‹ Études sur le dialecte du LavendanChapitre 2 sur 2 · ETUDES · texte numérisé non relu

ETUDES

^l^remU'Po^ ^Partie^ — C)rinines

J'aimerais à poursuivre clans la littérature lo parallèle que j'ai commencé à établir entre les Basques d'une part , et de l'autre , les Béarnais et les peuplades des Pyrénées centrales. Mais ici , je me trouve arrêté par la prodigieuse diversité du langage. Les dialectes du Béarn et des Hautes-Pyrénées relèvent de la langue d'Oc, et sont frappés du sceau de la civilisation romane : mots, phrases, tournures, syntaxe, sont l'uniforme livrée imposée par la conquête à la pensée indigène ; cette pensée , graduellement modifiée par l'influence latine, les us du moyen-âge, les chants des troubadours , par une longue vie commune h tout le Midi de l'Europe , offre difficilement des termes de comparaison avec le génie basque, resté sur quelques points primesautier et sauvage. On ne saurait prononcer que l'esprit du Béarn se trouve incompatible avec des sources basques ; mais dans les lettres , du moins , les rapports, s'il en est, me semblent très éloignés, et notamment lo sel des rondeaux béarnais est plutôt gaulois que basque.

J'ai dit la pauvreté des lettres euscariennes . Il en est autrement des lettres béarnaises, qui. sans être des meilleures, nous offrent Avril iS77 T

ih; I i;ii> n \ MO n d

toutefois une richesse relative : certains monuments graves et de légers monuments qui, sous divers aspects, décèlent l'esprit d'un peuple. Les habitants du Lavedan , du Bigorre et des Quatre- Vallées ont aussi leurs productions locales, qui, dans un langage très voisin de celui du Bcarn , moins recherché, un peu plus rude, témoignent de leurs tendances morales. Ces petites littératures ne peuvent que nous fournir des traits ethnologiques précieux à recueillir, soit qu'ils se prêtent ou non à des concordances basques.

11 ne faut pas s'attendre à tiou\'er un mot de basque dans les patois i-omans des Hautes ou Basses-Pyrénées, non pas même dans les termes génériques qui désignent les aj.'cidents du sol ; les noms spéciaux des villes, villages, vallées, rivières, torrents, montagnes, pouvant seuls se plier à ces dérivations. La source de ces dialectes est totalement, exclusivement latine, avec un petit mélange de' mots grecs, communs à la langue d'Oc et au midi de la France , de mots celtiques, germains, en nombre infime, adoptés les uns et les autres par le latin vulgaire des campagnes dans les Gaules.

I-:ncore le mélange grec est-il très discutable. Est-il bien certain, par exemple, que le nom caunias, une chaleur accablante, soit tiré du grec chauma , comme on le dit ordinairement , plutôt que du latin cauma , qui a la même signification; que pour dériver le verbe esperreca ou espcrraca , déchirer, mettre en lambeaux, il faille recourir à un temps passé du verbe grec spareao. Remarquons au passage que le mot patois de cette famille, perrec ou j)errac (i), une guenille, a donné aux Basques perreca , dans le môme sens. C'est une preuve entre mille des emprunts hnguistiques que ce peuple a faits à ses voisins.

Le dialecte du Lavedan, spécialement d'Argelès , celui que je connais le mieux, m'a paru, comme les autres, abonder dans le latin. On peut y rapporter tout un vocabulaire, dont je détache quelques mots seulement à titre d'échantillon.

Yessi, sortir : du latin exire.

Croumpa, acheter: lat. comparare ; espagnol , rowprar.

(0 " Perrec" est une forme de " pelha" liailloii en langue d'Oc, dérivé du l;ilin peUi«"p©au. Le \crbe "rspprrcca" vient de " perrcr ".

Escouné, cacher : lat. ahscondere; esp. esconder.

Ayaçase, s'étendre , se coucher : lat. jacere ; esp. yacer ; fr. gésir .

IIpH , porter un coup mortel, un grand coup qui annihile : lat. fer ire ; fr. jféHr;esp. herir, blesser.

Met, crainte: s'emploie dans le val d'Azun ; VaX. metus : esp. miedo.

Auci , tuer : lat. occidere ; fr. occir.

Crema, brûler : lat. cremare ; esp, quemar.

Hat (sm), sort: lat. fatum; esp. hado.

Hade (sf), fée: lat. fatum; esp. hada.

Die (sm), jour : lat. dies ; esp. dia.

Bade, venir au monde, naître; badut, ne, à Campan et dans le Béarn ; hayut à Argelès ; lat, vadere.

Esçjuit (sm), Et (^) esguit det die , le lever du jour. At esguit , au petit jour, à l'aube; lat. exitus.

Aliira , communiquer un mal par le contact : lat. hir, paume de la main. On dit aussi : accoumana, par une transformation élégante du latin communicare.

Hayle{ sf;, lat. halitus ;h\ hâle"? — Era hayle, lesouftle du Midi, le vent d'Espagne violent et desséchant. Ainsi qu'une chaude haleine . il embrase parfois l'air des vallées profondes : les arbres penchent et les (leurs se flétrissent; les troupeaux, le berger, en sont douloureusement affectés.

On dit: Haylc , hayleve et liaylasse : cette dernière forme, à l'aide d'une désinence familière an patois (c'est un augmentatif), exprime tout ce qu'il y a d'insupportable dans ce grand vent du Sud.

De hayle, on a fait un verbe : Eras hacques que soun enlunlades. . . les vaches sont excitées , s'agitent sous l'influence du vent d'Espagne. On dit, au figuré, d'un homme inquiet, tracassicr . iri'itable : qu'ey enhadat.

(I) " El " article masculin " le '", et piononi |ieisonnpl "il, lui''. Du l;iliii "elle", par la subslilalion du t à \'i. douMe ; par exemple : *' l>al ", fr. "vallée", Ju latin " v;illis ".

(J C 1 K J- K i; A .\I O N IJ

Con me on le voit, il y a du pittoresque dans ce latin transformé par de simples montagnards.

Tous ces dialectes, si rapprochés l'un de l'autre, du Lavedan , du Béarn , du Bigorre et des Quatre-^'allées , ont leurs affinités immédiates dans le gascon d'abord , puis dans les branches nombreuses laissées par la langue d'oc, soit sur le sol français, soit dans la Catalogne. On peut aussi, mais de plus loin sans doute, les comparer à l'Espagnol, à l'Italien, au Portugais. Suivant que l'esprit s'applique à l'une ou l'autre de ces comparaisons , il trouve nécessairement, dans le fonds commun de ces langues, quelque motif de persister. Pour ne j)arler que de l'Espagnol , il offre des rapports dans la prononciation. Ainsi, Vit aspirée, si fréquente et parfois si forte dans les Pyrénées gasconnes , y remplace souvent Vf, comme dans le Castillan. De faccr, les Espagnols ont fait hacer, faire; et les Béarnais, de far ont fait ho, qui devient hé dans le Lavedan. Des expressions et beaucoup de proverbes sont identiques de fond, presque de forme, en deçà et en delà des montagnes. Parmi les mots communs , en voici quelques-uns , tii-és pour la plupart du dirlecte du Lr.vedan , et qui ont leurs semblables dans l'Espagnol moderne ou dans le vieux Espagnol. Je les prends au hasarc et les me' s simplement dans l'oi'dre alphabétique :

JÇroMc/i. (sm), sorcier; csp. hrujo; lat. hruchus, sauterelle, l'une des formes qu'affecte ic sorcier.

Bronche (sf), sorcière; csp. hruja ; latin du moyen-âge : Broxa (Ducange';.

Charamaque : henné charantaqye , femme fantasque , désordonnée, malpropre (ce mot est usité à Bagncres-de-Bigorre', très anc, esp. charamaer.

Eslarnpay (sm). écloir: esj) e^^himjxAgo.

Estovrroucu : émietLer, écraser la terre: esp. eslurrucar ; lat. extraquere, arracher en tordant.

Fâche (sf), ceinture, autrefois rayée bleu et noir, du val d"Azun ; esp. faja.

Fallet : jupe ou jupon dans la môme vallée : csp. las faldas, les jupes de dessous.

Layra : aboyer; esp. huirar ; lat. lalrarc.

^'/inmar (snV . singe: csj). mon".

T E DU L A V E D A X

Moune (sf , guenon: csp. mona. Ce mot appartient aussi au dialecte ba«-!iinousiu.

Ouïe (sf), pot de terre à ]]!<:iH('re-:-dc-BigO!Te ; esp. olic . pot au feu; la . oJla , mormite.

Ourse (sf^,, (?ruéîic à lîagnères , très usi é; ;;-p. tirsa; lat. orca, grand vase à ([<i\\\ anses, ou iii^ac, eruche.

OustaoH ( stn ), maison, domicile, tr. usité; esp. oslal , bas. lat. ostalaria ; lat. osleuni, porte.

Yegue (sf). jument; esp. yefjua ; lat. equa.

Une lisio de ce genre , poui' être complète, de\rait prendre les proportions d'un dictionnaire. Je me borne à remarquer que les noms propres de ter-Dones , que j'ai relevés en grand nombre dans nos Pvréné.';- .•.iitraies, a|)particnricnt très fréquenunent soit à la Catalogne , soit aussi à d'autres provinces de l'Espagne. Tous ces ]'apports et tant d'autres que l'on pourrait signaler entre les patois romans des Hautes et Das-es-Pyrcnécs et la langue espagnole, ne font pas qu'on ait la prétention i\^ mettre en parallèle ces petits dialectes , si pittoi'esoues ou gracieux qu'ils pu.ssent être , avec la langue sonore et (ièrc qu'a parlée Cervantes. Il ■ a d ailleurs dans cette langue f une langue ;j('i u;i ijat'jis ) une extension logique, un développement littértui'e. ([ui d* iieraient toute comparaison indiscrète. En général . n .s dialectes du Midi de la France manquent et ils doiverit manquer de l'élément gra\'e et spiritualistc , qu'une civilisation indigène avancée porte toujours dans le langage d'un peuple. Le Midi a bien eu son connncncement de civilisation puise dans son propre sein . et c'est de cette ère que datent tous les patois et ce qu'ils ont de meilleiu', poétiquement parlant; mais à partir de la guerre des Albigoc'. i- o'énie du Nord étouffa celui du Sud . et la langue d'oc demei: jrellc était , dégénérant plutôt : clic

n'avait j)oint atteiiit encoi'e cette pliasc si remarquable , où , la maturité de la réflexion aidant, se créei^t les plus nobles métaphores et les plus hautes abstractions dw langage ; elle resta ce qu'elle était, mélodieux instruuîcnt pour chanter la nature, pour soupirer l'amoui', pour rendre fidèlement tout ce qui frappe les sens, tous les bruits, les échos, la douleur et la joie, le matériel de notie vie humaine. Le caractère des dialectes du Midi est, en cfTcl . de reproduii'c bien plus F !sp<;<-t cxtéi-ieur et le physique des

SOCIÉTÉ RAMONli

choses, que la poésie interne et idéale du cœur : c'est un arrêt de développement , mais c'est peut-être aussi le génie de ces peuples, iroù vient, par exemple, que, dans les chants du Béarn, Tamour tout rempli de grâce, de douceur et de miel, prend si rarement les grands accents de lame? C'est un aimable jeu, qui plaît, qui séduit, quelquefois qui coûte un peu cher; mais ce n'est point cette passion profonde , héroïque et dévouée , que nous voyons ailleurs. Un savant naturaliste , très versé dans les langues et le génie du Midi, I\r. Moquin - Tandon , à propos de son dialecte maternel, si (>xquis et si doux, celui de Montpellier, pensait de jnême des sentiments qu'il exprime : Peu constant, disait-il, est l'amour du Midi. Ce n'est pas l'amour corse, escorté de jalousie, armé secrètement du poignard. Nous ne connaissons guères ni ces armes homicides , ni ces violences du cœur. Toute distance gardée . nous sommes plus près de Don Juan que d'Othello. Nous ne prétendons point à l'élévation Scandinave : mais ce que nous perdons en fidélité , nous le regagnons en douceur.

11 ne faut pas demander aux idiomes du Midi , ce que l'homme du Midi , le Gasron surtout , n'a pu ni dû y mettre : le sentiment intime, consciencieux et profond, le gemiith des Germains, ni la délicatesse raffinée, scnsitive, de la pensée française. C'est assez qu'ils nous offrent un coloris brillant des grâces naturelles et faciles, des idiotismes heureux, dti charmants diminutifs; qu'ils nous rendent la pénétrante suavité de l'air embaumé du Sud , les ardeurs nonchalantes de son soleil , la poétique ivresse de ses horizons bleus : heureux quand le mauvais goût et l'abus de l'esprit ne jettent point une note fausse dans ces harmonieux échos de la nature.

Je reviens aux dialectes des montagnes, au Béarnais d'abord, comme au plus pur et au plus poli de tous : on pouvait s'y attendre. Les destinées du Béarn , sa longue indé})endance , son développement interne , ses bonnes institutions , réagirent sur l'idiome national , parlé dans les assemblées et écrit dans les lois du pays. La prise ancienne des Fors , des xi\ xn" et xiii*- siècles , ne manque ni de clarté , ni de force , et est même empreinte d'une sorte de majesté naïve. La poésie vint tard , celle du moins de laquelle on se souvient; mais on n'y perdit point : un gentilhomme du dernier siècle , Cyprien Dcspourrins . fils de père du Béarn vt de Trièro du T^avcdan .

témoin des doux tableaux de la vie pastorale , dans ses centres les plus purs ( la vallée d'Aspc , la vallée d'Argelès , la vallée de

St-Savin), les fixa

pour toujours dans de ravissantes idylles.

Ceux qui voudraient s'instruu-e ù fond du mécanisme de la langue Béarnaise (c'est presque une langue en effet), doivent recourir à l'excellente grammaire, dont l'auteur est M. Lespj^ Il expose mieux que je ne saurais le faire toutes les nuances de la prononciation locale. Je ferai seulement remarquer que notre e muet français de la fin des mots, dérivant ~de l'a latin, est avantageusement remplacé dans le Béarn par un e sonnant comme un o doux (aie, aile; lat. ala ; crabe, chèvre; lat. capraj. Ce son intermédiaire, qui n'a point de signe propre, se rapproche plus de Ve dans le Béarn et le Lavedan , et plus de Vo à Bagnères-de-Bigorre et dans la vallée de Garonne : dans ce cas , il est moins agréable. Le Béarn et le Lavedan disent : qu'ahem, nous avons ; à Bigorre , en Comminges, qu'aouem, par la substitution peu agréable aussi de la diphtongue ou au h. Le Béarn, le Lavedan et Bagnères ne conservent pas l'n à la fin de certains mots , tels que pain , vin et autres; ils prononcent paa, bii, et non pan, hin, comme on le fait assez peu gracieusument , par exemple, dans le Gers, dans toute la ILiute-Garonae. A Luchon , à St-Bertrand de Comminges , le patois est fort rude, et s'attache pour ainsi dire au gosier. On y dit : gaelh pour oelh , œil; goué pour Jwué 0), aujourd'hui. Le ch est continuellement joint au t final des mots : hatch pour bat, la vallée. On y dit encore : nieu au lieu de îieu(2), la neige. En somme , l'oreille est de toutes les façons plus flattée soit par le Béarnais , soit par le dialecte du Lavedan , qui lui est assez semblable , et dont l'articulation est douce , (luoique moins finie ou peut-être moins précieuse.

Une particularité (commune au Béarn , au Lavedan , au Bigorre , au pays des Quatre -Vallées , au Comminges, au Cojserans , à

(I) Prononcez " goueili , ouclh, goué, ouc". — Va , vé, se proiioncenl " oua, oué".

(-2) Prononcez à peu près " méou , néou ". — Dans les diphtongues au, eu, le, l'u a ie son de ou Irtès adouci : l'accent Ionique porte sur a . e, i. — A Argeiés, la diiililongue lo sonne presque inou. " Abuiu ', avait, ' biu ', vif, • fiula', siffler... dites •' abueou , bieou . fieoula".

H s O ( ■, I K T ï. I; A M 0 N IJ

l'Armagnac , et je crois aux Grandes et Petites Landes , c'est-àdire ù presque toute la Gascogne , se rattache à la conjugaison. Le mot (/ue ( prononcez f/ué^ précède le verbe dans toutes les personnes, dans tous les temps. Par oxomplc. on dit dans le Béarn : QUE souy, je suis; Qu'és , tu os; nr>,'/, il est; que seran , ils seront; que pourta.hi , je perlais. Ou ne voit pas trop le sens de ce monosyllabe, dont, le voie parait être toutefois d'appeler l'attention sur ce que Ton va dire , de donner de la a igueur au discours . daflirmer plus pleinement (il se rencontre rarement dans les phrases négatives, et point du tout dans Tintcrrogation ). Comme il n'y en a pas de traces dans les vieux manuso-its , dans les Fors par exemple, il est à croire que c'est une création du langage populaire, qui peu à peu a envahi toute la langue. A voir cette particule, si fréquemment employée oujourd'hui , on dirait une béquille, un bâton de vieillesse , destiné h soutenir pas à pas la démarche chancelante de nos patois.

Ils chancellent, en effet; ils tombent, ils s'écroulent peu à peu . sous l'action du français qui les attaque de front, et qui de plus les mine intérieurement. Depuis longtemps déjà , l'ennemi est dans la place ; les mots , les tournures de notre langue se substituent chaque jour aux termes indigènes , aux idiotismes locaux , les plus plus francs, les mLillciu's, partant les plus anciens, devenus surannés. Il serait temps de l'ccueillir ce qui demeure encore de ce plus vieux langage , utile à consulter pour fixer le caractère de ceux qui l'ont formé. Je me contenterai de présenter trois listes de mots , expressions et proverbes , usités diuis le Lavedan, et qui me paraissent jeter quoique kunièi'e sur les mœurs et l'esprit de ce pays. Le Lavedan (ou région des sa{)ins , Vahedat au mot latin abus), l'ancienne vicomte de ce nom, Levitanensis vice - comitatm^ , se composait de six vallées , sans y comprendre Barèges (Val-ieticaJ, que l'on comptait ordinairement à part , toutes vallées rfiagnifiques ou d'un aspect terrible, situées aux hauts étages des Pyrénées centrales, entièrement isolées des iilaines, et où, je le dis d'avance, la famille constituée à la manière des Basques , s'est très singulièrement perpétuée jusju'à nos jours. Ces vallées nous offi-ent en outre le plus vaste développem.nit d,' l'existence pastorale , qui est nu'si celle d'une partie des P>;t pies, et à laquelle se rattachent

les plus curieux usages. Je consacrerai ma seconde liste de mots aux pasteurs, aux accidents du sol et aux intempéries de ces très hautes régions. Dans la troisième , je consignerai quelques expressions figurées et heureuses , que j'ai recueillies dans la conversation , et des proverbes que je crois être inédits pour la plupart ( on peut les comparer avec les proverbes basques). Ma première liste a pour but de montrer tout d'abord, par quelques exemples qui m'ont frappé moi-même, ce que Ton peut attendre du vocabulaire du Lavedan , de douceur ou de force , de nuances fines , de vérités pittoresques et surtout d'harmonie imitative. Je ne me suis point astreint à l'ordre alphabétique. Je suis, dans mes trois listes, un ordre de fantaisie , qui m'a permis de tenir compte de la connexité des idées. Du Lavedan , je passe parfois , en l'annonçant d'ailleurs , dans le Béarn , dans le Bigorrc ou dans le Comminges. J'ai pu naturellement commettre quelques erreurs en traitant de ces divers idiomes, dont nul n'est, après tout, mon langage maternel.

^DciiœièmC':, T^arilc^ — '^^ocahnlaivc^

I — RECUEIL DE MOTS EOMAiNS DIVERS , USITÉS DANS LE LAVÉDAN OU SUR DES POINTS VOISINS.

Je commence par un exemple des diminutifs et augmentatifs suivants :

Prauhe , pauvre , du latin 2'>c('Uper, par le changement du second p en ?> et l'interversion si fréquente en gascon de la lettre r.

Diminutifs : Praubou , oxigne ; prauMllou , illette ; prauhet , ette ; prauhin , ine ; praubot , ote ; \yraiibinot , ote , etc .

Augmentatifs : Prauhas , asse; prauhillas , illasse; le masculin a le sens de " pauvre diable ". Prcaihe de you , mot-à-mot " pauvre de moi " ; prauhe de tu , de bous. . . idiotisme fréquemment employé avec un ton expressif, pour se plaindre de son sort ou plaindre le sort d'autrui.

Amisloîis : affecteux , caressant ; esp. amistoso , amiable.

Amisiousa : caresser, amadouer.

Atoiireya : entourer de soins.

Bésia : gâter; esp. viciar; lat. viciare.

Bésiad , ade : gâté , câlin .

Bésiadé (sm) : gâterie , câlinerie.

Estiphagnous , e: délicat, difficile.

Maria se : se parler, s'entretenir, causer ensemble.

