Texte donné par Bothe, Poct. sccn. lat. t. V, p
ANCIENNE TRAGEDIE LATINE
quinze selon M. Bothe, treize seulement selon M. Ribbeck^ Ces chiffres répondent peu à la longue durée de sa carrière dramatique ; ils ne paraissent pas non plus en proportion avec les catalogues bien autrement riches de son devancier et surtout de son successeur.
Ceux de ses ouvrages dont on peut avec quelque certitude indiquer le modèle grec sont aussi moins nombreux que chez Ennius et Atlius. Ils se réduisent à quatre : ÏArmorum jiidicium imité d'Eschyle, le Teucer et la pièce intitulée Niplra de Sophocle, YA)Uiopc d'Euripide. A l'imilation d'Euripide se rattachaient sans doute (c'est un fait général de l'histoire du théâtre tragique des Romains) la plupart des autres, le Dulorestes par exemple, assez visiblement inspiré par Tlphigénie en Tauride du poète grec.
L'imitation ne paraît pas ici moins libre qu'auparavant dans les ouvrages d'Ennins, et depuis dans ceux d'Attius : ses écarts ou ses hardiesses procèdent des mêmes causes : les méprises, les distractions de l'imiiateur; l'impuissance de son instrument, une langue encore si inégale à la langue grecque; l'iniluence inévitable d'un autre ordre d'habitudes sociales; peut-être aussi, ce qui est souvent difficile à constater, faute de pouvoir rapporter la copie au modèle, des velléités de changement, des essais d'invention. C'est sans doute celte intervention personnelle dans une œuvre empruntée, cette demi-indépendacce, premier progrès vers la création originale, que veut caractériser M. Ribbeck, lorsqu'il appelle Pacuvius Taffranchi d'Euripide, Euripidis libertus^.
Si les fragments de ses tragédies justifient, comme nous le verrons, un pareil titre, ce n*est pas assurément par les développements sentencieux, philosophiques, scientifiques même qui y occupent, ainsi que dans ce qui reste du théâtre tragique d'Ennius, une si grande place. La domi-
1. Afitiopa, Armorum judicium, Atalanta^ Chryscs, Dulorestes, llermiona, Iliona, Medus, Niptra, Pauli/s, Pentheus , Periboea, Teucer.
PACUVIUS
nation d'Euripide, docilement acceptée au théâtre de Rome par les poètes et par leur public, y est bien sensible.
Non que les sentences proprement dites s'y rencontrent en aussi grand nombre que dans les fragments des tragédies d'Ennius. On n'en peut guère extraire que les deux suivantes :
Je hais les hommes qui agissent en lâches et raisonnent en philosophes.
.... Ego odi homines ignavaopera et philosopha sententia'.
Qui pourrait prévoir l'avenir serait égal à Jupiter.
Nam si qui, quas aventura sunt, provideant, œquiparent Jovi*.
En revanche les dissertations, ce mot n'est pas trop fort,
y abondent.
Dans son Antiope , par exemple, imitée de l'Antiope d'Euripide, dans une pièce de sujet mythologique et de mœurs en grande partie pastorales (il s'agissait d'Antiope autrefois rendue mère par Jupiter, reconnue par ses deux fils Zéthus et Amphioo qui ont été secrètement élevés chez des bergers, sauvée et vengée par eux de ses persécuteurs Lycus et Dircé), dans une telle pièce, chose étrange, Pacuvius avait, à l'exemple du poète grec, donné place au procès de la philosophie. Zéthus, rude pasteur, y blâmait de ses goûts libéraux, qu'il appelait mollesse efféminée, fainéantise, son frère Araphion, gratifié par Mercure de la lyre qui lui servit à élever les murs de Thèbes. Amphion se défendait, et la dispute qui avait commencé par une censure et une apologie de la musique, finissait par le procès de ce que les anciens appelaient sagesse et qui comprenait tout ce qui cultive l'âme et police les mœurs, c'està-dire les arts, les lettres, les sciences, la philosophie. Il est resté de la scène grecque assez de souvenirs et de frag-