ÉGLISES
Notre-Dame *.
Notre-Dame -.
Notre-Dame 3.
Notre-Dame 4.
Notre-Dame fi.
Cathédrale ".
Notre-Dame ".
Notre-Dame 9.
Notre-Dame 10.
Notre-Dame H.
Notre-Dame 12.
Notre-Dame 13.
Notre-Dame14.
Arnaud Hug-onis ou iïngon, augustin
Faute de documents de comptabilité, toute indication sur les prédicateurs des deux paroisses : Saint-Firmin et Saint- Denis, manque ; or on verra15 que cette dernière en reçut de suspects. Quant à certains des noms qui précèdent, ils peuvent être signalés comme tels.
Michel Augier, qui prêcha en 1536, était cet augustin sous
Arch. mun. de Montpellier, CC, command. de 1541, f° 5 v°.
Ibid., command. de 1544, f° 7.
Jbid., command. de 1546, f° 18.
Ibid., command. de 1547, f° 1 v°.
Ibid., command. de 1549, f° 9 v°.
Ibid., command. de 1549, f° 18 v°.
Délib. du Chap. cathédral du 21 avril 1550.
Arch. mun. de Montpellier, CC, command. de 1550, f°2.
Ibid., command. de 1551, f° 10 v°.
Ibid., comptes de 1552, f° 50.
Ibid., command. de 1553, f° 8.
Ibid., command. de 1555, f° 11 v° et comptes, f° 29 v°.
Ibid., command. de 1556, F • 11.
Ibid., command. de 1556, f05 57 v° et 60 v°.
Voir chap. IV § n et chap. V.
lequel Pierre Vanet, du même ordre, enseigna les évangiles Tannée suivante ', celle aussi où vint Pierre Garoli. Le dernier personnage est bien connu. 11 avait fait partie du groupe de Meaux et, deux l'ois poursuivi pour ses prédications, il s'était enl'ui et retiré en Suisse, exerçant le ministère à Lausanne. Maintenant il se retournait vers le catholicisme, avait à Lyon poursuivi auprès du Pape sa réintégration et s'était ensuite rendu dans la capitale du Bas-Languedoc. Là, «devant le chancelier de France, cardinaulx. evesques et aultres », il prêcha, et ce fut, a-t-il prétendu par la suite, — lorsqu'il se décidera à revenir à la Réforme pour définitivement l'abandonner, — la justification par la foi seule2. Le séjour de la Cour à Montpellier ayant duré du 21 décembre 1537 à la fin janvier 1538 3, on peut supposer que Garoli donnait la station de l'A vent.
Arnaud de Badeto ou Badet était dominicain et prieur de Limoux. A l'école de cette ville il avait été le condisciple, puis il était demeuré l'ami de Jean de Gaturce ou Gadourque, condamné et supplicié à Toulouse en 1532 pour ses opinions hérétiques. Quant à Badet, ce docteur en théologie qui se livrait à l'astrologie et se vantait de prêcher Luther « tout cru», il avait saisi le moment où Raymond Cousin, inquisiteur de la foi en Languedoc, était allé à Rome conférer avec le Pape sur les cas nombreux qu'on lui déférait, et il s'était fait nommer à la place de ce très orthodoxe religieux. Aussi les inculpés luthériens se réjouirent-ils à la perspective d'un juge si favorable. Or, au moment où ces accusations étaient solennellement produites contre lui par l'avocat de son ordre, c'est-à-dire en 1534, Badet avait déjà prêché à Montpellier, ville où des auditeurs pouvaient être cités sur ses opinions*. Il y revint en 1539 donner le carême à l'église Notre-Dame des Tables.
1 Voir p. 53, noie 1 1.
- E. Doumergue, Jean Calvin, t. II, p. 265 et note 4.
3 Le Petit Thalamus de Montpellier, p. 511.
4 Pour le procès de Badet voir : Invent. somm. des Arch. dép. : Aude, t. III, pp. 'MO e1 suivantes, sio-nalé par Imbarl de la Tour (Les Origines do la Réforme, t. III, p. 400 .
