VENT
EXPÉRIENCES SUR l’ÉVACUATION DE L^’AIR PAR LA ROSACE DU LUSTRE A L OPÉRA.
DISPOSITIONS PARTICULIÈRES
AUX DIFFÉRENTS ÉDIFICES
o94. Conséquences des observations précédentes, — Il résulte de ces observations que, dans la soirée du 25 février 1863, où le nombre des spectateurs était de 1529, le volume d’air vicié total moyennement évacué ne s’est élevé qu’à 28 794 mètres cubes, ou à 18'"-%83 par spectateur présent, à 34\5 ou 36^ Si la salle avait été complètement remplie et eût contenu 1753 spectateurs, le volume correspondant à chacun d’eux n’eût été que de 16,42 mètres cubes.
Rentrées d'air. — Une expérience faite le 23 février 1863, dans une loge de première de face, a montré que, quand on ouvre le vasistas, il s’y produit une rentrée d’air d’environ 180 mètres cubes par heure, suffisante pour assurer la ventilation de celte loge de six places à raison de 30 mètres cubes par personne, mais fort incommode, attendu que la vitesse de cet air est de près d’un mètre par seconde à son entrée.
39t5. Observations faites au théâtre Italien. — Dans cette salle, qui ne contient que 1330 places et dont les corridors sont convenablement spacieux, malgré le nombre assez restreint des spectateurs qui l’ont généralement fréquentée dans Thiver de 1862—63, la température s’est souvent élevée à 28 ou 29^ dans les étages de loges supérieurs.
La ventilation, qui n’est produite que par la chaleur du lustre, y a d’ailleurs fort peu d’activité. D’après des expériences que j’y ai fait exécuter dans les premiers jours d’avril 1863, les volumes d’air évacués ont été :
Le 2 avril, d’environ 11 838"^'® par heure.
Le 4 avril, d’environ 11 907
Moyenne 11871™*®.
Le nombre des places étant de 1330, ce volume ne correspondrait, si la salle était pleine, qu’à 8™*®, 93 par heure et par spectateur, ce qui est complètement insuffisant.
Malgré celte insuffisance du volume d’air évacué, les dispositions existantes pour l’arrivée de l’air nouveau sont si
défectueuses que par les ouvertures et les portes des loges, ainsi que par les couloirs, il arrive, surtout dans les entr’actes, des courants d’air fort gênants.
Il semble donc urgent d’améliorer sous ce rapport cette salle, qui est fréquentée par le public le plus élégant de Paris.
Habitations particulières.
S96. La ventilation des habitations particulières ne présente, dans les circonstances ordinaires, aucune difficulté et n’exige point de dispositions spéciales. L’appel exercé par les cheminées, quand elles sont bien faites, suffît et au delà pour lui donner toute l’activité désirable, même quand un nombre inaccoutumé de personnes se trouvent réunies. Sous ce rapport, l’emploi des cheminées, moins économique sans contredit au point de vue de la dépense de combustible, est bien préférable à celui des poêles ordinaires, qui appellent et évacuent beaucoup moins d’air, et surtout à celui des calorifères qui introduisent de l’air nouveau et chaud, sans produire aucune extraction de l’air vicié, quand ils ne sont pas accompagnés de dispositions spéciales.
Les cheminées ont, en outre, cet avantage qu’en été et dans les moments où le chauffage est très-modéré ou tout à fait suspendu,' elles peuvent encore produire une ventilation très-réelle entre des appartements dont les portes de communication sont ouvertes, les unes fournissant de l’air frais et les autres évacuant l’air vicié. Mais nous verrons plus loin qu’on peut en tirer un meilleur parti, au moyen de quelques dispositions d’une application facile.
L’on ne saurait se rendre compte de l’effet considérable d’appel que produisent les cheminées, quand on ne l’a pas déterminé par des expériences directes. Je n’en avais moimême nulle idée quand j’ai commencé ces études. Aussi, pour m’en rendre compte, m’a-t-il paru indispensable d’entreprendre à ce sujet les recherches spéciales dont j’ai fait connaître les résultats au chapitre v.
AL'X DIFFERENTS EDIFICES
Je me contenterai de rappeler ici que, par ces expériences, il a été constaté que dans une cheminée de rez-dechaussée ayant 20™, 30 de hauteur totale, et un tuyau rectangulaire de 0™,30 sur 0™,30 à coins arrondis, il passait, quand il n’y avait pas de feu et que l’excès de la température extérieure était de :
12^5, 0™ %099 en une seconde ou 356™“=, 40 en une heure, 1 7*^,2, 0™-®,239 en une seconde ou 446™“=, 04 en une heure,
700 à 800 mètres cubes par heure, quand la cheminée était chauffée par un feu ordinaire, produisant dans la cheminée une température de 68® au plus, et enfin 1100 à 1200 mètres cubes avec un feu très-actif ou un nombre suffisant de becs de gaz allumés.
o97. De Vinfluence des bouches de chaleur sur la ventilation. — Faisons d’abord remarquer que l’on attribue en général aux bouches de chaleur ordinaires, disposées dans les cheminées, un effet beaucoup trop considérable sur le renouvellement de l’air dans les appartements. Sans contester l’avantage qu’ont ces appareils d’ulüiser une partie de la chaleur développée dans le foyer, et d’aider dans une certaine proportion au tirage de la cheminée, il est facile de voir, d’après les résultats des expériences sur les cheminées d’appartement, que le volume d’air qu’un feu actif fait écouler parune cheminée d’appartement munie d’un tuyau en poterie de 0™-%30 sur 0™“=,30 de section à coins arrondis, et de 20™*°,30 de haut, étant de 600 à 800 mètres cubes par heure, une bouche de chaleur latérale d’un appareil Fondet fonctionnant bien, ne donne que 20 mètres cubes d’air nouveau.
Il s’ensuit donc qu’avec les proportions ordinaires adoptées par les architectes, la véritable ventilation produite par les cheminées d’appartements consiste dans l’appel plus ou moins énergique qu’elles déterminent par les portes et par les fenêtres, et que le volume d’air nouveau fourni par les
bouches de chaleur serait insuffisant pour assurer le tirage et surtout une ventilation convenable.
- 59U. Influence de V appel naturel que les cheminées peuvent \
exercer. — L’existence seule d’une cheminée d’une certaine |
hauteur suffit, dans beaucoup de cas, pour déterminer un |
appel et une ventilation active dans les appartements, surtout si, par la présence d’une réunion de quelques personnes ou de foyers d’éclairage, la température intérieure s’élève notablement. En pareil cas, plus la cheminée sera haute par rapport à l’appartement, plus son action sera sensible.
L’on voit donc que les cheminées ordinaires peuvent devenir un puissant moyen de ventilation, si l’on sait en tirer parti, et que, si des cheminées auxiliaires étaient ménagées dans les murs de face ou de refend, et mises en communication entre elles, l’on pourrait, dans beaucoup de cas et sans frais, obtenir une évacuation suffisante de l’air vicié. I
Il convient de rappeler que la vitesse de l’air dans une cheminée d’appel dépend principalement de l’excès de la température de l’air qui la parcourt sur celle de l’air extérieur, et que le volume d’air qu’elle débite est à très-peu près proportionné à sa section. Par conséquent, étant donnée la hauteur d’une cheminée et la différence moyenne que l’on veut tolérer entre la température intérieure et la température extérieure, il serait presque toujours possible l’hiver d’obtenir, à l’aide de la seule ventilation naturelle, l’évacuation d’un volume d’air vicié déterminé.
S’il ne suffit pas d’une seule cheminée, l’on pourrait en établir plusieurs, et faire arriver l’air vicié dans une cheminée unique par des conduits passant sous les planchers.
Cette réunion des cheminées d’évacuation en une seule, quand il y en a plusieurs, est une des conditions essentielles de la stabilité de la ventilation naturelle et le moyen d’éviter
AUX DIFFÉRENTS ÉDIFICES
que, par des différences assez faibles de température, ou par des vents violents, il ne s’établisse d’une cheminée à l’autre des courants en sens contraires. J’en ai signalé plusieurs exemples, et celte instabilité est l’inconvénient, difficile à éviter, de la ventilation naturelle, surtout dans la saison d’été.
Aussi faut-il se ménager, lorsque l’on lient à obtenir une ventilation assurée et régulière, des moyens auxiliaires que je vais rappeler sommairement.
i>99. Des moyens auxiliaires pour activer l’appel. — J’ai indiqué déjà, en plusieurs occasions, le parti que l’on peut tirer de la chaleur des appareils d’éclairage pour activer ou produire l’appel de l’air vicié, et les appariements de réception pourraient, à l’aide de dispositions convenables et d’une application commode, être ventilés par ce moyen.
Quelle que soit la nature de ces appareils, mais surtout quand ce sont des lampes ou des becs de gaz, il est souvent facile d’utiliser la chaleur qu’ils développent au profit de la ventilation. Examinons, en effet, les différents cas qui peuvent se présenter.
Les candélabres ou lustres d’applique placés contre les murs peuvent être surmontés d’un chapeau opaque ou transparent, plus ou moins orné qui, par un conduit masqué, au moyen de quelques ornements, dirigerait les gaz provenant de la combustion dans une cheminée d’appel ménagée dans le mur. Ils peuvent même, et cela est préférable, être, ainsi que les becs de gaz, complètement renfermés dans une enveloppe transparente qui, communiquant avec la cheminée d’appel par sa partie inférieure et par sa partie supérieure, serait alimentée par l’air vicié même que l’on veut extraire, ainsi que nous l’avons fait introduire dans les nouveaux théâtres
Fig. 61.
296 DISPOSITIONS PARTICULIÈRES
de la place du Gliâtelet. Un semblable dispositif permettrait d’employer dans les habitations privées, au moins pour les jours de réception, l’usage du gaz d’éclairage, sans éprouver les inconvénients de l’odeur assez désagréable qu’il répand.
L’on pourrait même disposer des appareils analogues de circonstance et les placer dans les embrasures des fenêtres, en enlevant une ou deux vitres et en les munissant d’un tuyau d’évacuation de l’air vicié d’une hauteur suffisante pour donner à l’appel l’énergie nécessaire. . |
J’ai indiqué, n“ 22G, à l’occasion des expériences que j’ai j
faites sur un dispositif analogue, le résultat que l’on peut ^
obtenir pour l’appel de Fair vicié. |
Enfin les cheminées ordinaires ou les cheminées auxiliai- j res, dont nous avons parlé tout à l’heure, pourraient recevoir ' un certain nombre de becs de gaz placés dans le tuyau et à une hauteur telle que, n’étant pas visibles et ne pouvant, par leur rayonnement, produire dans les appartements aucun !
surcroît de chaleur, celle qu’ils développeraient ne servirait qu’à la ventilation.