Cara se : se taire; lat. carere, se priver, s'abstenir.

Clis , e : silencieux , tranquille ; lat. clmisus , clos.

Ménic, que : délicat, douillet; lat. minutius , petit, exigu; fr. menu; esp. il tnenique , le petit doigt.

Em''Psca : -rrlui'e : m. h m. eirorluer ; de besc (sm), glu; esp. visco ; lat. viscus , um. Comparez visqueux. Embesca se, se laisser prendre ou séduire : m, «n m. s'engluer.

Caphira (cap-bira) retourner au fig. Capbira quauqiiarris , tourner la tête à quelqu'un ; ( remarquez que ce verbe s'emploie avec un régime direct.

Ninou, ne (s. m et f), petit enfant; esp. nino , na; lat. ninnius, petit bébé.

Nina : dormir , se dit d'un petit enfant.

Yemica : vagir, gémir; lat. gemiscere.

Bayla : caresser doucement de la main ; lat. balio , ionis , main , paume de la main.

Cluca (eh oueysj, fermer les yeux. Cluca se, se cacher ; lat. claudere, part, clausus ou clusus.

Gayta : regarder; fr. guetter.

Talaya : observer, épier; esp. atalayar, mot arabe.

Ponton (sm), baiser, dérivé de pot (sm),\èyre, comme osculum de os, bouche en latin.

Piina , baiser , embrasser.

Armya : exposer aux rayons du soleil ; arraya se, se mettre au soleil pour jouir de ses rayons.

Estrema se ( d'esf rem , côté ) : se mettre de côté , se ranger.

Arrema se (fr. arrimer J^ estrema se, se ranger, se retirer : d'un oiseau qui cherche un refuge contre la neige, que s'arreme , que s'estreme.

Seschalahate (à Bagnères-dc-Bigorre), battre des ailes, se trémousser.

Estampereya : chanceler d'ivresse.

Enluzerna : éblouir, aveugler; m. à m. remplir de lumière, de lutz, lumière; lat. lux.

Estimabera : étourdir, ôtcr le sentiment de ce que l'on est et de ce l'on fait. Entre autres causes , une forte insolation peut déterminer ce trouble; lat. intemare , rendre fou, mettre hors de soi.

Eschahani : étourdir, rompre la tcte.

Emhahurla : rompre la tête, ennuyer, assommer.

Bahurle (sm), un ennuyeux, un fâcheux, un homme insupportable.

Arrousega : traîner derrière soi quelque chose ou quelqu'un.

Rousec (sm), Rousegne (sf), long fagot que le bûcheron et le plus souvent les femmes chargent sur leurs épaules , et qui traîne à terre.

12 s O C I É T É K A il O .N 1)

Ahisca : exciter au combat ; esp. agiscar.

Aplega se (Béarn), se retirer, s'ea aller, plier bagage; lat. plicare; esp. aplegar, recueillir, ramasser.

On sait les vers charmants de M. Ilatoulet •

Margalidet poumpouse et bérc Que s'aplégabe deu marcat....

Acoura se : perdre son sang et mourir; esp. acorar, suflbquer, perdre la respiration , par l'effet d'un chagrin subit et saisissant : de a préventif et de cor, cœur.

Tuhereya (Bagnères), plaisanter, agacer, tracasser, pousser à bout.

Peleya : quereller; pelega se, se quereller, se disputer; esp. pelear se , se battre à coups de poing; lat. pellere , pousser, frapper.

Hé herou : faire peur, causer une frayeur; herou (sm), frayeur (inusité); héraut , e , effrayant , sauvage , affreux ; heruns ( Béarn ), bête sauvage ; lat. fera , feritas.

Pataqueya : battre fort , en parlant du cœur , battre à coups redoublés. De patac (sm-), coup ; gr. pateaso , frapper.

Arpaleya : prendre quelque chose à pleine main, à poignée. Arpat (sm), poignée , ce que la main fermée peut contenir. Arpacha^ saisir quelqu'un , le serrer avec les mains. Arpachat (sm), préhension , serrement. Arpe (sf), griffe; esp. arpas , déchirer avec les ongles; fr. harper; lat. harpago , harpon.

Hurga, fureter , remuer, tracasser avec la main , avec un bâton ; esp. hurgar, remuer le feu ; au figuré, taquiner.

Changouteya : clocher, boiter en marchant ( Béarn i ; changa , marcher à cloche-pied; changues, échasses; basq. canzoa , pied, jambe.

Chira es peous : tirer les cheveux: lat. cirrus, boucle de cheveux.

Qiiilla se : se dresser ; se dit des personnes ; se dit d'un animal , d'un ours qui se dresse sur ses pattes de derrière.

Hourre , hourière (sf) , combat , mêlée de chiens. Qu'ey toustem de hourre , il est toujours prêt à se battre.

Tuma : frappée à la tête , donner des coups de corne avec furie :

1) 1 A L E C T t; U L: L A V li D A N 13

au figuré, se heurter contre un obstacle invincible; lat. lumere , se gonfler, s'échauffer, s'emporter (?).,

He ara tiime , se livrer un combat à coups de cornes.

Tumarreya (nuance plus douce), se heurter de front , en jouant , comme font les agneaux . Le verbe tuma prend en basque la forme tumatua.

Trepa : s'amuser bruyamment ; esp . trepar, grimper, gravir ; fr. trépigner ; lat. trepideare.

Sauta, sauteya : sauter, sautiller; saitteriqueya (Béarn), aller par bonds, par cabrioles.

Pinna; même sens que ounterequeya : se dit d'un chevreau, d'un agneau , d'un enfant ; lat. pes, pedis.

Esquissa : déchirer ; lat. sundere , sursum.

Gasa se : s'user par le frottement , s'amincir, se trouer ; fr. gaze, étoffe très claire.

Uscla : brûler le duvet de la peau, le duvet d'une étoffe ; lat. ustulare , brûler.

Eslucherra (Bagnères), enlever la peau contre un objet dur et Résistant.

Gaha : prendre , saisir ; fr. gaffer.

Touruleya : tortiller, tordre à plusieurs tours.

Hissa : piquer avec un aiguillon ou un dard. Hissou (sm), aiguillon de l'abeille, de la guêpe, dard du serpent, cru à tort venimeux ; lat. fissus , fendu.

Canet (sm), gosier; canet det bras, avant-bras, poignet; lat. canna , roseau ; canna pulmonis , conduit de la respiration ; escana, étrangler, étouffer.

Bira : tourner; birouleya , tourner sur soi-même; fr. tirer.

Pepica : trépigner, frapper du pied , piaffer ; lat. jjes, pedis.

Estourhera : mêler, en parlant du fil; s'applique à d'autres objets par extension; esp. estorhar, causer de l'embarras; lat. turhare, troubler, mettre en désordre. Desloiirhera , démêler.

Estira : tirer; esiimgouseya , tirer de tous côtés.

Esbrigalla : mettre en pièces (très usité); esp. esbrigallar, déchirer; langue d'oc , eshriquer ; s' esbrigalla , s'éreinter, se mettre en quatre ; allem. broc/ien, rompre. Le mot patois brique ( pas du tout, pas un brin'', est de la mémo famille.

Esperissa : tirer de manière à arracher, à déchirer , à abîmer , à faire mal; lat. spargere, sparsuni, répandre. Gnaca : mordre; gnac (sm), morsure.

Esperlita : broyer en petits morceaux.

Bouroiimhla : dégringoler.

Treme se : se remuer; lat. tremere, trembler; fr. se trémousser.

Estene : étendre quelque chose ; estene se, s'étendre, s'allonger ; este^iilla se , s'étendre , allonger ses membres.

Esbarri se, escarramica se, écarter, écarquiller les jambes.

Esmangla , désarticuler ( très usité ); esp. esmanglar (?). Esmanglat, qui ne peut presque plus se servir de ses membres.

Aleha, estropier; alehat, estropié.

Escharlita, se dit de la graisse qui chante et saute , lorsqu'elle commence à bouillir.

Pepi, ie : imbécille , faible d'esprit (de la simplicité); diminutif, pepiot.

Pepeteya , faire l'imbécille.

Empepeya, rendre imbécille.

Pec , pegue (du latin pecus), imbécille , bètc ; diminutif, pegou ; basq. peca, sot, idiot.

Taros, tarosse, imbécille, esprit grossier ; pec et taros désignent ridiot crétinent de Barèges, dans l'art. 2 de la Coutume de cette vallée .

Gargouteija , bruire, bouillonner ( un chaudron qui bout).

Gourgouleya (Béarn), murmurer, gazouiller, comme fait une eau vive.

Gourgoulh (Béarn) (sm), murmure de l'eau courante : un de ces mots nombreux qui dérivent du latin gurges.

Arrougagna , ronger , dévorer ; lat. roder e,

Aganit, ide : affamé, exténué de faim,

Eslaquit , ide: épuisé, exténué.

Escarraheillat , ade : éveillé, dégourdi, gaillard.

Eshérit, ide : éveillé, avec une nuance de grâce et de gentillesse : se dit des enfants ; lat. spiritus , esprit.

Ho, holle : fou, folle, extravagant; lat. follus.

Iloulie (sf), folie.

Houleya : se livrer ù la gaieté , s'amuser comme un fou ; c'est plus que folâtrer.

Locou, loque : stupide, bête (de la lourdeur); esp. loco , augmentatif loucas, grand imbccille.

Loucarie (sf), bêtise.

Loucaria : dire ou faire des bêtises ; esp. locarias , fou, étourdi.

Tarras (sm), tarassse (sf), cruche.

Esquere (sf), grosse sonnette que l'on suspend au cou des bestiaux; (comp. fr. esquille; ital. squilla) ; par dérision, le goitre.

Guter^ goitre; gaoué (à Bagnères) ; lat. guttur, gosier.

Guternous , se : goitreux ; gaouerut , ude ( à Bagnères ) .

Eschaoure (sm), air, brise; lat. aura.

Eslenga^ glisser.

Escarrioula , glisser sur la glace , glisser et manquer de se jeter à terre.

Churrupa, aspirer en buvant; esp. churrupear^ boire à petits coups; fr. siroter.

Lémcqueya, manger du bout des dents; esp. lamer, lécher; lat. lamhere.

Briou (sm), courant, force de l'eau; esp. hrio , force, vigueur.

Espaterna se , s'étaler, se laisser tomber à plat; fr. s'espâter.

Depaternes , depatiquernes , de sens dessus dessous.

Drava se, s'embarrasser en marchant ; lat. traces, poutre.

Broumi , siffler comme le vent d'hiver ; gr . Bronté , tonnerre (?) ; il existe de ce mot des dérivés latins.

Eschaouryat , ade , éveillé , étourdi , léger.

Plouye (sf), pluie; augmentatif, jo/ouj/asse, grande pluie , pluie lourde et assommante. Eras plouyasses de May, les grandes pluies de mai. Le mois de mai est effectivement très pluvieux dans les Pyrénées, et y amène toujours un refroidissement sensible dans la température .

Plouyasseya, pleuvoir un peu.

Eschagata (de aygue, eau); lat. acqua ; esp. agua , pleuvoir à verse , à torrents .

Eschagat (sm), pluie torrentielle, pluie d'orage, fréquente dans les montamics.

Eschalahateya ( raome sens qa eschagata), que ploy àschagats. que ploy à schalahats , il pleut à torrents .

Hourtalesse det iems (sf), m. à m, la force, la vigueur du temps. Qu'eu '^^'^^ hourtalesse det tems , se dit de jours ardents, splendides , qui semblent ctrcindre puissarame it la nature, et à la suite desquels souvent l'horizon est sillonné d'éclairs; esp. la furtalezza del tempo.

Tourroumheya , tonner

Biahore , cri d'alarme pour appeler au secours et faire sortir les gens de la voie publique : très usité de tout temps en Béarn. Tumulte. Les Basques ont fait hia liorea.

Biahore (sm), homme bruyant, blageur.

Hillet (l non mouillé), sm., cri du pâtre et du contrebandier dans la montagne : il s'entend à des distances immenses.

Hilla , pousser le hillet.

Gouhi , mouiller.

Barreya, verser; lat. versare, tourner, retourner.

Garmiis (sm), pluie, tapage, vacarme.

Barga , à Bagnères ; bargailla , à Argelès : battre , écanguer le lin ; esp. bargar, battre les laines ; bas-bret. hraca , broyer le lin . le chanvre.

Bargues, Bagnères [s.f.plu.]; Bargadère , kvgeÀès {st. machine à battre le lin.

Bargaillayre (sf), .\rgelès; batteuse, femme qui bat le lin.

Bargatori , Bagnères (sm), réunion de batteuses, suivie de fêtes , de danses , d'un repas où l'on sert des crêpes, etc.

N. B. C'est, comme l'on voit , toute une famille de mots; il y a beaucoup de familles de ce genre.

Dalha faucher,; esp. dallar ; allem. theclen. deviser: fr. tailler.

Dalhe (sf), faux.

7)aZ/iadou (sm), faucheur ; esp. daUadnr.

Dalhade , dère , propre à êtro f<)uché.

Ardalh (sm), regam.

Arredalh (sm), troisième coupe de l'herbe. Les prés se fauchent trois fois par an , sur plusieurs points de la vallée d' Argelès .

Alahia^ unir la terre, en y passant un instrument appelé nlahirrdp fsmV la rouler: lat. lahium . lèvre

Babanieija ( eras hacques), marcher devant les vaches qui labourent, pour leur naontrer le chemin. Cette fonction rustique est le partage des enfants.

Pêne [sf], rocher, roche escarpée; esp. pena. Ce mot a du rapport avec le breton penn, tète, bout , extrémité; d'où Jeuss, dans sa grammaire celtique , dérive le nom des "Alpes Penninse " des anciens. On le trouve aussi chez les Basques , mais rien ne prouve qu'il soit indigène. Nos dialectes romans en tirent un joli verbe , dont voici le participe :

Empenat , ade, pris , embarrassé dans les rochers. Lorsque des brebis ou des chèvres , attirées par l'herbe nouvelle , gagnent de petits fonds de verdure encaissés dans les rocs , dont ensuite elles ne peuvent plus sortir , le berger se désole et s'écrie : Eras oueilhes, eras crabes que soun empenades ( les brebis , les chèvres sont prises dans les rochers ). Il tâche de les atteindre parfois , lié par des cordes ; il se fait descendre près d'elles , les saisit tour à tour , et les retire du danger quand il peut.

Et ouset deres pênes, l'oiseau des rocs. C'est ainsi que l'on nomme le grimpereau de muraille , dans la vallée d'Azun , celle des six vallées du Lavedan , dont le patois est . le plus rustique ( celui de Barèges l'est plus encore).

A Argelès , on ne dit pas ouset , mais aouset , oiseau ; dira. aouserou , oisillon ; lat. aucella pour avicella , petit oiseau.

Agarolle (sm) , merle d'eau : dans la vallée d'Azun ( les noms d'oiseaux , comme beaucoup d'autres termes , varient d'une vallée à l'autre). Du patois aijgue, lat. acqua, mot-à-mot l'aquatique. Il fréquente , en effet , les lacs et les torrents des montagnes.

Remarquons, au passage, cette désinence adjective , ol, olle , qui est d'ancien et bon aloi. On dit encore montagnol, olle, montagnard. On disait jadis : eras aygues Bagnerolles , les eaux thermales de Bagnères-de-Bigorre.

Pic-escourcé ou pique-cour ce (sm), pic-vert : il grimpe le long des arbres et perce leur écorce avec son bec.

Pique-port (sm), en Azun étourneau de passage. Il plonge sa tête dans la terre', pour y chercher sa nourriture.

Port signifie, proprement, ouverture praticable au sommet des montagnes , pour se rendre d'im versant à l'autre , et, par extension,

les gorges qui conduisent à ces passages , • et les montagnes même sur lesquelles ils sont établis.

D'autres noms d'oiseaux sont des onomatiques plus ou moins parfaits de leur chant.

Churuluc (sm), verdier, environs de Bagnères.

Schit (sm), bruant , ihid.

Goudouliou (sm), espèce d'alouette , ihid.

On appelle Vioulou (sm), mot-à-mot " violon ", hôte des sapinières , dont le chant a quelque ressemblance avec le son de cet instrument (ihid.).

Agasse (sf), pie.

Clouque (sf). La poule , garie ; lat. et esp. gallina, prend le nom de clouque, lorsqu'elle a des poussins. L'adjectif espagnol clueca , applicable à la poule couveuse , et notre verbe glousser, sont de la môme famille de mots imitatifs.

Carraca, jaser, se dit de la pie, se dit aussi du cri du beau coq de bruyère , auquel son air superbe a valu dans les Pyrénées le nom àe.'paou, le paon. Esp. carraca (sf), crécelle des enfants.

Bouliou (sm), taupe; de houha, souffler, parce qu'elle boursouffle la terre ; lat. hucca flare , souffler avec la bouche ; fr. bouffer.

Bouhère (sf), monticule de taupe.

Barhaout (sm), scarabée, insecte velu; de harha, la barbe; dim. harhalet, un insecte plus petit, plus joli.

Je termine par un exemple , entr'autres, des facilités que procure au langage la facilité des désinences. Cet exemple est puisé dans le dialecte d'Azun.

Haoïo (sm), hêtre.

Habouré (sm), forêt de grands hêtres.

Hahouresse (sf), jeune hêtre,

Uàbou (sm), hêtre nain; au pi. Hahouts, forêt de petits hêtres rabougris , comme on en voit dans les montagnes , en approchant de la limite où cette essence d'arbres cesse de croître.

II — RECUEIL DE TERMES USITES DANS LE LAVEDAN OU SUR DES POINTS VOISINS , SPÉCIALEMENT RELATIFS AUX ACCIDENTS DU SOL , AUX PHÉNOMÈNES DU CLIMAT ET A LA VIE DES PASTEURS.

§ I, — Termes relatifs aux accidents du sol.

Pic (sm) , Pique (sf), pic , montagne aiguë , de celles qui donnent à la chaîne des Pyrénées cet aspect à la fois élégant et grandiose , qui la caractérise. Pic de Midie , pic qui se trouve être dans la direction du soleil , à midi , pour un lieu donné. Il y a aussi des pics d'une heure , de deux heures et trois , qui répondent à peu près aux positions du soleil à ces diverses heures du jour. Esp. -pico , en bas-bret. 'peig , pointe.

Pêne (sf), roc, rocher droit, escarpé, élevé. Era Pêne de Lhéris , mont en forme de casque, qui se^dresse au* sud-est à l'horizon de Bagnères. Esp. pena; bas-bret. penn , tête, bout, extrémité [voir plus liautj.

Mayl (sm) , rocher , montagne. Et mayl ardoun , la montagne ronde , dans la vallée d'Azun. Et Mayl carnusses (de camus, chair d'une bête morte ) , rochers près le lac de Peyralade , aux environs de Bagnères. Ce mot mayl se retrouve dans les départements de la Haute-Garonne et de l'Ariège. A-t-il du rapport avec le radical euscarien mal, signifiant : rude, escarpé, raboteux.... duquel Ilumboldt tire le nom de Malaca , aujourd'hui Malaga, en Espagne ? Je note , pour la question , un mont appelé Malgor , commune de Larrau , dans le pays basque de Soûle.

Garrot (sm), roc escarpé et dominant.

Tue (sm), Tuque (sf), cône , sommet, montagne (de tuca, courge et tête , par extension en langue d'oc); diminutifs: tuquet, tiicou, tucoulet ( sm ). Tuque - Rouge , mont rouge : c'est le nom des murailles d'Estaubé , où les bergers puisent une ocre qu'ils emploient à marquer leurs moutons.

Soum (sm), sommet; lat. summus, le plus haut, le plus élevé.

Cap (sm), tête, sommet; lat. caput. Cap de pêne, de garrot, sommet , pointe de rocher. Répond au basque huru , tête , si fréquemment usité dans la géographie locale.

Sarre ou Serre (sf) , colline , crête dentelée : de sarre , scie ; lat. serra.

Sarrat (sm), éminence, élévation prolongée.

Sarri (sm), Sarrie (sf) (qui fréquente les hauteurs?), chamois mâle et femelle des Pyrénées. — Isard (sm), qui a le même sens, a prévalu dans l'usage. Gaston Phœbus, écrivant au xiv« siècle, appelle le chamois ysarus et sarris.

Sarriade (sf), troupe d'isards.

Pouey (sm), hauteur, petit mont; lat. podeum ; fr. puy.

Puya, monter ; pouya à Bagnères.

Petarre (sm), colline; en béarnais, suivant M. Ilatoulet : dim. petarrot (sm) ; Petarra , colline en basque.

Turoum (sra), monticule (aplati au sommet); dim. turounet; lat. turris, tour. Turouns dets Mourons, camps retranchés, attribués aux Maures , en Espagne.

Port (sm) , brèche sur les hautes montagnes , servant de passage d'un versant à l'autre; basq. portua ou hortua ; [a.t. porta, porte.