JIl. — La manifestation
Lu ttéforme quqw, dans le clergé. — Défection de Caperon, prieur des Dominicains. — U ex-ministre Ferron. — La mentalité des nouo elles et nombreuses recrues est autre que celle des premiers adeptes. — De même que les conseils venus de Genève, elle les incite à la manifestation publique de la foi calviniste. — Excès commis un peu partout contre le culte catholique.
Avec une propagande si générale désormais, on ne saurai! être surpris que, dans les rôles de poursuivis, de condamnés ou île réfugiés que je ferai bientôt connaître, toutes les classes soient confondues : seigneurs et laboureurs, hommes de loi ou de science, artisans et marchands, maîtres el serviteurs-, même des femmes, même des gens d'église, transfuges des chapitres et des ordres monastiques.
Car maintenant, d'une façon ouverte, certains chanoines se rejettent l'accusation d'hérésie, et la suite démontrera qu'elle était bien justifiée. Le 25 octobre 1546, en plein Chapitre, Antoine1 de l'Eglise ou de Ecclesia, dont un homonyme, sinon un parent2, est ministre à Genève, veut exiger l'expulsion du chanoine-ouvrier Blanc alias Albi, sous prétexte qu'il est excommunié. Et l'autre de lui répliquer « que led. excommuniement n'est pas venu a sa notice, disant que l'on doibt faire sortir hors les hérétiques, mesmement de Ecclesia, qui ne s'est purgé de ce que l'on l'a appelle hérétique, et de ce est diffamé et qu'il avoit tenu de propostz hérétiques, comme l'on dict publiquement»3.
Vers ce temps aussi se manifesta une défection remarquée : celle du prieur des Dominicains, Jean Caperon alias Chapayron. C'est par deux lettres de Baduel à Calvin4 que nous est connue l'aventure de ce personnage, dont la vie et son
1 Aivli. du Parlement de Toulouse, arrêts civils, reg. 40, f° 378.
5 Le ministre s'appelait Philippe.
:! Délib. du Chap. cath'édral du 25 octobre 1546.
* Corpus Reformater uni, t. XIII, p. 532; t. XX, p. 390,
époque firent une triste épave. J'ai déjà parlé de lui comme professeur remarquable de théologie, doyen en cette Faculté, et dès 1537 dirigeant des cours d'explication des évangiles1. Baduel rend témoignage que, dans ses sermons publics aussi bien que dans leurs entretiens particuliers, Gaperon suivait la pure doctrine évangélique. Quand il quitta l'Ordre dominicain, c'est chez Rondelet qu'il trouva un secret asile -. Gomme il semblait tout désigné pour le ministère, Baduel négocia son départ pour Genève, le recommandant à Gai vin avec force louanges et accumulation de superlatifs, concluant qu'il était « toul à fait digne de l'église genevoise». Malgré la chaleur de ces éloges, on parait y avoir été plus prudent et l'on fit bien. Rejoint par une femme, Gaperon l'épousa, et le réformateur lui-même bénit l'union. Mais soudain cette compagne changea de sentiments et le laissa paraître, son départ, quoique subit, n'ayant eu rien d'imprévu. Elle retourna dans son pays et au catholicisme, ensuite employa ses sollicitations à ramener le transfuge. Gaperon partit à son tour pour le Languedoc, dans l'intention de la rappeler « au bon sens et à la sainte union du mariage ». Il ne réussit qu'à l'ancrer plus avant dans la foi catholique. En outre, il se vit ruiné aussi complètement que possible par « de faux frères », et réduit, lui, le brillant théologien, le prieur estimé de jadis, a exercerpour vivre le métier de cordonnier. Apitoyé, Baduel voulut lui faire reprendre le chemin de Genève, en sollicitant pour lui la compassion de Calvin par le récit de l'aventure finale. Il semble bien, néanmoins, que Gaperon soit resté ou revenu à Montpellier, y vivant marié ou remarié dans la plus modeste condition ;i.
