SUR LA
SURSATURATION
^ Par M. Charles VIOLLETTE.
DeladisséfliiiiationdaMateileSoailedansrairile localités diverses.
Dans mon premier mémoire sur la sursaturation , j'ai démontré que la cristallisation des solutions sursaturées de sulfate de soude exposées à Tair est due à la présence de petits cristaux de sulfate de soude, à dix équivalents d'eau, dans les poussières de Tair, et j'ai prouvé que ce sel existe normalement dans l'air, en quantité variable suivant les circonstances. J'ai déduit de là une nouvelle méthode analytique , d'une sensibilité extrême, pour reconnaître la présence du sulfate de soude et d'autres espèces minérales , soit dans l'air, soit dans différents corps solides^ par l'emploi , comme réactifs, des solutions sursaturées. Dans le but de ne pas donner trop d'extension au mémoire cité , je ne suis pas entré dans le détail des nombreuses expériences que j'ai faites au sujet de la dissémination du sulfate de soude dans l'air, et je me suis borné à indiquer ' quelques-unes des conclusions tirées du travail que je publie
1 Premier mémoire sur la Sursaturation, chap. Vt, § 1. — Expériences sur Vair prit dont des circonstances diverses^
aujourd'hai eo en faisant Tobjet d'un second mémoire sur la sursaturation.
Les premières expériences que je vais rapporter datent de la fin de Tannée 1860. A cette époque , je ne connaissais qu'imparfaitement la cause à laquelle il fallait attribuer la cristallisation subite des solutions sursaturées, mais j'avais établi dans un travail publié dans les Hémoires de la Société ^ que cette cause de cristallisation n'était pas répandue dans l'atmosphère d'une manière continue, que c'était quelque substance solide, dissoute ou modifiée par Teau, détruite par Faction d'une température élevée, mais non altérée par le chlore , le brome, l'alcool, l'éther. Je pouvais rechercher, dès-lors, comment cette poussière, cause de cristallisation , était disséminée dans l'air, pris dans des conditions diverses , la connaissance complète de sa nature , ne devant en rien modifier les résultats auxquels je serais arrivé.
Pour atteindre le but que je me proposais , je suivis la méthode employée par M. Pasteur dans ses recherches sur les Générations spontanées^ et je faisais rentrer de l'air, pris dans des circonstances diverses , dans des ballons où le vide avait été fait par l'ébullition, et qui contenaient des solutions sursaturées de sulfate de soude , au lieu du liquide fermentescible employé par ce savant.
Les soins les plus minutieux furent constamment pris pour la préparation des ballons et leur transport ; je crois devoir répéter ici ce que j'ai dit à ce sujet dans mon premier mémoire sur la sursaturation afin de montrer le peu de fondement des objections faites , dans différents recueils , à cette partie de mon travail, avant qu'elle ne fût entièrement publiée *.
1 Mém. de la Société imp. des Sciences et Arts de Lille , 1860, 2® série, t. Vil, p. 185 et suiv.
> Voir notamment Jnn. de V Ecole norm. êup , t. III, 1866, mémoire de M. Gemez , p. ITl et suiv.
Préparation des ballons contenant Us solutions sursaturées.
tt Les ballons dont je me suis servi avaient une capacité de 250 centimètres cubes environ; leur col, légèrement étiré, était soudé à un tube de verre de un centimètre de diamètre et de 50 à 60 centimètres de longueur. Ils étaient nettoyés en les plongeant dans Teau pendant vingt-quatre heures , puis passés à Teau distillée et séchés au feu. L'extrémité ayant été légèrement étirée et recourbée , j'introduisais la solution saturée chaude , en vaporisant un peu d'eau distillée introduite dans le ballon et plongeant rapidement l'extrémité dans la solution. Lorsque la pression atmosphérique avait fait pénétrer la solution chaude, jusqu'à moitié environ de la capacité du ballon, je relevais le col ; l'extrémité était lavée extérieurement et intérieurement à l'eau distillée ; et, le ballon étant placé sur le feu, je maintenais la solution en ébullition modérée pendant assez longtemps , de manière à laver les parois du col par les eaux de condensation de la vapeur. Puis enfin, poussant le feu activement, je scellais le tube à la lampe dans la partie étranglée, le liquide étant en pleine ébullition. x>
Les liqueurs conservent indéfiniment leur état de sursaturation dans des ballons ainsi préparés , malgré l'agitation et le transport d'un lieu à un autre , opérations qui amènent nécessairement le liquide en contact avec toute leur surface, à la condition que leur température ne s'abaisse pas au-dessous de 8° et qu'ils ne présentent aucune fêlure.