Goule (sf), défilé très étroit et pierreux , à la crête des montagnes , par lequel il tombe des blocs ; lat. gula, bouche ; fr. goulet, entrée étroite d'un port.

Arrailhès , arrailhères (sfpl), blocs qui se détachent des montagnes et s'écroulent sur leurs flancs; amas, traînée de roches. Que kay arrailhës, il tombe des blocs; lat. ralla ou ralliim , racloir ; fr. éraillé.

Ouïe (sf), cirque (de Gavarnie^ d'Estaubé , de Iléas), amphithéâtre naturel , particulier aux Pyrénées , dont les gradins sont d'immenses assises de roches. Je le dis à regret , ouïe signifie marmite.

Toupis (smpl), réduits circulaires dans la vallée de Béoussa. Toupi , pot; bas-bret. toupin , du lat. potus, boisson, par métathèse (?).

Coume 0) (sf), vallon suspendu aux cimes : verte gorge entre

(1) On so sert dans les Alpes du mol " combe " pour le môme usage.

deux éminences nommées sarrats ; bas-bret. komh, vallon (le lat. cumulus n'a rien à voir ici); dira, coumette (sf). Mot voisin , coumet (sm), auge, mangeoire creusée dans une pierre ou dans une pièce bois; bas-bret. komm , avec le môme sens.

Bat (sf), vallée, gorge; lat. vallis.

Clôt (sm), trou, précipice; lat. claudere, fermer. Et Clôt de Mountarriou , c'est le nom d'un affreux abîme qui s'ouvre au pied du Pic du Midi de Bigorre.

Estrem (sm), bout, côté, vallée située à l'extrémité d'un pays. Et estrem de Salles, l'une des six vallées du Lavedan.

Estremaous (sm pi), parties incultes des propriétés privées , ne servant que de pacages.

Ahourès (smpl), terres incultes, bois cà et là, pacages, communaux attenant aux localités habitées ; lat. forrago , mélange ; fr. fourré.

Huchou (avec un son nasal) (sm), ravin, lieu dénudé par suite d'un éboulement ( vallée d'Azun ).

Barrancou (sm), ravin; esp. barranco ; fr. varaignc, ouverture des marais salants.

Ten (sm), tene (sf), grotte (vallée d'Azun).

Ahourasta , envoyer un troupeau aux pacages [at ahourés).

Herm (sm), terre inculte, lande, désert. Mot constamment employé dans les fors, cartes et titres locaux. Esp. xjermo ; lat. eremus .

Désert (sm), solitude sur les très hautes montagnes ; lieu désolé , désert.

Artigue (sm), terre défrichée ? essarte? Esp. artiga novale, terre nouvellement défrichée; lat. escartus. — Eras artigues, c'est le nom d'un très grand nombre de plateaux , qui le doivent , je crois , à ce qu'ils ont été défrichés. Il y a dans Du Cange une autre étymologie tirée du saxon : astigaji , monter.

Eschartiga, émonder (un arbre, une haie); esp. artigar, défricher ; fr. essarter.

Lanne (sf), terrain plat, uni des vallées; esp. llano , plaine.

Plaa (sm), terrain plat dans le sein des montagnes ou sur leurs sommets , plateau ; lat. planus , uni.

Lat (sm), lade (sf), plateau dans les montagnes ; lat. latus ,

lata, large; versant, flanc de montagne; lat. latus , eris, côté; esp. lado.

Temple (sm), plateau gazonné au penchant des montagnes, offrant un vert pacage , une herbe fine et fleurie ; lat. tuere , voir de tous côtés ; d'où est dérivé templum , temple.

Hourtet (sm), plateau du même genre, mais de moindre dimension. Terrain gazonné, encaissé dans les rochers. Il y en a d'inaccessibles aux bestiaux , où ne vont que les isards. Esp. huerto , huerta , jardin ( potager ) ; lat. hortus , jardin.

Estibe (sm), nom générique des montagnes d'une zone intermédiaire, où les troupeaux font une station d'été, en attendant l'époque où ils pourront se rendre aux pâturages supérieurs ; lat. œstivus , d'été.

Bédat (sm), bois ou forêt interdite aux troupeaux; ht. vetare , défendre. C'est le Bannevuld de la Suisse allemande.

Cremade (sf), lieu où le feu a été mis pour faire disparaître les genêts et les bruyères , afin que l'herbe propre à nourrir les bestiaux y croisse. De crema , brûler.

Hou7i (sf), source, fontaine; esp. fuente ; lat. fons.

Ouey (sm) (œil), source, naissance d'un cours d'eau. Eis oueys de cap Ouzoun , sources de l'Ouzoun , torrent qui tombe du revers des montagnes d'Azun , dans la gorge de Ferrières , et se dirige vers le Béarn.

Gahe , gahet (sm), torrent principal d'une vallée , en Béarn et en Lavedan. On trouve Gobes, gaherus, dans l'histoire de Navarre par Faryn.

Garounne (sf). J'ai entendu employer ce mot comme terme générique, pour désigner, à Argelès, un cours d'eau torrentiel, et à Barèges un ruisseau qui arrose les prés.

Labardaou (sm), ruisseau torrentiel (dans la vallée d'Azun); lat, labor, je tombe (?).

Arriou , arrieou (sm), ruisseau; esp. rio ; lat. rivus.

Arrecq — rec (sm), signifie ruisseau dans le dialecte languedocien. Eréhca, ruisseau en basque.

Arribère (sf), rive d'un cours d'eau , pays qu'il arrose , vallée : en Béarn, Lavedan, Bigorre , Comminges.

Arriberan , ane , habitant de V Arribère ; fr. riverain.

DIALECTE DULAVEDAN 23

Agaou (srn ou f), canal (de moulin); de aygue, eau; lat. acqua.

Agucre (sf), filet d'eau qu'on dérive pour arroser les prés. Rigole qui le contient et qui a pour écluse une feuille de schiste ou un caillou des gaves.

Adaga , arroser.

Vis (sm). Vis de Lutour, cascade formée par le gave de Lutour, au-dessus de Cauterets. Notre mot " cascade " est inconnu des indigènes. Comparez l'expression analogue de " Pissevache ", dans les Alpes.

Espumous ( En ), cascade formée par le gave de Gaube , entre le lac de ce nom et le Vignemale , la plus haute montagne des Pyrénées françaises. Esp. espuma , écume; lat. spuma.

Huou [avec un son nasal] (sm), voie d'eau qui sourd accidentellement dans un terrain marécageux ou dans un bas-fond , par un temps très pluvieux [ vallée d'Azun ] ; lac alimenté par des sources intérieures. Et huou det soum dets aléas, lac situé sur le port qui conduit de la vallée d'Azun dans la gorge de Ferrières. Et huou d'Artouste, lac abondant en truites, de la vallée d'Ossau. — Héou [avec une intonation nasale]. Et héou de Gauhe , le beau lac de Gaube, au-dessus de Cauterets. — Hiou. Et gran et petit Mou, deux lacs ou marais près de Lourdes , peuplés de grenouilles , creusés , dit-on , par le pied et le genou que le paladin Roland , renversé de son cheval , enfonça dans la terre. — Lheou , lac élevé , d'où découle une source de l'Adour , au-dessus de Bagnères ; baptisé " Lac Bleu " pour la commodité des touristes. Je ne connais pas l'étymologie du mot qui prend ces formes diverses. Comparez toutefois l'espagnol horjo , creux rond et naturel dans la terre , du lat. fodio , et le lat. hio , Mans et hiatus fterrœj.

Gour [sm], trou rempli d'eau, citerne; fr. gour ; lat. gurges , gouffre. — Gour [sm], gourgue [sf], lac formé ou traversé par une eau courante, bassin rempli par un torrent. Et gour de Bourridés , cavité dans le lit du gave d'Azun , entre deux murs de rocs , où les eaux bouillonnent.

Gouffre [sm], trou profond , où les eaux se perdent.

A ces spécimens de nomenclature topographique , je joindrai quelques noms des productions du sol , puisés aus.si pour la plupart dans le dialectcjdu Lavedan :

£er [sm], aulne; lat. vernacihor, arhorviris; bas-brct, gnjern.

Bernata [sm], aulnaie.

Bernadaou [sm], terre inculte , d'éboulement , où souvent la semence d'aulne s'arrête et fait naître des arbres de cette essence.

Ahet [sm], sapin ; aouet h Bagnères ; lat. ahies, itis.

Ahédat [sm] , forêt de sapin , sapinière. — De grands bois de hêtres couvrent encore le flanc des Pyrénées ; à une certaine hauteur, les sapins alternent avec les hêtres, et finissent par régner seuls dans une zone supérieure. Les pins croissent encore plus haut et sont les derniers arbres.

Labéda [sm] , nom d'une région particulière , riche en sapins , au-dessus de VEstrem de Salles, dans le Lavedan.

Egéou [sm], aiguille du sapin.

Gniéhré [sm], genévrier, arbrisseau qui parvient sur les très hautes montagnes , où il apparaît seul , de formé rabougrie , dépouillé de son écorce par les frimas.

Garet [sm], gaouet à Bagnères : rhododendron, arbuste toujours vert, aux fleurs pourpres, l'ornement des hauts lieux Pyrénéens. Il ;se plaît au Nord et sur le bord des gaves , et fleurit en juillet, août , et même en septembre.

Broc [smj, bruyère : du bas-bret. hrûk , hrûg ; lat. hrya silvestris.

Bronca [sm], lieu abondant en bruyères.

Houguére [sf], fougère.

Hougara [sm], fougerace, lieu où croît la fougère.

Yerhe [sf], herbe fine que l'on trouve à toutes les hauteurs.

Yerbe lade [sf], lastou (sm), herbe plate et longue , qui pend par touffes dans les ravins, sur les parois des gouffres vertigineux et jusqu'à ces cimes escarpées , dont le vent chasse la neige et que le ^soleil console des frimas.

Tasques [sf], gazon, herbe ; esp. tasca (?). Eres tascques , mottes de terre gazonnée , offrant parfois la forme d'un autel. Il est de ces autels rustiques , protégés d'un côté au moins par quelque vieux tronc de sapin ou par quelque grand rocher qui surplombe , et où l'isard cherche un abri dans l'hiver.

Arpas [sm] , touffe d'herbe grossière , de rebut , qui croît sur de mauvais terrains , dans des localités marécageuses ; de arpat , poignée.

Attou (stn), herbe longue, ronde, avec une seule canelure, très pointue, et extrêmement dure et piquante, lorsqu'elle est de lan passé. Se trouve à de certaines hauteurs.

Esque. (sm), herbe à trois faces, dont l'une est concave. Croit au même niveau que Varrou.

Ahayous (smpl), baies de myrtille, dont on d.t que lours est

friand.

Auouassere (sf), myrtille , plante.

Craharolle (sf), plantes des chèvres, parce que e capncieux animal se plait à la brouter sur les rocs. Sa fleur est large , dun jaune vif ( env. de Bagnères).

Crabe (sf), chèvre, lat. caj3ra. ^ ,, u

Mounyès ou Curés deres poumsses ou simplement Cum (smpl), l'asphodèle aux blanches fleurs disposées par étages, qui ressemblent à une procession de moines [ env. de Bareges ).

Pourasse (sf), poireau.

Saniou, hanieou. banet (sm), trèfle des Alpes , a racrae succulente, très recherchée par les troupeaux. Fleurit en juillet sur la haute montagne.

Cette petite liste pourrait être singulièrement accrue ; mais me proposant de donner des échantillons de langage aussi vanes que possible, je passe immédiatement à une autre série de mots.

§ II — Termes relatifs aux phénomènes du climat.

Brume (sf) et quelquefois hrum (sm), vapeur dans l'air, quj

..ève ou iLp. ; nuage ou ^^^^^^^ ifir: ^^ le ciel se couvre de nuages; que he brumere , la nuaTeu., comme ,uand le soleil se cache - ^-e - - » ; déguisent la crête des monts. Lat. In-uma , solstice d hiver, hivei

n;::r:^:; broumard épais et somhre ; ^--..>t.^^^^^^^^ Brume limuquère, carcoulere (des mots ''»f |f J;^';^^^^ et carœl [sm], escargot), bi-onillard qui fait sortir les limaces

2fi SOCIÉTÉ RAMOND

les escargots , au lieu que par la sécheresse ils se blotissent sous terre et demeurent dans les trous.

Brume terrère, brouillard très dense, qui se couche à la surface du sol et change le jour en nuit. Ces brouillards enhardissent les loups , au point qu'ils enlèvent des moutons sous les yeux du berger. Celui-ci se tient en garde et suit son troupeau pas à pas. La hrume terrère fait verser les récoltes , est nuisible aux bêtes à laine , leur donne la cachexie : on dit alors, dans le dialecte du pays, qu'elles sont gâtées, entécades. Bien des chansons populaires font allusion à cette grande douleur pour le berger.

Tourré (sm), brouillard froid, qui se couche sur le sol et y dépose du givre. C'est la brume terrère d'hiver, plus funeste encore aux troupeaux. Les brebis qui y restent exposées, ne fût-ce qu'une couple d'heures, périssent dans les six semaines. On dit qu'elles sont atteintes par le givre : Eres oilhes que soun engihrades . La désolation du berger est complète.

Tourra, geler à glace. Du lat. terrère, parce que la gelée brûle et dessèche.

Tourrade (sf), gelée à glace.

Tor (sm), surface plane et glacée, sur laquelle on patine.

Hayle (sf) et Balaguère (sf), vent d'Espagne, impétueux et chaud, qui plonge en tourbillonnant dans les vallées des Pyrénées. Il souffle rarement plus de huit jours de suite, dans la vallée d'Argelès. Ordinairement , ce vent du Sud qui règne dans les régions supérieures de l'atmosphère , passe par-dessus le Pyrénées centrales , sans s'y faire sentir.

Eschaourè (sm), air, brise, brise des montagnes.

Les vents généraux ne pénètrent dans les hautes vallées , que lorsqu'ils sont fort intenses. Des brises locales y suppléent plus ou moins : ascendantes dans le jour, descendantes dans la nuit, elles sont très réglées pendant le beau temps, et plus prononcées quand les vents modérés, surtout du Nord et de l'Est, régnent dans les couches élevées de l'air. Elles se dérangent ou elles cessent toutà-fait , quand les vents supérieurs acquièrent de la violence ou que le temps devient mauvais. M. Lartigue, observateur sagace et expérimenté, leur assigne pour cause, ainsi qu'aux brises de terre et do mer qui soufflent sur les côtes : la cilntation de l'air

dans le jour, qui tend aie faire monter; son refroidissement dans la nuit, qui tend à l'abaisser. La configuration des lieux chan- .gerait , sur les baies et dans les couloirs des montagnes , ces tendances générales , en courants plus ou moins rapides, qui alternent entr'eux.

Eschagat (sm), averse, pluie torrentielle. Les pluies de ce genre sont communes dans les Pyrénées , notamment au printemps.

D'après M. Maxwel Lite, il tombe annuellement à Bagnèresde-Bigorre une grande quantité d'eau , qui provient presque toute de pluies torrentielles. Plus des trois-quarts de cette eau tomberait du 15 avril au 15 juin. Il faut ajouter, en faveur du climat, qu'il y pleut beaucoup plus et plus souvent la nuit que le jour, et qu'en totalité , le nombre des jours pluvieux n'est pas extrêmement considérable.

Arruhèque (sf), coup de temps mauvais , dans la belle saison ; fr. ouragan.

Réboukhe (sf), bourrasque.

lloudré (sm) , orage, une de ces tourmentes qui détruisent les moissons.

Les orages sont assez fréquents dans les Pyrénées centrales , pendant les mois de juin, juillet, août. Ils sont dus pour la plupart à la rencontre des vents du S à l'EO , SO , qui plongent , lorsqu'ils sont violents, avec ceux du N, à l'ONO, qui soufflent souvent sur le versant septentrional des Pyrénées. Lorsque ces vents de direction différente convergent sur le même pomt, ils déterminent des courants circulaires qui font tourner les nuées et qui amènent l'orage. M. Lartigue a plusieurs fois observé ce curieux phénomène à Barèges et aux Eaux-Bonnes, et il l'a décrit le premier.

Maoufoudré. Era pêne de Maoufoudré : c'est le nom d'un sommet dégagé au Nord , dans la vallée d'Azun , exposé à toutes les tempêtes du ciel.

Eslampay (sm), éclair. Lampret sur les bords delà Neste. Esp. relampago ; lat. ittmjf>as^ lampe.

Périgla, tonner, faire du tonnerre et des éclairs: du lat, périciilmii, danger.

Pet dé périglé (sm), éclat . coup de tonnerre. C'est aussi un iurement.

ZG S 0 C 1 E T E Jl A M O N D

Périglade (sf) , coups de tonnerre successifs , roulements du tonnerre.

Périglade (sf), plante à laquelle la superstition attribue , ainsi qu'au laurier, la vertu d'écarter la foudre , quand on la jette au feu : sa fleur jaune figure dans les bouquets que l'Eglise bénit à la St-Jean, comme elle bénit le laurier à la fête des Rameaux.

Lia ou lit (sf), avalanche. Pic d'Ereslid : pic des avalanches , près Barèges. Lat. allidere (ad lœderej, froisser, sur, contre. On trouve lidere pour allidere (Du Cange).

Lit terrère , avalanche "terrestre", qui glisse sur les pentes, dans les sinuosités des ravins ; ordinairement causée par la fonte de la neige , sous l'influence du soleil ou de la pluie. Elle entraîne avec elle des terres , des graviers , des rochers ; se tasse par le frottement et par la pesanteur, et forme au terme de sa chute une masse très compacte et très dure; elle produit, en tombant, un bruit sourd , continu et croissant.

Lit houlatye, avalanche " volage", formée de neiges meubles, que le vent, presque toujours celui du N ou NO, accumule et qu'il précipite des sommets. Elle bondit avec une vitesse terrible. Elle s'étend comme une nuée. Les indigènes la comparent à une volée de pigeons qui s'abattent : Que dey coiwi u hol de couloums , disent-ils. Lorsqu'elle est arrêtée, elle offre une masse poreuse, coupée par des fissures, et seulement recouverte de boules de neige qui ne sont pas complètement adhérentes.

L'avalanche " terrestre " suit une direction généralement connue et qui lui est tracée dans les plis des montagnes. L'avalanche " volage " déjoue les prévisions par sa marche vagabonde et ses dangereux écarts.

Un vent furieux précède et borde les avalanches en mouvement : il asphyxie les hommes , les animaux , les oiseaux ; il rase les maisons et les granges ; il couche même sur les flancs des montagnes des portions de bois , de racines .

Tout le monde sait que , par suite de l'imprudente destruction des forêts (pour obtenir du bois de chauffage et de charpente, ou simplement pour étendre des pacages), des voies nouvelles ont été ouvertes aux avalanches sur des points habités. Le village

thermal de Barèges (D, qui porte le nom réservé jadis au pays tout entier, est chaque année le théâtre de ces redoutables phénomènes. Déserté l'hiver par tous les habitants, à l'exception de quekjues gardiens qui demeurent derrière de solides remparts , il est d ailleurs démoli en partie, à l'automne, pour être reconstruit à la saison

'''' Toute la vallée de Barèges , si étranglée et si profonde dans ses divers rameaux, est exposée aux avalanches. Celles des 4 et o avril 1855 causèrent d'épouvantables ravages et firent périr quelques personnes. On se souvient qu'à Barèges môme, l'année 1802, une Lille entière fut écrasée sous la neige, hormis un -faut --3 comme par miracle. « Il tomba, dit Larcher , le 10 février 1 01 une si grande quantité de neige sur les villages de Cheze et de St-Martin (en Barèges), que 107 personnes furent ensevelies , et les maisons furent abîmées , à la réserve de deux en Chez et me à St-Martin. . Le village de Barèges est menace par 1 avalanche, depuis la Toussaint jusqu'au mois d'avril.

Counyestre (sf), amas de neige formé par le vent , soit qu il eleve un tourbillon qui retombe, soit qu'il rencontre un obstacle ou sa force se brise (vallée d'Azun). Lat. conyestus , amasse; on dit cerneilhe dans la vallée de Barèges.

Cerneilhe (sf), banc de neige, enceinte remplie de neige. Lat. circenare, tracer en rond, faire un cercle (Du Gange). Cerneille (sf), banc de neige glacée , glacier ( Raniond ) . Les glaciers des Pvrénées se présentent ordinairement sous l'aspect d'un banc de neige horizontal ou incliné. Revêtus de neige nresque toute l'année, ils offrent pendant les quelques jours ou UsT découvrent en partie, une surface unie de loin et moutonnée de près, plus ou moins fendillée, selon le degré de lem inclinaison. Cette surface apparaît grise par un temps nuageux et blanche sous un ciel pur. La couleur azurée ne se voit que dans fente ou sur les tranches qui surplombent. Les glaciers des Pvrénées si ce n'est au Mont-Perdu, sont rarement hérisses de cmndes'àiguiUes, comme ceux des Alpes; ils ne s'épanchent pas.

