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CAUSES. 27 Nous devoim ajouter aux chiffres contenus dans ce tableau, ceux qui ont été publiés par M. Rozan dans la relation d'une épidémie qu'il a observée à Crianç.on . Celte épidémie s'est montrée au mois de janvier 1863 , chez des soldats qui étaient en séjour dans cette garnison depuis trois mois.
Le docteur Rozan attribue l'apparition du goitre aigu en hiver aux corvées exceptionnelles dans les neiges , au refroidissement des pieds, aux exercices pénibles, et surtout aux essoufflements répétés auxquels les troupes, trop peu nombreuses , ont été exposées.
On a compté 21 goitreux en janvier , et 9 en février.
effectif élévation lies lieux.
La garnison de Briançon a fourni 3 goitreux 302 1250 m.
— du Château 8 id. M 2 1400
— du fort des Têtes 19 id. 121 1700
Si nous résumons maintenant les données fournies par les deux tableaux qui précèdent , nous sommes autorisé à dire que, dans la majorité des cas, les goitres se montrent aux époques les plus chaudes de l'année ou immédiatement après. Les résultats anormaux signalés dans le Recueil des mémoires de médecine et de chirurgie militaires seraient probablement faciles à expliquer, si l'on avait donné des renseignements exacts et complets sur les circonstances au milieu desquelles les goitres ont débuté et sur l'époque réelle de leur apparition. Quelquesuns de ces désidérata ont été indiqués par l'un des médecins qui ont observé l'épidémie de Colmar; nous allons les reproduire.
« Le 17 février 1861 , un premier cas de goitre fut envoyé à l'hôpital; le 13 mars, un second cas nécessita la môme mesure. Ces deux cas pouvaient être considérés comme sporadiques , bien que , si l'on s'en rapporte aux renseignements fournis par les hommes entrés plus tard à l'hôpital , il y eût déjà un certain nombre de goitreux au régiment, puisque quelques-uns accusèrent deux , trois , et môme quatre mois d'invasion. Mais l'infirmité dont ils étaient atteints ne leur causant aucune souffrance , ce ne fut que lorsque , par les progrès de
28 GOiTilE ÉPIDÉMIQUK.
l'engorgcmsiU tiiyroïJicii , ils éprouvèrent de la difficulté à boucler leur col et à agrafer leur habit , qu'ils rédamcrent les secours qu'exigeait leur état [i]. »
Bans son exposé des causes qui peuvent déterminer l'apparition du goitre aigu à Colniar , le docteur Hansen a donné des détails intéressants sur l'épidémie qu'il a observée dans le département du Haut-Rliin.
« Colmar, dit ce médecin , est située presque au centre d'un bassin qui , limité à l'ouest par les Vosges , au sud par le Jura , et à l'est par la forêt Noire et les montagnes de la Suisse , est ouvert complètement aux vents froids du nord et du nord-estqui nous arrivent sans obstacle de l'Allemagne. Ce sont ces deux derniers vents qui ont constamment souftlé avec beaucoup d'intensité jusque vers la deuxième quinzaine de mai , oii tout à coup, ils furent remplacés par le vent du sud et du sud-ouest; jusque-là la température avait toujours été froide et sèche , et l'air chargé de poussière ; la sécheresse était si grande pendant cette époque de l'année, que la culture en souffrait beaucoup. C'est après ce changement brusque de vent , et pendant qu'une chaleur aussi subite qu'intense pour le climat et la saison se manifestait , que j'ai pu observer l'apparition soudaine du goitre parmi les cavaliers des classes 57-58 , et chez quelques autres. »
Après avoir signalé la gêne mécanique occasionnée par le col-cravate trop serré , sur la circulation du sang dans les veines jugulaires et thyroïdiennes , M. Hansen ajoute :
« II faut noter aussi , comme cause prédisposante, l'imprudence invétérée chez le soldat, d'exposer le haut du corps couvert de sueur à un courant d'air en descendant de cheval , sans même prendre la précaution vulgaire d'essuyer le cou et le thorax avec un linge sec. Dans celle circonstance un refroidissement subit peut se manifester; la circulation du sang qui cherchait à reprendre son cours normal quand l'obstacle qui s'y opposait était levé , trouve dans ce refroidissement des
(i) Docteur Goiigel , 18(52.
