'occasion de ce châtiment, souvent répété» infligea Israël, il se soumet à ce que les Gabaonites exigent. Toute la maison de Saul périt, sinon le petit résidu qui s'était attaché à David. Quant à celui-ci, les circonstances de l'afi^ection fidèle et touchante de Bitspah réveillent dans le cœur de David le souvenir de moments plus brillants dans la carrière du malheureux Saul, à la mémoire duquel David rend les derniers honneurs. Après cela, Dieu a compassion du pays. Si avec une fronde et un caillou la foi peut renverser ses ennemis , la chair fait défaut devant leurs assauts. David roi, nous Tavons bien vu, s'était plus laissé aller à ses convoitises et à sa volonté, que David soufi'rant.Toutefois, il est beau de voir que là où la foi a agi au milieu de la ruine du peuple, elle a suscité bien d'autres instruments, qui, animés et encouragés par son succès, agissent sans crainte avec une efficace pareille à celle qui a opéré la première délivrance. Il est bon de remarquer cependant, que remporter la victoire sur de vaillants ennemis , dans un temps où tout Israël a la confiance que donne le succès

et appuie de ses efforts ceux de ses héros » c'est tout autre chose que la foi qui compte sur Dieu lorsque la force et le succès sont du côté de rennemi, et lorsque le peuple prend la fuite en leur présence. Ce dernier cas fut celui de David combattant Goliath. Le premier a été celui de ceux qui ont tué les autres géants.

Les cantiques qui suivent nous fournissent des enseignements d'un haut intérêt. David sort de ses souffrances et de son affliction avec un chant de triomphe et de louanges. Il avait appris dans ses souffrances ce que Dieu était. Il célèbre tout ce qu'il avait été pour lui , tout ce qu'il l'avait trouvé dans ses nécessités et ses dangers , l'effet en puissance pour David et le résultat glorieux et béni de cette puissance. Tout cela s'exprime dans un cantique , dont les termes ne s'accompliront pleinement qu'en Christ lui-même. Au Chapitre XXIII, il chante l'expérience de sa prospérité. Mais, quelle différence ! Il déclare, il est vrai, ce que le Christ sera lorsqu'il régnera , et il le fait dans des termes de la plus attrayante beauté , d'une beauté qui ravit l'esprit et le transporte dans le règne de Christ, ce monde à venir béni dont nous parlons. Mais alors se présente cette douloureuse pensée : « Il »n'en est pas ainsi de ma maison.»

Dans le premier de ces deux cantiques , il y a de plus quelque chose d'un profond intérêt.

David parle en prophète ; et , ainsi qu'il l'a fait en tant d'autres cas , il personnifie le Seigneur Jésus, le seigneur Jésus en rapport avec Israël. Ce Psaume nous montre donc les souffrances de Christ, représentant d'Israël et parlant souvent du peuple comme si c'était lui-même , (souffrances qui ont valu une délivrance bien autrement excellente aussi), comme cause de la délivrance d'Egypte et de toutes les bénédictions d'Israël , jusqu'à l'établissement de la gloire du Messie dans le siècle à venir. Il entoure l'agonie de Christ de toute l'histoire d'Israël en délivrance et en bénédiction, depuis Pithom et Raméses jusqu'à la destruction de l'homme violent à la fin des jours , et jusqu'à la soumission des nations au sceptre du Messie, et il donne une voix à sa détresse en Egypte: Au Chapitre XXIII , il faut lire : « Bien qu'il n'en soit pas >» ainsi de ma maison devant le Dieu fort, cepen- »dant il a traité avec moi, etc. ]i> C'est un nonsens évident que de dire que sa maison ne serait pas bénie, parce que Dieu avait traité avec lui une alliance éternelle. Cette allianee était son salut et sa joie, quoiqu'elle ne germât pas dans ce temps-là. Pour la pleine bénédiction qu'il attendait, il fallait que le jugement s'exécutât ; et ces épines d'iniquité seraient effectivement brûlées sur le lieu même. C'est ce qui arrivera à la venue de Jésus.