Transport des ballons au lieu de t expérience.
a Arrivés au lieu de leur destination , les ballons , malgré le nettoyage qu'ils avaient subi après leur préparation , étaient lavés par immersion complète pendant plusieurs heures dans de grandes cuves remplies d'eau. L'extrémité du col du ballon ,
encore humide , était rayée avec une lame tranchante d'acier mouillée , et les ballons subissaient un nouveau lavage avant d'être transportés à Tendroit où je devais opérer. Je prenais alors la précaution de changer les vêtements qui m'avaient servi pendant ces différentes manipulations , afin d'éviter les poussières de sulfate de soude qui auraient pu provenir des emballages. La prise d'air se faisait en élevant le ballon audessus de la tête, dans une direction opposée à celle du vent et en brisant la pointe avec une pince de fer à branches polies , et échancrées de manière à embrasser le tube à l'endroit où il avait été rayé : ces pinces n'étaient retirées de l'eau qu'au moment de m'en servir. Gomme on éprouve de très-grandes difficultés à sceller à la lampe , en plein air, les ballons que Ton a intérêt à conserver, je me bornais à les boucher, aussitôt après les avoir ouverts, avec de la cire ramollie par l'essence de térébenthine que je conservais sous l'eau. Ce mode de scellement provisoire m'a rendu les plus grands services et n'a jamais compromis aucun des résultats de l'expérience. Les ballons étaient ensuite maintenus verticalement jusqu'au scellement définitif fait à la flamme de l'eolipyle. »
Par ces lavages prolongés et multipliés de l'extérieur des ballons et des ustensiles qui servaient à rayer et à briser leurs cols , j'étais certain d'éviter les moindres poussières de sulfate de soude qui auraient pu se trouver déposées à leur surface et qui ont la propriété de faire cristalliser les solutions sursaturées de ce sel. En me servant d'une lame d'acier tranchante, au lieu d'une lime , j'évitais les parcelles de sulfate de soude qui auraient pu se trouver logées entre les dents de la lime. Enfin , la pince à branches échancrées me permettait de casser nettement le tube à l'endroit où il avait été rayé sans produire d'éclats ; du reste, à plusieurs reprises , des fragments du tube écrasé sont arrivés en contact avec la solution sursaturée sans que pour cela son état de sursaturation en fût modifié.
mHK'^Bmm
Les ballons dans lesquels les solutions s'étaient maintenues limpides au contact de l'air, furent scellés et conservés , depuis 1860, au laboratoire de la Faculté des Sciences de Lille ; ils furent examinés à diverses reprises , et je possède encore la plupart d'entre eux, contenant les liqueurs primitives à l'état de sursaturation.
Les résultats des expériences que j'ai faites surTair de localités diverses sont consignés dans les tableaux suivants , où se trouvent indiqués par les nombres de la première colonne Tordre dans lequel les ballons ont été successivement ouverts.
§ I. — Expériences faites sur la plateforme de l'observatoire de M. JUeurein . à Lille (18 décembre 1860)
La terrasse est à 21>° au-dessus du sol et domine les toits environnants. — Il avait neigé toute la nuit et la neige tombait encore une heure avant les expériences faites de ooze heures à midi. — Le vent était très-faible. — Le thermomètre marquait
Numéros d'ordre
des baUons.