(1) Ce village est récent, et ne date guères que

du xve siècle.

.U) SOCIÉTÉ R A M 0 -N n

comme ceux-ci, en larges fleuves de glace qui descendent jusqu'aux moissons. La moindre altitude des montagnes et surtout les ardeurs du climat , les retiennent dans de limites plus fixes . à la hauteur où ils se sont formés.

Terretrem (sm), tremblement de terre.

Ce mystérieux phénomène est fréquent dans les Pyrénées centrales ; mais il n'entraîne pas la chute des habitations , à moins d'un grand vice de construction ou d'un extrême délabrement. Dans ce cas , quelques accidents graves ont pu se produire.

Le 20 juillet 1854 , aux premières heures du matin , à la fin d'une nuit douce, étoilée, sereine, une violente secousse épouvanta les habitants de la vallée de Campan , des vallées du Lavedan , et mit en fuite les baigneurs de Cauterets. Cette secousse fut suivie de plusieurs autres. J'en pus compter un très grand nombre, depuis le 20 juillet jusqu'au 29 novembre de la même année. Ordinairement, dans chaque série d'oscillations , la première était la plus forte. J'observai quelquefois que la direction du mouvement était de rO à l'E , et à peu près celle de la chaîne des Pyrénées. Le bruit souterrain produit resserriblait au grondement du vent qui s'engoufifre dans une gorge ou à un roulement de tonnerre lointain. Dans les montagnes , des pierres et des rochers s'écroulaient des sommets , des ruisseaux se troublaient et devenaient fangeux ; d'autres cessaient de couler, pour reprendre, quelques heures plus tard , les premiers leur limpidité , et les seconds leur cours interrompu. On remarqua que plusieurs sources thermales augmentaient de volume, au moins momentanément.

^ IIL — • Termes relatifs à la vie pastorale.

Cette liste , comme les précédentes , ne contient que des spécimens. Une Hste plus étendue offrirait de l'intérêt , mais sortirait des bornes que je me suis tracées.

Yer, ger, germ (dans les anciens actes) [sm], propriété d'une grange et de quelques prés , sur les bases des montagnes. On y

lî I A L E C ï £ s D U L A V E D A \ 31

conduit le troupeau, au commencement du printemps, et il y revient en automne , lorsqu'il a parcouru les étages supérieurs. Lat. germen , germe , semence : première pointe de verdure. Il y a des villages appelés Ger, Germe, Germs.

Lahore (sm), cabane , hutte des bergers, : réunion de ces cabanes sur la montagne (dans la vallée de Campan); lat. chors, chortis, cour de ferme. Dans la basse latinité, cortis signifie " habitation rustique". On trouve plus tard cortal pour cortis (Du Cange). Esp. co7iijo, métairie, ferme.

Guy eu, dans la vallée d'Azun; couïla, dans la vallée de Barèges, d'après Ramond ; ciiyala en béarnais ; cuyalar dans le langage des vieux fors du Béarn (sm). Gîte des bergers et de leurs troupeaux , dans les montagnes, pendant la belle saison. Lat. caula , porte de la bergerie ; bergerie , d'après Virgile.

Artigau, synonyme de cuyèa , dans les actes et titres de la vallée d'Azun.

Courraa, dans la vallée de Campan; Courraû et Corraû en Béarn, suivant Hatoulet (sm] ; bergerie, bercail, clôture pour les troupeaux. Basq. corruhie ; lat, corallum, grille, carola, grille, clôture (Du Cange). Esp. corral , cour, basse-cour.

Assès (sm), abri. Un de ces abris faits pour les troupeaux , où ils demeurent pendant la nuit, et où ils trouvent, dans le jour, un refuge contre le mauvais temps et l'orage. On y voit parfois une galerie rustique , soutenue par de modestes piliers , et qu' ouvre en dedans sur un espace rectangulaire , qu'elle enclôt en partie. Sa forme simple , mais gracieuse , semble être un rudiment des portiques de la Grèce. Les moindres constructions aux Pyrénées centrales affectent des formes régulières et de justes proportions. Le montagnard qui bâtit lui-même sa demeure , y agence avec goût les pierres roulées de ses torrents , revêt de marbre sa porte et ses fenêtres, et couvre ses toits aigus qui font verser la neige, d'ardoises (loses) étincelantes au soleil. Lat. sedes , siège.

Burr/net (sm), hutte , lit couvert et portatif du berger , d'où il surveille ses brebis , lorsqu'elles gîtent en plein air. Esp. harga , maison couverte de chêne.

Hé harquère : parquer les bêtes à laine dans un champ , pour

'.iî SOCIÉTÉ R A M O N D

qu'elles y passent la nuit et le fument. Paire un pare , une " bergerie ", un enclos pour le troupeau. Esp. harguerar.

Todyiou , totyou (sm), bâton du montagnard, du berger. Totchou dans la vallée de Barèges. Les impôts des communes composant cette vallée , se marquaient autrefois par des entailles faites sur des bâtons {tatchous ). Une charretée de ces bâtons représentait les rôles des impositions du pays. Lat. todillus.

Cor [sm] (enta courna et loup). Corne de vache, de bouc, de chèvre, dont le berger se munit la nuit dans son " burguet ", et d'où il souffle avec force pour écarter le loup.

Clari (sm), instrument de musique primitif, pourvu d'une anche en roseau ou en corne , et d'un pavillon. La clarinette est de cette famille d'instruments. Dimin. clairon (sm).

Husté , hustet , tustet (sm), morceau de bois, bâton. Lat. fustis, vieux franc, fust. Tusta , frapper. Es très hustets, husteieh, tustets; es très hourdous , dans la vallée de Barèges. C'est le nom que donnent les bergers à la constellation d'Orion , parce qu'elle leur présente trois étoiles en ligne. Visible sur leur horizon , dans l'automne et dans l'hiver , elle est l'horloge nocturne sur laquelle ils se règlent. Ils consultent en même temps les pléiades qui précèdent Orion et Sirius qui le suit, et, selon les époques, l'étoile du soir et du matin.

Cràbère (sf), chevrière. Eres set crahéres , les sept chevrières , la constallation des Pléiades. Esp. las siete cabrillas , les sept petites chèvres

Luga , Lugra dans la vallée de la Neste (sm). Et luga det se et det mayti , l'étoile du berger , la planète de Vénus , qui brille dès le crépuscule du soir, ou dans la nuit, avant l'aurore. Esp. et lucera. Lat. lucere , luire, reluire.

Téde , éclat de bois résineux , qui tient lieu de flambeau dans les huttes enfumées de la montagne. Esp. tea ; lat. tœda.

Haille (sm), même sens que tède; chandelle de résine. Comparer, pour l'étymologie, haillasse (sf), crevasse, et le mot français faille, fente ( dans le bois ).

Haillè (sm), ardoise implantée dans le mur, pour supporter les éclats enflammés, appelés hailles.

Hailla (sm), brandon.

Haillére (sm), petit brandon que les enfants agitent , la veille de la St-Jean.

Houneya , agiter une torche , un flambeau , un brandon , en cercle , au-dessus de la tête ; de houne (sf), fronde. Esp. honda ; lat. funda, fronde , ou funis , corde.

Laré (sm), foyer; lat. lar, fr. lares.

Caouhe-panse (sm), plaque de fonte dans la cheminée, qui renvoie de la chaleur. Esp, calfa-pansa.

Cayère , cadière (sf), chaise; bas-bret, cadver, lat. cathedra.

Truhès (sm), tnipied sur lequel on s'asseoit. Esp. trehedes ; lat. tripus , odis ; dim. truhesset (sm).

Pè-truhès (sm), liaut trépied garni de quelques barreaux, qui sert d'échelle dans lis vergers.

Escahelle (sf), tabouret fait avec trois planches.

Cahea (sf)^ bahi.t pour tout serrer, meuble autrefois unique dans la demeure du montagnard. Dim. caheou, cahut (sm).

Limande (sf), an noire. Esp. limanda.

Aspré (sm), peiche garnie de branches ou de chevilles, auxquelles on suspend une modeste vaisselle ; lat. asper, âpre , garni d'épines.

Ouïe (sf), pot de terre, marmitte ; esp. olla.

Métaou (sm), pot de fer ou de fonte. Dim. métallet (sm).

Got (sm), coupe , verre ( dans la vallée d'Azun ).

Sange (sf), vase en bois , dans lequel on tire le lait.

Badine (sf), vase en métal pour transporter le lait; lat. vas, vasis.

Aha (sm), moule où l'on met le fromage dans la vallée d'Azun : les fromages de brebis qu'on fait dans cette vallée ne sont pas sans mérite. Lat. ahenum , vase d'airain.

Boudé (sm), beurre; lat. hutyrum,

Ahrena (sm), repas du milieu du jour. Esp. merriendo ; lat. merenda, de meridies , midi; bas-bret. mérin , mern, et néren. Dans abréna, Va initial est euphonique. Lat. reqxiietus, reposé.

Ahréna, hréna , prendre le goûter; esp. merendar ; bas-bret. merenna , verenna : cette dernière forme est très semblable à hrena.

Brespailla (sm), comme ahrena , le goûter. De hrespe (sm) après-midi ; lat. vesper, soir; vesperna, repas du soir.

Brespailla, prendre le goûter.

Arrécatta, manger, faire un repas.

Arrécatté (sm), repas.

Arrégui, faire manger, boire et traire le bétail : tous ces soins réunis.

Arounta, traire (les vaches)

Couya, tondre (les brebis) ; tondre en général.

Salie (sm), sac au sel ; poche carrée, historiée , qui pend à la ceinture du berger.

liste (sï), grande corbeille de forme ronde; ht. tentum, tissu; tentum vimmeum, corbeille d'osier. Dim. tistette (sf).

Tistail (sm), tistaille (sf), panier à anses.

Bascoye (sf). panier profond. On attache aux flancs des chevaux ou des ânes une couple de ces paniers, qui se font équilibre et qui servent aux transports de toute espèce à la montagne. On y place même des enfants. Lat. vasculum , petit vase.

Banastre (sm), même panier plus plat; esp. banasta, grande corbeille ; lat. vannus, van.

Saoume (sf), bête de somme , ânesse ; lat. sagma, sagmatis, bât, selle. Dim. saoumette (sf).

Saoumettes (sfpll, crochets pour transporter le foin à dos d'homme. Les femmes prennent ce pénible soin dans la vallée de Barèges. Sur plusieurs points, l'emploi des bêtes de somme est tout à fait impossible : il y a telles prairies inclinées que l'on ne peut faucher qu'en se faisant retenir par des cordes.

Aries (sfpl), comme saoumettes; bas-bret. ari, lien, hart.

Cabitan , cahadé (à Bagnères ) [sm], rond d'osier, de paille tressée ou de linge, que les femmes posent sur leur tête, pour pouvoir supporter une cruche ou d'autres fardeaux. Ainsi chargées, elles parcourent légèrement les sentiers des montagnes , elles gravissent les rochers, elles traversent les torrents. A l'équilibre qu'elles doivent à la conformation de leur sexe , elles joignent une adresse particulière , et une aisance native pleine de grâce et de noblesse.

Cap (sm), tête; lat. caput , itis.

Pourtadé (sm), écharpe en laine rayée (bleu, blanc et rouge), passée en bandoulière sous le bras gauche , reposant sur l'épaule droite , et dans laquelle les femmes portent leurs enfants , pour

avoir les mouvements plus libres. On en voit encore dans la vallée de Barèges.

Bancaou (sm), comme pourtadé ; esp. auhano.

Sarpe, charpe (sf), sac que les femmes de la vallée de Campan portent sur le dos. Il est suspendu par des cordons doubles qui s'emmanchent à chaque épaule, comme les courroies des crochets de nos portefaix.

Sarrou (sm), gibecière, sac du montagnard, du berger, du chasseur : il est en peau d'isard.

Cape (sf), grand manteau brun, quelquefois blanc, à capuchon pointu dans le Lavedan , et plat dans la vallée de Campan , tissé avec la forte laine des troupeaux de la montagne.

On trouve dans les anciens auteurs plusieurs mentions du costume bigourdan. Saint-Paulin écrivait à Ausone : " ïu habites des déserts dignes des Bigorri , couverts de peaux fdignaque pellitis habitas déserta Bigorrisj'\ Sulpice-Sévère : " le vêtement bigorrique court et hérissé ( Bigorricam vestem hrevemque atque hirsutamj'\ Fortunat : " le manteau bigorrique couvert de poils [hirsuta higorrica pallaj'\ Palla est un manteau court. La cape moderne est ample, de la longueur de l'homme, avec un capuchon pour abriter la tète.

Capule (sf), capulet des femmes, dont elles s'enveloppent la tête et les épaules , ou qu'elles portent replié sur le front , suivant la température. C'est un gracieux vêtement, tantôt blanc, tantôt rouge , tantôt noir : rouge à Barèges , noir dans le val d'Azun. Plus élégant encore est le noir capuchon en laine fine , doublé de rouge couleur de feu. Posé sur la tête et descendant jusqu'au bas de la jupe, il dessine la souplesse de la taille, encadre le visage, fait ressortir deux beaux yeux : c'est le vêtement habillé du Lavedan. Dim. capulet, capete.

Cohe (sf), coiffe , bonnet d'homme en tricot de laine fine , blanche ou brune, qui se pose verticalement sur la tête ou s'y enfonce à volonté. Il n'a rien de vulgaire et rappelle un peu le bonnet phrygien.

Espartégne (sf), sandale de corde ou de sparte; lat. Sparteus, de Sparte.

Espargate (sf), comme espartégne ; esp. alpargata; lat. spartagnium , bandelettes , cordon pour lier la chaussure.

Croiiilh (sm), quenouille pour filer le lin; fr. " croc ".

Hourcère (sf), quenouille d'une autre forme pour filer la laine. De hourque (sf), fourche.

Autrefois , lorsqu'une cadette épousait un héritier et se rendait de sa personne au domicile du mari , son petit mobilier prenait le] même chemin , dans un char surmonté de deux quenouilles {'et crouilh era hourcère) ouvragées avec art. Ces instruments du travail féminin étaient le frappant emblème de l'activité que la future allait ou devait du moins porter dans son ménage.

Hus (sm), fuseau ; esp. huso ; lat. fusus. Camucliet (sm), peloton de fil.

Encamuchéra , peletonner, mettre en peloton.

Les termes qui suivent se rapportent aux troupeaux :

Taourè (sm), taureau.

Braou , himat (sm), jeune taureau ; lat. himus , âgé de deux ans.

Bime (sf), génisse.

Marret, marrou (sm), bélier; mas, asis , mâle.

Bille (sf), brebis; lat, ovis; fr. ouaille.

Agnet, ère, agneau mâle ou femelle. Plusieurs diminutifs de ce mot , formés suivant l'usage , expriment la tendresse et la sollicitude du berger pour le petit agneau, pour l'agneau nouveau-né.

Bassiou , ihe; hourrace , èque, agneau de huit mois à un an ; esp. horrego , agneau de un à deux ans.

Prémaou, aie, agneau de un à deux ans, qui a accompli se première année.

Courdère [sf] ( à Bagnères-de-Luchon), brebis qui n'a pas porté; esp. cordera

Touchin (sm), nom familier du petit porc, du porc. Cet animal est l'objet d'une antique et florissante industrie dans le Béarn et le Bigorre,

Gourrin (sm), petit porc ; esp. gorrino ; fr. goret.

DIALECTEDU LAVEDAN 37

Voici quelques-uns des noms par lesquels les montagnards distinguent, dans ua troupeau, les bêtes d'une même espèce. Chacune d'elles connaît le nom qui lui est imposé et y répond. Ceux des vaches sont fréquemment tirés de la couleur de leur robe, qui est toujours une variété du rouge; lat. ruher, ruhens , ruhius , ruhidus.

Exemples :

Arrouye, rouyette (dira.), Rouyane (dim. avec une nuance).

Rouhine, baie-clair.

Castagne, chàtain-roux.

Saurmé (dim.) de saure, roux, rousse.

Bermeille, poil froment, le ventre, les jambes et les pis.

D'antres noms de vaches ont trait à leur conformation générale ou à l'aspect des cornes dont elles sont plus ou moins bien coiffées.

Cahlade, large tête ; lat. caput.

Braquette (dim.) de petite taille. De hrac , braque, court, e; ahraca, écourter ; emhraca , faire tourner court un char.

Cahirolle, aux cornes roulées en spirale, et pointues de côté, ou dont une corne pointe en avant, l'autre en arrière. Cahhira, retourner.

Bruque , dont les cornes sont dressées en avant.

On appelle Esquirolle, la vache qui porte la sonnette (esquère). C'est une belle génisse qui marche toujours à la tête du troupeau.

La vache du Béarn est plus grande, plus rouge , plus animée, plus fière et aussi plus sauvage que celle du Lavedan, qui est excellente laitière et donne beaucoup de travail : le bœuf n'est presque pas d'usage dans le pays. L'espèce bovine , dans la vallée de Barèges, est, comme le mouton, de bonne qualité, mais de taille exîguë. Le défaut de taille peut tenir à l'insuffisance des fourrages pendant de longs hivers ; l'étendue des prairies qu^on trouve dans cette vallée, n'étant pas en rapport avec celle des pacages, dont une partie même resterait inutile, si elle n'était chaque année affermée aux Espagnols.

Le montagnard , qui prend ses vaches en affection , a plus de tendresse encore pour les brebis, douces bêtes qu'il paît plus aisément au milieu des rochers , qui se plaisent à ses chants , aux sons de son chalumeau, qui savent le caresser, qui répondent a

38 SOCIÉÏÉHAMOND

ses soins par mille grâces et mille gentillesses. Tout enfant , on lui donne un agneau qui grandit avec lui , dont il ne se sépare pas sans des larmes amères. Tel cadet supplie le chef de la maison de ne point vendre les moutoas auxquels il porte un attachement très vif ; s'il n'est point écouté , parfois il prend son bâton et sa cape, il quitte le toit natal de colère et de douleur, et va se faire domestique quelque part.

Le berger est patient ( il doit l'être ), doux , affectueux au troupeau qu'il gouverne. Il n'a point, ainsi que l'Espagnol, mille brebis sous sa garde. Celui-ci , je ne sais comment il y pourvoit , mais je sais comment il pourvoit à lui-môme. Une tanière où il entre en rampant , où il couche sur le sol , non pas même sur un lit de bruyères ou de branches de sapin , où il souffre la chaleur et les mouches dans le jour, l'humidité la nuit, mille insectes en tout temps , suffit à ses modestes besoins. Le français a un peu plus de souci de sa demeure. Son troupeau , toujours fort peu nombreux , est l'objet de ses soins détaillés ; il connaît toutes ses bêtes , les épie, les attend, les poursuit, les ramène , les appelle, donne son nom à plusieurs; chacune a sa physionomie, son air, sa couleur, ses taches , son allure, et mériterait son nom. A force de vivre près d'elles , d'étudier leurs besoins , leurs désirs , leurs puissances, hélas! leurs peines, pour lui ce ne sont plus des bêtes, ce sont presque des personnes : il converse avec elles , il appelle la brebis :

Couloume , blanche, sans tache.

Mascarette, fortement tachée de noir à la tête et aux extrémités. Du verbe mascarar en langue d'oc : noircir, barbouiller, comme se noircissent et se barbouillent les masques.

Piaille, avec des anneaux blancs aux jambes, la toison étant noire ou grise.

Louhette (dira.), dont la toison rappelle la peau du loup, Couye, dépourvue de corne.

Cournude, armée de cornes.

Cortroussade, aux cornes roulées autour de l'oreille, très voisines de la tête.

Bruchouade , ornée de petites cornes , qui ressemblent à des

pousses nouvelles. De hruchou (sm), buisson; hrusca , genêt épineux, en dialecte languedocien; bas-bret. hrûck , hrûg , bruyère.

Muscadine, à tête mignonne.

Balente , vive, alerte.

Galaye, folle, coureuse.

Et il donne au mouton des appellations analogues.

Les brebis du Lavedan sont , au reste , fort gracieuses. Celles que j'ai vues dans la vallée d'Azun , ont la démarche légère , les extrémités fines , la tête peu busquée , souvent dépourvue de cornes ; leur taille est ramassée; elles sont fréquemment blanches, avec des taches à la tête et aux pattes ; elles donnent une laine commune , mais elles sont bonnes laitières , moins toutefois que l'espèce béarnaise , qui fournit les fromages d'Ossau (i).

Cette espèce , étudiée dans la vallée d'Ossau , offre assez de contraste avec la race d'Azun. La brebis y est haute , d'un blanc mat uniforme; sa charpente est fortement osseuse; son échme est saillante, ses jambes sont grandes et grosses; sa tête très prononcée , excessivement busquée , est comme la parodie du nez arqué de son maître; ses yeux mornes, ses grandes cornes contournées, ses longues oreilles pendantes, sa laine rude qui pend de même sur ses flancs , de chaque côté de son col un peu courbé , en font une bête pittoresque assez laide.

