Rentrées d'air extérieur. — Mais il y a plus : au lieu
EXAMEN COMPARATIF
qu’il se produise des sorties d’air par les joints des fenêtres, quand les portes sont fermées, il a été constaté à diverses reprises par différents observateurs qu’il y a des rentrées. Ainsi, M. Grassi dit, page 236 de son mémoire, que « dans les circonstances analogues à celles des expériences pr écédentes, la pression intérieure des salles est toujours plus faible que la pression extérieure ; aussi il arrive alors, comme il était facile de le prévoir, que l’air extérieur tend à pénétrer dans la salle. Il suffit d’approcher la main d’un des joints des croisées pour sentir l’impression de l’air froid; en approchant la flamme d’une bougie, elle est déviée et repoussée du côté de la salle; en entr’ouvrant légèrement une croisée, et présentant à la partie inférieure un anémomètre, on reconnaît de suite un courant venant de l’extérieur. »
Ceci est parfaitement exact, et l’on se demande seulement comment, après avoir lui-même constaté de pareils faits, un observateur aussi intelligent a pu admettre, au contraire, qu’il sortait par les joints des portes et des fenêtres des quantités d’air aussi considérables qu’il l’a supposé.
Car ce n’est pas seulement quand il y a une différence considérable entre les températures extérieure et intérieure que les effets signalés ci-dcssus se produisent ; nous les avons observés, à deux reprises différentes, dans les circonstances suivantes :
Le 25 avril 1860, par un temps assez calme et une température extérieure de 15°, dans une visite que j’ai faite à l’hôpital Lariboisière avec M. Tresca, sous-directeur du Conservatoire impérial des arts et métiers, nous avons constaté, en examinant plusieurs fenêtres, qu’à quelques-unes l’on pouvait sentir à la main la rentrée de filets d’air froid ; puis en ouvrant successivement plusieurs fenêtres sur les côtés opposés du bâtiment, en les entre-bâillant, et en présentant devant l’ouverture de légers ballons en caoutchouc remplis de gaz hydrogène, nous avons généralement observé qu’aux fenêtres et aux grandes portes, ainsi entr’ouvertes, il y avait rentrée d’air par le bas jusqu’à la hauteur de lm,80 à 2n,,00
au-dessus du sol, et au contraire sortie dans la partie supérieure : effet facile à expliquer, puisque l’air chaud, après s’être élevé au plafond et s’être dirigé vers les murs et les fenêtres, où il se refroidit ordinairement, trouvant une issue facile et directe, doit naturellement s’échapper.
Le 2 mai 1860, je me suis de nouveau rendu à cet hôpital, accompagné ce jour-là de MM. E. Trélat et H. Péligot, auxquels on doit les intéressantes expériences dont une partie déjà a été citée. Le temps était calme, légèrement couvert, la température extérieure de 14°. En ouvrant successivement plusieurs fenêtres sur les faces opposées du pavillon n° 2, ventilé par insufflation, nous avons constaté, sur deux fenêtres opposées, non-seulement des rentrées d’air, rendues visibles, sur presque toute la hauteur des ouvertures, à l’aide de ballons légers, mais encore des courants permanents, dont la vitesse, mesurée avec l’anémomètre, s’est élevée d’un côté à 0m,66, et de l’autre à 0m,93 par seconde environ. Cependant la ventilation était active et se produisait aux poêles avec une vitesse notablement plus grande.
Un autre observateur, M. le colonel du génie Livet, s’exprime en ces termes (page 72 de son Rapport lithographié) :
« Il est à remarquer que, bien que, sans contredit, celte action doive se produire plutôt dans le cas de l’appel de l’air vicié que dans celui de l’injection de l’air neuf, il n’en est pas moins vrai que, dans certaines circonstances atmosphériques assez fréquentes, l’air extérieur s’introduit par les joints des croisées, de sorte que si cette introduction présente réellement des inconvénients, la ventilation mécanique ne doit pas trop s’en prévaloir ; car elle n’en est pas exempte, ainsi que nous l’avons reconnu le 1er septembre. Nous avons même constaté à cette occasion un résultat assez inattendu : c’est que cette introduction d’air n’avait pas lieu seulement d’un côté de la salle, comme on aurait pu le conjecturer d’après l’action du vent passant sur une des faces du bâtiment, mais elle avait lieu par les deux faces opposées, par
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toutes les croisées, et avec une vitesse assez notable pour être constatée avec l’anémomètre. »
Enfin, le 2 mai 1860, l’appel par les cheminées d’évacuation était assez fort pour que, malgré les moyens employés pour ventiler les lieux d’aisances, rôdeur pénétrât dans l’une des salles, et presque jusqu’au milieu de sa longueur.