entraves nouvelles capables d'entretenir la stase sanguine , surtout quand l'homme est assez imprudent pour boire de l'eau froide dans ce moment , comme cela arrive si fréquemment. C'est ainsi que je me rends compte de la formation du goitre aigu qui régnait à l'époque indiquée, c'est-à-dire , au mois de mai et au commencement de juin, avec une si grande fréquence, au 5™^ cuirassiers. »
Nous devons encore ajouter que l'épidémie une fois développée, les causes qui la produisent peuvent continuer d'exercer leur iniluence pendant l'hiver qui suit et même après un changement de' garnison. Nous le répétons, sauf quelques exceptions qui sont signalées dans des documents très-incomplets et qui rentreraient peut-être dans la règle si les auteurs avaient fourni des renseignements précis sur la météorologie et la topographie des heux habités par les soldats , sur l'époque , la fréquence et la nature des exercices, sur l'étendue des promenades et sur les autres causes que nous avons indiquées ou que nous étudierons dans les chapitres qui vont suivre , les épidémies de goitre se montrent pendant la durée ou à la suite des chaleurs de l'été.
INFLUENCE DES PROMENADES ET DES EXERCICES MILITAIRES. INFLUENCE DES VÊTEMENTS.
Les promenades militaires longues et répétées , faites avec armes et bagages , vers le milieu du jour , pendant les saisons chaudes, sont des causes de sueurs et de débilité qui frappent surtout les hommes faibles de la garnison.
La marche ascendante, qui augmente nécessairement les phénomènes que nous venons de signaler, a de plus l'inconvénient , chez beaucoup de soldats , de congestionner les poumons^ le cou, la tête et spécialement le tissu du corps thyroïde. Cette glande, une fois congestionnée, se trouve dans des conditions qui favorisent l'action des causes déterminantes du goitre.
Ces mômes congestions se produisent chez les individus qui
30 GOITRE ÉPIDÉMIQUIÎ.
se livrent à des exercices exigeant des efforts répétés. Elles peuvent se compliquer d'une stase mécanique lorsque le col de la tunique, trop serré, comprime près de leurs terminaisons les veines jugulaires antérieures et jugulaires externes.
Liégeois, dans sa thèse pour l'agrégation, explique trèsbien le mécanisme de celle congestion : « La thyroïde, dit-il, éprouve des changements de volume qui sont déterminés par l'afflux du sang dans les vaisseaux. Cette turgescence se produit toutes les fois que, dans un effort violent, l'expiration tend à repousser de la cage thoracique le sang contenu dans les grosses veines du cou ; toutes les fois aussi que la respiration est gênée. » Il rapporte ensuite les expériences faites par Lalouetîe et Magnus sur les chiens mis à mort après avoir été forcés à la course. Dans ces cas , la thyroïde était toujours gorgée de sang, et cet état de turgescence ne disparaissait que lorsque la respiration et la circulation étaient revenues à l'état normal (1),
Le col-cravate qui est peu perméable , doublé du col de la tunique , a l'inconvénient de provoquer une sueur exagérée autour du cou et d'augmenter les effets du refroidissement lorsque les soldats , rentrés dans les chambrées , se débarrassent de leurs vêlements et s'exposent à l'action des courants d'air.
L'influence du plus grand nombre des causes que nous venons de signaler a été admise par les chirurgiens et les médecins les plus autorisés à traiter de pareilles questions , et spécialement par MM. Chevalier, Collin. Hatisen , Halbron , qui ont si consciencieusement étudié les épidémies de goître dont ils ont fait l'histoire. MM. Lnrrey , Lanel et Teilier font jouer un rôle important à la pression exercée par le col-cravate et à la transpiration supprimée par un brusque refroidissement , lorsque le soldat en sueur met son cou à nu au' retour des exercices.
Le passage suivant , emprunté à M. Gérard , achèvera de mettre en relief l'action des promenades faites au niiheu du jour pendant les chaleurs de l'été : « Ce n'est qu'à la fin
(1) M.T-liibaiid.Tlicscsurlogoilrccpidémiqiie.P.iii?, I8l)7.
da mois d'août, dit cr docteur , (ju'on a observé les goitres en i^rand nombre. A celte époque , le régiment faisait deux fois par semaine de longues marcbes militaires dans les montagnes qui environnent Besançon. C'est à la suite de ces fatigues que nous vîmes les fantassins , atteints du goitre , venir chercher la guérison à l'hôpital. Les marches et les manœuvres cessèrent, et les goitres disparurent. »
M. Rozan, dans son Étude sur l'étiologie du goitre, attribue une grande importance aux exercices pénibles auxquels sont soumis les soldats casernés à Briançon et dans les forts voisins, car il suppose que cette maladie peut , quand on exagère les causes de fatigue , se manifester à toutes les époques de l'année.