Dans les cheminées ordinaires, un :
tuyau en fer introduit à demeure sur l’un des côtés, serait habituellement j fermé par un bouchon à vis, et ce ne serait que pour les jours de réception que l’on y adapterait le jeu !
de becs de gaz correspondant à l’ouverture de la cheminée, et qu’on le , mettrait en communication avec les | tuyaux de distribufion du gaz.
Les grands salons contiennent sou- |
vent, comme décoration, de fausses cheminées auxquelles l’on pourrait, fort utilement, donner pour destina- | tion celle de servir à l’appel, et dans les grands hôtels, ;
dans les palais, en multipliant les cheminées d’appel appa- j
Fig. 62.
AUX DIFFÉREiNTS ÉDIFICES.
rentes ou cachées, et en les réunissant toutes à une même cheminée générale ou chambre d’évacuation, chauffée, si cela était nécessaire, on obtiendrait une régularité suffisante dans la sortie de l’air vicié.
600. Conduits d’ évacuation ménagés dans les trumeaux. — Lorsqu’on ne voudrait ou ne pourrait pas placer des lustres d’applique à gaz devant les trumeaux, il serait possible de ménager dans leur épaisseur, entre les fenêtres, des conduits ou cheminées d’évacuation de l’air vicié ouverts par le bas à l’intérieur des appartements et dans lesquels on placerait et l’on allumerait au besoin des becs de gaz non apparents, auxquels on communiquerait par une ouverture latérale extérieure ou intérieure ménagée dans l’ébrasement des fenêtres. Ces conduits pourraient être prolongés jusqu’aux toits pour leur donner toute l’activité possible, ou terminés au-dessus de l’étage, si cela était nécessaire.
60:1, Application de dispositions analogues aux ateliers éclairés au gaz. — La plupart des dispositions que nous venons d’indiquer pour les appartements d’habitation peuvent s’appliquer facilement, et aussi simplement qu’on le voudra, aux magasins, aux ateliers éclairés au gaz, et il y aurait à les y introduire l’avantage de les assainir par le renouvellement d’un air pur et par l’évacuation de l’air vicié et des produits si désagréables et si insalubres de la combustion du gaz.
Dans les grandes villes, où de nombreux ouvriers sont réunis dans des ateliers bas et mal aérés, l’adoption de ces moyens devrait être prescrite par les règlements de police comme mesure de salubrité publique.
602. Proportion des appareils. — Pour les cheminées ordinaires ou spéciales d’évacuation qui auront une hauteur de 12 à 15 mètres et plus, offrant une section de 0"’*‘f,10 environ, on peut compter en moyenne sur une évacuation d’air vicié
DISPOSITIONS PARTICULIÈRES
de 500 à 600 mètres cubes par mètre cube de gaz brûlé, où pour 10 becs brûlant 0™ ®,100 par heure. Quant aux appareils de circonstance appliqués sur les fenêtres, les expériences du Conservatoire (chap. v, n° 226) où la température de l’air évacué a été élevée à 50 ou 60% montrent que, même avec des tuyaux trop courts, l’on a pu obtenir l’évacuation de 350 à 400 mètres cubes d’air par mètre cube de gaz brûlé, ou avec 10 becs brûlant chacun 0“*%100 en une heure. L’on aurait probablement un résultat supérieur avec des conduits plus larges, qui ne donneraient pas lieu à un aussi grand échauffement de l’air.
603. hitroduction de l’air nouveau. — L’on voit par les indications qui précèdent que l’évacuation de l’air vicié des appartements de réception ne présente réellement pas de difficultés sérieuses et que, soit par des dispositions prises dès l’époque de la construction, soit même par des moyens de circonstance, on peut l’assurer.
Mais la rentrée de l’air nouveau, à une température et en des points convenables pour qu’il ne soit pas incommode, n’est pas aqssi facile ; en se reportant cependant aux considérations générales que nous avons développées au chapitre III , on reconnaîtra quels sont , dans chaque cas, les moyens à employer.
S’il s’agit d’un palais ou d’une maison particulière à construire, il faudra établir dans les parties inférieures un calorifère accompagné d’une chambre à air assez vaste pour y mélanger, selon les saisons, l’air extérieur et l’air chaud fourni par l’appareil, en proportions telles que ce mélange arrive dans les appartements à une température de 5 à 6* tout au plus au-dessous de celle que l’on veut maintenir.
De cette chambre à air partiront des conduits qui amèneront l’air près du plafond et le dirigeront vers sa surface par des orifices étroits, mais en grand nombre ou d’un grand développement, que l’on pourra masquer par la décoration. Des corniches creuses seraient à cet effet très convenables.
AUX DIFFÉRENTS ÉDIFICES
Au moyen de ces dispositions et en proi^ortionnant les passages comme nous l’avons indiqué, l’on pourra obtenir une arrivée d’air suffisante pour fournir à l’appel, sans occasionner par les portes et les fenêtres des courants trop énergiques.
Dans les bâtiments établis, la difficulté est plus grande, surtout s’il n’existe pas de calorifère auquel on puisse emprunter la chaleur nécessaire pour amener l’air nouveau à la température convenable.
Dans ce dernier cas, il sera plus nécessaire que dans tout autre de faire affluer cet air le plus loin possible des individus, près des plafonds et en filets minces dirigés de bas en haut vers sa surface. En se rappelant d’ailleurs ce fait d’observation presque général, que, même dans les établissements pourvus d’orifices d’introduction de l’air extérieur, les ouvertures des portes et des fenêtres dans les circonstances ordinaires fournissent environ la moitié du volume d’air évacué, l’on pourra réduire dans celte proportion celui qui devra être introduit, auquel on supposera une vitesse d’arrivée d’un mètre par seconde, que fon observe souvent, même sous l’action peu énergique de l’appel d’une cheminée sans feu, et quand l’air monte des caves, en passant par des calorifères non chauffés.
Enfin, pour rester maître de modérer ou d’activer les rentrées d’air, il ne faudra pas omettre de disposer sur tous les conduits des registres faciles à manœuvrer.
604. Évacuation de V air chauffé et altéré par les lustres. — Quant aux lustres placés au milieu des pièces et suspendus au plafond, s’il s’agit de salons voûtés, l’on pourra, en relevant un peu ces lustres, les surmonter de chapeaux transparents, accompagnés d’une cheminée d’évacuation des gaz qui conduirait l’air chaud provenant de la combustion, soit dans les combles, soit mieux dans la cheminée générale d’évacuation, où se réuniraient tous les conduits partiels. Il ne sera pas difficile de décorer ces tuyaux, qui seront tou-
DISPOSITIONS PAUTICULIÈRES
jours d’un petit diamètre, de manière à en déguiser la destination.
Mais, pour les lustres des appartements des maisons d’habitation ordinaires, il sera d’autant plus difficile d’en évacuer les gaz chauds qu’ils seront en plus petit nombre, parce qu’alors aucun artifice de décoration ne pourrait dissimuler les conduits, à moins que l’on n’établisse des doubles plafonds ou entrevoux, en profitant de la facilité que donne pour cela l’emploi des poutres en fer. Ce qu’il y aura de mieux à faire, ce sera d'en réduire le nombre à un seul, s’il se peut, et de multiplier au contraire autant que possible les lustres d’applique, disposés comme nous l’avons dit plus haut.
G03. Dispositions à prendre pour la ventilation des pièces de réception. — Mais si, dans les cas ordinaires et dans les circonstances de la vie habituelle, le renouvellement de l’air et la modération de la température peuvent être facilement assurés à l’aide des dispositions usuelles, il n’en est plus de même lorsque les mêmes locaux ou des appariements spéciaux servent à réunir un nombre exceptionnel de personnes. Alors les individus, par la respiration et par la transpiration; les appareils nombreux d’élairage, par la chaleur qu’ils développent, vicient l’air et élèvent la température d’une manière parfois intolérable et toujours nuisible à la santé.
En pareil cas, il y a lieu d’adopter des dispositions permanentes ou temporaires, selon les conditions particulières où l’on se trouve.
606. Dispositions permanentes. — Lorsqu’il s’agit de la construction ou de l’appropriation de locaux destinés à devenir régulièrement des lieux de réceptions nombreuses, il faut adopter des dispositions analogues à celles que nous avons indiquées pour les hôpitaux.
Dans les murs de face ou dans ceux de refend, s’ils sont assez épais, l’on ménagera des conduits d’évacuation de l’air vicié ayant leur orifice d’appel près du plancher et s’élevant jusqu’aux greniers, où on les réunira, s’il est possible, à une
ALX DIFFÉRENTS ÉDIFICES. •
seule et même cheminée générale d’évacuation, dans laquelle on établira, s’il y a lieu, un foyer d’échauffement de l’air vicié pour activer l’appel. L’emploi des becs de gaz, quoique peu économique, peut être fort commode pour les circonstances accidentelles. Lorsque l’établissement d’un nombre suffisant de conduits verticaux d’évacuation répartis dans toute l’étendue des appartements présentera des difficultés, on pourra recourir au système de l’appel par en bas, surtout si les appartements se trouvent au rez-de-chaussée ou au premier étage.
Dans beaucoup de cas, l’établissement de ces conduits et d’une cheminée d’appel par en bas sera même plus facile que tout autre. Il est d’ailleurs assez rare que, dans une même habitation, il y ait, à différents étages, plusieurs appartements de grandes réceptions, et par conséquent les dispositions que nous indiquons seront assez faciles à prendre lors de la construction.
G07. Bases et 'proportions pour les grands salons de réception, et application à la salle des 3Iaréchaux du palais des Tuileries.
— Pour indiquer les proportions qu’il convient d’adopter, il faut poser les données fondamentales du problème et en faire une application.
Dans les conditions actuelles, et grâce à l’ampleur des toilettes des dames, il n’est guère possible qu’il y ait en moyenne dans un salon plus de deux personnes par mètre carré de superficie.
Pour l’éclairage, j’adopterai à peu près pour bases les proportions de celui qui a lieu dans la salle des Maréchaux, aux Tuileries, et qui est très-splendide, soit 1,5 bougie et 0,50 lampe par mètre carré.