Elle n'est point sédentaire. L'Ossalais la promène de pacage en pacage , dans les montagnes , l'été ; l'hiver , au-delà de Pau , sur la lande de Pont-Long; plus loin encore, sur les landes de Bordeaux. Ces migrations annuelles, en vertu d'antiques droits de propriété ou d'usage, fortifient l'opinion qui, donnant aux Ôssalais l'ancien peuple des Osquidates pour souche , place les Osquidates montani dans les hautes vallées du Béarn : Ossau , Aspe , Barétous , et les Osquidates campestris dans les landes de Bazds et de Bor-

deaux. , ,

La brebis du Lavedan n'émigre que rarement , et sa vie confinée dans la mauvaise saison , influant sur l'espèce , a pu , dans une

[\) Le s brebis de la vallée d'Azun ont le lait moins «bondant, moins gras que celles du Béarn; mais il est de qualité supérieure. On en fait d'excellents fromages, qui gagnent à être conservés et se transportent aisément.

certaine mesure ( produire les différences qu'elle présente avec la race d'Ossau. On prétend que celle-ci , transportée dans la vallée d'Azun , y perd quelques-uns de ses caractères distinctifs : ce qui peut tenir aussi à la diversité des pacages. Je ne fais qu'indiquer la question , sans la résoudre

Les moutons de la haute et de la basse Navarre, que j'ai vus en passant, m'ont paru se rapprocher de l'espèce du Lavedan , et j'estime que dans les races bovines il y a le même rapport.

Outre les bêtes qui composent son troupeau , le berger a sur la haute et solitaire montagne , deux compagnons bien plus spirituels que le mouton : c'est la chèvre et le chien; la chèvre, alerte, folle , capricieuse , mais affectueuse aussi : du plus loin qu'elle entend le sifflet de son maître , elle le reconnaît . accourt ; qu'il l'appelle à haute voix , elle saisit son nom au vol dans les airs , et lui porte son menton barbu , qu'il se plaît à baiser souvent ; il la nomme :

Poutillou , dim. àe poutou , baiser.

Flouquette , petite touffe de barbe. De floc (sm), touffe; dim. flouquet (sm) et flouquette (sf) ; lat. flocus , flocon de laine ou d'autre nature légère.

Cette chèvre , nullement pelée et dépourvue de cornes , comme la chèvre d'Espagne , a le poil long , tacheté de blanc, et le menton orné d'une très belle barbe. Elle donne longtemps et en abondance du lait, dont le berger fait sa consommation ordinaire, parce qu'il réserve le lait de ses brebis pour la fabrication des fromages , et que celles-ci d'ailleurs cessent de lui en fournir vers la fin du mois d'août.

Ses préférences sont toujours pour son chien , noble animal , qui lui sert d'auxiliaire dans la défense commune. Très différent du chien de berger proprement dit, qui range, rassemble et gourmande les moutons , qui par une merveilleuse entente , les éloigne des lieux défendus et évite sans cesse des amendes à son maître , le chien des Pyrénées , moins ingénieux , plus rude sur la montagne ouverte à tous , est un guerrier qui veille sur le troupeau , qui le préserve des dangers imprévus , qui , sur toute chose , signale la présence du loup , s'élance , donne l'éveil , combat , assure à son maître le temps d'accourir et de vaincre. Car lui-même, avec

DIALECTEDULAVEDAN 41

tout son courage , son ardeur qui s'accroît dans la lutte , la force de son poitrail , la puissance de son choc , n'a point la gueule terrible dont son adversaire est armé. Cet adversaire est là et l'attaque par derrière ; lui , le cherche de front , le saisit quand il peut , le renverse , le retient avec force ; sans obtenir sur lui d'avantage décisif , il lui oppose une vigoureuse défense. Plusieurs loups ne l'efïraient pas , et il ose affronter jusqu'à l'ours lui-môme.

C'est qu'il a le courage du lion , que son aspect rappelle lorsqu'il est de bonne race. Un grand nombre de chiens des Pyrénées offrent , entr'autres caractères , le museau allongé , le poil ras. Celui de la belle espèce a le poil floconneux; la tête large, courte, fortement accentuée ; les sourcils prononcés , le nez large et très cintré à la base ; la lèvre supérieure tombant comme une draperie et recouvrant la lèvre inférieure; le front ridé , soucieux, empreint de majesté ; l'œil enfoncé , d'un rouge sanglant , le regard sévère ou courroucé. Il sembe être irrité jusque dans le repos. Son encolure est forte , sa crinière épaisse ; ses oreilles courtes , velues , s'effacent sous les plis qui froncent la peau de la tête. Il a le poitrail vaste , les cuisses fournies , les pattes courtes , fortes , poilues , ornées d'un double éperon , un dos large et flottant , une queue qui, s'abaissant d'abord, s'arrondit, puis se relève et déploie un magnifique panache. Sa voix est grave , sonore. Son poil est blanc , ordinairement marqué de taches rousses ou noires , plus abondantes à la tête et aux épaules. Le beau chien tacheté de noir , s'appelle souvent :

Pigou, couleur pie; de pigiie (sf), pie (oiseau). — C'est sous ce nom qu'il figure dans les poésies pastorales du pays.

Lorsque le noir domine dans son pelage, il se nomme Mascarou.

Aide du berger , presque berger lui-môme , le mâle reçoit parfois l'appellation de Pastou, pasteur.

La femelle , qui n'a point son humeur vagabonde et est plus assidue à la garde du troupeau, porte à plus juste titre le nom de Pastoure, bergère.

Le chien des Pyrénées est sobre, se règle facilement, ne contracte pas , que je sache , la rage sur les montagnes. Transporté au loin , il s'acclimate avec peine , il succombe fréquemment. Ceu x de ces animaux que les étrangers acquièrent à prix d'argent , pro«

4v s 0 C I F, T E II A M 0 N D

litent peu à l'acheteur, manquent beaucoup au pays.... Le montagnard se défait d'un beau chien , soit par l'appât du gain , soit par nécessité ; il le remplace par quelque bète médiocre : la race se perd ainsi , et parce que les croisements sont livrés au hasard.

Autrefois, les bergers tenaient plus à leurs chiens , et veillaient davantage au maintien de l'espèce. Ils étaient fiers de leur noble compagnon, qui atteignait parfois la taille d'un grand bélier. Dans leurs querelles entr'eux au sujet du pacage , dans leurs luttes d'amour-propre pour établir la prééminence de leurs troupeaux , ils en venaient aux mains , et ces chiens leur prêtaient un appui redoutable. Sous ce rapport et pour leur beauté , ceux du petit village de Berberust, en Lavedan , jouissaient et jouissent encore d'un renom mérité.

Mais où il faut voir le chien des Pyrénées, c'est au départ des troupeaux pour les pâturages supérieurs ou lorsqu'ils en reviennent, lorsque les hautes gorges les vomissent tour à tour et souvent à fois dans les vallées centrales où ces gorges aboutissent. Si les moutons sont gras et beaux , s'ils sont l'honneur de la maison à laquelle ils appartiennent; s'ils rapportent des montagnes la santé, l'allégresse, l'ivresse de l'air et du pacage, le berger a de l'orgueil; le chien partage la joie , l'amour-propre de son maître. Tandis que celui-ci marche la tête levée , le bâton à la main , le sac au sel brodé, pendu à la ceinture , le chien, orné lui-même d'un collier de fer à pointes, s'avance lentement, gravement, et souvent se retourne vers les bêtes qu'il conduit , de l'air superbe d'un tambourmajor au front de son régiment. Le berger s'est paré de tout son luxe , de sa veste historiée , de ses bretelles travaillées par la main d'une amie; d'un bouquet quelquefois. Il a chargé le col de ses moutons de sonnettes aux tintements variés, dont le bruit immense monte gaiement dans l'air. Ces sonnettes font sa joie. C'est un usage , le jour de la Toussaint , de les suspendre encore à toutes les bêtes du troupeau , que l'on chasse devant soi tout le jour , et l'on se réjouit du vacarme infini. Il en est une fabrique à Lestelle, en Béarn. On voit les jeunes pâtres en demander aux foires et marchés du pays, les frapper, écouter, faire m choix avec le même soin que mettent les muscadins des villes à choisir une cravate,

ià

OU les femmes une parure chez le joailler. Cette sonnerie comprend plusieurs types , ayant chacun un son imitatif.

Esquère{s^, clochette longue, presque ronde, sonore, d'un ton grave, destinée aux béliers ou aux vaches. Béar. esquive: basq. ezquila ; esp. esquela ; ital. equilla.

Esquevet [sm] (dira, de esquère); clochette pour les moutons, de forme plate, au son plat. Esp. esquileta.

Truc (sm), clochette plus grande que l'esquère; de truca, frapper; lat. trucidare, massacrer.

Trucou (sm), clochette ayant la forme d'un pot de fer renversé, et rendant un son aussi fort, mais plus sourd que Vesquère. On la suspend au cou des moutons.

Tringuerou (sm), petite sonnette en fonte pour les brebis. Elle a la forme d'une cloche et rend un son argentin (tin, tin J.

Tringolle (sf), grosse sonnette.

On appelle :

Cymhoulet (sm), une sonnette dans les églises, appenduc audessus de la toiture , dans un petit clocher à pied. Le prêtre la met en mouvement à l'aide d'une corde qui descend dans le chœur ; lat. cymhalum.

La cloche proprement dite se nomme :

Campane (sf) ; lat. campanum , et scinh en béarnais , du bas-lat. signum, d'où est aussi tiré le basque ceinua.

Pour revenir aux clochettes des troupeaux, on donne à l'anneau de bois qui les fixe au col de l'animal , le nom de :

Canoule (sf).

Coura (sm) est un collier pour les veaux et pour les bêtes de somme.

Je ne prolongerai point cette revue sommaire des termes relatifs à la vie pastorale ; mais avant de quitter un sujet qui eût demandé des développements, et qui m'a conduit à parler incidemment des races domestiques dans les Hautes-Pyrénées, je ne puis oublier ce bon et élégant cheval du pays , dont la race se perd ou du moins se fond dans les croisements , dont il subsiste pourtant encore

quelques individus , qui dans leur rusticité ont conservé les linéaments primitifs : une tête longue et très sèche , des extrémités fines , le sabot petit , le garrot élevé , mais la croupe un peu mince et tombante. Bai ou bai-cerise , ce cheval a l'œil saillant , en feu , l'oreille bien placée et alerte , la bouche sensible , le jarret vigoureux, le pied adroit, les allures relevées; il est sobre et patient; il supporte la soif; il est robute , agile, mais aussi de taille médiocre. On a tenté de relever cette taille , en le croisant avec le cheval anglais ; mais les produits sont grands mangeurs d'une part , ce qui ne s'accorde pas avec les habitudes économiques des éleveurs , et de l'autre, ils s'affectent des changements atmosphériques , qu'un cUmat de montagnes ne leur épargne pas. Le croisement avec l'arabe réussit beaucoup mieux , étoffe la croupe , conserve les qualités et corrige les défauts de ce cheval du Bigorre et du Lavedan, qui fit longtemps l'honneur de la race navarrine.

Les Pyrénées font aussi un grand nombre de mules , qui de bonne heure quittent la jument nourricière et la vallée natale, pour se rendre en Espagne, où elles sont fort appréciées. Des muletiers de ce pays les achètent aux foires de la St-Martin, les entraînent vers les ports, non sans des hennissements, des cris, qui font longtemps retentir les échos des montagnes. Il ne reste aux vallées françaises que des bardots , fruit de l'ânesse et du cheval , bête utile , mais de sotte figure , qui se nomme matchou à Barèges et briihou à Campan.

D I A L E t: T E DU L A V E D A N

^roisième^ 'Partie-:» — expressions^ originales^ Sf Proverbes"

I — RECUEIL D EXPRESSIONS ORIGINALES EMPUNTÉES AU LAVEDAN ET A QUELQUES AUTRES POINTS DES PYRÉNÉES CENTRALES

La syntaxe des dialectes gascons n'offre presque aucune difficulté pour ceux qui parlent l'une quelconque des langues mi -latines. On doit seulement connaître l'emploi de la particule que, qui dans le langage actuel accompagne toutes les phrases affirmatives , et s'accole au verbe, sans en modifier le sens. Il faut aussi savoir se démêler dans les formes multiples qu'affectent les pronoms personnels , et c'est à quoi la grammaire béarnaise de M. Lespy peut être d'un grand secours. Comme tous les idiomes primitifs ou simplement populaires , nos dialectes font une énorme consommation de ces pronoms : les uns utiles, indispensables au sens, et les autres plus ou moins explétifs. Lorsqu'ils sont réfléchis , ce qui arrive très souvent , ils reportent vivement sur la personne dont l'action est exprimée, la pensée des effets que cette action a pour elle. C'est un peu comme dans le vers latin :

Sic vos non vobis nidificatis , aves. . . .

Il y a parfois dans ce tour quelque chose de naïf et de plaisant , qui est très conforme au génie de la Gascogne. Ainsi , l'on dira d'un prêtre qui déjeune après avoir dit sa messe (chose pourtant la plus simple du monde) :

— Que s'a dit era misse, que la se minge. . . .

Il a dit sa messe , il en mange le prix ; mot-à-mot , il se la mange ; manière indiscrète , mais très appréciée dans le pays , de faire entendre que le prêtre vit de l'autel.

Plus d'un verbe est réfléchi en gascon , sans pouvoir l'être en français , et cela avec grâce. Ainsi , d'un enfant qui chante pour s'endormir et se berce avec sa propre voix , on dira : qués cante , du verbe canta, chanter. On dira encore d'un 3nfant qui se fait 3aresser, endormir sur les genoux : que s'ayole, du verbe ayoula, endormir ainsi.

Dans les expressions courantes et proverbiales qui suivent , il est aisé de remarquer combien cette forme réfléchie , à complément direct ou indirect , est commune dans le Lavedan. Elle traduit avec vigueur le sentiment de l'homme simple et près de la nature , qui examine les choses par rapport à lui-même , et songe d'abord au bien ou au mal qui peut lui en revenir , tout à fait à la façon du Sancho; de Cervantes.

Certains verbes sont actifs dans nos dialectes , et habituellement neutres en français. Il en résulte quelque vivacité de langage :

— Que crides?... Pourquoi cries-tu? grondes-tu?

— Que plourat ? . . Pourquoi pleurez-vous ?

Je trouve dans une strophe d'un poëte-laboureur de la vallée d'Azun , auteur d'une complainte sur la mésaventure d'une jeune bergère : qu'elle eut à gémir des conséquences de sa faute , et pour parler comme lui , à pleurer ses plaisirs , ses rires du premier jour:

Ploura ets arrises d'et an passât. , . .

Voici quelques expressions plus ou moins proverbiales , qui donneront une idée sommaire des formes de langage et des métaphores populaires , que je recherche autant que possible. J'éviterai de commenter ce qui se comprend de soi-même , et d'appuyer sur des beautés très simples, que je livre telles quelles au discernement des amateurs :

— Et hrioulou dets caas, que d'ey et hastou

Le violon des chiens , c'est le bâton (qui les fait danser).

■— Dansa at sou d'era mousque

Danser au bruit de la mouche ( au son de la voix , sans musique instrumentale ).

DIALECTK DU LAVEDAN 4/

— Era gracie de Diou. . . .

La grâce de Dieu { les aliments , le pain , le vin que Dieu nous donne par sa grâce). Esp. la gracia de Bios.

— Que nou minge , mes que sah &e&e. . , Il ne mange pas , il boit ( ce qu'il a ).

— Passa hami, passa seyt. . ,

Passer sa faim (sans la satisfaire), sa soif (sans l'étancher).

— Aquet maynad que se-p-a enchucade. . .

Cet enfant vous a épuisée (a épuisé sa mère) en tétant. Enchucha dit cela d'un seul mot.

— Que hé pès naous. . .

Elle fait des pieds nouveaux (un nouvel être); elle est grosse. Esp. hace pies nuevos.

— Aquère henné qu'ey hielhe , qu'ey ségadère { ou dalhadère ) . Cette femme est vieille ; elle est mûre pour la faim ( elle est d'âge

à mourir. )

Ségadé , ère, propre à être scié; lat. secaturus, a. Dalhadé , ère , propre à être fauché.

— Qu'ey tentât (très-usité).

Il est tenté ou éprouvé , désireux , inquiet , affligé , malheureux .

— Que la m' an cdblenade. . .

On lui a tourné la tète, retourné l'esprit contre moi (on m'a aliéné son cœur, on me l'a accaparée). Un amant se plaint ainsi de l'éloignement que sa maîtresse lui témoigne.

— Fripon coum era neyt ...

Trompeur comme la nuit.

— Qu'ey coum u cassoulot , u hahout...

Il ressemble à un chêne rabougri , à un hêtre nain. Se dit d'un petit homme contrefait.

— Bi de qouate houeilles ( St-Bertrand de Comminges). . .

Vin de quatre ans (qui a vu quatre fois les feuilles nouvelles — le printemps).

— Et tems quey coum era' santal dets hielhs. ..

Il en est du temps comme de la santé des vieilles gens ( laquelle

48 SOGIÉTÉRAMOND

ne dure guère). Propos qui se tient, quand il fait un beau jour dans la mauvaise saison. De même aux proverbes français :

Beau temps d'hiver

Aussi la santé de vieillard,

Tout cela gist au grand hasard.

( Le Roux).

Quand il pleut et qu'il fait soleil tout à la fois , on dit à Argelès :

— Que hé u sou hastard. . .

C'est un soleil bâtard.

On dit à Bagnères :

— Eras bronches que hourneyon. . .

Les sorcières mettent au four.

Les Espagnols se servent de la même expression :

— Las hrugas hournian. . .

pour se plaindre d'un guignon , lorsqu'un charretier est embarrassé, lorsqu'on voit tout aller de travers chez soi, etc. Dans les Hautes- Pyrénées, on croit encore fortement au pouvoir des sorcières ,'à l'efficacité des pratiques d'une magie dégénérée. Telle personne suspecte se charge , moyennant finance , de servir secrètement les passions , la cupidité , les amours ou les haines d'une obscure clientèle. Certain est-il , que si quelqu'un gémit sous les atteintes d'un mal peu connu du vulgaire et qui le consume lentement , on suppose qu'il a été l'objet de quelque maléfice du chef de ses ennemis :

— Que Van heyt escounyura , dit-on.

On a fait des conjurations contre lui.

— Escounyura quauquaris ; esp. conjurar alguno , faire des conjurations contre quelqu'un.

Il en résulte ceci : c'est que le malheureux est " troué comme un crible " : Qu'ey houradat coum u senne.

Je reviendrai sur ces superstitions. Je veux seulement remarquer ici que les termes vigoureux , les fortes comparaisons , les verbes à complément direct qui empoignent leur régime , ne manquent

pas h nos dialectes , pour rendre les pluies , les terreurs , les désastres imaginaires et parfois trop réels qu'engendre la croyance aux miracles du diable.

Vo^'ons la langue sur d'autres sujets :

— Era lue qxi'ey plourousa. . ,

La lune pleure ( est voilée de larmes, c'est-à-dire de nuages ).

On dit dans le même sens :

, ~ Era lue qu'ey gourgouse . . .

La lune est trempée , noyée ( ainsi que dans une mare d'eau , gourgue.

— Era lue qu'ey hauhe. . .

La lune est pâle , transie.

A Bagnères, on tire un pronostic pour le temps du murmure de l'Adour :

— Quafi brame et Adour...

A Argelès, on consulte^le bruit du Gave : — Quaan et Gahet ploure, Ben ou plouye.

Quand le Gave pleure ( gémit), c'est le vent ou la pluie.

Au sein des montagnes , si les torrents jettent dans le silence des nuits des bruits rauques , variables , irréguliers , discordants , ils révèlent le trouble de l'air , l'inquiétude de la nature et présagent un temps douteux. Si , au contraire , leur murmure est égal , harmonieux , rythmé , ils dénotent le calme de l'atmosphère ou la régularité des brises et annoncent le beau temps .

Voici à propos du Gave une expression remarquable :

— Dab toutes ères aygues det Gabet et det céou nou t'en laberés y âmes.

Toutes les eaux du Gave et toutes les eaux du ciel ne pourraient te laver ( des soupçons qui pèsent sur toi , que ces soupçons soient d'ailleurs fondés ou non).

Il y a ici une image populaire qui nous reporte au cri de Lady Macbeth : « Que les eaux du vaste Océan ne suffiraient pas à laver ses mains teintes de sang. »

— Que marche coiim era brume. . .

II marche comme le nuage (de montagne, très vite).

Il faut voir ces nuages, que des courants emportent, raontei' rapidement vers les sommets ou glisser le long des gorges. Ils se heurtent au passage , s'accrochent , se déchirent aux rochers et laissent derrière eux des lambeaux qui traînent et se déforment lentement.

On dit des moutons qui recherchent l'ombre :

— Que hcin per las oumpres (notez ce pluriel). . .