INFLUENCE DE LA TEMPÉRATURE DE l'eAU POTABLE (1); DES COURANTS d'aiR.
Les faits observés par M. Lavort sont si nettement exposés , les conclusions à en tirer sont si claires et si positives, que nous croyons devoir placer en tête de cet article un extrait de son intéressant mémoire. •
« Pendant l'été de 1822, écrit ce professeur (2) , il se manifesta parmi les élèves du collège de Clermont-Ferrand , un grand nombre de goitres. Dans l'espace de quelques jours , cinquante de ces élèves se présentèrent au médecin de l'établissement avec des goitres plus ou moins gros. Ces goitres étaient un peu douloureux, et semblaient avoir le caractère aigu. Le médecin, recherchant quelle pouvait être la cause d'une pareille épidémie se manifestant chez des jeunes gens bien tenus , soumis à un bon régime , logés gaiment dans un
^ (l) Quelques auteurs anciens ont allribué avec raison le goitre à l'action de l'eaii froide , mais celle opinion a élc complélement abandounée par les auteurs moilerncs. ( Voir Ruilier, article Goùrc ).
(2) Ancien professeur de clinique à l'Ecole secondaire de mcdecino, cl médedn du collégo de Clermonl. —Le travail de M. Lavorlélait écrit de sa' main. — Voir la note sur les goitres estival , épidéiniquc el variqueux du docteur iViict Annales de l'Auvergne , janvier 18S2.
32 GOITKE ÉPIDÉMIQUE.
étahlissement très-salubre, pensa que celle épidémie pourrait bien avoir pour cause l'usage qu'avaient coiilraclé ces élèves d'aller boire au robinet d'une fontaine ( temp. -f- 1 centig. ), le cou tendu , la tête fortement portée en arrière , et cela durant les récréations, c'est-à-dire, étartt couverts de sueur, et pendant qu'ils se livraient à des jeux et à des exercices plus ou moins violents. Cédant à cette pensée , s'appuyant un peu sur les préventions populaires , ce médecin demanda et obtint du Proviseur du collège que le robinet de celte fontaine fiit fermé, et cessât d'être à la disposition des élèves.
» La mesure ayant été maintenue avec une exactitude sévère, et les élèves ayant à leur disposition pour se désaltérer, pendant l'été, de l'eau conservée dans des cruches, et à laquelle on mêlait une petite quantité de vinaigre , le nombre des goitre» a sensiblement diminué parmi eux. »
M. Chevalier , qui ne connaissait certainement pas leraémoire deLavort, a publié en 1830 un travail imporbint sur la question qui nous occupe. Cet auteur, après avoir fait remarquer que l'engorgement du corps thyroïde est endémique à Briançon comme dans tous les endroits oii de hautes^ montagnes s'opposent à la ventilation et où l'humidité et lesémaivations qui s'élèvent du fond des gorges et des valléesséjournent constamment, ajoute :
« Les exercices faits par les soldats dans de telles circonstances , enveloppés qu'ils sont de vêtements étroits principalement autour du cou , donnent lieu à l'accélération de la respiration et de la circulation causée par l'excessive chaleur et la faligue qu'occasionne le transport des fardeaux sur les chemins souvent en pente rapide, et font accumuler le sang vers la tête..
» Dans cet état , ils n'ont qu'à se débarrasser sans précaution de leur habit et de leur col , et à boire imprudemment quelques verres d'eau glacée , pour que le corps thyroïde , exposé ainsi à un froid assez vif au moment oii son lit.su coiitient beaucoup de sang, soit aussitôt le siège d'une irritalio:> qui constitue la thyroïdite. »
Les faits observés par nous en 1851 , concordent parfaite-
CAUSES. 33 ment avec ceux qui ont été consignés dans les mémoires de MM. Lavort et Chevalier.