L’on admet :
1“ Qu’une bougie stéarique fournit autant de chaleur qu’une personne ;
La partie centrale de la salle des maréchaux a 19“,10 sur 16“ ,30 ou 311 mètres carrés de superficie. Elle est éclairée aux jours de réception
2o Qu’une lampe Garcel, brûlant 40 grammes d’huile à l’heure, développe autant de chaleur que trois personnes.
D’après cela, pour tenir, au moins approximativement, compte du refroidissement très-sensible que les murs font éprouver à l’air, nous pouvons, sans crainte, admettre qu’il équivaut par mètre carré de plancher à la chaleur développée par une personne. Dès lors, n’ayant plus à tenir compte que de la présence d’un seul individu par mètre carré, et sachant qu’une personne produit, tant par la respiration que par la transpiration, environ 120 unités de chaleur ou calories par heure, le nombre total d’unités de chaleur qui serait développé par mètre carré d’un salon, dans les conditions ad-
mises ci-dessus, serait :
Pour une personne 120"=“^
Pour 1,5 bougie, équivalant à 1,5 personne 180
Pour 0,50 lampe Garcel, équivalant à 0,5 x 3 = 1,5 personne^ 180
Avant l’ouverture de l’orifice d’évacuation qui a été pratiqué dans la voûte de la salle des Maréchaux, la température, aux jours de grande réunion, y était excessive. Elle s’élevait alors à 32® dans le bas et à 38 ou 40“ dans la galerie supérieure. Aujourd’hui elle est encore de 24 à 25® dans le bas et de 28 à 30® dans le haut. L’absence de renouvellement de l’air rend ces températures très-désagréables.
La température moyenne qu’il faut chercher à maintenir dans la salle ne doit guère excéder 20®, et l’expérien'ce des amphithéâtres du Conservatoire nous a montré qu’en faisant affluer l’air nouveau à une assez grande hauteur, on pouvait
par 548 bougies et 166 lampes, ce qui revient à 1 ,76 bougie et 0,53 lampe par mètre carré de superficie. D’après des renseignements qui m’ont été fournis , l’on ne doit pas estimer à plus de 400 à 500 le nombre des personnes qui peuvent trouver place dans ce salon.
AUX DIFFÉRENTS ÉDIFICES
admettre cet air à une température inférieure de 8® au plus à celle de l’intérieur. D’après cela, la capacité de l’air pour la chaleur étant égale à 0,237 de celle de l’eau, la densité de l’air affluent à 12® étant de l’‘‘^,24, cet air, en passant de 12 à 20®, absorbera par mètre cube une quantité de chaleur égale à
En nommant donc Q le volume d’air à 12® à introduire dans la salle pour y maintenir la température intérieure à 20®, on devra avoir la relation :
Qm.c^ 2"“\35 = 480^^1;
d’où l’on tire :
par mètre carré, ou en tout pour la salle des Maréchaux : 204™“= X 3 1 1 = 63 444™“=.
Ce volume ne dépasse point les limites de ce qu’il est facile d’obtenir, et il correspondrait pour les 622 personnes que nous avons supposées dans la salle, à raison de deux par mètre carré, à plus de 100 mètres cubes par heure et par personne, ce qui constituerait une ventilation très-abondante, que l’on serait peut-être même obligé de restreindre dans bien des cas.
L’on arriverait encore à un chiffre notablement inférieur si, comme cela conviendrait, l’on disposait les lustres et les autres appareils d’éclairage de manière à faire évacuer les gaz brûlés au dehors, au lieu de les laisser répandre dans la salle, ce qui pourrait se faire très-facilement sans nuire à la décoration et à l’aspect général des lieux.
Outre l’avantage de diminuer l’élévation de la température intérieure, on pourrait probablement trouver aussi à celte disposition celui d’employer une partie de cette chaleur nuisible à activer la ventilation, ainsi qu^on l’a obtenu dans les nouveaux théâtres.
D’après ces calculs préliminaires, si nous limitons le vo-
DISPOSITIONS PARTICULIÈRES
lume d’air à extraire par heure dé îa salle à 50 000 mètres cubes seulement, et si nous admettons que la vitesse dans les conduits d’évacuation puisse s’élever à 2*", 50 en 1' , la som.me des sections de ces conduits devrait être égale à
SOGOO"’-*"
Quant aux conduits d’arrivée de l’air, ils pourront être aussi grands, et, comme il se fait toujours des rentrées d’air considérables par les fenêtres, la vitesse y serait probablement inférieure à 2"%50.
On devrait d’ailleurs avoir soin de donner aux orifices d’accès dans la salle le plus de superficie qu’il serait possible, pour diminuer la vitesse d’arrivée de l’air; or le balcon seul et la corniche du dôme ont un développement de près de 70 mètres chacun ; et en donnant à un entrevoux que l’on établirait au balcon, ou à des orifices ouverts au-dessus de la corniche, 0"^,25 de hauteur, ce qui est facile, il en résulterait une section de passage de 70“ X 0“,25 = 17“ ‘i,50, et par conséquent l’admission d’un volume d’air de 50 000 mètres cubes par heure, ou de 13“-®, 88 en V\ ne correspondrait qu’à une vitesse de 0“,79 en 1", ce qui est très-acceptable et facile à réaliser.
En résumé, toute la difficulté se réduirait à trouver dans les parois des murs le moyen d’y pratiquer deux séries de conduits d’arrivée et d’extraction de l’air ayant ensemble une section de 11 à 12 mètres carrés.
Or les conditions locales semblent se prêter avec facilité à une disposition qui, sans altérer en rien l’intérieur actuel de, la plus grande partie de la salle, assurerait très-bien le service de la ventilation.
L’appel de l’air vicié se ferait par en bas; des conduits établis dans les caves le dirigeraient dans une cheminée d’appel qui s’élèverait jusqu’au comble à travers le massif de l’un des gscaliers qui mènent au balcon, sans que cela nécessitât la gup pression de cet escalier.
AUX DIFFÉRENTS ÉDIFICES
L’on dirigerait dans la même cheminée tous les gaz chauds provenant des lustres.
Quant à l’air nouveau, la corniche qui soutient la naissance de la voûte étant à 12™, 60, et la rosace du dôme à plus de 16 mètres de hauteur au-dessus du plancher, cela donne toute facilité pour faire arriver de l’air frais à une température assez différente de celle de la salle, sans crainte que cet air ne produise une sensation désagréable, parce qu’il aurait une grande distance à parcourir avant d’atteindre les personnes.
Des dispositions analogues pourraient être prises aussi pour la grande galerie ; mais, comme l’affluence y est généralement moindre, on pourrait réduire un peu la proportion du volume d’air à extraire.
Je me borne à ces indications générales, qui suffisent pour montrer que la question de l’assainissement des plus grands salons de réception ne présente pas de difficultés que l’art ne puisse surmonter, et qu’elle serait surtout d’une solution facile si les architectes s’en occupaient avant la construction des bâtiments.
Des ateliers.
608. L’assainissement des ateliers peut avoir simplement pour objet d’y maintenir, comme dans les habitations orainaires, à un état chimique de pureté convenable, l’air que les ouvriers respirent, ou, dans d’autres cas, d’enlever en outre les poussières plus ou moins incommodes ou dangereuses que les opérations industrielles répandent dans l’espace.
Quant à la première partie de la question, les dispositions que nous avons indiquées pour les habitations particulières sont évidemment celles qu’il convient de prendre, en les appropriant, dans chaque cas, aux conditions spéciales de l’atelier ou de l’industrie qui s’y exerce.
Si, par exemple, aux émanations du corps humain se joignent'des odeurs, des vapeurs plus ou moins désagréables VENT. II. 20
DISPOSITIONS PARTICULIÈRES
OU malsaines, le volume d’air à évacuer et l’énergie des appels devront être augmentés.
Il sera alors encore plus nécessaire que dans les cas ordinaires, de mettre les conduits particuliers d’évacuation en communication avec une cheminée générale pour assurer la stabilité de l’appel.
■Dans beaucoup d’usines on pourra profiter de l’existence des cheminées des machines à vapeur motrices, ou des fourneaux, pour échauffer au degré convenable l’air vicié que la cheminée générale doit évacuer.
Le système d’appel à adopter dépendra des conditions locales, et fort souvent il y aura lieu de préférer l’appel par en bas pour conduire l’air vicié dans la cheminée des usines ou dans un conduit qui lui serait adjacent.
609. Ateliers éclairés au gaz. — Dans les ateliers où l’on emploie le gaz pour l’éclairage, on devra, dans tous les cas, adopter l’une des dispositions que nous avons indiquées, pour assurer l’évacuation au dehors des produits de la combustion, qui rendent si pénible le séjour de ces locaux. On cherchera d’ailleurs, toutes les fois que cela sera possible, à utiliser la chaleur développée par la combustion du gaz pour activer les appels, comme nous l’avons dit à diverses reprises.
610. Mesures de police municipale à prendre pour les aie'liers. — A ce sujet, je pense même que dans les grandes villes où ce genre d’éclairage est généralisé et où l’on voit souvent de nombreux ouvriers, des femmes et des enfants réunis dans des locaux insuffisants, l’autorité devrait, par mesure de salubrité publique, prescrire l’adoption de dispositions de ce genre et en surveiller l’exécution avec sévérité.
Depuis que je m’occupe de cette question de la ventilation, j’ai reçu sur l’espèce d’infection que l’emploi du gaz produit dans les ateliers, des observations qui, pour m’avoir été adressées par de simples ouvriers et sous forme pseudonyme, ne m’en ont pas moins paru dignes de beaucoup d’attention.
AUX. DIFFERENTS ÉDIFICES
611. CaSiOÜil se forme des vapeurs abondantes. — Lorsque dans les ateliers il se forme des vapeurs abondantes, qu’il importe d’évacuer au dehors, il convient de surmonter les fourneaux, les chaudières qui les produisent, par des hottes aboutissant dans des cheminées d’appel, auxquelles on devra assurer l’énergie nécessaire par l’un des moyens que nous avons indiqués.
Si les émanations sont dangereuses, il faut en déterminer l’évacuation immédiatement au moment de leur formation par un appel puissant exercé par en bas, en employant même quelque moyen auxiliaire dans le cas où l’appel général ne suffirait pas. Un chapeau mobile recouvrant chaque point partiel de production de ces émanations et communiquant avec le conduit inférieur d’appel, assurerait cette évacuation.
