‹ Études sur le beau dans les artsChapitre 7 sur 47 · ÉTUDES SLR LE BEAU · texte numérisé non relu

ÉTUDES SLR LE BEAU

laient point de sa nudité , qui pouvait au contraire servir le talent de l'artiste ; et l'on doit regretter que cet essai d'une heureuse innovation ait été sans succès. Je n'ai entendu critiquer qu'avec des raisonnemens pitoyables la nudité de cette statue; les objections se réduisaient à lui reprocher un défaut de convenance. Pour être appréciés avec justesse, les arts veulent être . jugés avec enthousiasme. On sait combien le nu est favorable à la beauté des formes, sans laquelle les arts du dessin languissent dégradés. Quand le statuaire représente un héros qui n'est plus, pourquoi le couvrirait-il d'un inutile vêtement? Ce héros a quitté la terre , une imagination poétique le voit dans l'Elysée ou dans l'Olympe, au rang des demi-dieux : quels vêtemens sont les siens? L'artiste voudrait ne lui rendre rien de terrestre, et suit une convenance parfaite lorsque, employant la nudité, il dévoile à nos yeux des formes pures et divines. La postérité confondra, dit-on, les héros de tous les pays, si des vêtemens ne les distinguent. Je crains que jamais elle no soit embarrassée poui* prononcer

sur les ouvrages des hommes qui font une si vaine objection. Créez des chefs-d'œuvre, dùt-on un jour les confondre avec ceux des Grecs; et la gloire de votre nom se perpétuera d'âge en âge. Faut-il vous rassurer encore? L'imprimerie, dans tous les siècles, ouvrira ses trésors aux érudits : le monument le plus frêle en apparence, un livre, est destiné à survivre aux monumens d'airain.*

* M. Quatremère de Quîncy a donné des raisons très justes en faveur de la nudité , même quand on l'emploie pour représenter de grands hommes vivans.

« Tel habillement et tel mode de vêtement , scrupuleuse- « ment copié, est ce qpii particularise l'homme comme étant « l'individu de tel âge, de telle ville, de tel pays. La nudité , « et avec elle j'entends aussi toute espèce d'ajtistemens « et de draperies idéales et arbitraires, est ce qui tend le '< plus possible à généraliser l'image de la personne repré- « sentée.

« Qu'est-ce que fait l'art qui emploie , à l'égard d'un cou- « temporain, ce dernier moyen? Il répète ce que proclame « sur son compte l'opinion publique.

« Est-ce que la célébrité qu'acquiert un homme , par son '< mérite ou par ses actions, ne le fait pas sortii du cercle

Consultant l'amour du beau et l'intérêt des arts, non l'esprit de système, je reconnaîtrai que la peinture admet, moins facilement que la sculpture, la vraisemblance de la nudité. Un héros représenté par le statuaire est isolé; tandis que, dans un tableau d'histoire, il fait partie d'une action. Je désire que les peintres, lorsqu'ils veulent nous ravir par la perfection des formes, choisissent des sujets où la nudité soit vraie. Néanmoins tolérons quelques licences fécondes en beautés. Adoptons sans peine les raisons plausibles qui servent à les justifier, et n'ayons

« étroit de la société dont il est ou dont il fut membre ? t( Le système de la nudité ou de l'ajustement idéal, pro- « duit à l'égard de sa représentation le même effet. Il trans- « porte à l'homme physique cette existence générale , que la « renommée avait acquise à l'homme moral dans l'opinion « publique. C'est une manière de dire aux contemporains , « de dire aux âges futurs que tel individu a cessé d'être « l'individu de telle ville , de tel temps , et qu'il est devenu « riiounne de tous les âges et de tous les pays. »

( Archives littéraires. )

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pas, pour des scènes antiques, la même sévérité que pour les faits récens.

C'est notre cœur et notre imagination qui doivent juger d'abord les chefs-d'œuvre des arts. La raison procède ensuite à leur examen; mais loin de s'abaisser à devenir scrupuleusement analytique et minutieusement exacte, elle doit approuver les vérités de convention qu'elle ne pourrait banntr sans nous ôter de vives jouissances. , • * Qu'on ne m'accuse point de négliger les droits de la raison. Je crois avoir prouvé que , si Ton excepte un genre de musique absolument vague, la vérité, plus ou moins fidèle, plus ou moins ornée, est toujours une des sources du beau dans les arts.

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