Par toutes ces observations, il nous semble donc établi qu’il y a en général peu ou point de tendance à la sortie de l’air des salles des pavillons ventilés par insufflation, quand les portes et fenêtres sont fermées à la manière ordinaire; qu’il y a plutôt souvent tendance à la rentrée de Pair, lorsque les fenêtres sont entr’ouvertes ; et que ce n’est que quand les portes et les fenêtres sont tout à fait ouvertes qu’elles peuvent exercer une influence notable sur la ventilation.
255. Rentrées cT air vicié produites par V ouverture des fenêtres. — Mais quelle est alors cette influence? Est-elle favorable ou nuisible à la ventilation? Y apporte-t-elle un trouble plus ou moins considérable? Peut-elle même aller jusqu’à faire rentrer dans les salles l’air vicié engagé dans les conduits d’évacuation? C’est ce que vont nous apprendre les expériences.
M. Grassi rapporte les deux expériences suivantes :
1er décembre 1855.
Température de la salle 19° 5'; température de l’air extérieur, 5°.
Volumes d’air sortis par l’orifice n° 4, en une heure.
Portes et croisées fermées 222 m,c
Deux croisées voisines de l’orifice ouvertes 126
Les deux croisées précédentes et deux autres en face ouvertes 158
Les deux croisées en face ouvertes 165
4 avril 1856.
(L’auteur n’indique pas les températures.)
Volumes d’air écoulés par heure par l’orifice n° 2.
Portes et croisées fermées 185m,c
Deux croisées n° 4, vis-à-vis l’une de l’autre, sont ouvertes. 94 On ferme ces deux croisées, et l’on ouvre les deux croisées n° 8, les plus éloignées 120
De ces expériences, l’auteur conclut que l’ouverture des portes et des fenêtres diminue le volume d’air qui s’échappe par les canaux, mais que cet effet est peu considérable et que la ventilation est alors peu troublée.
Il a aussi reconnu, par quelques expériences, que l’ouverture d’une porte diminuait peu l’appel des cheminées d’évacuation.
Il n’a jamais observé que l’air vicié engagé dans les canaux rentrât par l’effet des ouvertures de portes et de fenêtres, et conclut que « ces expériences prouvent d’une manière bien évidente que l’air qui est dans les canaux ne revient pas en arrière pour rentrer dans la salle quand on ouvre une ou plusieurs croisées. »
Mais passons aux expériences de MM. Trélat et Péligot.
Ces observateurs ont opéré avec beaucoup de soin, et les résultats de leurs recherches sont résumés dans le tableau suivant :
Il avril 1856.
Pavillon n° 3.
OBSERVATIONS SUR LE VOLUME D’AIR TOTAL DÉBITÉ PAR LA CHEMINÉE SUPÉRIEURE.
Débit de la cheminée en une heure.
Les portes et les fenêtres fermées 7817m,c
Les portes donnant sur l’escalier ouvertes à tous les étages. 6788 Deux portes et quatre fenêtres 4537
EXAMEN COMPARATIF
Ainsi, dans cette expérience, l’ouverture des portes a réduit le volume d’air sorti par la cheminée de
1029 m.c, ou environ —,
et l’ouverture de deux portes et de quatre fenêtres l’a réduit de
3280 m.c, ou de
(Pavillon n° 2.)
Toutes les fenêtres fermées.
Deux fenêtres ouvertes au
Rez-de-chaussée.
' étage
étage
CUA icucuw u uvcuca aui -, er „
rez-de-chaussée j
Rez-de-chaussée, étagt étage ,
Deux fenêtres ouvertes au 1er étage
( Rez- 1er \ 2e é
Rez-de-chaussée.
étage
2e étage
Deux fenêtres ouvertes au 2e étage
Rez-de-chaussée.
1er étage
2e étage
AIR
sorti par les cheminées.
Il résulte de ces expériences que l’ouverture de deux fenêtres pendant une nuit de printemps réduit presque des deux tiers le volume d’air qui sort par les cheminées d’appel.
236. Observations de MM. E. Trèlat et Péligot. — Mais ce qui est bien plus grave, c’est que MM. Trélat et Peligot ont constaté pendant cette expérience de nuit que non-seulement il y avait eu souvent des arrêts dans la ventilation, mais encore refoulement de l’air vicié déjà introduit dans les cheminées vers l’intérieur des salles.
Ce fait étant d’une grande importance dans la question qui nous occupe, je crois devoir reproduire ici textuellement toute une série d’observations faites par ces expérimentateurs par l’extrait suivant de leur rapport :
Expériences du 7 avril 1856. — * Reportons-nous à la première expérience relative à la deuxième question (. Influence de l'ouverture des fenêtres). Nous avons trouvé, toutes portes et fenêtres fermées, pour les volumes d’air écoulés par les canaux du premier étage du pavillon n° 4, les nombres suivants :