J’ai rappelé dans l’Introduction l’application que le docteur Reid a faite, il y a longtemps, de dispositions de ce genre, dans son laboratoire à Édimbourg, pour empêcher les odeurs désagréables des préparations chimiques de s’y répandre. Depuis plusieurs années, il existe sur la table du grand amphithéâtre du Conservatoire une grille sur laquelle on place les préparations qui, pendant les leçons, dégageraient des odeurs de ce genre, et l’appel général de la ventilation suffit pour attirer ces odeurs et les expulser à mesure qu’elles se développent.
612. Introduction de lair nouveau, ^ — Dans les ateliers, comme ailleurs, il conviendra de faire affluer l’air nouveau vers le plafond, le plus loin possible des individus et à une température peu différente de celle que l’on veut entretenir à l’intérieur.
Si la nature de l’industrie exige que cette température intérieure soit élevée, pour rendre cette condition moins pénible pour les ouvriers, il faudra augmenter, dans une assez forte proportion, le volume d’air introduit. On sait, en effet, que l’on supporte d’autant plus facilement une température élevée que le renouvellement de l’air est plus abondant.
DISPOSITIONS PARTICULIÈRES
Les appareils de chauffage à la vapeur au moyen de celle i qui s’échappe des machines motrices, au lieu d’être réduits i \ à de simples tuyaux qui traversent les ateliers, devraient être ^ 1 1 disposés de manière à échauffer l’air nouveau à introduire ii dans les salles. Ils contribueraient ainsi à la fois au chauf- |1 fage et à l’assainissement. I !
615. Accroissement de dépense causé par la ventilation, — Dans le cas actuel, comme dans tous les autres, il ne faut j pas se dissimuler que l’introduction d’un volume d’air exté- j rieur à une température plus ou moins basse et son évacuation au dehors donneront toujours lieu à une consommation i de chaleur et par suite de combustible, qui se traduira en une dépense additionnelle. Mais outre que c’est un devoir pour tout industriel de ne reculer devant aucun des moyens ! qui peuvent maintenir en santé les ouvriers qu’il emploie, les dépenses, assez faibles d’ailleurs, qu’entraînerait l’accomplissement de ce devoir seront toujours, je crois, largement couvertes par le surcroît d’activité que le bien-être apporterait au travail et par la diminution des secours qu’on ne refuse jamais d’accorder aux malades.
614. Enlèvement des poussières répandues dans les ateliers, — Quant aux ateliers dans lesquels il se répand des poussières incommodes ou dangereuses, tels que ceux où l’on nettoie j
les cotons, les laines, où l’on teille et où l’on peigne le chan- j
vre et le lin, les aiguiseries, etc., il faut recourir aux ventila- j teurs aspirants, qui attirent dans leurs conduits d’appel et expulsent au dehors les poussières les plus lourdes, quand on leur donne l’énergie convenable.
Dès l’année 1842, ayant pris connaissance d’essais avantageux faits chez MM. Pihet, frères, j’avais appelé l’attention : du ministre de la guerre sur la nécessité d’améliorer, sous ce rapport, les aiguiseries de la manufacture d’armes blan- i ches de Ghatellerault. Plus tard, MM. Peugeot, habiles fabri- j cants de quincaillerie à Hérimoncourt, département du Doubs, après m’avoir consulté, établirent dans deux de leurs
AUX DIFFÉRENTS ÉDIFICES
usines à meules des ventilateurs à l’aide desquels ils parvinrent à aspirer et à rejeter au dehors la poussière provenant du tournage ou riflage des meules. Enfin, en 1849, un système complet de ventilation, par appel mécanique, fut établi dans les aiguiseries de la manufacture d’armes blanches de Ghatellerault, qui contiennent chacune 18 à 20 meules. Il y fonctionne depuis cette époque, et, pourvu que le nombre de meules qu’on rifle à la fois n’excède pas 6 ou 8, un ventilateur de 0”^,78 de diamètre sur 0"%30 au plus de largeur, appelant l’air par son centre et faisant 900 à 1000 tours en 1', suffit pour empêcher la poussière de se répandre dans les usines.
Les résultats de ces appareils sont acquis depuis longtemps et la santé des ouvriers en a été grandement améliorée, mais il est triste de dire que les ouvriers, dans l’intérêt desquels ils ont été construits, sont tellement négligents et insouciants que, sans la surveillance des officiers d’artillerie, les conduits seraient bientôt obstrués par la poussière qui s’y dépose.
Dans les dispositifs de ce genre, les appareils qui développent la poussière qu’il s’agit d’évacuer, doivent être entoui'és de très-près par des enveloppes en bois ou en métal, qui ne laissent libres que les ouvertures absolument nécessaires au travail. Sous la machine, un orifice qui communique avec le canal d’appel, sert à l’écoulement du courant d’air qui entraîne les poussières.
Dans le cas des meules d’aiguiseries qui travaillent mouillées et qui ne répandent de poussière que quand on les tourne à sec, il faut que l’orifice d’appel des meules qu’on ne tourne pas soit fermé, pour que toute l’énergie de l’appel agisse au contraire sur celles que l’on tourne à sec et qui seules donneraient une poussière dangereuse.
Lorsqu’il s’agit de meules qui doivent travailler à sec et qui, par conséquent, sont toujours d’un emploi très-pernicieux pour la santé, on peut encore, à l’aide de moyens analogues, enlever et rejeter à l’extérieur toute la poussière qu’elles
DISPOSITIONS PARTICULIÈRES
produisent. C’est ainsi qu’à la manufacture d’armes de Chatellerault, M. de Maintenant, alors capitaine, était parvenu', à l’aide d’un petit ventilateur de 0“,30 de diamètre, marchant à la vitesse de 1200 tours en 1', à attirer et à faire descendre sous la table d’une petite meule, dite à gouttières de la baïonnette, toute la poussière siliceuse qui forçait auparavant l’aiguiseur à s’envelopper la face, pour ne pas la respirer.
Les indications précédentes suffiront, sans doute, pour montrer le parti qu’il convient, dans chaque cas, de tirer des appareils mécaniques.
Ventilation des lieux d’aisances.
61S. Cette partie de la question de l’assainissement des lieux habités est l’une de celles qui présentent le plus de difficultés, non par elle-même, mais par suite des conditions de construction et des dispositions locales.
La plupart des fosses d’aisances des maisons d’habitation ne sont pas munies de cuvettes hydrauliques dans lesquelles plonge l’extrémité’ inférieure des tuyaux de descente, et dès lors elles se trouvent, par ces tuyaux, en communication avec l’intérieur des appariements.
L’on croit souvent en assurer la ventilation en perçant, vers un de leurs points culminants, une ouverture à laquelle s’adapte un tuyau d’échappement des gaz s’élevant jusqu’au toit. Mais il arrive, au contraire, fréquemment que ce tuyau, au lieu de servir à l’évacuation des gaz méphitiques, donne passage à un courant d’air extérieur descendant, qui refoule ces gaz à l’intérieur des habitations, aTec d’autant plus d’énergie que ce mouvement est souvent encore facilité par l’appel que les foyers des pièces voisines peuvent exercer.
Je ne me propose pas d’examiner dans tous ses détails cette question, qui a d’ailleurs été traitée dans plusieurs rapports de commissions d’hygiène, et je me bornerai à indiquer quelques règles et quelques moyens d’une application assez facile.
AUX DIFFÉRENTS ÉDIFICES
En général, il ne convient pas de ventiler les fosses d’aisances elles-mêmes; c’est favoriser inutilement la fermentation et le développement des gaz à évacuer. Il vaut mieux les fermer le plus hermétiquement possible, et il n’y a point à craindre qu’il s’y développe aucun excès notable de pression.
Il faut, quand on le peut, placer sous chaque tuyau de descente une cuvette hydraulique, qu’il serait bon de rendre mobile autour d’un axe, afin de pouvoir de l’extérieur la faire basculer et la vider de temps en temps, pour la remplir ensuite d’eau.
L’usage des cuvettes hydrauliques dites à l’anglaise, et dont il y a bien des modèles pour les habitations particulières, et celui des cuvettes ou appareils Rogier-Mothès, à bascule, sont des moyens de mettre obstacle à l’introduction des gaz méphitiques dans les cabinets ; mais, malgré futilité de ces divers dispositifs, il arrive encore trop souvent qu’ils ne préviennent pas cette introduction; il y a d’ailleurs bien des cas où on ne peut guère les employer, sans avoir à craindre qu’ils ne soient promptement hors de service.
Il faut donc recourir à un moyen général qui remédie aux défauts accidentels, que les appareils peuvent présenter, ou suppléer à leur absence.
Le procédé le plus sûr et le plus généralement applicable aux lieux déjà construits consiste à déterminer dans les cabinets d’aisances un appel de l’air des appartements vers ces cabinets à faide d’un conduit qui évacue cet air à f extérieur.
Il résultera de cet appel que les gaz, qui ont pu ou qui tendent à affluer dans le cabinet seront entraînés au dehors avec fair appelé des locaux voisins.
Si, par suite du voisinage d’une chambre à feu, on craignait que fénergie de l’appel exercé dans le cabinet d’aisances ne nuisît au tirage de la cheminée, on pourrait ouvrir une prise d’air extérieur pour fournir au renouvellement de Tair du cabinet; mais, en général, il vaudrait mieux s’en passer, s’il est possible.
Dans le cas où les. tuyaux de descente, plongent par leur
DISPOSITIONS PARTICULIÈRES
extrémité inférieure dans une cuvette hydraulique, et où il n’y a pas en haut une petite cuvette à bascule, le dispositif imaginé par M. L. Duvoir, et décrit au chapitre V, me paraît fort convenable. La partie supérieure de ce tuyau est terminée par une partie renflée appelée culotte (pl. YI), dans laquelle s’emboîte la cuvette proprement dite. Une tubulure, latérale au tuyau de la culotte, communique avec un tuyau dans lequel un appel suffisamment énergique peut être déterminé par l’un des moyens que j’indiquerai plus loin.
Si le tuyau de descente est commun à plusieurs sièges, ainsi qu’il arrive parfois, comme au bâtiment d’administration du chemin de fer du Nord, il n’est plus possible de lui donner la disposition précédente. Mais alors, sous chaque siège,. il y a un tuyau biais qui s’emboîte latéralement dans le tuyau commun, et le siège est, sur une partie ou sur la totalité de sa circonférence, isolé du bâtis qui le soutient, ainsi qu’on peut le voir sur la figure 4 (pl. XIII). L’espace vide qui se trouve ainsi entre le siège et la cuvette, ou le tuyau, est en communication avec un tuyau d’appel particulier à chaque cabinet et qui débouche dans un tuyau général.