État du liquide dans les baUons.
ObservaUoDs.
Resté limpide.
Dans 6 baUons sur 8, le li-
Pris en masse immédiatement.
quide est resté Umpide.
Resté limpide.
Pris en masse immédiatement.
Resié Umpide.
Id.
Id.
S IL -«- Expérieneet faites dans la pièce située ath^essous de la terrasse du même observatoire,
(Même date.— Immédiatement après celles du § I.)
Nnméros d'ordre
des balloDf.
État du liquide dans les ballons.
Observations,
Rien d'ab rd. EientÔt pris par points à la surface
Pris en masse.
Id.
Resté limpide
Rien d'ubord. Pris par un seul point
Daus un seul ballon sur 5, le liquide est resté limpide.
§ III. — Expériences faites dans la plaine de ,Loos ^.prés Lilte^ (21 décembre 1860.) A 800™ environ de la route , à gauche en venant de Lille , et à la hauteur de THeurtebise. — Le sol est couvert entièrement d'une couche de 30® d'épaisseur de neige récemment tombée. Il fait un vent assez fort accompagné déneige au moment de l'expérience faite de trois à quatre heures après-midi. Le vent a passé au dessus des usines de produits chimiques de M. Kuhlmaan.
Numéros d*OTdre
des ballons.
État du liquide dans les ballons.
Observations.
Pris en masse immédiatement.
Dans 2 ballons sur 10 , le li-
Id.
quide est resté limpide
Rien d'abord. Pris après cinq minutes.
Resté limpide.
Pris en masse.
Rien d'abord. Pris après cinq minutes.
Dans 2 baUons , le liquide a mis quelque temps à se prendre.
Tf
Resté limpide.
Pris en masse.
Id.
S IV. — Expériences faites sur la terrasse de M. Meurein , à Lille (22 décembre 1860).
Le temps est couvert (11 h. du matin]. — Il fait un brouillard neigeux et un vent fort N.-O. — La température ambiante est de 2** au-dessous de zéro. — La terrasse est couverte de neige.
Naméros d*ordre
bailooff.
État du liquide dans les ballons.
Observations.
Pris après deux minutes , par points.
Dans un seul ballon sur neuf
Pris en masse immédiatement.
le liquide est resté limpide.
Id.
Resté limpide.
Le ballon n^4 est resté ouyert
Pris après deux minutes.
Pris en masse.
un quart d'beure posé sur la neige.
Id.
Id.
Pris après deux minutes.
§ V. — Expériences faites sur la plateforme de la tour de Folleville (Somme) (31 décembre 1860).
Cette tour, bien conservée, faisait partie de l'ancien château, actuellement en ruines, de la maison deGondi. Elle se termine par une plateforme à 30™ environ du sol et se trouve complètement isolée des habitations. Elle domine une vallée qui l'entoure à une assez grande distance, c*est un des points les plus élevés de la Picardie.
Le temps est brumeux (de trois à quatre heures du soir). Il
— se — règne un vent S-0 assez fort. C'est la première journée de dégel.
Efmnéros d'ordre
des ballons.
État du liquide dans les ballons.
Observations.
Rien d'abord. Pris plus tard pendant le scellement à la lampe.
Dans deux ballons sur 8 le liquide est resté limpide.
Pris en masse immédiatement.
Dans un seul le liquide s*est
Resté limpide.
Pris en masse immédiatement.
pris après que le ballon fût resté ouvert pendant plus d'une heure et après le
Id.
scellement.
Resté limpide.
IPris en masse immédiatement.
Id.
§ VI. — ExpérienctB faites sur la plateforme de la tour de Folleville (V' janvier 1861).
Vent O très- violent. Il tombe quelques gouttes de pluie. Expériences faites entre deux et trois heures et demie du soir.
Numéros d*oidre
des ballons.
État du liquide dans les baUons.
Observations.
Pris en masse immédiatement.
