ETIJDFS SUR LE BEAU
tluctions veulent de la noblesse; et le snjet qni remplit seul tonte l'âme, surpasse en grandeur divers sujets réunis qui viennent tour-à-tour l'intéresseret la distraire. Enfin, le poète doit satisfaire le sentiment qu'il éveille; et l'attendrissement est moins prompt à changer d'objet que la gaîté. L'ordre dans la distribution des parties d'nu ouvrage , est la simplicité considérée sous un autre rapport. J'ai fait souvent cette réflexion : si les Français étaient aussi légers, aussi frivoles qu'on le suppose , on ne les verrait publier que des essais ou régnerait le désordre; au contraire, leurs ouvrages sont, en général, pleins de méthode. Les bons livres des étrangers offrent des connaissances variées, des idées neuves; mais, presque toujours, confusément assemblées. Nos auteurs , par l'enchaînement des idées qu'ils présentent , savent rendre la lecture de leurs écrits instructive et facile. L'ordre sera d'autant moins sévère que le sujet appellera plus d'inspiration; mais on veut toujours, entre les pensées, assez de liaison pour qu'on puisse les suivre sans effort. Un poème est simple quand la con-
fusion en est bannie, puisque l'esprit parcourt, sans être arrêté , ses diverses parties, et peut ensuite juger facilement leur ensemble.
Lorsque du plan d'un poème on passe à ces détails qui rendent le style enchanteur, on voit le naturel communiquer la vie aux qualités dont ils brillent; et partout où se trouve le naturel, il existe quelque simplicité.
Les vers très simples sont ceux qui font couler des larmes. Si les pensées n'étaient jamais plus ornées, le stjle languirait, deviendrait prosaïque , on n'entendrait point le langage des dieux. Mais, dans les vers riches de couleurs poétiques , nous demandons une sorte de simplicité que donnent le naturel des expressions et des tours, et la facilité avec laquelle l'auteur semble les employer. Cette simplicité caractérise le poète. Beaucoup de versificateurs imaginent des métaphores, des alliances de mots, qui ne sont dépourvues ni de force, ni d'éclat : le goût les rejette, parce qu'elles manquent de justesse, et laissent voir la prétention de les rendre étonnantes. Où retrouver l'art de Racine ? Il y a
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quelquefois de l'audace dans sa manière de peindre les pensées; mais nous avons besoin de réflexion pour découvrir la témérité du poète; et l'étonnement qu'elle nous fait éprouver, achève de nous satisfaire.
Dis-leur ce que tu vois; et de toute ma gloire , Pliœdime, coûte-leur la malheureu<;p histoire.
Ces vers paraissent simples, ils sont naturels comme le sentiment qui les inspire. Rapprochons ces mots la malheweuse histoire de ma gloire, et nous sentirons leur admirable hardiesse.
Lorsqu'on écrit , s'il ne fallait qu'être neuf, le succès serait peu difficile sans doute; l'extravagance et la bizarrerie produisent des nouveautés. Il faut être neuf et simple : quelques esprits supérieurs ont seuls le pouvoir d'unir ces qualités. Racine se crée une langue; il la forme en combinant, d'une manière nouvelle et juste, les élémens que lui présente le langage ordinaire : il est hardi, parce qu'il offre des combinaisons inconnues; il est simple, parce que les richesses qu'il déploie naissent avec tant de bonheur du
génie de notre langue, qu on s'étonne de ne les avoir pas découvertes soi-même.
Ah! si vous aviez vu par combien de caresses, Il m'a renouvelé la foi de ses promesses !
Déjà de ma faveur on adore le bruit.
Racine fait entendre un langage que lui seul a parlé; et, cependant, quelle simplicité dans le merveilleux artifice de ces vers !
Une multitude d'observations littéraires viendraient ici se placer : mais je ne traite point d'un art en particulier ; je dois les parcourir tous, en y cherchant les qualités dont le beau se compose.
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