Une disposition analogue pourrait être prise pour les lieux d’aisances dits à la turque.
Dans ces divers dispositifs, l’on voit que, si l’appel a une énergie suffisante, l’air du cabinet, ainsi que les gaz qui pourraient se développer dans le tuyau de descente ou remonter de sa base, sont aspirés et passent sous la lunette pour aller gagner le tuyau d’évacuation. Il y a donc alors appel de l’extérieur à l’intérieur du cabinet, et de celui-ci au dehors, ce qui empêche la mauvaise odeur de se répandre dans les appartements.
Quant aux moyens de déterminer l’appel et de lui donner assez d’énergie, ils sont divers, selon les circonstances qui peuvent se présenter.
L’expérience prouve qu’un appel de 30 mètres cubes d’air au moins par heure et par siège est nécessaire et suffisant pour assurer l’assainissement d’un siège. Le diamètre du
AUX DIFFÉRENTS ÉDIFICES
passage étant d’environ 0™,12, cela correspond à une vitesse de 0"\40 ou 0"\50, au plus, qu’un appel modéré peut exercer.
Dans les maisons d’habitation, si le tuyau d’aspiration de l’air à • évacuer était placé de manière à former l’une des parois de la cheminée de la cuisine, la chaleur qui lui serait communiquée suffirait, la plupart du temps, pour assurer une bonne ventilation.
Il en serait de même dans les casernes, ce qui permettrait d’y établir, au moins pour la nuit, des lieux d’aisances à l’intérieur.
Lorsque la position adoptée et obligée pour les lieux d’aisances ne permet pas de recourir à la disposition précédente, l’action d’un simple bec de gaz suffirait largement. L’on sait, en effet, que dans une cheminée ordinaire la combustion d’un mètre cube de gaz détermine- l’évacuation d’environ 1000 mètres cubes d’air; par conséquent, un bec de petit modèle, brûlant seulement 30 litres à l’heure, produirait une évacuation d’air supérieure à 30 mètres cubes par heure. La dépense, à raison de 0^30 le mètre cube de gaz, s’élèverait, pour 365 jours, 0“*%030X 0^30X24X365= 7Qf par an, et le gaz ainsi employé servirait en outre à l’éclairage permanent du cabinet. L’amélioration qu’un si simple dispositif introduirait dans bien des habitations ne serait certes pas payée trop cher.
Dans les habitations, qui ne sont pas éclairées au gaz, on peut en remplacer l’action par une lampe ordinaire, et il est facile de déterminer, la consommation d’huile et la dépense qui en résulteraient. En effet, puisque 0“*%030 de gaz suffisent pour l’effet à obtenir, et que la chaleur qu’ils développent par leur combustion est égale à 0"'*®,030 X 6000*"®^= 1 80«“L tandis qu’un kilogramme d’huile à brûler fournit 9000 calories, ou chaque gramme 9 calories, il s’ensuit que, pour développer 180 calories par heure, il faudrait brûler 20 grammes d’huile par heure, ce qui est précisément la moitié de la consommation d’une lampe carcel ordinaire. Mais à cause du
DISPOSITIONS particulières
prix élexé de l’huile, qui est de 1^80 le kilogramme, la dépense serait par an égale à
en supposant que la lampe brûlât jour et nuit pendant toute l’année.
Dans le cas où il y a des appareils de chauffage par circulation d’eau ou de vapeur, il est très-facile de conduire dans la cheminée d’appel des tuyaux spéciaux destinés à donner à l’évacuation toute l’activité nécessaire. C’est ce qui a étéexécuté avec plein succès dans le bâtiment d’administration du chemin de fer du Nord en 1862; et comme exemple d’une semblable disposition, à laquelle d’ailleurs on pourrait aussi appliquer l’usage du gaz, je crois devoir décrire cette installation.
616, Application des indications précédentes au bâtiment d’administration du chemin de fer du Nord. — La planche XIII (fig 4), représente l’une des deux dispositions adoptées pour les cinq étages de bureaux à chacune des extrémités de l’aile Nord du bâtiment. Le nombre total des cabinets affectés au service de ces étages est de vingt-sept. Il n’y a que trois tuyaux principaux de descente, ayant chacun 0,“22 de diamètre. A chaque étage ils reçoivent par embranchement les deux tuyaux particuliers des cabinets latéraux; de sorte qu’un même conduit vertical sert au débit des matières fournies par huit ou par dix sièges.
Chaque siège est placé dans une cellule particulière et se compose :
1° D’une tablette en schiste ardoisier présentant une ouverture de 0“,22 de diamètre ;
2® D’une cuvette en fonte, dont le bord supérieur est séparé,, dans tout son pourtour, du dessous de la tablette par un intervalle vide de 0“,10, qui communique avec un con-
AUX DIFFÉRENTS ÉDIFICES. 315
diiil d’évacuation, lequel, après s’êlre élevé verticalement, va gagner obliquement la cheminée générale.
L’extrémité inférieure de la cuvette, qui n’a que 0™,14 de diamètre, s’engage librement dans la partie supérieure du tuyau de descente, dont le diamètre est de 0“%22; de sorte qu’il y a entre ces deux tuyaux un intervalle qui permet l’écoulement des eaux qui peuvent tomber sur le sol.
Chaque tuyau de descente plonge dans une cuvette hydraulique en cuivre, qui empêche* les^ gaz de> la fosse de s’élever dans ce tuyau.
La ventilation n’a donc à évacuer que les gaz et l’air vicié qui se développent dans les conduits et dans les cabinets.
L’appel est ou peut être à volonté activé par deux moyens : l’un permanent et régulier, l’autre accidentel ou de saison. Le premier consiste en un jeu de tuyaux de circulation d’eau chaude, qui parcourt, sur une hauteur de 16 mètres audessus du sol du rez-de-chaussée, le conduit principal d’évacuation, d’où les gaz se rendent ensuite dans une cheminée générale, dont le sommet est à 22 mètres au-dessus du même sol.
La coupe parallèle au mur de fond (pl. XIII) montre clairement la disposition de tous ces conduits.
Le second moyen d’activer l’appel consiste dans l’utilisation de la chaleur développée par les becs d’éclairage de chaque cabinet. Ces becs sont renfermés derrière un châssis vitré dans lés conduits d’évacuation de l’air vicié, et leur combustion est ainsi alimentée par l’air même qu’il s’agit d’évacuer. L’on n’a pas eu jusqu’ici besoin d’y recourir.
Les cabinets particuliers s’ouvrent dans une salle dans laquelle sont disposés des urinoirs, auxquels l’on n’a pas jusqu’ici fourni une quantité d’eau suffisante et dont la disposition n’est pas la plus convenable pour empêcher l’odeur particulière qu’ils développent de se répandre dans cette pièce. Malgré cette circonstance défavorable, la ventilation a assez d’énergie, puisqu’aucune odeur ne se répande dans les longs corridors de ce bâtiment.
DISPOSITIONS PARTICULIÈRES
617. Résultats d'expériences. — La multiplicité de ces cabinets d’aisances présentant un cas où la difficulté pouvait être plus grande que dans beaucoup d’autres, il m’a paru utile de faire faire quelques expériences spéciales pour constater les effets obtenus et les volumes d’air évacués par les sièges. Les données de ces expériences et les proportions des conduits sont les suivantes :
Diamètre des tuyaux principaux et parliculiers de descente. 0“,22
Diamètre des lunettes des sièges 0 ,228
Section de passage des lunettes des sièges 0'"'‘i,0407
Surface de chauffe des tuyaux de circulation d’eau chaude. 1 ,20
Section libre de la cheminée d’évacuation 0 ,75
Section des conduits particuliers d’appel 0 ,0445
EXPÉRIENCES SUR LA VENTILATION DES LIEUX d’AISANCES DU BATIMENT d' ADMINISTRATION DU CHEMIN DE FER DU NORD.
25 février 1863.
AUX DIFFÉRENTS ÉDIFICES/ 317
DISPOSITIONS PARTICULIÈRES
•618. -Conséquences de ces expériences. — Les résultats de ces expériences montrent que l’emploi des tuyaux de circulation d’eau chaude, très-modérément chauffés, a suffi pour déterminer par siège une évacuation moyenne de 63“’% 55 par heure, ou en tout, pour les 27 sièges, de 63“*%55 x 27 = 1 7 1 6“’® par heure. L’excès de la température dans la cheminée d’évacuation sur la température extérieure n’a varié cependant que de 4 à 7% et il pourrait être plus considérable, si la nécessité s’en faisait sentir.
Le volume moyen de 63“ ®,55 d’air vicié, bien que trèssupérieur à celui de 30 mètres cubes, qui était suffisant à l’hôpital Beaujon pour assurer l’assainissement des lieux d’aisances, ne me paraît pas surabondant dans le cas actuel. Le grand nombre des cabinets, la disposition générale et les chances d’un défaut de surveillance sont des motifs pour exagérer notablement le volume d’air à évacuer.
A cette occasion, je ferai observer que, quand on a établi pour des lieux d’aisances des moyens de ventilation qui déterminent par les sièges un appel suffisamment énergique, c’est une erreur d’ouvrir les fenêtres des cabinets ou des pièces qui les précèdent. Il arrive, en effet, alors, que cet appel est alimenté par l’air extérieur affluent par les fenêtres et non par celui des corridors ou des pièces voisines. De sorte que, si dans ces pièces il y a aussi des foyers qui attirent et évacuent un certain volume d’air, il devient possible que, tandis que l’air pur venu des fenêtres passe par les cabinets d’aisances, celui des abords de ces cabinets soit appelé vers les locaux voisins, qui alors peuvent être plus ou moins infectés. Le but et l’effet de la ventilation des lieux d’aisances doivent être, au contraire,' de- déterminer des pièces voisines vers ces cabinets un mouvement d’air, qui y renouvelle sans cesse celui qu’ils contiennent et s’oppose ainsi à leur infection.
619. Lieux d’aisances du batiment b de l’hôpital militaire de Yincennes. — Le service du génie a fait établir dans le bâtiment b de cet hôpital des lieux d’aisances à la turque, dont
AUX DIFFÉRENTS ÉDIFICES
il a assuré la ventilation par des moyens analogues à ceux que nous avons indiqués plus haut.