Dans un seul des ballons sur
Rien d'abord. Pris quelque temps après le scellement à la lampe.
10 , le liquide est resté limpide.
Resté limpide
Dans 4 baUons , le liquide
Id.
s'est pris après un certain temps.
Rien d'abord. Pris après vingt minutes.
Rien d*abord. Pris après cinq minutes.
Pris en masse immédiatement.
Rien d'abord. Pris après scellement.
§ VII. — Expériences faites à Quiry^le-Sec (Somme). ( 3 ;anm>r 1861.) -
Celle localilé est distante de quelques kilomètres de Folleville; les expériences ont été faites de onze heures à midi sur un mamelon nommé Montagne Sèche, distant de trois kilomètres du village et dominant une vallée. Il fait un vent léger, très froid N-E; le thermomètre marque 4 degrés au-dessous de zéro; le ciel est clair ; le sol complètement gelé.
Numéros
d'ordre
des ballons.
Etat du Uqaide dans les ballons.
Observations.
Resté limpide.
Dans 5 ballons sur 12 , le li-
Resté limpide.
quide est resté limpide.
Pris en masse immédiatement.
Resté limpide Rien d'abord ; pris après quelques minut.
Dans 4 seulement le liquide s'est pris immédiatement.
Il ^«emble qu'il y a là une in- €uence due à la gelée qui
Id.
Resté limpide. •
, aurait fixé au sol les poussières que le vent ne peut plus déplacer.
C'est la première fois que
Rien d'abord ; pris après quelques minut.
Resté limpide. • Rien d'abord ; pris après quelques miaût.
» j'emploie la cire pour boucher provisoirement les ballons afin de pouvoir les transporter plus facilemenit.
§ VIII. "- Expériences faites sur la plate for^ne de la tour de Folleville (3 jamier 1861).
Les conditions dans lesquelles j'opérais , de trois heures et demie à cinq heures de l'après-midi , étaient les mêmes que
celles dans lesquelles je me trouvais le matin , de onze heures à midi» dans une localité voisine. Le vent avait la mAme direction, mais il était plus faible , il tomba même tout-à-fait vers quatre heures. La température était de cinq degrés au-dessous de zéro. La seule différence qui existait entre les deux séries d'expériences, c'est que la première avait été faite en plaine, et la seconde à 30 mètres plus haut et dans une situation tout -à-fait isolée.
Nttmëroi d'ordre
dea baUoBS.
État du liquide dans les ballons.
Observations.
Pris en masse immédiatement.
Dans 11 ballons sur 17, le
Rien d'abord. Pris après cinq minutes par un seul point de la surface.
Resté limpide.
liquide est resté limpide.
Dans 3 seulement le Uquide s'est pris immédiatement.
Rien d'abord. Pris comme le no 2.
Id. Pris par 3 à 4 points de la surface.
Ces résultats sont à peu près les mômes que ceux du
Resté limpide.
Id.
Id.
Id.
§ VU. Il semble donc que, pendant ce jour de gelée, l'altitude n'ait point exercé d'influence bien marquée.
Id.
Id.
Id.
Id.
Id.
Pris en masse immédiatement.
Resté limpide.
Pris en masse immédiatement.
§ IX. — Expériences faites sur la plate-forme de la tour dé FoUeville (4 avril 1861).
Le ciel est couvert par intervalles ; le vent d'ouest est assez fort, surtout'quand montent les nuages. La température est de neuf degrés au-dessus de zéro.
Naméro d'ordre
dei ballons.
Étal du liquide dans les ballons.
Observations.
Pris eu masse immédiatement.
Dans 1 ballo;is sur 16 le li-
Id.
quide est resté Umpide.
Resté limpide.
Id.
Pris en masse immédiatement.
Dans 2 le liquide s'est pris seulement après quelques minutes et par quelques points de la surface.
Pris en masse immédiatement.
Id.
Id.
Resté limpide.
Id.
Pris en masse immédiatement.
Resté limpide.