Si , conduits au printemps dans les pacages fleuris, ils se hâtent d'en prendre la fleur :

— Qu'an eslourat , dit-on ; de slou (sf), fleur. Esloura signifie cueillir la fleur. Eslouri signifie moisir, contracter une moisissure ; raot-à-mot, une efflorescence.

Dans les pacages d'esques , herbe triangulaire, les troupeaux commencent par en brouter la pointe.

— Era punie d'era yerhe , veut dire quand l'herbe commence à croître , au printemps , au renouveau.

— Mov.squère (sf) est un endroit aéré , un plateau découvert , un rocher , où les vaches se rendent instinctivement d'elles-mêmes, pour être à l'abri des mouches : mousque'i

— Eras haques que mousqueyen. . .

Les vaches marchent , sont chassées , importunées par les mouches (un seul verbe exprime cela).

On dit d'elles au figuré :

— Qu''an era mousque ; qu'ous'a galiat era mousque... Elles ont pris la mouche (elles sont inquiètes, méchantes). Et cela se dit aussi des personnes.

Mousque (sf), mouche , a pour diminutif mousquit , mousquillou , mousquillet , moucheron.

Je transcris maintenant quelques jurements ou malédictions populaires, qui témoignent de l'énergie que peut avoir le discours patois :

— Aou gran haut Diu Uhant ! ( val d'Ossau en Béarn et de Ferrières en Lavedan).

Par le très-haut et le grand Dieu vi v\T,nt !

— Maou saout Varrïbe! (val d'Azan).

Puisses-tu te tordre le cou !

— Maou houec te hrulle ( ou ) t'alugue ! Que le feu d'enfer te brûle!

— Mala desgracia te toque (ihid.J...

Que le malheur t'atteigne , te frappe !

— Mala heredente disgracia farrihel (vald'Azun). Que le malheur te glace et t'atterre !

— Maou pet de perigle Vescrase (ibid.). . . . ^ Que le tonnerre t'écrase !

— Maou billot te houle fibid.); on dirait hule à Argelès. Qu'un méchant gourdin te gonfle ( te meurtrisse jusqu'à être

gonflé). ^

— Bé-t-en entât grounh dets totchous fibid.j...

— Et grounh dets totchous est le lieu où l'on dépose les bâtons (totchous) à l'entrée des cabanes, en dedans ou en dehors. Par extension, cela signifie " l'enfer" peut-être, par cette idée qu'ainsi que l'on se débarrasse d'un bâton , en le jetant dans un mauvais coin , de même on fait d'un homme en l'envoyant en enfer.

II — RECUEIL DE PROVERBES EMPRUNTES AU LAVEDAN ET A QUELQUES AUTRES POINTS DES PYRÉNÉES CENTRALES

J'arrive aux proverbes proprement dits , que j'ai classés en vue de Tagréraent de la lecture et répartis et cinq séries :

1" Proverbes sur l'homme — Caractère — Humeur — Figure

— Ressemblances de famille — Ages de la vie. 2° Affections — Mariages.

3° Proverbes sur les mœurs en général.

4" Divers adages non classés.

5° Temps — Saisons — Pronostics et préceptes ruraux.

( La plupart de ces proverbes sont écrits en dialecte du Lavedan. Ceux que j'ai marqués d'un astérisque relèvent du patois de Comminges ).

Je n'essaierai point de faire valoir ce recueil par une étude préliminaire. Je m'en rapporte à lui-même, à la traduction que j'en donne , aux explications que j'ai dû parfois y joindre. Il est vraisemblable que , pour le plus grand nombre , ces proverbes se retrouvent dans d'autres langues ; mais ils peuvent plaire ici par l'originalité de la forme , qui est souvent comique , quelquefois saisissante , et parce qu'ils ont la couleur vive des choses , des esprits du Midi. Il en est qui décèlent hardiment les misères morales de l'homme , qui rendent avec vigueur des vérités poignantes ou de regrettables préjugés. D'autres , et ce ne sont pas les moins curieux , s'attachent à la nature et dépeignent surtout avec éclat les luttes de l'homme des champs contre les saisons troublées et le ciel orageux des Pyrénées.

§ I. — Proverbes de Vhomme — Caractère — Humeur — Figure Ressemblances de famille — Ages de la vie.

— Qu'a patience coum u gat chalibe.. .

Il a de la patience comme un chat a de la salive. Il n'a pas de patience.

— Que hès coum et Toy , Quel déri et quet doy . , .

Tu fais comme le Barégeois (qui dit) : " Je le donnerai (un coup) Eh ! bien , je te le donne ".

( Tu menaces et tu frappes en môme temps ).

Esp. El que amenaga, y pega. — Toy, petit , sobriquet du Barégeois.

— Qu'ey coum ets hous caas , qu'ey toustem de hourro...

Il est comme les bons chiens , toujours de combat ( se dit d'un homme toujours prêt à agir). — Hourre (sf). combat de chiens.

— Qua toutem rats en cap, qui l'ernpêchon de droumi. . .

Il a sans cesse des rats dans la tète , qui l'empêchent de dormir ( c'est-à-dire , des idées , des projets , qui troublent son sommeil ).

— Que parle tan que s'en hirere era plouye. . .

Avec le flux de ses paroles , il pourrait braver la pluie ( ses paroles se succèdent comme des gouttes de pluie, et pourraient lutter de vitesse avec elle ; il a une grande volubilité de parole ),

— Qu'estourdiré et diahle. . .

Il étourdirait le diable. Esp. saturdiria il diahlo.

— Que hé tapatye coum u ardit en' a poche. . .

Il fait du bruit comme un seul liard dans la poche ; ( il ne fait aucun bruit), Esp. han tanto ruido como un scharo en la holsa.

— Qu'ey desgourdit coum u scrabat en' a stoupe. . .

Il est dégourdi comme un scarabée (qui se débat) dans l'étoupe (pour dire: il est empêtré). Esp. Es listo como un escarahajo en la lana.

— Paresse, hos soupe? — 0. — Say la te coueilhe. — Noun houy mes. . .

Paresse , veux-tu de la soupe? — Oui. — Viens la chercher. — Je n'en veux pas.

— Qu'ey empressât coum era padène ta Carnabal...

Il est pressé comme la poêle en Carnaval ( parce qu'alors on lui donne beaucoup d'emplois : on fait beaucoup de crêpes.

d4 société 11 A M 0 N' D

— N'a pas hesounh u spi ta destrigalou. . .

Il ne lui faut pas une épine (au pied) pour qu'il s'arrête. — Il s'arrête sans nécessité,; il perd son temps.

— Qw'ej/ fat coum u pet. . .

Glorieux comme un pet ( parce qu'il n'a respect de rien).

— U caa quan entre, que hé ana 'ra coue. . .

Un chien, quand il entre, remue la queue (c'est une leçon de politesse). Esp. Un can ( perro j quando entra, menea la cola.

— Qu'ey sensible coum era merde det gat, ,.

Il est sensible (dans le sens de prompt, irascible) comme la m.... du chat (qui est extrêmement sensible à l'odorat). On joue ici sur le mot " sensible ".

— Qu'ey mensounyé coum u arrelotye. . .

Il ment comme une horloge.

— Det hoo et det hriac On sap hertat. . .

De l'ivrogne et du fou on apprend vérité.

— Autan de lébets ...

Autant de lièvres (c'est-à-dire, de mensonges, par allusion aux chasseurs, qui se vantent des lièvres qu'ils n'ont pas tués).

— Quan dits ue hertat, ue lehet qu'où sort d'et c. . . . Quand il dit la vérité , un lièvre lui sort du c. . . ( Il ne dit jamais

la vérité).

— Lou diable, quan non a arré à lié, rue s'esperraque et c. . . . Quand le diable n'a rien à faire, il se déchire le c. . . ( se dit des

désœuvrés qui s'appliquent à des choses vaines, inutiles ou nuisibles).

— Qii'ey countrahet coum et baylet det diable. . . Il fait tout à rebours, comme le valet du diable.

— Quan nou parle maou , era bouque qu'où cay... S'il ne médit, la bouche lui tombe (il faut qu'il médise).

— Qui a Mlles et hillous

N'en cride , ni putes, ni layrous...

Qui a fils et filles, aucun ne dise : put. . . ni larron..

— Qui aye hillette N'en cride, pulete ; Qui aye hillou, N'en cride , layrou . . .

( C'est le même proverbe que le précédent, coupé en deux et orné de diminutifs).

— Padène que ho coumherti casser olle .. .

La poêle veut convertir la casserolle (on veut corriger les autres des défauts qu'on a soi-même ),

— QxCcy gourmand coum ue padène...

Gourmand comme une poêle (à laquelle il faut de la graisse toutes les fois qu'on s'en sert).

— U graa de milh ta ue houque d'azou . . .

C'est un grain de millet pour la bouche d'un âne ( c'est peu de chose).

— Qu'a era gule mes grane qu'et sac. . .'

Il a la bouche plus grande que ventre ( il veut manger plus qu'il ne peut faire ).

— Maas d'aryen et houque d'or. . .

Main (qui gagne) argent, bouche (qui mange] or (qui gagne beaucoup et dépense davantage).

— Amassadou de hren, esparricadou de harie. . .

Qui amasse le son et dissipe la farine. — Esp. Recoje la paja y arreya el trigo : il ramasse la paille et jette le blé.

Bren veut dire son en vieux français, comme en gascon.

La hrénée désigne , à Poitiers , une soupe au son , que l'on donne aux bestiaux.

— N'ou haillo et lar as caas. ...

Il n'est pas homme à donner le lard aux chiens.

— De hé ue cuyole qu'en semhle hé u castet. . .

Il fait une cage et croit faire un château ( il s'exagère l'importance de ce qu'il fait).

— Qu'où semhle que nou a qu'auhri et c. . Ha gaha mousques. . .

Il lui semble qu'il n'ait qu'à ouvrir le c. . pour prendre des mouches. (Il croit qu'il fera aisément une chose impossible en soi).

— Qu'où semble de gaha 'ra lue dab ets dents. . .

Il lui semble qu'il va prendre la lune avec les dents ( ce proverbe a le même sens que les précédents). — Ep. -Se le figura que va atomar la luna con los die7ites.

— Que haret ets oueils à 'ra gatte Et nou s'y heyré goutte ...

Vous feriez des yeux pour la chatte (ce serait un chef-d'œuvre, car la chatte a des yeux excellents), qu'elle n'y verrait goutte. Ce proverbe s'emploie pour tourner en dérision l'habileté de quelqu'un qui s'en vante.

— N'en trouharé caillaous en Gahet. . .

Il ne trouverait pas des cailloux dans le Gave (où il y en a tant , c'est un maladroit).

Trouharé : o'' per. sing. cond. du verbe trouha. Voici ce conditionnel tel qu'il s'emploie à Argelès : trouhari , ares, are, arem , aret, aren. Ce temps dérive de l'imp. du subj. lat. amarem , res, dont l'e terminal devient un i. On conserve l'e en béarnais à toutes les personnes, hormis à la première. Quant à l'a, il se prononce entre l'a et l'e. On saisit dans la bouche populaire la transformation des voyelles, en voie de s'accoupler et pour ainsi dire en chemin.

— Qu'ey entenes coum u azou Ha cassa calles. . ,

Tu t'y entends comme un une à chasser des cailles ( tu ne t'y entends nullement).

— Qu'ey enten coum u azou 'ta houeilla mesturets. . .

Il y entend comme un âne à mettre des feuilles autour des pains de maïs (il ne s'y entend nullement).

Le pain de maïs ( mesturets ) est cuit au four , dans des terrines ou dans de vieux chaudrons , et pour qu'il n'adhère pas aux parois du vase, on l'enveloppe d'abord dans des feuilles de châtaignier.

Houeilla, verbe tiré du subst. houeille (sf), feuille.

— Qu^ey counten coum ue garie quan s'a trouhat et coutet...

DIA.LECTEDULAVEDAN 87

Content comme une poule qui sent le couteau ( avec lequel on va lui couper le cou). C'est une ironie.

— Que s' chagrine coum u hedet quant poupe.

Il a du chagrin comme un veau qui tète ( il n'a nul chagrin ).

— De tan de chagri que m'das, non m'en hey et nut d'er' arrie. Le chagrin qae tu me donnes m'empêche de me voir l'échiné.

( Comme naturellement on ne peut pas voir sa propre échine , ce proverbe signifie qu'on n'éprouve aucune peine. Nud (sra), nœud; arrie (sf) , dos.

Que s'en da coum u azou de cot de herrets. . .

Il s'en soucie comme un âne se soucie des coups de béret { toque du pays , qui ne lui fait aucun mal ) .

— Qués trufe d'et mau maridat. . .

Il se moque du mal marié ( parce que pour lui il est dans de bons draps ) .

— Ara que podes fiioula ets couloums. . .

Actuellement, tu peux t'amuser à siffler les pigeons (se dit à ceux qui ont fait un bon repas et se trouvent à l'aise ).

— A qui cante

Et mau que s'espante. .

Celui qui chante , son mal épouvante. Esp. El que canta , el mal espanta.

— Qu'a et hitye plaa plaçât. . .

Il a le foie bien à sa place ( c'est un homme dur, sans cœur).

— Qu'ey de hou péou. . .

Il est de bon poil ( il est méchant). Esp. Es de hu^en pelo.

— De tout péou boune hestie. . .

Il y a bonne bête de tout poil. Esp. De este pelo , ni gatto , ni perro.

De ce poil , il n'y a chat ni chien qui vaille. Pour dire , on ne peut rien attendre de bon de cette personne.

■— Qu'a de touts péous , de touts mouments. . .

Il a des poils de toutes sortes. Il a de bons et de mauvais moments ( il est d'humeur inégale ).

^8 SOGIÉTÉRAMOND

— Que t'es IJiehat de eu en sus...

Tu t'es levé le cul en l'air ( à reculons et à rebours ). Tu es de méchante humeur aujourd'hui.

— Qu'ey nascut en méchante lue . . .

Il est né dans une mauvaise lune (il n'a pas de chance, il a du malheur).

— Qu'ey nascut et dilus, toufera semane que garde de trahers. Il est né le lundi et toute la semaine il regarde de travers.

Il est louche , en patois guerli.

— Eres teres hiestres que soun ens hets castets. ..

Les belles fenêtres sont aux beaux châteaux ( peur dire , les beaux yeux sont aux beaux visages : sans doute parce qu'il n'y a pas de beaux visages sans de beaux yeux ).

— Henné harbude

Tout lou mounde la salude. . .

Femme barbue , chacun la salue. Prov. fr. Femme barbue, de loin la salue un bâton à la main. ( C'est que femme vieille et barbue passait pour sorcière au *moyen-âge ). V. Le Roux de Lincy , V. 1 , p. 145.

— Qu'ey d'era race d'era hirague. .

Elle est de la race de l'ivraie (se dit d'une femme qui a la tète à l'envers , parce que l'ivraie encore ôte la raison ).

— Que nou ya ni tort ni houssut Que nou sio courroumput . . .

Il n'est ni boiteux ni bossu qui ne soit corrompu.

— Frays et nou égals. . .

Des frères qui ne se ressemblent pas.

— Ques semhlon coum et porc al azou ■- coum era pigue ai conçut et her at cassou . . .

Ils se ressemblent comme le porc et l'âne, comme la pie et le coucou , comme l'aune et le chêne. On dit en espagnol : comme l'œuf et la châtaigne. Se parescen como un huevo a una casiana.

Ce sont diverses manières d'exprimer que deux personnes n'ont aucune ressemblance entre elles.

— De lede matte de heroys hencis... , • . •

A laide souche ( d'osier) , de beaux jets (pour dire : à la.d père, un beau fils, à père fripon , un fils honnête ). Matte (sf) , souche. Benci (sm) , jet d'osier.

— Oit'î/a de touts hencis en ue matte.. .

A souche d'osier, il y a des jets de toutes sortes (dans vme famille il y a de bons et de mauvais sujets ).

— Efestere qués semble ai huste...

Le copeau ressemble au bois dont il est détaché.

De haque gayade , hedet gayat...

De vache tachetée, veau tacheté.

— Rasso casso can

Se nou casso non ha plan Chien chasse de race, mal va s'il ne chasse.

— U gat quarrate

Chat ( par nature ) chasse les rats.

- Arrata, verbe concis que nous ne pouvons rendre qu'à l'aide d'une périphrase.

- Baquevoumpouse, hedet qxCagar vous. pon'^erve Vache splendide et veau chétif (quand la nourrice se conseivc

trop bien, l'enfant ne profite pas.

— Si et aouzet ey hèt Que s'at prend pét bec.

Le bel oiseau, c'est pa. le bec qu'il ^^i'"' '^'^^^fJ^^Z enfant qui embellit en suçant le lait de sa mm-c, be d>t d un homme qui a bonne mine parce qu'il ne se refuse rien ).

^ Que crech coum era merd at sou. -, .uwnit il

Il croit comme la merde au soleil { pour d,re : .1 décret, .1 sèche, il dépérit).

— Qui d'ore dente ' D'are desparente Qui de bonne heure fait ses dents, de bonne heure quitte ses parents ( meurt ).

— Ei'as cachiles nou lou lien j^as mes maou.

Les dents ne lui font plus mal ( il est mort ). Prov. fr. V. Le Roux de Lincy, v. 1, p. 139.

— Qu'a et temps d'uehaquehielhe.

Elle a l'âge où les vaches sont vieilles ( pour dire d'une fille : elle avance en âge, il s'en va grand temps qu'elle soit établie).

— Que seré estade houne haque de praouhe.

Elle eût été bonne vache du pauvre ( se dit d'une femme féconde : le pauvre a grand besoin d'une vache qui produise ).

— Que diserinque tout mayti que da u cot depè a'ra hielhesse. On dirait que chaque matin il donne un coup de pied à la

vieillesse (il rajeunit). Les Espagnols ont aussi ce proverbe.

— Abescots et de qui pioule

Que biou mes qu'et de qui fioiile.

Parfois celui qui piaule , vit plus que celui qui siffle. ( Celui qui se plaint parce qu'il est malade , survit parfois à celui qui siffle parce qu'il est bien portant.

— Que s'en a da pourtat en' a lobe , que s'en ai boo tourna en lins 00.

Comme il est venu dans les langes , il s'en retournera à son linceuil. ( Tel il est né , tel il mourra).

2o Affections — Mariages

— Cade cuque qu'ayme son cucat.

Tout ver aime son petit ver ( toute mère aime son enfant , si laid soit-il ).

Cuque (sf) , sorte de vermisseau. Chenille en vieille langue d'oc ; dim. cucat (sm).

— Là où lou coo me ba, eraureilhe qu'em peu.

Où le cœur me bat , j'y ai l'oreille suspendue. (Je suis sans cesse là où le cœur m'attire ).

— Qui yete peyrettes, Que yete amourettes.

Qui jette de petites pierres ( en se jouant ) , jette des amourettes. (C'est un semblant de dispute qui cache l'amour). Esp. El que echa piedrecitas echa amoritas. Jolie variante : Qui peyreye qu'amoureye.

— Qu'a heyt Pasquos ahans Nadaou.

Elle a fait Pâques avant Noël ( se dit d'une jeune fille qui s'est laissée séduire avant de se marier). On dit en esp. dans le même sens : a echa Pasqua antes de Ramos.

— Que hè maou amourti et houec d'ue hielhe horde.

Il est malaisé d'éteindre le feu d'une vieille grange ( se dit pour qui épouse une vieille demoiselle ).

— Qui a marit qu'a ségnou.

Qui a mari a maître.

~ Que haou mes canta dat u le que ploura dab u heroy. Mieux vaut chanter avec un laid mari que pleurer avec un joli.

— Et clerc era puzelle, Nou sap oun a sa terre.

Le clerc non plus que la pucelle ne sait où est son domaine. ( Le prêtre va où il est envoyé et la jeune fille où elle est mariée ).

— Qui loingn se ha casa Troumpa hara ou troumpat sera.

Qui loin se va marier , sera trompé ou veut tromper. ( Prov. fr. V. Le Roux de Lincy, v. 2, p. 30.

Troumpa hara, troumpera (m.-à-ra.), fera tromper. (L'emploi du verbe faire comme auxiliaire, est un idiotisme. Comparez avec l'anglais to do.

— Et aryen tout en u cop , era henné a pagamens.

L'argent tout à la fois et la femme par à-comptes. ( C'est le désir d'un époux qui se marie par cupidité. Ce proverbe renverse l'ordre naturel des choses , d'après lequel la femme est livrée en une seule fois et la dot payée par à-comptes ou par annuités.

— Marie- Chourre et Youan-Pin-ia Que bon hè nouées douma Sensé ni rnique ni pa.

62 SOGIÉTÉRAMOND

Le roitelet et la mésange se marient demain, sans miche ni pain. (Cela veut dire que de pauvres gens, de petites gens se marient , le roitelet et la mésange étant de petits oiseaux ). Nous disons en français : c'est la faim qui épouse la soif. V. Le Roux de Lincy, v. 2, p. 140.