Ces cabinets sont placés à droite et à gauche du grand escalier et précédés par un petit cabinet d’entrée (pl. XII, fig. 3 et 4). Il y a trois sièges à la turque dans chaque cabinet, et ils sont tous munis d’appareils à cuvette Rogier- Mothès. Ces sièges sont placés dans une même verticale pour les trois étages, et sont desservis par des tuyaux de descente venant du troisième étage et qui aboutissent chacun à un tonneau de vidange garni d’un a])pareil séparateur. Les liquides s’écoulent dans les égouts, et au delà dans le rupt de Montreuil, qui passe sous rhôpital. Des regards ouverts sur les cours extérieures, permettent d’enlever les tonneaux où sont restées les matières solides.
La vèntilation des cabinets se fait par deux petites cheminées qui s’ouvrent à 0“%60 au-dessus du sol (pl. XII, fig. 4), et débouchent dans une même cheminée d’appel. L’une de ces cheminées est chauffée l’hiver par le tuyau* de fumée d’un calorifère, l’autre par un courant d’air chaud envoyé par le même appareil.
J’ai signalé l’inconvénient de ce dernier moyen d’appel, qui, dans certains cas, peut donner lieu à des rentrées d’air vicié.
En été, le chauffage étant suspendu, on se contente, pendant le jour, d’ouvrir les fenêtres, et, pour la nuit, l’on utilise la chaleur des becs de gaz d’éclairage que l’on a placés en g' g' (pl. XII, fig. 3 et 4) dans les petites cheminées d’appel, en arrière d’une paroi en verre placée à la hauteur convenable. Les becs de gaz sont alimentés par l’air vicié que l’on extrait des cabinets.
Sous l’influence de cet appel énergique, l’air extérieur pénètre dans le cabinet par la porte souvent ouverte, par les joints des fenêtres et aussi par deux carneaux établis sous le sol et venant du calorifère.
L’air chaud sort de ces carneaux assez abondamment pendant l’hiver, mais en été sa vitesse est peu sensible.
DISPOSITIONS PARTICULIÈRES
Les fosses du bâtiment b ne sont pas ventilées, et d’ailleurs, dans la plupart des cas, la ventilation des fosses présente, comme nous l’avons dit, plus d’inconvénients que d’avantages.
Pendant l’hiver, les cheminées d’appel suffisent pour assurer dans chaque cabinet une évacuation d’air de 2“"“', 30 par minute, et le renouvellement de l’air en 18 minutes; ce qui revient à environ 46 mètres cubes par siège et par heure.
Pendant les jours d’été, la ventilation naturelle de jour donne une évacuation de 1“^*%33 en 1', ou 26“^-%60 par siège et par heure, et le renouvellement de l’air en 31 minutes.
La nuit, la ventilation, activée par le gaz, évacue 8™*c,36 en 1', ou 167 mètres cubes par siège et par heure, et renouvelle l’air en 5 minutes.
En hiver, la rentrée de l’air chaud par les carneaux venant du calorifère est de l”^-%25 par minute. En été, elle n’est pas sensible; quand la ventilation naturelle n’a pas d’auxiliaire, elle atteint à peine alors 0“‘®,84 par l’action du gaz.
Quoi qu’il en soit, ces cabinets sont à peu près sans odeur, à la condition pourtant que tous les jours le sol soit lavé avec une solution de sulfate de fer. Sans cette précaution, le ciment s’imprègne d’urine et donne de l’odeur. Mais cette odeur arrive rarement dans le corridor des salles. L’inconvénient précédent est d’ailleurs inhérent au système des lieux à la turque.
La consommation du gaz employé à activer la ventilation est de 1 litre par mètre cube d’air extrait, en sus de l’écoulement produit par la ventilation naturelle ; par conséquent, un mètre cube de gaz produit l’évacuation de 1000 mètres cubes d’air, comme je l’ai trouvé parles expériences rapportées au chapitre V.
Ce dernier exemple montre d’autant mieux l’efficacité de l’emploi des becs de gaz pour la ventilation des lieux d’aisances, que ceux auxquels il s’applique sont loin d’être d’un système irréprochable et admissible dans les habitations particulières.
AUX DIFFÉRENTS ÉDIFICES
Les indications qui précèdent suffisent pour montrer que le moyen le plus efficace et le plus certain d’assurer la ventilation des lieux d’aisances consiste à y déterminer un appel énergique qui produise par heure l’évacuation de 40 à 50 mètres cubes d’air provenant tant des tuyaux et des appareils employés que d’une partie de l’air du cabinet, de sorte que ce cabinet lui-même exerce un appel sur les pièces voisines, au lieu de servir de passage à de l’air infecté.
Des écuries et des étables.
620. L’aérage des écuries et des étables n’est pas moins nécessaire à la santé des animaux qui y séjournent, que ne l’est à l’homme une ventilation convenable des lieux qu’il habite. Si, pour l’engraissement et la production du lait, un certain nombre d’éleveurs pensent que le séjour dans des étables peu aérées, où l’air chargé d’acide carbonique maintient les animaux à un état d’engourdissement et de somnolence favorable au but que l’on se propose d’atteindre, il ne saurait en être de même pour les animaux de travail, que l’on a tout intérêt à maintenir dans un état de santé et d’énergie aussi grand que possible.
L’on sait d’ailleurs quelles sont les influences funestes qu’exerce sur l’hygiène des races bovine, ovine et chevaline la privation d’espace et d’air, et elles ont assez longtemps pesé sur la cavalerie de nos armées, pour que des améliorations considérables aient été successivement introduites dans les écuries, et que tout récemment des expériences très - remarquables aient été faites pour constater l’influence d’une aération complète et permanente, en toute saison.
Pour montrer à la fois rutilité des mesures prises et la marche des idées sur cette question importante pour l’agriculture et pour l’armée, je ne puis mieux faire que d’extraire les passages suivants d’un discours, prononcé le 14 janvier 1862 à l’Académie impériale de médecine, sur Y Influence de VENT. II. 21
DISPOSITIONS PARTICULIÈRES
r aération et de la ventilation sur les animaux sains ou malades^ à l’occasion des discussions qui eurent lieu à cette époque dans le sein du corps médical, par M. Renault, membre de cette académie, correspondant de l’Institut et inspecteur général des écoles vétérinaires, que la science vient de perdre tout récemment, victime de son dévouement.
Convaincu que la question de l’hygiène des hôpitaux peut recevoir quelque lumière des observations faites par les vétérinaires, sur les mauvais effets d’un air confiné et altéré sur la santé des animaux et sur la marche ou la terminaison de leurs maladies, M. Renault a examiné cette influence sur les animaux en santé et sur les animaux malades.
621. Influence sur les animaux en santé. — Vers la fin du dix-septième siècle, Vauban avait fixé à trois pieds en largeur l’espace à donner à chaque cheval de troupe dans les écuries, et c’est d’après cette proportion restreinte que, jusqu’après la paix de 1814, la plupart des écuries de nos casernes de cavalerie furent construites. Pendant les longues guerres de la fin du siècle dernier et du commencement de celui-ci, la cavalerie, rarement casernée à l’intérieur, eut peu l’occasion de s’apercevoir du défaut de proportion des écuries, et les vétérinaires de cette époque, peu instruits et peu soigneux, ne s’en inquiétèrent guère.
Mais lorsque, avec le retour de la paix, toutes les parties du service furent étudiées avec plus de loisir et de soin, l’on reconnut bientôt, par la comparaison avec les écuries de la cavalerie étrangère, que la proportion adoptée en France était de beaucoup au-dessous de celle qui était nécessaire. Des vétérinaires instruits et dévoués signalèrent avec persévérance les inconvénients de cet état de choses, et des commissions d’hommes compétents furent nommées pour constater l’influence des proportions données aux écuries sur la santé des chevaux.
Le lieutenant général Wathiez fit paraître en 1835 un mémoire dans lequel il attribuait la plus grande partie de la
AUX DIFFÉRENTS ÉDIFICES
mortalité observée alors dans la cavalerie française, au défaut d’espace et de ventilation, et citait à l’appui de cette opinion la comparaison suivante :
« Tandis qu’à Sarrelouis, où étaient casernés deux escadrons de hussards prussiens, et à Deux-Ponts, où tenait garnison un régiment de chevau- légers bavarois, la morve était à peu près inconnue, elle régnait en permanence et faisait éprouver de grandes pertes à notre cavalerie des garnisons de Thionville et de Sarreguemines, qui touchent pour ainsi dire Sarrelouis et Deux-Ponts.
a C’est le même climat, ce sont les mêmes conditions atmosphériques, la même qualité de fourrages, nos chevaux sont peut-être mieux choisis et constitués ; ils reçoivent des soins de propreté au moins égaux. Il n’y a que cette seule différence, qu’à Sarrelouis et à Deux-Ponts chaque cheval jouit dans les écuries d’un espace suffisant, et que la masse d’air qu’il respire dans ces écuries spacieuses et largement ventilées n’est point viciée. »
A la suite des rapports de plusieurs commissions, au nombre desquelles s’en trouvait une formée dans le sein de l’Académie de médecine, il fut décidé en 1841, que les anciennes écuries seraient modifiées,- de manière que chaque cheval y eût un espace de 1“,45 à 1“,20 au moins, et que les nouvelles écuries seraient proportionnées à raison de 1”,45 de longueur et environ 55 mètres cuhes d’espace cubique par cheval.
Les modifications prescrites ont été exécutées successivement et ne sont pas encore toutes terminées, les constructions nouvelles sont conformes aux bases adoptées, et déjà les résultats se sont fait sentir d’une manière favorable. Ainsi en relevant au Ministère de la guerre les chiffres officiels de la mortalité dans toute la cavalerie française, pendant chacune des dix années, qui, de 1835 à 1845, ont précédé le commencement d’exécution de ces mesures, et pendant chacune des treize années, qui, de 1846 à 1858, en ont vu l’ap-
324 DISPOSITIONS PARTICULIÈRES
plication successive, M. Renault signale les résultats suivants :
Moyenne des pertes sur 1000 chevaux i,
Par toutes les maladies, Par la morve. y compris la morve.
Période de 1835 à 1845 51 94
Période de 1846 à 1858 21 48
Outre cette décroissance générale de la mortalité pendant la seconde période, où les améliorations n’ont été introduites que successivement, M. Renault signale la continuité de ramélioration, puisque la mortalité n’a plus atteint dans les dernières années que les chiffres suivants :
Moyenne des pertes sur 1000 chevaux.
Par la morve.
Par toutes les maladies, y compris
En 1846 (P'
année de la 2® période). 35
la morve.
En 1847....
En 1857....
En 1858....