Un autre personnage dont Baduel avait rendu aussi bon témoignage*, est un certain Jean Perron, auquel étaient con-
1 Voir p. 53.
2 Laurent. Joubert., Gulielmi Ttondeletii vila, \>. 154.
3 Le L'3 avril 1566, baptême calviniste de Jeanne, fille de « Jehan Capeyron » et de Marguerite Tholpse, présentée par Jean Serre, serrurier (Areh. mun. de Montpellier, GO, 314, f" 135 v°).
4 Lettre de Baduel à Calvin de juin | 1 r»4*. > ^ {Corpus ReformatorWn, 1. XIII, p. 291).
fiées, dès 1544, les fonctions de ministre au faubourg Saint- Gervais de Genève. A peu près depuis ce temps Calvin le tenait en suspicion, et la suite lui donna raison, car en 15ii> ce Ferron fut successivement blâmé et censuré pour ses mœurs. Malgré l'amertume qu'il en éprouvait, le chef des réformateurs fut forcé, tant par les appuis que le personnage comptait dans le Conseil de Genève que par les prières de Baduel, d'attendre que « les promesses dorées» de Ferron eussent été démenties par l'aggravation de sa conduite. Finalement le ministre fut cassé de ses fonctions. Il quitta Genève, annonçant son intention de passer en France et se rendre en Angleterre '. Et voici surtout en quoi son histoire nous intéresse.
Ce Ferron avait des goûts de lettré, par où l'humaniste avait pu le distinguer. 11 collectionnait des livres, en possédait une quantité. Mis en relations avec Pellicier, il reçut du prélat quelques avances et y répondit. Baduel vit des lettres de lui qui fournissaient les preuves de son retour au catholicisme. Plaçant en Pellicier tout son espoir, Ferron avait résolu de venir à Montpellier étudier la médecine. L'évêque, de son coté, était prêt à l'aider de ses subsides et le bruit s'en répandit en Suisse. Ferron partit au mois de février 1550, emportant dans un coffre tous ses livres, dont il destinait un certain nombre à l'érudit prélat. Mais, prenant pour sa sécurité un chemin détourné, il fit naufrage sur l'Isère, par suite de la fonte des glaces. Le coffre de livres fut perdu avec lui.
Baduel s'empressa d'écrire à Calvin l'événement, qu'il regardait comme un châtiment très juste et une leçon2. D'ailleurs il ne dissimule pointa son correspondant combien il lui est souvent nécessaire de remonter la confiance et l'ardeur de ses coreligionnaires, et l'aveu trahit bien le rôle joué par cet humaniste et qui confinait à celui de pasteur. N'en
1 Sur ce Ferron voir aussi Corpus Rcformatorum, t. XIII, pp. 294, .'!73, 409, 527 ; t. XXI, pp. 417, 448 à 453, 455 et 450. 8 Ibid., t. XIII, p. 527 ; t. XIV, p. 00,
a-t-il point déjà tout le langage : «En cette dispersion et cette persécution des églises et des fidèles, qui subissent la plus dure domination de l'Antéchrist, nous demeurons à couvert sous l'ombre du Seigneur » { %
Par le nombre croissant des réformés, l'ensemble de leur mentalité devait se montrer autre.
Les adeptes de la première heure étaient uniquement des intellectuels qui, se faisant une sorte d'ésotérisme religieux, se préoccupaient néanmoins de sauver leur situation avec les apparences. Ils se résignaient donc à suivre extérieurement les observances catholiques ou bien ils les tournaient habilement. On a expliqué plus d'une fois de quelle manière, le baptême étant accepté par eux comme valable, ils parvenaient, avec la connivence de prêtres gagnés à la Réforme, à procéder pour la pénitence et l'eucharistie. Les cérémonies du culte, obligatoires en beaucoup de cas, pouvaient à la rigueur être envisagées comme faisant partie de leurs fonctions. Du carême certains se faisaient dispenser, sous prétexte de santé, au moyen de certificats médicaux ; et la précaution prise par l'évêque de Montpellier de se réserver personnellement l'octroi de telles dispenses témoigne de leur usage multiplié et frauduleux -.