Douma , demain, dans le dialecte d'Azun.

Mique (sf) , miche , pain de maïs , ordinairement cuit sous la cendre,

— Tousteni Youan qu'a troubat a Youano.

Un Jean trouve toujours sa Jeanne. Prov. fr. Il n'y a si méchant pot <\\ii ne trouve son couvercle. Le Roux de Lincy, v. 2, p. 154.

— Toustem qu'y ey Peyrot ta Moundine.

Il y a toujours un Pierrot pour Moundine. ( Ce proverbe a le même sens que le précédent.

Peyrot (sm), un pas grand' chose.

Moundine (sf), une pas grand' chose.

— Toustem qui y a esclots de soun pè.

On trouve toujours des sabots à son pied. ( C'est une troisième forme des deux proverbes précédents). Esp. Cada pie halla su calzado, tout pied trouve sa chaussure.

Esclot ou esclop (sm) , sabot.

S" Proverbes sur les mœurs en général

— Quipren,s'engatye.

Qui prend s'oblige, Esp. El que toma se obliga.

— Qui prend , Que s'esten ; Qui da Que s'esta.

Qui prend , s'avance ; qui donne , demeure. Esp. El que gniera, que se adelante.

Qui aye hésougn de ma boutique que s'apresse de moun taoulè.

Qui de ce que je vends a besoin de ma boutique , ne reste loin. (Celui qui a besoin de mes services, doit venir me trouver). Esp. El que tenga necessitad de mis generos ( marchandises ) que venga a mi tienda! (boutique).

Taoule (sf) , table ordinaire. Taoulè (sm) , table des marchands ambulants, dressée sur des bancs.

— Que haou mes paga a haouré qu'a haourillou.

Mieux vaut payer grand forgeron que petit, ( Il vaut mieux payer cher un bon ouvrier , que bon marché un mauvais). Haouré (sm), forgeron ; dim. haourillou.

— Que haou mes u le pédas que nou pas u hèt hourat. Mieux vaut une laide pièce qu'un beau trou.

— Qui pédasso, somi tems passo, Qui nou hè ré, tahen.

En rapiéçant, on passe le temps ; en ne rien faisant, mémement.

— Méchant annade quant ets cures laouron, eras putes hialon. Mauvaise l'année où les prêtres labourent, où les putains filent.

— Tout trihay qu'ey tribay.

Tout travail a sa peine. Esp. Todo trabajo es un trabajo.

— Per ue peyre, on nou s'empêche pas dé hasti u castèt. Faute d'une pierre, on ne laisse pas de bâtir un château.

— Per ue heste ,

Non s'caou pas coupa ^ra teste.

Pour une fête , on ne doit pas se casser la tête.

— Nou caou pas cerca péous en s'ouéous.

Il ne faut pas chercher des cheveux dans les œufs. ( Il ne faut pas chercher dans les choses ce qui n'y est pas ).

— Qui cerque et qui trobe Nou perd maou era pose.

Qui cherche et qui trouve, son temps ne perd.

— On noM's pot carga goy en arré.

On ne se peut se permettre joie de rien.

64 SOCIÉTÉRAMOND

Carga , charger est ici très expressif.

— Quant et malhur né hoo, u pouy qu' estranglaré u azou.

A la mâle heure , il ne faut qu'un poux pour étrangler un âne. Esp. Cuando uno esta en disgracia , una hormiga la mataria. Celui qui est dans le malheur , une fourmi le tuerait.

— Au arhé désarramat, tout lou mounde que s'y ha hè éstères.

A un arbre ébranché chacun s'en va faire des copeaux. ( Tout le monde accable le malheureux.

C'est à peu près le proverbe espagnol : del arhal caido , todo el mundo hace lena.

Caidé , en gascon : cadut ou cayut , tombé.

Lena ; en gascon : légne (sm), bois.

— Ets murs qu'enténén , Eros peyres que parlon.

Les murs entendent , les pierres parlent. Prov. fr. Les murs ont des oreilles. Le Roux de Lincy, v. 1, p. 182. Esp. Los murostienen orejas^ les murs ont l'ouïe.

— Qui a de que cara Qu'a de que parla.

Qui a matière à se taire, a matière à parler.

— Qui a hou hézi , Qu'a hou mayti.

Qui a bon voisin, a bon matin. { Le Roux de Lincy, v. 2, p. 289.

— Dat toun fray mi7iyo ë héou Et sahios et so quit déou.

Avec ton frère mange et bois et sache ce qu'il te doit.

— Ta counéché et mayouraou

Que sétcaou minya u saquét de saou.

Pour bien connaître le berger chef, il faut avec lui vider un sac de sel. ( Pour bien connaître un homme, il faut vivre assez longtemps avec lui ).

Mayouraou (sm) , major, celui qui commande les pasteurs d'une réunion sur la haute montagne.

— Qui s'néourech et néhou, Que s'néoiirech et loup.

Qui nourrit son neveu nourrit le loup (qui doit le dévorer : à cause de l'avidité présumée des collatéraux).

Qui s''7iéourech, celui qui nourrit chez soi pour soi qui se nourrit un ennemi.

— Qui porto aryen que porto era mour at cat dét dit.

Qui porte de l'argent, porte la mort au bout des doigts (parce qu'il tente la cupidité des malfaiteurs ).

— Ed aryen nou d'ey pasparen.

L'argent n'est pas un parent { que l'on puisse reconnaître pour sien. Il passe de main en main et devient étranger à ceux qui s'en défont ).

— Ed aryen nou noii'stagn arré.

L'argent ne nous est rien ( dans le même sens que le proverbe précédent). On dit de deux personnes qui ne sont pas unies par les liens de la parenté : nou s'tagnen pas, elles ne se sont rien , elles ne se touchent pas. Du lat. tangere.

— Que haou mes yen Qu'aryen.

Vaut mieux gens qu'argent. Prov. fr. Amys vallent mieux que argent (xv® siècle, Le Roux de Lincy, v. 2, p. 271. )

— Qui trop emhrasso poc rpi'estrégn.

Qui trop embrasse, mal étreint,

— Aouzet de hacho nature , Si haou holo poc lou dure.

Oiseau qui vole bas par nature , si haut il s'élève , peu lui dure. Celui qui prend ua trop haut vol pour sa condition ne le soutient pas trop longtemps.

"f Qui hoo péta mes haou que dét eu , que sa he u hourat en arrio.

Qui veut peter plus haut que le cul , qu'il se fasse un trou dans le dos ! ( Ce proverbe ironique s'adresse à ceux qui prétendent

s'élever au-dessus de leurs moyens et forcent leur nature. Je trouve simplement aux proverbes français : Il ne faut pas peter plus haut que le cul. Le Roux de Lincy, v. 2, p. 139.

— Ets cailhaous nou cayen jamés dé cap a cat-siis.

Jamais les pierres ne tombent de bas en haut.

( On cite ce proverbe dans la vallée d'Azun pour dire que les jeunes gens de la plaine ne viennent pas dans le pays épouser des montagardes ).

— On nou pot pas amantd dus caps dap u chapèou.

On ne peut pas couvrir deux têtes d'un seul chapeau.

Esp. No se puede cuhrir dos cdbesas com il mismo sombrero.

— Nou an james hist cassayre ni pescayre de ligno , croumpa camps ni higne.

On ne vit jamais ni chasseur ni pêcheur à la ligne, acheter champs ni vignes.

Le proverbe espagnol dit très joliment : El pescator con cana Se arriona con mana.

Le pêcheur qui tend sa ligne, avec adresse se ruine.

— Era daune et hou pastou Que hen era maysou.

La maîtresse et le bon berger font la maison prospère. Daoune (sf) maîtresse, dame de la maison, lat. domina.

— Qui nou a ni houeu ni carret nou laouro quan ho. Qui n'a ni charrue et bœufs, ne laboure quand il veut.

— Qui nou hé quan pot , nou hé quan ho.

Ce qu'on ne fait pas quand on peut , on ne le fait pas quand on veut.

— Qui nou cour quan ey pouri Que cour quan ey roussi.

Qui ne court lorsqu'il est poulain, vieux cheval doit courir enfin. Roussi (sm) vieux cheval , cheval éreinté , rosse.

— Qui hé pèche era punte Que hé pèche era yunte.

DIALEGTEDUL.WEDAN 67

L'herbe qu'on paît à sa naissance, c'est le grenier mangé d'avance. ■ Punte (sf) pointe de l'herbe.

Yunte (sf) espace compris entre deux chevrons parallèles dans un grenier.

— Qui tout sat hique en u toupi Tout que sat minge en u mayti.

Qui dans un pot met tout son bien , tout son bien mange en un matin.

— Quan era hami pique Qu'ey houn' era unique.

Quand la faim nous talonne, la miche nous semble bonne.

Entr autres proverbes français qui ont le même sens :

Qui a faim, mange de tout pain. (Le Roux de Lincy, t. 2, p. 289.

L'appétit et la faim ne trouvent jamais mauvais pain. ( Ibid. t. 2, p. 251 ).

Mique (sf) miche , pain de maïs cuit à l'estoufifade sous la cendre, inférieur même au mesturet , lequel est cuit au four.

— De paille ou de lié

Et hrente que sie plé. .

Ou de paille ou de foin, faut que le ventre s'emplisse.

— ^'as de dus pas, hé-t'en soupe det meilhou.

Si tu as pain de deux sortes, du meilleur fais-en ta soupe. Esp. Si tienes de dos panes , hayte sopa del mejor.

— Couate oueous maou battus Balen ines couate que dus ; A batte et rebatte

Balen mes dus que couate

A les mal battre , quatre œufs valent moins que deux ; à les battre et rebattre, deux œufs valent plus que quatre (qui sont mal battus).

— Que baou mes u te Que dus abe.

Un tiens vaut mieux que deux tu Vauras.

— Toustem tan, se disou et maou bestit , quan abou ue manchç.

Le mal vêtu dit quand il eut une manche : c'est toujours cela, une manche.

— Si boulet sahey qui soy Gardât dah qui boy.

Si tu veux savoir qui je suis , regarde avec qui je vis.

— Dis-moi qui tu hantes, je te dirai qui tu es. (Aucun proverbe français n'est plus connu).

— Yente coun yentou.

Canailles ensemble. (Pardon, lecteurs, de ma très fidèle traduction ).

— Yentou dap yentou et tripes dap moustarde.

Les gens aux gens de leur sorte et'le boudin avec la moutarde.

— Qui dab cas ba Qu'appren de layra.

Qui des chiens fait sa société, apprend d'eux à aboyer.

Le proverbe espagnol dit qu'on apprend à hurler avec les loups.

C'est la même moralité en d'autres termes.

— Qui dab maynats se ba coucha , Merdous ques Ihebo et lendouma.

Ou Qui dab maynats se ba droumi, Merdous ques Ihebo et mayti.

Qui se couche avec des enfants, sera malpropre en se levant. (On sort mal d'une affaire où l'on s'est associé avec des gens ineptes ).

— Ue poume pouyride qu'en hé pouyri d'aoutes. Une pomme pourrie en pourrit d'autres.

— Yamp-s poulette Nou picho soulette

Jamais poulette ne pisse seulette.

( Ce proverbe signifie que l'exemple est contagieux).

— A bastardailhe Pouin de parentailhe.

Au bâtard , point de parenté.

Aucun parent des père et mère des bâtards ne veut être son parent.

DIALECTEDII LAVEDAN 69

4» Divers Adages non classés

— Dks tisons (soucs) qités guerden [gayten) Très quès peleyen

E quate que s'auchèchen.

Deux tisons au feu se regardent , trois se battent, quatre se tuent. (Deux tisons ne brûlent pas, trois se brûlent réciproquement, quatre se consument).

— Que coupe tout sa que hey et que lécho tout so que trobe. (Ce couteau) coupe tout ce qu'il voit et laisse tout ce qu'il

rencontre. — Prov. franc. Le Roux de Lincy, t. 2, p. 138.

— Pun de Youano Quoate ara cane.

Points de Jeanne , quatre à la canne. Pour dire : grands points de mauvaise couturière.

Canne, ancienne mesure de la longueur de huit empans, soit 1 m, 60 c.

— Toustem que tournes et hiou per'a guilhe.

Vous repassez sans-cesse votre fil dans l'aiguille. (Vous répétez toujours la même chose).

— N'as pas à parla sounque quan éras garies pichen.

Tu ne dois parler que lorsque pissent les poules , c'est-à-dire jamais.

Le proverbe français dit assez injurieusement aux femmes : Femme à son tour doit parler Quand la poule va uriner.

— Que s'en a dat u pic erCa lengue.

Il s'en est mordu la langue.

— Hé u pic en crémail.

Faire une entaille à la crémaillère , marquer un événement extraordinaire. Il faut , dit-on , faire une entaille à la crémaillère : c'est lorsque quelqu'un fait une chose rare, dont il n'a point coutume.

— Nou m'en metti pas mes de saou en toupi.

Je n'en met pas plus de sel à mon pot. Je n'en fais pas mon bouillon plus gras.

— Que s'en ey anat coum u gat escaoutat. Il s'en est allé comme un chat échaudé.

— A force d'ana fa va houm , et tudet quey demouro.

Tant va la cruche à l'eau que son bec y demeure. Aux proverbes français. — Tant va la cruche à la fontainette ,' qu'elle y laisse le manche ou l'oreillette. (Ibid. t. 1, p. 44. Iloun (sf ), source, fontaine.

— Qui lengue a A Roume ha.

Qui langue a, à Rome va. ( Prov. franc. Ibid. t. 1, p. 198.

— Qu'a passât serres et mers.

Il a passé les monts et les mers ( il est allé partout ) . Serre (sf) colline, crête dentelée.

— Et arrelotye que ha coum ets ahès d'era hile-. Ainsi va l'horloge comme les affaires de la ville. Esp. El relog anda como los negocios de la villa.

— Tamhouri pagat d'abanso que hé méchant sou. Tambourin payé d'avance rend un mauvais son.

— Qui planta paumé enta et hé.

Planter un pommier , pour soi c'est planter. { Parce que le pommier croît et produit en peu de temps).

— Era may d'ères olhes n'ey pas mourte.

La mère des brebis n'est point morte. ( C'est une parole d'encouragement qui se dit au berger qui a perdu son troupeau et généralement à ceux <:jui se trouvent dans un cas fâcheux, mais non désespéré et où il y a de la ressource).

— Nou n'y a pas aygue inqu'era cahillo.

L'eau n'y monte pas à la cheville , pour dire : vous pouvez faire cela, vous ne vous noierez pas. )

— «Si noy ploy qu'ey arrose.

Si l'eau n'y tombe en pluie , elle y tombe en rosée. ( A défaut de gros bénéfices , il y a toujours là de petits profits à faire. )

— Quan se henen crabes , qiiey aouques.

Quand les chèvres se vendent (bien),, j'ai des oies { à vendre ). C'est le mot d'un paysan qui se plaint de la mauvaise chance qu'il a dans son commerce.

— Et da qu'a perdiit et hene.

Le donner a perdu le vendre.

— So d'espargnat qu'ey permé gagnât.

Il n'y a pas de gain plus tôt fait qu'une épargne.

— Qu'a heyt et camhi det houhou.

Il a fait le troc de la taupe, (il a fait un mauvais marché , un marché désavantageux .

Au temps de Moïse , dit-on, c'est-à-dire fort anciennement, la taupe prit au crapaud ( harri ) sa queue et lui donna ses yeux en échange. Depuis lors, elle est quasi-aveugle.

— Que-d-ey coum u courhach, que tourne toustem ent'at nid.

Semblable au corbeau qui toujours s'en revient à son nid.

Le corbeau du Lavedan qui niche l'hiver dans les bois de hêtres , part le matin pour les plaines où il trouve sa vie dans les champs ensemencés et rentre chaque soir en sa forêt, au sein des neiges.

— Quan hé héred , qu'ey a mes de mourgous que d'amourous. Au temps froid, il y a plus de gens morveux que d'amoureux. Esp, Quando hace frio , nay mas mocosos qu'amorosos.

72 SOCIÉTÉRAMOND

5 Temps, Saisons, Pronostics & Préceptes ruraux.

— Yuan de France qu'arrihe , que s'en ha.

Jean de France s'en vient, Jean de France s'en va. ( C'est le soleil qui se lève ou qui se couche ).

— Quan era lue tourn* an het , Prenet gard'ad oueit et ad set.

Quand il fait beau, la lune étant nouvelle , prenez garde au bout de la semaine. Je crois qu'un proverbe analogue a cours en Bourgogne ; ce serait un axiome de climatologie générale.

— Mountagno claro , Bourdeous escu , plouye at segu.

Les monts sont clairs, Bordeaux est obscur, la pluie est sûre.

( Le mauvais temps vient aux Pyrénées du côté de Bordeaux par le nord, nord-ouest et ouest.

— Mountagno escure, Bourdeou cla, Plouye nou y aoura.

Les monts sont noirs, Bordeaux est clair, pas de pluie dans l'air. Ces pronostics se renversent naturellement en passant les Pyrénées. Oa dit en Espagne :

Montana ohscura , Pluvia secura.

Montagne obscure, la pluie est sûre.

— Brumo rouye Bent ou plouye.

Et arc-en-ciel det mayti , Era plouye pet cami.

Et d'era hrespado , Era plouye passado.

Rouge nuée , vent ou pluie.

Arc-en-ciel le matin, la pluie en chemin. Arc-en-ciel dans la soirée , la pluie est passée.

Brespado (sf) après-midi.

Et pourtaou de sen Martin Le portail de St-Martin ( l'arc-en-ciel ).

Ceou agnéré Plouye at darré.

Ciel moutonné, la pluie le suit.

Ceou agnéré Quey leyté.

Ciel moutonné et ciel pluvieux , m. à m, ciel qui a des agneaux donne du lait.

Ue arrayado hlanquo , Era plouye nou manquo.

Quand le soleil darde des rayons blancs , la pluie ne tarde pas longtemps.

Arrayade (sf) est fort expressif ; nous ne pouvons traduire que par une périphrase.

— Et sou que parech fana cerca aygue.

Voici le soleil qui va quérir de l'eau, ( Nous disons vulgairement : c'est le soleil qui chauffe un bain ) .

— Qu'ey et sou de Mountauha , Plouye que ha cerca.

C'est le soleil de Montauban , il va quérir la pluie. Ce proverbe s'emploie au lieu et place de celui qui précède. Pourquoi : soleil de Montauban ?

— Quan et gat en courné se laouo et s'espugo, Era plouyo qu'ey séguro.

Lorsque le chat se lave et s'épouille au foyer, sûrement la pluie doit tomber.

Courné (sm) coin du feu.

— Quan era gario s'espugo, Qu'aouem era pluyo seguro.

Quand la poule va s'épouiller , c'est pour la pluie annoncer. Esp. Cuando la gallina se espulga , pluvia segura.

— Plouye e sou Er^ayso det pastou.

Quand il pleut et le soleil luit, le pasteur se réjouit. (Prov. français, ibid. 1, 174.

— Baran d'et sou

Que gouhech era cape dét pastou.

Halo du soleil , mouille la cape du berger. ( Ce serait un signe de pluie ).

Baran (sm) cercle, halo. — Baraneija , faire tourner. Du lat. varare, courber; varus, a, um, courbé.

— Baran d'era lue Que séque era lague.

Halo de la lune dessèche la lagune. Ce serait un signe de sécheresse.

Lague (si) lagune , petit lac, flaque d'eau. — Nota : ce proverbe et le précédent sont tirés de la vallée de Barèges.

— Quan ets hrums han ta Laheda Dat ères aharques at caa.

Quand les nuages vont au Lavedan, donnez vos " abarques " aux chiens. C'est encore un proverbe de la vallée de Barèges. Lorsque les Barégeois voient les nuages filer vers le Lavedan, c'est le vent du midi qui souffle, lequel fait fondre la neige. Ils peuvent alors quitter leurs chaussures d'hiver nommées : aharques (sfpl. )Esp. abarcas. Cette chaussure consiste en un morceau de bœuf, fixé au pied par des cordes et dont le poil est retroussé en dedans.

— Quan ets hrums han t'Auran Taou diahle que han.

Quand au midi vont les nuées, au diable elles sont emportées.

Les Barégeois doivent s'attendre au mauvais temps, lorsque c'est le vent du nord qui souffle dans leur vallée. D'Auran, vers Oran, en Algérie, me dit-on. Cela me semble fort douteux.

— Era haylère

Nou s'ey mouride (mourtej yames de séquère

Au grand jamais vent du midi par sécheresse n'a péri.

La vent du sud au sud-est ou vent d'Espagne, qui par sa sécheresse et par sa violence rappelle un peu le sirocco ( Lartigue , système des vents , p. 76 ) ne souffle pas longtemps. Il cède la place

DIALECTEDULAVEDAN 75

au vent du sud-ouest, lequel arrive chargé des vapeurs di l'Océan. C'est ce dernier vent qui amène la pluie dans les Pyrénées.