« Or, dit M. Renault, depuis 1846 il n’y a eu absolument de changé, dans les conditions d’hygiène des chevaux de l’armée, que la largeur de la place qui leur est allouée dans les écuries, que l’augmentation de la capacité, que l’aération et la ventilation de ces locaux. La nourriture, l’exercice, le pansage, etc., sont restés les mêmes. Il n’y a donc pas à se méprendre sur la cause de cette amélioration, si rapidement et si sensiblement croissante, de l’état sanitaire. »
Tout en reconnaissant l’utilité et l’efficacité de l’accroissement de l’espace cubique alloué à chaque cheval, je ne suis pas aussi sûr que des mesures à peu près convenables aient été également et généralement prises pour assurer suffisamment le renouvellement de l’air. Je reviendrai tout à l’heure sur cette partie de la question.
Les résultats favorables obtenus en France par l’augmentation de la capacité des écuries étaient d’ailleurs passés à
AUX DIFFÉRENTS ÉDIFICES
l’état normal et permanent dans plusieurs parties de l’Allemagne, où, par suite de dispositions analogues, la morve était devenue à peu près inconnue, et si rare, qu’un colonel de hulans de l’armée westphalienne fut destitué , parce que son régiment, en garnison à Munster, avait perdu, pendant l’automne de 1844, douze chevaux de la morve, ce que l’on crut pouvoir attribuer à la fatigue causée par des manœuvres excessives.
Les idées favorables à l’aération complète des chevaux devinrent tellement en faveur dans l’armée française, qu’en 1854, à l’époque où l’artillerie était mise sur un pied de guerre, pour lequel les écuries qui lui étaient affectées devinrent insuffisantes, il fut ordonné de faire bivaquer jour et nuit, en toute saison, une partie des chevaux du 7® régiment d’artillerie, qui passèrent ainsi à Metz plus de six mois de cette année.
Si cette mesure, empruntée aux habitudes de l’armée d’Afrique, présenta par suite de l’attache au piquet et de la consommation utile du fourrage des inconvénients, elle ne paraît pas en avoir eu pour la santé des chevaux.
Sans aller aussi loin, des vétérinaires instruits ont constaté, par de premières observations, qu’une aération obtenue par l’ouverture permanente des portes et des fenêtres, même en hiver, était éminemment favorable, non-seulement aux animaux en santé, mais même à ceux qui étaient malades.
« De 1858 à 1861, dit M. Renault, M. Oger, alors vétérinaire en premier au 7® régiment de lanciers, convaincu par une longue expérience que, même dans leurs conditions actuelles d’amélioration, la plupart des écuries anciennes ne donnent pas encore aux chevaux un air aussi pur et aussi abondant qu’il conviendrait à leur santé, obtenait de son colonel l’autorisation de laisser portes et fenêtres ouvertes, nuit et jour, non-seulement dans toutes les écuries occupées par les chevaux du régiment, mais encore dans les infirmeries. A peine quelques mois de ce régime s’étaient-ils écou-
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lés, que déjà son influence se traduisait par une remarquable amélioration dans l’état sanitaire des chevaux de ce régiment, et par la gravité sensiblement moindre des affections de ceux qui étaient aux infirmeries. Ce fut à ce point que les colonels de deux autres régiments, le 4* de chasseurs et le 5® de hussards, frappés de ces résultats, suivirent l’exemple donné par le 7* de lanciers, et depuis lors ont vu, comme ce dernier, les excellents effets de cette aération permanente se manifester par une diminution notable dans le nombre de leurs chevaux malades et le chiffre habituel de leur ^mortalité. »
Le système de l’aération continue par l’ouverture permanente des portes et des fenêtres est aussi en usage dans le S** régiment de dragons depuis huit ans, et les résultats en ont paru si constamment favorables dans les diverses garnisons que le corps a occupées, que les colonels qui l’ont successivement commandé ont toujours maintenu le même usage.
En rentrant des manœuvres, on se contente de couvrir les chevaux avec la couverture pliée en quatre, 'pendant le temps nécessaire, mais les portes et les fenêtres ou lucarnes restent toujours ouvertes.
Au camp de Ghâlons, en 1862, on a remarqué que ce régiment a eu beaucoup moins de chevaux malades que les autres corps de cavalerie, qui ne suivaient pas le même mode.
Ces renseignements, qui m’ont été fournis par M. le colonel de Brauer, ont été complètement certifiés par le vétérinaire du corps , qui y est en fonctions depuis plus de huit ans.
Frappé de ces résultats remarquables, M. le maréchal Randon, ministre de la guerre, a ordonné que des expériences sur une grande échelle fussent poursuivies dans des régiments de diverses armes, au centre, au midi et au nord 'de la France.
AUX DIFFÉRENTS ÉDIFICES
Voici le programme donné pour ces expériences :
a MM. les chefs de corps, dans lesquels elles auront été prescrites, choisiront dans leur régiment deux escadrons logés dans des écuries ayant autant que possible les mêmes dispositions et la même orientation. L’un de ces escadrons, devant servir de point de comparaison, sera soumis à l’aération habituelle du corps, l’autre à l’aération permanente.
« Celle-ci consistera à laisser les portes et les croisées de l’écurie constamment ouvertes, quel que soit l’abaissement de la température. Il n’y aura d’exception qu’en hiver, dans les deux cas suivants : 1® lorsque les portes, dont l’une serait située au nord et l’autre au midi, se correspondraient; 2® lorsque les chevaux rentreront du travail ou des promenades. Dans le premier cas, on ferméra la porte du nord seulement; dans le second, les portes et les croisées seront fermées pendant l’espace d’une à deux heures au plus. »
L’on voit que, dans cette instruction, il n’est pas question des conduits d’évacuation de l’air vicié, et que, pour sa sortie comme pour l’introduction de l’air nouveau, l’on compte uniquement sur les courants naturels qui s’établiront dans l’intérieur des écuries.
Les résultats des observations recueillies, depuis le mois de décembre 1861 au mois de décembre 1862, dans les régiments où les expériences ont été faites, ont été l’objet d’un rapport adressé, à 'la date du 20 mai 1863, au Ministre de la guerre, qui a bien voulu m’en faire donner communication.
Les conclusions générales auxquelles s’est arrêtée la commission d’hygiène hippique sont les suivantes ;
« 1® Les 311 chevaux soumis à l’aération habituelle n’ont éprouvé aucun changement bien appréciable dans leur état et dans leur énergie. Leur état sanitaire a été le même que celui des autres chevaux du corps. D’après le tableau des
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mutations, le chiffre des entrées aux infirmeries a été de 92 ou 29,6 pour 100, et le chiffre des pertes de l’année a été de 5, soit 16 sur 1000,
« 2® Les 451 chevaux soumis à l’aération permanente ont, au contraire , subi d’avantageuses modifications dans leur état et dans leur énergie. Leur état sanitaire a été sensiblement plus satisfaisant que celui des chevaux de la première catégorie, puisque le relevé des mutatious n’a constaté pour l’année que 63 ou 13,9 sur 100 entrées aux infirmeries, et qu’il n’était mort que 3 chevaux, soit 6,6 sur 1000.
« 3® Les différences observées entre la température extérieure et la température intérieure des écuries, affectées aux chevaux soumis à l’aération habituelle, ont varié, suivant que dans ce système l’aération a été plus ou moins large, plus ou moins complète ; mais cependant lorsque la température extérieure était de +4® et au-dessous, la température intérieure a toujours été plus élevée de 8 à 12®; au contraire, lorsque la température extérieure dépassait +20% la température intérieure était plus basse de 6 à 10®.
a 4° Ces différences, en ce qui regarde les écuries affectées aux chevaux soumis à l’aération permanente, ont été beaucoup moins sensibles, puisque dans le premier cas la différence en plus n’a été que de 2 à 4% et que dans le deuxième cas elle n’a été en moins que de 3 à 6®, ce qui évidemment plaçait déjà les chevaux de cette catégorie dans de meilleures conditions d’hygiène, attendu qüe ceux-ci se trouvaient moins exposés aux influences des transitions brusques de température.
« 5® Les chevaux de cette dernière catégorie ont paru mieux résister au travail et suer moins facilement, et ils étaient aussi moins exposés aux arrêts de transpiration et aux répercussions cutanées.
« 6® En présence de ces résultats, évidemment très-expli-
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cites, les commissions régimentaires ont été unanimes à reconnaître que Taération permanente présentait une supériorité notable sur tous les autres modes employés dans l’armée. Cette supériorité était d’autant plus marquée que dans le système qui servait de point de comparaison, l’aération était moins large et moins complète. Le mode d’aération permanente offrait en outre le grand avantage de fournir toujours à la respiration des chevaux une grande quantité d’air pur, et d’augmenter ainsi leur résistance à l’action des agents morbifiques, en les rendant, en même temps, moins impressionnables aux influences atmosphériques.
« 7® Deux commissions, celle du 2* régiment de hussards et celle du 3® régiment de cuirassiers, ont exprimé l’opinion que ce système ne saurait être adopté d’une manière définitive qu’à la condition de remplacer les châssis de fenêtres des écuries par des toiles métalliques, et les portes entières par des demi -portes, ne s’élevant qu’à 1“,50 au-dessus du sol. »
La prudence qui doit guider l’autorité, quand il s’agit d’un intérêt aussi important que celui de la conservation des chevaux de toute la cavalerie de l’armée, engagera peut-être à renouveler et à multiplier les expériences avant de prendre un parti définitif. Il est d’ailleurs possible que, pendant les hivers rigoureux, il puisse y avoir nécessité de restreindre un peu les ouvertures d’accès de l’air, mais il n’en reste pas moins acquis, par ces expériences exécutées dans quatre régiments stationnés au nord, au centre et au midi' de la France, que l’aération continue paraît être d’un effet trèssalutaire pour la santé des chevaux.
622. Observation relative au tondage des chevaux, — L’usage très-ancien dans le midi de tondre les animaux de trait ou de bât s’est, depuis un certain nombre d’années, étendu aux chevaux de luxe, auxquels il donne une apparence plus agréable à l’œil que le poil d’hiver. Un des avantages qu’on
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lui attribue, c’est de faciliter l’évaporation de la transpiration à mesure qu’elle se produit, et d’empêcher ainsi les animaux de rester longtemps mouillés et d’être plus tard refroidis par la sueur, quand ils sont rentrés à l’écurie. Gela est vrai, mais le dernier effet n’est que la conséquence du défaut à peu près complet d’aération des écuries, défaut que les cochers ' exagèrent encore dans nos habitations, aujourd’hui si rétrécies, en ayant soin de tenir presque toujours les ouvertures closes pour entretenir à l’intérieur une température élevée qui, rendant le poil moins nécessaire, s’oppose à son développement.