Rien d'abord. Pris après cinq minutes par quelques points.
Resté limpide.
Rien d'abord. Pris après cinq minutes.
§X. — Expériences faites sur la plate-forme de (a lourde FoUeville [b avril 1861).
II fait une légère brise d'ouest; le ciel est un peu couvert
pendant la durée des expériences (de huit heures à neuf heures du matin). La température est de 12 degrés au-dessus de zéro.
iNoméros d'ordre
des ballons.
État du liquide dans les baUons.
Observations.
Pris en masse immédiatement.
Dans 8 ballons sur 19 le li-
Id.
quide est resté limpide.
Pris après quelques minutes par un seul point de la surface.
' Id.
Dans 3, le liquide s'est pris après quelques temps , par
points, à la surface.
Resté limpide.
Id.
Pris en masse immédiatement.
Id.
Resté limpide.
Id.
Pris en masse immédiatement.
Pris par un seul point , au bout d'une demi-heure.
Pris en masse immédiatement.
Resté limpide.
Pris après quelques heures.
Resté limpide.
Id.
Id.
§ XI. — Expériences faites à deux kilomètres de la tour de Folleville , dans le bois de Gallois [5 avril 1861).
Le temps est très-calme de dix heures à onze heures du matin,
au moment de rexpérience ; le ciel est clair. L'endroit choisi est le point le plus élevé du bois ; le sol est recouvert de mousse sur une grande étendue et abrité par les arbres privés de feuilles.
Naméros d'ordre
des ballons.
État (lu liquide dans les ballons.
Observations.
Pris seulement après quelque temps.
Dans 5 ballons sur 8 le li-
quide est resté limpide.
Id.
Dans un seul le liquide
Id.
Pris en masse immédiatement.
Pris seulement après quelque temps.
Resté limpide.
s*e8t pris immédiatement ; dans les deux autres , seulement après quelque temps.
Id.
§ XII. — Expériences faites en plaine à 500 mètres de la tour de Folleville (6 avril 1861).
Brise légère N-0; température IT, temps clair.
Naméros d'ordre
des ballons.
État du liquide dans les ballons.
Observations.
Resté limpide.
Dans 8 ballons sur 1 1 le li-
Pris par un point après quelques min.
Pris en masse immédiatement.
Resté limpide.
Pris en masse immédiatement.
quide est resté limpide.
Dans un seul le liquide s'est pris immédiatement.
Resté limpide.
Id.
Id.
Id.
Id.
Id.
XIII. — Expériences faites à Quiry-le-Sec , dans la eour d'une habitation (7 avril 1861).
Vent léger E-N-E., temps clair, température 4 degrés audessus de zéro.
Nomëros d'ordre
des bal] ODS.
État du liquide dans les baUons.
Observations.
Resté limpide.
Dans 5 ballons sur 9 le li-
Id.
Pris en masse immédiatement.
quide est resté limpide.
Dans 4 baUons le liquide s'est pris immédiatement.
Id.
Dans 8 autres ballons, ou-
Id.
verts dans l'intérieur de
Id.
Resté limpide.
l'habitation, il y a eu prise immédiate.
Id,
Id.
§ XIV. — Expériences faites sur la plage de Dunkerque . à la surface des eaux de la mer [25 août 1863}.
Le ciel est légèrement couvert ; il fait un vent d'ouest assez fort qui a dû passer sur une grande étendue de mer, en rasant la côte. J'avais choisi pour ces expériences la plage très-peu inclinée de Dunkerque et Theure de la marée basse (vers midi], afin d'avoir un sol mouillé sur une grande étendue dans le voisinage des expériences et de pouvoir opérer dans la mer même, à une certaine distance de la terre , environ 100 mètres. Les ballons, amenés le matin à la côte, furent transportés, isolement, à une grande distance dans la mer, en ayant soin de les plonger de temps à autre dans Fea*. L'expérimentateur et ses aides
n'ont opéré qu après avoir plongé à plusieurs reprises sous I eau et en se tenant constamment dans la mer pendant toute la durée de l'expérience. On ne Scnurait objecter ici , comme on pourrait le faire dans les expériences précédentes , que la cristallisation pourrait bien être due à des poussières de sulfate de soude transportées au lieu de l'expérience par l'expérimentateur luimême. Dans de semblables conditions , on a la certitude de n'opérer que sur l'air de l'atmosphère et d'éviter les poussières détachées du sol ou des objets environnants par le fait même de l'expérience. Les résultats obtenus sont consignés dans le tableau suivant.
