III. — LA RESISTANCE CONTRE LA LIBRE PENSÉE ET SA MALADRESSE
Quelques passages connus de Nicole et de Leibniz. (Cf. Sainte-Beuve, loc, cit}.)
Les Caractères de La Bruyère et son chapitre des Esprits Forts. Importance, intérêt, et signi-
1. [«Il faut que vous sachiez que lagrande hérésie du monde n'est plus le calvinisme ou le luthéranisme, que c'est l'athéisme, et qu'il y a de toutes sortes d'athées, de bonne foi, de mauvaise foi, de déterminés, de vacillants et de tentés. » (Nicole.) — « La grande hérésie des derniers temps, c'est l'incrédulité. » (Nicole.) — « Plût à Dieu que tout le monde fût au moins déiste, c'est-àdire bien persuadé que tout est gouverné par une souveraine sagesse. » (Leibniz.)]
fication peu douteuse de ce chapitre à sa date, 1688 ; et observation sur la place qu'y tiennent les arguments astronomiques.
Faut-il reprocher à Bossuet de n'être pas intervenu plus énergiquement ? — Oui et non. Distrait par les"' gallicans, les protestants, le quiétisme, il eût peut-être mieux fait de persévérer dans sa démonstration de l'idée de Providence.
Une erreur plus grave et double, de Louis XIV, a été de révoquer l'édit de Nantes (1685) et de pousser à bout la persécution de Port-Royal. Il a en effet renversé ainsi les deux principales barrières qui fissent obstacle aux progrès de la libre pensée, et déchaîné la licence.
Preuves de ce fait dans la littérature de Regnard, Dancourt, Lesage, contemporaine de ce qu'on appelle le « règne de l'hypocrisie » ^ ; — dans l'influence des sociétés telles que celles des Deshoulières, Vendôme, Ninon de Lenclos ; et dans les mœurs de la cour elle-même.
Que toutefois cette « corruption « et cette « incroyance » ne sont encore que des négations^ et non pas des doctrines 2. Il s'agit
1. Insister sur ce point, complément omis dans les histoires : la littérature de la Régence est antérieure à la Régenco, contemporaine de Maintenon, et entièrement libre dans ses manifestations,