Sans rien vouloir exagérer, je crois qu’il vaudrait mieux aérer complètement les écuries et couvrir chaudement les chevaux. L’air qu’ils respireraient serait plus pur, les gaz ammoniacaux seraient incessamment enlevés, au grand soulagement de la vue et des organes de la respiration.
625. Observations recueillies h Denain. — Une circonstance particulière m’ayant récemment conduit à Denain, j’ai eu l’occasion d’y visiter une belle exploitation agricole réunie à une sucrerie, dont le service et les cultures exigent l’emploi d’un grand nombre de bœufs.
Les étables, qui contiennent parfois jusqu’à cent têtes de bétail, tant en bêtes de travail qu’en élèves et en animaux à l’engrais, ont environ 1™,14 de longueur par bête, 5“,70 de largeur, 4“,50 de hauteur, ce qui correspond à une capacité de 27 mètres cubes par tête, et me semble insuffisant. Elles sont simples, percées sur les deux faces de lucarnes toujours ouvertes, et munies chacune vers le milieu de leur longueur d’une ou de deux cheminées d’évacuation de l’air vicié. La somme des orifices d’admission, en y comprenant les portes et les lucarnes,. correspond. à ,26 par tête de bétail. Les cheminées d’évacuatiomprésentent une section de 0“*'ï,03 par bête.
L’aération est donc continue en toute saison, et le propriétaire, M. H. Macarès, m’a affirmé que son bétail, toujours
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en parfaite santé, n’était jamais éprouvé par les épidémies qui se répandent souvent dans les étables mal aérées.
Dans la disposition que je viens d’indiquer, l’on remarquera que l’existence de cheminées d’appel, dans chaque étable, et l’ouverture permanente des lucarnes pratiquées sur les deux faces, assurent à la fois l’évacuation régulière de l’air vicié et l’introduction de l’air nouveau. En mettant, à l’aide d’un dispositif analogue à celui que j’indiquerai plus loin, les cheminées d’évacuation à l’abri des effets des bourrasques, l’on peut obtenir par ces dispositions simples et peu dispendieuses une aération continue des étables et des écuries.
624. Observations faites dans les écuries de la Compagnie générale des Omnibus. — Les écurie de cette compagnie contiennent généralement 24 chevaux, disposés sur deux rangs, et n’offrent qu’une capacité variable de 20 à 25 mètres cubes par cheval, ce qui est tout à fait insuffisant. Elles ne peuvent être éclairées et aérées que par les deux extrémités. Des cheminées d’évacuation de l’air vicié y ont été établies, d’abord au nombre de deux dans les angles, une pour chaque rangée de chevaux, offrant chacune une section d’environ soit ensemble l“-'i,40;
ce qui, avec une vitesse de 0“,80 en 1", pourrait produire une évacuation d’environ 168 mètres cubes d’air par heure et par cheval.
Mais l’ouverture de ces cheminées, directement au-dessus des chevaux placés à l’extrémité de chaque rang, a présenté quelques inconvénients; les animaux plus immédiatement soumis au courant d’air déterminé par l’appel étaient séchés trop rapidement quand ils rentraient en sueur du travail. L’on a alors, pour quelques écuries, remplacé les deux cheminées par une seule, établie au milieu de l’écurie au-dessus de l’allée, ce qui est bien préférable; mais cette cheminée unique, dont la section aurait dû être égale à la somme de celles des deux cheminées précédentes, n’a qu’environ
DISPOSITIONS PARTICULIÈRES
Qm.q^49 (Je section, ce qui n’est pas suffisant, comme on le verra par les résultats des expériences.
Malgré ces moyens d’aération, la Compagnie a dû se préoccuper de l’état de l’atmosphère de ses écuries, où la nuit, quand tous les chevaux sont rentrés, il règne une température supérieure souvent de 10 à 12 degrés à celle de l’air extérieur et où l’air est saturé de vapeur.
Pour constater d’abord les effets obtenus avec les dispositions existantes, j’ai fait faire quelques expériences qui ont fourni les résultats suivants :
EXPÉRIENCES EXÉCUTÉES DANS LES ÉCURIES DE LA COMPAGNIE GÉNÉRALE DES OMNIBUS.
DISPOSITIONS PARTICULIÈRES
625. Conséquences des résultats précédents. — Ge tableau montre d’abord l’insuffisance de capacité de ces écuries qui n’ont, comme je l’ai dit plus haut, qu’un volume de 20 à 25 mètres cubes par cheval,* pour des animaux très-robustes, abondamment nourris et soumis à un travail continu, tandis qu’on a reconnu que, pour les chevaux de la cavalerie, il fallait allouer au moins 50 mètres cubes de capacité par animal.
L’on voit qu’un renouvellement d’air de 83 mètres cubes par cheval et par heure est tout à fait insuffisant pour empêcher la température de s’élever, puisque le 10 mars, alors que la température extérieure était de 6°, celle de l’intérieur de l’écurie est montée à 17®, 5, ou s’est ainsi accrue de 11®, malgré l’évacuation de ce volume d’air.
Les expériences faites sur les écuries n“® 7 et 2, où le volume d’air vicié évacué s’est élevé à 156 mètres cubes, et à 194 mètres cubes par heure et par cheval, font voir qu’un volume de 180 à 200 mètres cubes environ est nécessaire pour empêcher la température de s’élever de plus de 7 à 8® au-dessus de celle de l’air extérieur.
On voit aussi que, sans le secours d’aucun moyen artificiel, la seule action d’une différence de température intérieure de 11® peut déterminer une vitesse d’évacuation de 1“,13, et celte de 7®, 5 une vitesse de 0“,75 à0™,90 en 1" dans des cheminées en métal de 6 mètres environ de hauteur. Par conséquent, en partant de cette donnée et en proportionnant convenablement la section des cheminées d’évacuation, on pourra, dans des cas analogues, déterminer l’évacuation de tel volume d’air qui sera jugé nécessaire.
Mais, dans le cas actuel, où l’on ne peut songer à employer que la ventilation naturelle, il faut se rappeler qu’elle est sujette à des renversements de sens, soit par l’action du vent, soit par des causes accidentelles, quand les différences de température sont faibles. Il convient donc de prévoir les cas, assez rares d’ailleurs, où il se ferait des rentrées d’air par les cheminées destinées à l’évacuation et choisir leur empla-
AUX DIFFÉRENTS ÉDIFICES
cernent ou celui" des orifices d’appel, de façon que les animaux ne puissent jamais en être incommodés. C’est par ce motif que, dérogeant à la règle générale que j’ai posée, d’appeler l’air vicié le plus près possible des points où il est altéré, je crois devoir, pour les écuries et les étables, indiquer que ces orifices devront être pratiqués loin des animaux et de manière cependant que l’air affluent ne s’y dirige pas immédiatement.
626. Observations sur le degré d'hygromètricité de Vair, — La proportion plus ou moins grande de vapeur d’eau contenue dans l’air d’une écurie ou d’une étable, étant, comme ailleurs, l’une des causes qui influent Je plus sur leur salubrité, j’ai fait exécuter quelques expériences spéciales à ce sujet, dans les écuries de la Compagnie générale des Omnibus.^^^
Pour l’exécution de ces expériences, qui ont été faites avec l’hygromètre de M. Régnault, l’on a observé successivement à l’air extérieur et dans les écuries 12, 7 et 2, qui contenaient des nombres différents de chevaux. Les résultats des observations sont consignés dans le tableau suivant, auquel j’ai joint les volumes d’air moyennement évacués de ces mêmes écuries, dans des conditions de température à peu près semblables.
DISPOSITIONS PARTICULIÈRES AUX DIFFÉRENTS ÉDIFICES. 337
Ces résultats montrent, que dans l’écurie n“ 12, où il n’y avait, au moment des expériences que 18 chevaux, au lieu de 24 qu’elle contient la nuit, une ventilation d’environ 110 mètres cubes par heure et par animal, ne suffisait pas pour empêcher l’air de se surcharger de vapeur, puisque le degré d-’hygrométricitô est passé de 0,60 à 0,88. Il serait trèsprobablement arrivé au point de saturation, si l’écurie avait été entièrement occupée.
On voit, au contraire, que dans l’écurie n° 2, qui contenait 24 chevaux, mais où l’ouverture des portes et faction des deux cheminées entretenaient une ventilation d’environ 194 mètres cubes par heure et par animal, d’après les expériences du 10 mars, la proportion de vapeur ou le degré de saturation de l’air est resté le même qu’à fextérieur; ce qui montre que ce volume d’air est suffisant, mais à peu près nécessaire pour chaque animal.
Quant à f écurie m 7, où il n’y avait au moment des observations que 13 chevaux et où la ventilation enlevait environ 289 mètres cubes d’air par heure et par tête, le degré de saturation y est aussi resté le même qu’à l’extérieur et il y a lieu de croire que la ventilation y était surabondante.
627. Conséquences générales des expériences sur les écuries. — Ces expériences sur félat hygrométrique de f air des écuries de la compagnie générale des Omnibus, sont donc d’accord avec celles qui y ont été faites sur la marche des températures le 10 mars, pour montrer que le volume d’air à évacuer et à admettre nécessaire pour assurer la salubrité des écuries s’éloigne peu de 180 à 200 mètres cubes par heure et par cheval.
En partant de cette donnée et en ne comptant que sur une vitesse moyenne d’évacuation de 0'“,70 en 1", Ton trouve que les cheminées d’une hauteur de 5 à 6 mètres doivent avoir une section d’environ 0“-'ï,07 à 0“-‘i,08 par cheval.
A f aide de ces données et en ménageant dans les faces opposées des murs des ouvertures d’accès de l’air offrant une VENT. II. 22
338 DISPOSITIONS PAHTICULIÈRES AUX DIFFÉRENTS ÉDIFICES
section au moins double de celle des cheminées, afin de pouvoir fermer momentanément au besoin, celles qui seraient exposées à des bourrasques, on assurera, je crois, d’une manière convenable la ventilation des écuries.
Quant à la construction des cheminées, il sera préférable, quand on le pourra et toujours lors de la construction, de les faire en maçonnerie dans l’épaisseur des murs. Celles qui sont en tôle sont sujettes au refroidissement par l’action de l’air extérieur, elles sont assez promptement corrodées, et celles que l’on fait en bois pourrissent rapidement par l’action de l’air chaud et humide qui les parcourt.
NOTES