Mais ce qui avait été possible au pusillus grex des débuts, ne le restait plus désormais au grand nombre. D'ailleurs, le peuple est simpliste : les habiletés, la prudence, les calculs, il ne les comprend, il ne les adopte, il ne les suit point. Puisqu'on l'avait excité au mépris, à la haine du clergé et qu'une fraction de ce peuple admettait l'inanité, même un vice fondamental dans le culte catholique, particulièrement envers la divine Eucharistie et les saints, il commença de s'en prendre avec violence aux prêtres, aux autels, aux églises. Ainsi montrait-il une logique brutale et, en regard des argumentateurs savants, timides dans l'action publique, il faut lui reconnaître l'excuse de la bonne foi et le mérite du risque couru sans calcul.
1 Corpus Refonnatovîim , 1. XIII, |>. 532.
2 Voir ehap. IV i; r1'.
D'autre part, la direction imprimée de Genève aux réformés français s'opposait aux compromissions de conscience Bien caractéristique est la réponse de Calvin à un correspondant anonyme, qui semble un nommé instruit, le consultant sur la participation à la communion eucharistique catholique : « Par quoy il n'est non plus permis aux fidelles de communiquer à une telle superstition qu'il estoyt anciennement de sacrifier en Bethel ». Le réformateur adjure donc ce Nicodémite de ne plus « se donner licence de faire semblant en façon que ce soit d'approuver l'impiété des meschans»1. Indice révélateur, mais solution toute nette et qui apparaît de nature à brusquer l'éclat, c'est-à-dire l'abjuration, l'exil volontaire ou bien les manifestations agressives, lesquelles désormais se produisent un peu partout.
Il est possible de saisir la trace de quelques-unes. En 1548. à Montpellier, la procession solennelle de la Fête-Dieu est troublée; les serviteurs de certains membres du Chapitre la mettent en désordre, et un chanoine est battu par le valet d'un autre-. Peu de temps après, à Pérols, l'église est « rompue », un sacrilège commis 3. L'année suivante, deux chanoines : Philippi et Engarran, circulant de nuit, in habitnet tonsura cleriealibus, se voient attaqués et frappés l. Il y a tumulte populaire à Poussan dans le cloître de l'église contre le religieux envoyé pour y donner le carême 5. Aux Cévennes les paysans refusent, les dîmes0. A N.-D. des Tables, on redoute un coup de main sur le trésor, et l'on enferme les reli-
1 Lettre du 13 juin 1548] de Calvin [Corpus Reformater um, t. XII, p. 715).
'- Délib. du Chap. cathédral du 4 mai 1548.
'■' « Le scindic a proposé les despens faietz a la poursuyte du procès criminel faict contre le sacrileige de l'esglise de Perolz, lesquelz il t'ault payer, aussi que les habitantz dud Perolz suplient au Chapitre faire réparer l'esglise dud. lieu, rompue par lesd. sacrileiges >> (Délib. du Chap. cathédral du 17 décembre 1548).
4 Délib. du Chap. cathédral du 1er avril 154'.).
5 Voir p. 78.
,; Délib. du Chap. cathédral du 29 juillet I5G1.
quaires à l'Hôtel de Ville en 15581. En pleine église Saint-Denis une simple femme apostrophe le prédicateur, et le force à quitter la chaire 2. A Saint-Jean de Buèges, les objets du culte sont dérobés et profanés 3.
Des théories timides à l'action violente, quel chemin parcouru !
1 c< Inventaire des reliques que ont esté prinses et tirées des armoires que sont dans la grand chapelle de Nre. Dame de Tables, qui ont esté mises dans le trésor du Consolât par desliberation du Conseil de la Ville de Montpellier et pour plus seure garde et conservation d'icelles. Lequel inventaire et rocognoissance a esté faietz le xv mars mil VCLVII par messieurs les Consulz de lad. année, presens noble Jehan de Combes et Alexandre Rey, ouvriers de lad. esglise Nre Dame de Tables. » (Arch. mun. de Montpellier, DD, 151, f° 83).
- Voir chap. IV § n.
3 Délib. du Chap. cathédral du 2 septembre 1560.