Namëros
d'ordre
des *
ballons.
État du liquide dans les ballons et observations.
Resté Umpide.
Pris en masse immédiatement.
La rentrée brusoue de l'air perce le fond trop mince du ballon d'un trou par lequel le liquide s'écoule sans se prendre. — Après quelques instants , tout se prend en masse.
Resté limpide.
Id.
Le baUon est percé d'un trou circulaire comme le n<> 8 ; le liquide finit par se prendre pendant le transport.
Resté limpide.
Id.
Rien d'abord; mais se prend envi. on après une beure.
Pris en masse immédiatement.
Pei ce au fond d'un trou circulaire comme les noi 8 et 6 ; mdme obser-
vation.
Id. Id.
Resté limpide.
Id.
Naméros d'ordre
des ballons.
État du liquide dans les ballons et observations.
n la.
Rien d'alord , mais pris après quelque temps.
Percé comme les nos a, 6, 11 et 12.
Le liquide reste limpide jusqu'au 39 aoCit; dans le ballon bouché à la cire, il se prend ce même jour après scellement à la lampe.
Resté limpide.
Rien d'abord; mais pris après une heure environ.
11 ne semble pas que les conditions nouvelles de Tezpérience en aient modifié les résultats habituels .
§ XY. — Expériences faites au haut du phare de Dunkerque (30aot)r 1863).
Vent assez fort-
Numéros d'ordre
des ballons.
État du liquide dans les ballons.
Observations.
Pris en masse imédiatement.
Dans 4 ballons sur *?, le li-
Id.
quide est resté limpide.
Pris au bout de quelques secondes, par la surface , en plusieurs points.
Resté limpide.
Id.
Id.
§ XVI. — Expériences faites sur la plage de Dunkerque , à la surface des eaux de la msr (28 août 1865).
Ce sont les expériences du § XIV, auxquelles j'attachais une grande importance , reprises dans de meilleures conditions. La caisse contenant les ballons fut amenée au Cap Nord dans ia matinée, et les ballons, en très-grand nombre , furent portés sur la plage à une grande distance et placés dans une rigole creusée dans le sable humide. Comme au § XIV, j'opérai à marée basse, afin d'éviter les poussières détachées de la côte , en effectuant toutes les opérations préliminaires sur un sol mouillé. Les ballons rayés avec une lame d acier furent portés près de la mer dans une nouvelle rigole creusée dans le sable et à moitié remplie d'eau , là ils furent lavés avec le plus grand soin avec l'eau de la mer. Ces opérations préliminaires ont duré depuis le matin jusqu'à cinq heures du soir, heure à laquelle les expériences ont commencé. L'expérimentateur et ses deux aides s'avancèrent très loin dans la mer, ce qui est très facile à Dunkerque en raison du peu d'inclinaison de la plage, et avant de procéder aux expériences , ils plongèrent à plusieurs reprises dans l'eau. Les pinces qui servaient à casser les cols des ballons , la cire molle employée pour les boucher étaient constamment immergées. Les aides , en transportant les ballons , les plongeaient à plusieurs reprises dans l'eau. Les balloiis , ouverts à peu près à un mètre au-dessus de la surface de l'eau , furent bouchés à ia cire molle et ramenés dans la rigole. L'expérience dura deux heures, de cinq heures à sept heures du soir; les ballons furent ensuite transportés à l'auberge du Cap-Nord et scellés à la lampe le lendemain. Au moment de l'expérience , il faisait un vent d'ouest assez fort, parallèle à la côte. Les résultats obtenus sont consignés dans le tableau suivant :
Saméroi
d'erdre
des ballons.