Si Dieu honore et glorifie David, Il n'oublie pas non plus ceux dont l'énergie de sa foi Ta entouré. Le Saint-Esprit dénombre les vaillants hommes de David et raconte leurs actes de courage et de dévouement , actes qui leur valent une place et un nom quand Dieu enregistre le peuple. [Ps. LXXXVII. ) Joab ne s'y trouve pas.

Le Chapitre XXIV nous conduit sur un terrain qui réclame une mention'^particulière. La colère de Dieu s'embrase de nouveau contre Israël. Il n'est pas dans l'intention du Saint- Esprit de nous indiquer à quelle occasion ceci a eu lieu, mais de nous exposer les voies de Dieu en gouvernement et en grâce. Dans le Chapitre précédent , Dieu enregistre les vaillants hommes qui nous préfigurent les compagnons du vrai David en gloire. Ici, c'est sa grâce pour arrêter sa colère et introduire sa bénédiction.

Dieu punit Vorgueil et la rébellion d'Israël , en laissant ce peuple aux conséquences du mouvement du cœur naturel de David, Joab, toujours habile et de bon sens, en a vu la folie. On la voit facilement lorsqu'il ne s'agit que de la chair d*autrui. Joab sentait qu'il ne valait pas la peine de mépriser Dieu lorsqu'on n'y gagnait rien ; car , dans ce sens , la chair craint Dieu. Mais la chose était delà part du Seigneur, et Satan y

réussit. Que vaut , en effet » le bon sens de Thomme , contre la volonté de Dieu en châtiment et la malice de Satan? C'est une chose sérieuse que d'êtrelivrë à sa puissance. Neuf mois de péché de la part de David et de patience de la part de Dieu nous montrent la funeste influence de Tennemi ; mais une fois le fruit du péché là , il ne fait que réveiller la conscience de David. La jouissance du fruit de nos péchés nous détrompe ; c'en est la poursuite qui engage nos âmes. Après avoir réussi à faire accomplir par les enfants de Dieu le mal par lequel il les tente , Satan ne tient plus à leur en cacher le néant et la folie. Heureusement , si la vie y est» la conscience reprend dans ce cas son empire. Toutefois , le châtiment doit suivre le péché accompli malgré une si longue patience. Mais Dieu , qui atteint la conscience de son serviteur , met en jeu les affections sincères de son âme, pour atteindre le souverain but qu'il s'était proposé. David montre ce fond immanquable de l'âme qui connaît Dieu, c'est-à-dire sa confiance en lui par-dessus tout, et quoi qu'il en soit. «Que je tombe entre les mains de l'Éternel. » Quelle douce et précieuse pensée de ce que le Seigneur est pour les siens , et comment il sait inspirer au cœur la certitude qu'il mérite sa confiance ! Alors même qu'il châtie , Dieu est plus doux , plus fidèle , plus digne de

confîaDce que tout autre. La peste survient; mais , tout en jugeant , Dieu se souvient de la miséricorde , et ordonne à Tange exterminateur , arrivé à Jérusalem , de retirer sa main. C'est Jérusalem » la ville de sa dilection , qui attire son attention. Dieu rétablit pour le lieu où son autel doit être placé et sa grâce s'exercer comme lieu choisi de propitiation. C'est là que cesse sa colère justement embrasée contre Israël, et le péché donne lieu à l'établissement du lieu et de l'œuvre où lui et son peuple doivent se rencontrer selon la grâce qui a ôté ce péché. C'est ce qui caractérisera la croix de Christ ; c'est ce qui arrêtera la plaie en Israël et introduira le règne du vrai Prince de Paix. David se met à la brèche pour la délivrance de son peuple» et à ses dépens (v. 17) , et, selon les conseils de Dieu , il offre le sacrifice d'apaisement.

Les Études sur le premier livre des Chroniques contiendront un examen plus développé de cette dernière partie de l'histoire de David.

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