— Hayleve et tahernayre nou passon yames sét.

Vent du midi , femme habituée de la taverne, ne passent pas leur soif sans boire.

C'est une autre allusion au fait climatologique exprimé dans le proverbe précédent.

— Enta sent Bincens

Que s'ahachon ets torts et que puyon ets hens.

A la St- Vincent, la gelée faiblit et le vent grandit.

— Ta sen Uertran dé zd , Miey gra ,

Miey paillo,

Miey hé ,

Et porc entier.

A la St-Bertrand de janvier , que de ton grain te reste la moitié , de ta paille la moitié, de ton foin la moitié et que ton porc soit entier. Ce précepte d'économie rurale n'a pas besoin d'explication.

— Per héréhè het, Nou quittet et capet.

Per mars courrouçât, Nou quittet et marcat.

Que février soit beau , ne quitte ton manteau ; que mars soit courroucé, ne quitte le marché.

Le beau temps de février n'est pas sûr , les giboulées de mars sont passagères.

Capet (sm) , vêtement à capuchon.

~ Hérébé que héréhéyo, Si héréhè nou héréhéyo Mars que marsouléyo , Si mars nou marsouléyo Touts ets mes d'édan que gouttereyon.

Février donne des giboulées , si ce n'est février , c'est mars , et si mars est sans giboulées, il pleut tous les mois de l'année.

Herebèqué hereheye^ m. à m. février fevrierise (s'il m'est permis de forger ce barbarisme ) , il fait des siennes , il amène le temps qui lui est propre , qui le caractérise , le vent , les pluies , les giboulées. Mars que marsouleye, est une expression du môme genre , également intraduisable. Gouttereye, il tombe des gouttes, il pleut.

— Hérébè, héréhérou

Non m'as constat ni olhe ni mouton.

Carot, qu'en ey dus a préné ;

Cousi mars qné m'en préstara conate,

Qu'et harey cou àbate :

Per u honrat de traberou

Non t'y bouy lécha ni olhe ni moutou.

Février, petit février , tu ne m'as coûté ni mouton ni brebis. Silence ! J'ai deux jours à prendre à l'année , cousin mars m'en doit quatre prêter , je te ferai baisser la queue ; pas un seul vide à travers tes chevrons, je ne te veux laisser ni brebis ni mouton.

Dans ce singulier dialogue , le mois de février personnifié menace le berger de faire périr son troupeau dans l'étable , en s'aidant des premiers jours de mars. Heberon (sm) diminutif de herébé, février.

— Mars mayti , Cave de musti.

Ta midye ,

Cla conm et ouey d'era garie, Era bréspérade^ Bère bouharade.

En mars le matin, à figure maussade , le midi est clair comme l'œil de la poule, et dans la soirée tombe une giboulée. Musti (sm) un être maussade (?)

— Mars que disou à abriou :

Presto YYi'én u, presto m'en dus,

Presto m'en très, dab u qu'en aouran conate, Eras bacos dét baqué aonran ésparnabate.

Mars dit à avril : prête-moi un jour , prête-m'en deux , prêtem'en trois , il m'en reste un , nous en aurons quatre, les vaches du vacher, nous allons les abattre.

DIALECTEDULAVEDAN 77

Ordinairement , les trois premiers jours d'avril sont mauvais comme la fin de mars. Mars et avril personnifiés s'associent pour détruire le troupeau du vacher. Esparnabate a le sens du latin, arostrare.

— Boun, qu'ey passât mars et mcirsilloun, Que nou m'a constat ni haco ni hédéroun.

Bon , le voilà passé , mars , le petit mars, et il ne m'a coûté ni vache ni petit veau.

Marsilloun (sm) diminutif de mars , fait un pléonasme pour exprimer plus vivement la joie du bouvier sorti sans perte de ce mauvais mois.

Bederoun (sm) diminutif de hedet, veau.

— Era néou d'eras pigues marsésquos.

La neige des pies de mars ( neige de mars ). Esp. La nieve de las pigas marjesas.

— Era néou det conçut.

La neige du coucou ( neige de fin d'avril ).

— En et mes d'abriou Canto conçut si es hiou.

Mourt on hiou

Canto en mes d'abriou

Et si nou canto pas n'ey pas bengut,

Et etchiberniou.

Au mois d'avril , chante coucou , si tu es vif ; mort ou vif , chante au mois d'avril, et s'il ne chante alors, dans ces quartiers d'hiver c'est qu'il demeure encore.

Etchiberyiiou (sm) hivernage.

— Quand et conçut coucude , Empasto pla, lècho la dure.

Au temps où chante le coucou , pétrissez bien que la pâte soit dure. Parce que au mois d'avril , époque de germination , la pâte tend à se ramollir.

Coucuda , lat. cuculare , chanter le chant du coucou , lat. cuculus.

— En tnés d'ahriou, Baquo hiou,

Per à sègue ou per arriou, Et si hiou, maou hiou.

Au mois d'avril, vache vit, le long de la haie ou des ruisseaux, et si vit-elle, mal elle vit.

— Ahriou, léquopéros.

Avril, lèche-poires. (Epithète d'avril, à cause des gelées qui enlèvent dans ce mois la fleur des poiriers ).

— Quan tounérrio en ahriou, Qu'empUo et hariou. ,

Tonnerre en avril, emplit le baril.

Esp. Cuando iruena en ahril, Se llena el harril.

— Et ouratyé dé may ( si tounérréyo en may ), Qu'emplie et chay.

Tonnerre en mai, emplit le chai.

— Entré mars et ahriou Nou quittés u hiou.

Entre mars et avril, ne quitte pas un ill ( de tes habits ). Ces deux mois sont souvent détestables en Bigorre, il ne faut pas s'y découvrir d'un fil.

— En m,és de may et chibaou que tremhlo en' a scudérie.

Au mois de mai, le cheval tremble ( de froid ) à l'écurie. La sagesse populaire constate ce fait que le mois de mai est généralement pluvieux et froid aux Pyrénées. En 1864, il en a été différemment , mais c'est une exception. Aussi , nul proverbe comme ^ le proverbe français :

Mars venteux et avril pluvieux, font le mai gai et gracieux (ibid). Ou comme l'Espagnol :

— Marzo ventoso, y avril Uuvioso, sacan a mayo, florido y hermoso

Mars venteux et avril pluvieux, font sortir mai fîeuri et beau. Ce. dei-nier adage est frais comme le printemps. Il semble qu'on voie les mois paraître tour à tour et se donner la main.

— Ets cadets, et caa, éra cagne.

Les petits chiens, le chien, la chienne.

(On nomme ainsi la vallée d'Azun, les huit premiers jours de mai, le neuvième jour et le dixième du même mois , lesquels sont presque toujours mauvais. Il y neige très souvent, on a " un chien de temps ".

— Abriou plouina, May nou cessa, Gulh goûte,

Et paysa minyéra houno soupe.

Qu'il pleuve en avril , et sans relâche en mai , qu'en juin il ne tombe une goutte , le paysan mangera de bonne soupe ( l'année sera bonne).

Gulh (sm) juin. Gulhet (sm) juillet.

— Mars sec, abriou plouina, May nou cessa.

Juin goût,

Et houé qu'aoura dé tout.

Que mars soit sec et qu'avril soit pluvieux , que mai prodigue Peau des cieux, et que juin n'en déverse rien, le bouvier aura de tout bien.

(C'est le proverbe précédent plus complet et sous une autre forme).

— Diou nous garde d'éra poussière de may et d'éra ango d'aoust.

Dieu nous garde de la poussière en mai et de la boue en août ! ( parce que mai doit être un mois pluvieux et août un mois sec pour que l'année soit bonne ).

Ango (sf), on dit hanque dans le Lavedan ; fr. fange.

— Qu'ey loung coum era hami dé may.

Il n'en finira pas : c'est comme la famine en mai. ( Il y a disette au mois de mai, parce qu'à cette époque, les provisions d'hiver sont à peu près épuisées). — On dit en Espagnol :

Es largo como la cuaresma.

C'est long comme le carême.

80 SOCIÈTÉHAMOND

— Quan era gesta louris, Era hami pét pays.

Quan era gesta lie cric-cric.

Adiou, hami, adiou te die.

Quand le genêt fleurit , la faim est au pays ; quand le genêt fait " cric-cric", adieu faim, adieu, je te le dis.

( Le genêt fleurit au mois de mai , qui est un mois de disette. Il fait " cric-cric ", c'est-à-dire que ses gneiss s'ouvrent en pétillant , aux mois d'août, de septembre, qui sont les mois d'abondance ).

— Quan et perségué loiirés et maduro , Et dio, éranét qu'eypér mésuro.

Quand le pêcher fleurit et quand la pêche est mûre, et le jour et la nuit ont la même mesure.

( Le pêcher fleurit à l'équinoxe du printemps et donne ses fruits à l'équinoxe d'automne ).

— En mes dé gulhet, Ni henno ni caoulet.

Au mois de juillet, ni femme ni choux.

Prov. franc. Juin, juillet et août, ni femme ni choux. (Ibid. i, 69).

— Nadaou dat et sou , Pasquos dat et tisou.

Le soleil à Noël, le tison à Pâques. — Prov. fr. A Noël au balcon, à Pâques au tison. (Ibid. 1, 72).

— Qui ta Nadaou s'assoureyo , Enta Pasquos s'attouréyo.

Qui prend le soleil à Noël, à Pâques se gèle. Assouleya^ verbe expressif qui n'a pour correspondant en français que le substantif " insolation ".

— Si ta Nadaou nou hè toucou , Ta Pasquos que lien crdbou.

Si la neige, à Noël, ne s'attache à nos pieds, à Pâques il faut brûler du bois dans les foyers.

Ce proverbe employé dans la vallée de Barèges , est une troisième forme des deux proverbes précédents.

Toucou (sra) pelote de neige qui s'amasse en marchant à la semelle des sabots.

Crahou pour carhou (sm) , charbon. Hè carhou, faire du charbon, réduire du bois en charbon, brûler du bois.

— Quart et choc canto en hérébè, Boue, réplégot et paillé.

;uand la chouette chante en février, ménage la litière, bouvier ! La chouette, lorsqu'elle se fait entendre au mois de février, présage une récolte insuffisante ou tardive. C'est au bouvier de ménager, de resserrer (répléga) la paille qu'il étend dans son étable.

— -Se plaou et dio d'era Trinitat, Era récolta s en tourno per meytat.

S'il pleut le jour de la Trinité, la récolte s'en va par moitié. —• Quan Pasques marseilles,

Hami pésquos ou cimitère adesques.

Quand Pâques tombe en mars , c'est la faim que tu pèches ou le cimetière que tu nourris. ( La faim ou la mort , douloureuse alternative, serait-elle une vérité d'expérience ? )

Marseilla, venir en mars, coïncider avec mars. — Pasquos marsescos , Era hami pesquos.

Se nou la pescos, que l'adescos, En cimitèri forço toumhos fresquos.

Quand Pâques en mars vient, tu pêches la faim , tu la nourris si tu ne la pêches, au cimetière que de tombes fraîches !

Ce proverbe et le précédent ne diffèrent que par les termes. Les termes varient de vallée à vallée , de village à village. Je ne choisis point, je n'invente poiut, j'écris sous la dictée du peuple, qui, il faut le reconnaître, défait de plus en plus ses longs et vieux adages.

Marcesco, qui appartient à mars, qui est du mois de mars.

— Quan er'anado coumenço pet dityaous , Boue, henté bacos et tous hraous.

Lorsque par un jeudi l'année est commencée , vends tes jeunes taureaux et tes vaches , bouvier.

( Parce qu'on conjecture que l'année sera sans fourrages , ou qu'une épidémie sévira sur les bestiaux ).

— Diou nous gardé dé l'an dé hisès , Dé l'an dbans ou dé Van après.

Dieu nous garde de l'an bissextil, de l'an qui le précède ou de l'an qui le suit.

En Bourgogne, on attache également une idée défavorable à l'année bissextile et au bissextre ou jour ajouté tous les quatre ans au mois de février.

— Quan era rozo d'et cazaou S'enclino dé cap at houstaou ,

Méfidet ! A'ra porto era mour quéhè : gnaou.

Quand la rose du jardin sur la maison s'incline , méfie-toi , c'est la mort. Elle miaule à ta porte ( elle guette comme un chat, prête à s'élancer sur une proie).

La superstition parle ici un langage très pittoresque.

Gnaou ! Miaou, miaulement du chat.

6^ Nobles et prêtres — Cagots — Espagnols — Dictons sur les localités

— Tà'sta caouquaré, Qu'en caou hié.

Pour être quelque chose, de quelque chose il faut venir.

( Pour être comme il faut , il faut être bien né. Au temps où ce proverbe se disait , bien peu étaient , comme de nos jours , les fils de leurs œuvres. Il se dit plus rarement aujourd'hui ).

— Habillât u bastou

Que semblera u segnou ( barou ) , Habillât u paou Que semblera u haou.

Habillez un bâton , il passera pour un baron ; habillez un pieu il passera pour un hêtre.

— Qu'où semblo d'esta perrou de Charlemagne. Il se prend lui-même pour un preux de Charlemagne.

— Que soun nobles det houns d'et assemaou.

Ce sont nobles du fond de l'auge à nourrir les cochons. Ou peut-être du fond de la cuve où l'on fait le vin. C'est de la lie des nobles).

Ce proverbe a cours à St-Bertrand de Comminges pour nar"-aer les gens de la vallée de Barousse , auxquels on attribue des prétentions à la noblesse, jugées, en tout cas, peu sérieuses.

— Et porc qu'anoublech era trouye.

Le porc annoblit la truie ( le mâle transmet sa noblesse ).

— Et porc qu'encayoutech era trouye.

Le porc " encayote" la truie, ( Le mâle transmet son indignité de race.

Il s'agit ici de la race des Cagots, si longtemps maudits et encore méprisés dans les Pyrénées.

— Qu'ey tourssut coum un Cagot.

Retors comme un Cagot,

( Une longue persécution fait dévier le caractère, c'est ce qui a pu et dû arriver aux Cagots).

— Liw merquillouse Et hisito d'et segnou, De cent en cent mis^ D'ets qu'en an prou.

Que la lune change un mercredi, que le seigneur nous fasse visite une fois en cent ans, c'est assez.

De pauvres montagnards aimant la liberté prisaient peu la visite de leur seigneur , qui entraînait pour eux forces dépenses, tracas, vexations même. Ce sentiment paraît avoir été très vif dans la vallée de Barousse où j'ai recueiUi ce proverbe, il y a quelques années, de la bouche d'un vieillard, âgé pour lors de 94 ans , qui le tenait lui-même de son père.

Quant à la lune qui se renouvelle un mercredi , elle passait pour nuisible, probablement par suite de quelque coïncidence observée

b4 SOCIÉTÉ RAMOND

jadis entre cette lune et le mauvais temps. En 1855, M. Dupain , professeur au lycée de Carcassonne , prenait la peine de relever dans le calendrier antérieur à la réforme grégorienne, une période de 1517 à 1528, où souvent les lunes de mercredi tombent par hasard dans la mauvaise saison. Qu'un astrologue ait observé le temps pendant ces douze années ou dans telle autre période offrant des circonstances analogues et il aura formulé un axiome météorologique, accepté sans autre examen par le peuple et par lui converti en proverbe.

— Qui a mouli ou capéra Nou manqua dé pa.

Qui a parent, prêtre ou moulin, ne manque de pain.

Allusion au secours que le prêtre donne à sa famille et qui est le motif pour lequel tant de paysans vouent leurs fils à l'état ecclésiastique, sans consulter leur vocation, tout au moins dans les Hautes- Pyrénées.

— Hayne dé curé taquo d'oli.

Haine de prêtre , tache d'huile ( tache indélébile qui s'étend au lieu de se restreindre ). Affreuse et trop juste comparaison , si elle se rapporte aux théologiens de tous les temps et de tous les pays.

On dit moins bien en Espagnol : Odio de cura, escoso duro.

— So qui lou rey nou ho , Et papo que sat euro.

Ce que le roi ne veut . le pape en fait sa curée. (Ce qui semble signifier ou que le pape se contente de ce que le roi lui laisse ou que l'avidité de Rome ne néglige aucun profit ).

Cura , dépouiller , attaquer en rongeant. Curase, forme réfléchie: elle se donne en gascon à une multitude de verbes exprimant une action dont l'auteur peut profiter. Ets caas qués curon ets os, les chiens rongent les os, les dépouillent entièrement à leur profit.

— Ets capéras nou s'abachon que ta s'emplia comn eras ourses.

Les prêtres, comme les cruches, ne s'abaissent que pour se remplir.

Esp. Los curas se hajan para llenar se.

Les prêtres ont renvoyé ce proverbe aux moines.

« M. le Camus, évêque du Bellay , un des plus dignes prélats de son siècle, n'était pas favorable aux religieux; il trouvait à dire jusqu'à leurs révérences qu'il appelait intéressées et disait entre autres choses, que les révérences, surtout de certains religieux, ressemblent à des cruches qui ne se baissent que pour se remplir. »

( Recueil des bons mots et des pensées choisies, à la suite de l'instruction sur l'histoire de France et Romaine, par M. Le Bajois, précepteur de Monseigneur duc de Maine, dernière édition, 1723 ). — Que he coum noustradrametto dé Héas , Si hes miracles que t'em pagues.

Comme notre petite dame de Héas , si tu fais des miracles tu te les fais payer. (Tu ne travailles pas pour rien).

La chapelle de Héas, bâtie à 1,500 mètres au-dessus de la mer, dans les montagnes de Barèges , est consacrée à la Vierge. C'est le but d'un pèlerinage célèbre dans les Pyrénées , du 15 août au 8 septembre. On y porte une multitude de présents, les uns rustiques et les autres plus sérieux , du lin , de la laine , des bagues, des croix, de l'argent, de l'or. Le proverbe, chose singuHère chez un peuple très croyant, semble traiter ces offrandes avec irrévérence.

— Cap de chicous, cap de diables.

Têtes d'espagnols, têtes de diables.

— Chicou, de l'espagnol chico, qui veut dire petit, est un sobriquet que l'on donne aux Espagnols dans la vallée du Lavedan.

— Chicou, bourricou, la paiWancu, James tou pay non sera moussu.

Espagnol, bourrique, la paille au cul, jamais ton père ne sera un monsieur.

Ce sont, pour la plupart, de pauvres espagnols qui se fixent dans les vallées du Lavedan. Ils couchent souvent sur la paille. Eux et leurs pères sont loin d'être des messieurs. - Il y a aussi dans le pays des familles qui dérivent de réfugiés espagnols. Telle est celle des Lanusse d'Arras, dans la vallée d'Azun, dont le chef, premier député d'Aragon , eut la tête tranchée à Saragosse du temps de Henri IV, à la suite d'une sédition. « Ladite sédition , dit le notaire Noalis, fut pour le soutien des fors d'Aragon , que le roi viola en faisant entrer

86 SOCIÊTÉRAMOND

des troupes en Aragon, contre les anciens privilèges qui les en exemptaient. -» Ces Lanusse , qui étaient une des premières familles du val de Tène , sont tout à fait et depuis longtemps naturalisés en France. (Noalis, notaire apostolique et royal de la vallée d'Azun, auxvrii^ siècle; son gros registre manuscrit, vulgairement appelé Edazou , est conservé dans les archives municipales d'Aucun arrondissement d'Argelès).

— Dah ère et dab un chicou qu'en estessem quittés ( libres).

Au prix d'elle et d'un espagnol , plut à Dieu que nous fussions quittes! (Cela se dit à l'occasion de la mort d'une personne à laquelle on est indifférent et pour marquer en même temps le mépris que l'on fait de la vie d'un espagnol. On lâcherait volontiers de telles victimes à la mort, à condition qu'elle n'en fît point d'autres.

— Qu'es coum ères crabes d'Arrayou, Nou baou ni ta'ra héred ni tara calou.

Comme les chèvres d'Arrayou , tu ne supportes ni le froid ni le chaud.

Arrayou est un hameau du canton de Lourdes. Je ne sais pourquoi les chèvres de cette localité ont la réputation d'être si difficiles.

— Bettes et Castillou ,

Dab ue padéne qu'en an prou.

A Bettes et Castillon il ne faut qu'un poêlon.

Bettes et Castillon sont deux hameaux voisins dans le canton de Lannemezan, à 9 ou 10 kilomètres de Bagnères. Le proverbe fait allusion soit au rapprochement , soit à la pauvreté des deux villages, auxquels une poêle doit suffire.

— Que baou mes esta crabe à Agos Que cure à Biscos .

La chèvre trouve sa vie sur les rochers d'Agos, village près d'Argelès, où Ton élève de ces animaux en grand nombre. Le prêtre subsiste péniblement dans le pauvre hameau de Viscos en Barège. Viscos est situé sur une pente sinistre du pic du même nom, derrière le pic de Soulom , qui est aussi le pic du midi d'Argelès.

Page 1