État du liquide dans les ballons.
ObservaliODS.
Dans 50 ballons sur 63, le
Id.
liquide est resté limpide.
Id.
Id
Dans un seul la prise a été
Pris en masse immédiatement.
retardée.
Pris en masse immédiatement.
Resté limpide.
Id.
Id.
Id.
Id.
Id.
Le fond fut troué par la brusque rentrée de l'air. Le liquide resta limpide.
Le ballon , abandonné sur le sable , présenta , après deux heures , une cristallisation ordinaire de gros cristaux transparents de sulfate de soude.
Pris en masse immédiatement.
Id.
Resté limpide.
Id.
Id.
Pris en masse immédiatement.
Resté limpide.
Id
Id.
Id.
Pris en masse immédiatement.
Id.
Resté limpide.
Resté limpide.
Naméros
d'ordre
des
bailoiu.
Etat du liquide dans les ballons.
Observations.
Resté limpide.
Pris en masse immédiatement.
Resté limpide.
Id.
Id.
Rien d'abord. Pris plus tard après trois quarts d'heure environ.
Resté limpide.
Id.
Id.
Id.
Id.
Id.
Pris en masse immédiatement.
Resté limpide.
Id.
Id.
Id.
Id.
Id.
Id.
Le ballon n" 52 était troué aufond. Le liquide resta lim-
A partir de ce moment, nous quittons la mer, nous revêtons nos habits, et pour déterminer si les poussières qu'ils renferment ont quelque influence sur les résultats de l'expérience , nous continuons à ouvrir le reste des ballons, près de la rigole , sur le sable mouillé.
pide bien que le vent passait à travers l'ouverture du ballon posé sur le sable.
Après deux heures j'ajoutai un petit cristal de sulfate de soude qui détermina la prise
Resté limpide.
en masse du liquide.
Id.
Hiiméroi d'ordre
des talions.
État du liquide dans les ballons.
Obsenations.
Resté limpide.
Id.
Pris en masse immédiatement.
Id.
Resté limpide.
Id.
Les poussières des habits ne paraissent exercer aucune aucune influence ; il y a trèssensiblement dans les deux cas la même proportion de liquide limpide par rapport au nombre de ballons ouverts.
§ XVII. — Expériences faiteê à Quity-le-Sec (Somme). (29 octobre 1865).
Je me suis proposé de répéter les expériences déjà Taites dans cette localité , située à une distance assez grande de la mer, 60 lieues environ , en opérant sur un nombre de ballons plus cbnsidérable que dans lès expériences antérieures , et en multipliant les lavages, de manière à me rapprocher autant que possible des conditions des expériences du § XYI.
Les ballons , déballés la veille du 29 octobre dans une habitation du village , furent lavés, puis rayés avec une lame d'acier et immergés dans Teau pendant toute la nuit. Le jour de Texpérience , ils furent lavés dans une nouvelle eau et transportés dans la plaine , à 300 mètres des habitations, au moyen de paniers à claires voies qui avaient séjourné dans Teau depuis douze heures. Les ballons furent posés dans une rigole , ils étaient trempés par la pluie qui tombait depuis quelque temps. Nous primes la précaution, Taide et moi, de changer nos habits, et avant d'ouvrir chaque ballon, je le plongeais encore une fois
dans l'eau d'une grande cuve transportée au lieu deTexpérience. La pince et la cire étaient constamment immergées.
Il faisait un vent excessivement fort , venant du sud , accompagné d'une pluie fine au moment de l'expérience , vers onze heures du matin ; elle fournit les résultats suivants :
Cinquante ballons furent ouverts successivement ; dans tous» à l'exception de deux , qui étaient le dix-septième et le quarante-deuxième , le liquide se prit en masse immédiatement ; à chaque fois , la solidification était instantanée ; je n observai jamais de solidification par quelques points de la surface, comme cela était arrivé dans les expériences précédentes. Les précautions minutieuses qui furent prises excluaient la possibilité de r intervention des poussières transportées par Texpérimentateur» et Ton ne saurait se refuser d'admettre que ce résultat , si différent du précédent , tenait au vent violent qui régnait et qui devait balayer toutes les poussières déposées sur le sol et à la surface des objets qui le recouvraient Par suite les chances de cristallisation devaient augmenter à cause de la plus grande quantité de sulfate de soude contenue dans l'air.
Dans mes premiers essais faits de 1860 à 1861, j'avais institué une autre série d'expériences concurremment avec celles-ci, dans lesquelles le sulfate de soude des ballons était remplacé par un liquide fermentescible formé d'eau de levure et de sucre. Ces ballons , préparés comme l'a indiqué M. Pasteur, étaient scellés quand le liquide était en pleine ébullition , et je m'étais assuré d'avance que tout germe de vie avait disparu; ils étaient ouverts en même temps que les ballons à sulfate de soude , puis scellés comme ces derniers , et chauffés à Téluve à la tempéra « ture de 20 à 25 degrés pendant plusieurs jours. J'avais espéré, par là, déterminer s'il y avait quelque relation entre la plus ou moins grande quantité de germes organiques et de germes minéraux dans l'air. Mes essais n'ont pas été assez multipliés , le nombre des ballons sur lesquels j'ai opéré a été trop restreint
pour que je puisse déduire de ces expériences des conclusions certaines. Cependant , je serais porté à croire que les germes des organismes vivants sont plus nombreux dans l'air que les poussières minérales susceptibles de provoquer la cristallisation, car, dans un très-petit nombre de ballons , le liquide fermentescible s'est conservé intact , et j'ai eu constamment beaucoup plus de ballons à liquide organique altéré que de ballons à sulfate de soude pris en masse , toute relation gardée , bien entendu.
Il y aurait sans contredit un grand intérêt , au point de vue de la constitution de notre atmosphère , à répéter des expériences analogues à celles qui forment la base de ce mémoire, le même jour, à la même heure , sur difTérents points d'une région , depuis les bords de la mer jusqu'aux points qui en sont les plus éloignés, depuis les régions basses des plaines jusqu'aux sommets des plus hautes montagnes. On opérerait sur un nombre de ballons suffisamment grand, cinquante par exemple, et Ton ouvrirait plusieurs séries de ballons contenant des solutions sursaturées des différents sels dont l'existence est possible au sein de l'atmosphère. On arriverait certainement ainsi , en comparant tous ces résultats, à se faire une idée de la dissémination des éléments minéraux dans notre atmosphère à un moment donné.
De l'ensemble de ce travail , on peut déduire les conclusions générales qui suivent :
I. L'air contient normalement du sulfate de soude à dix équivalents d'eau.
II. La quantité qu'il renferme est variable , d^ns le même lieu , suivant les circonstances atmosphériques et suivant les époques.
III. Il semble que toutes les circonstances qui tendent à fixer
au soi ou aux objets environnants les poussières , telles que les fortes gelées, les neiges, les pluies, tendent à diminuer la quantité de sulfate de soude contenue dans l'air, et que toutes les causes qui tendent à mettre ces poussières en mouvement sur une grandeétendue de terrain , tendent à augmenter la quantité de ce sel contenue dans Tair.
IV La quantité de sulfate de soude contenue dans Tair ne varie pas dans un même lieu , et à la même époque , sous des différences d'altitudes peu considérables.
V. Il semblerait que Tair pris à la surface de la mer, amené par un vent qui a passé sur une grande étendue de mer, contient moins de sulfate de soude que Tair ordinaire des continents.
VI. Les germes d'organismes inférieurs paraissent plus nombreux dans l'air que les poussières de sulfate de soude