L'été de 1851 a été très-chaud, les vents du sud ont soufflé fréquemment ; le temps a été souvent lourd et couvert ; on a fait exécuter aux militaires de nombreuses et longues promenades sur les grandes routes dont les unes sont en plaine et les autres offrent des pentes fortement inclinées ; à la suite de ces courses fatigantes, 54 soldats du 1 8^ de ligne ont été atteints de goitre aigu et 44 sont entrés à l'Hôtel-Dieu dans la salle militaire qui faisait partie du service de clinique dont nous étions chargé à cette époque.
Nous avons visité les casernes et les chambrées ; nous nous sommes informé avec soin des causes présumées de cette maladie ; nous n'avons rien trouvé dans les bâtiments et dans leur entourage, non plus que dans la nourriture, qui ait pu expliquer l'apparition de cette épidémie.
Mais nous avons pu nous assurer qu'au retour des exercices et des promenades faites à l'ardeur du soleil, les soldats rentraient tout en sueur dans les chambrées dont ils ouvraient les fenêtres ; qu'ils enlevaient leur col-cravate et leur tunique ; qu'ils allaient dans la cour chercher de l'eau dont la température habituelle n'excède pas + 11*^ et qu'ils buvaient ensuite cette eau froide h la régalade jusqu'à satiété.
Ils s'exposaient ainsi à un refroidissement brusque, extérieur et intérieur. Telle est la cause à laquelle nous avons attribué l'épidémie que nous avons décrite avec le concours du docteur Menuau.
Si cette opinion était vraie , les fantassins et les artilleur» devaient présenter plus de goitres que les cavaliers. C'est précisément ce qui est arrivé : le 18" de ligne qui comptait 780 soldats a fourni 54 goitreux ; les artilleurs , au nombre de 1 10 et dont les exercices sont fatigants , ont eu 7 cas du même genre ; les cavaliers n'en ont eu aucun , et cependant ils habitaient la caserne de la Sellette qui est plus froide que celle du Séminaire.
Le grand nombre de militaires exposés aux refroidissements
signalés , comparé à celui des goitreux , nous oblige à invoquer, comme dans toutes les épidémies , l'influence des prédispositions individuelles, de l'idiosyncrasie.
D'autres épidémies ont été observées par dous à l'Hôtel- Dieu en 1860 et 1862; leurs causes ont été les mêmes que celles de l'épidémie de 1851.
M. Gérard , dans sa Note sur le goitre aigu de Besançon , s'exprime ainsi : « Après avoir interrogé les soldats sur les circonstances auxquelles ils attribuent le développement du goitre, Dous avons trouvé que la cause la plus commune était l'action de l'eau froide bue lorsque le corps est couvert de sueur et dans l'attitude d'un homme ayant le cou fortement tendu ef^ la tête renversée en arrière , c'est-à-dire quand l'eau est bue à la régalade.
» Un artilleur après ses manœuvres de force , un fantassin après une marche faite dans les montagnes , arrive dans sa chambrée le corps couvert de sueur ; aussitôt il déboutonne sa veste, enlève son col, prend une cruche pleine d'eau, l'élève à la hauteur de sa bouche et boit ainsi à longs traits.
» Chez plusieurs militaires , nous avons constaté que le goitre s'était développé quelques heures après l'ingestion de l'eau froide.
» Pourtant on peut penser que l'excessive humidité qui règne une grande partie de l'année à Besançon, que les variations brusques de température qu'on y observe fréquemment , contribuent beaucoup à développer la prédisposition au goitre. »
M. Gérard est convaincu que cette prédisposition, quelle qu'en soit la cause , préexiste chez les soldats atteints.
Le docteur Halbron, qui a raconté l'histoire d'une épidémie observée par lui en 1862 à Clermont-Ferrand , pense aussi que les ascensions pénibles faites par des hommes chargés de leur sac et de leurs armes pour aller à la cible , en promenade ou à l'exercice, dans des chemins ou des rues à pentes roides, congestionne la glande thyroïde. Il pense encore que l'habitude de quitter sans précautions la tunique
et le col-cravate et de boire de l'eau froide pendant que le corps est en sueur, peut produire une irritation de cette glande.
Le môme auteur termine en disant que les exercices et {es manœuvres se faisant d'une manière plus suivie à l'approche des inspections générales, le surcroît de fatigue provoque l'apparition du goitre à cette époque.
Tous les efforts , toutes les tractions violentes, l'action des courants d'air et de l'eau froide sur le corps en sueur , sont également rangés par le docteur Artigues , parmi les causes du goitre aigu.
Le baron H. Larrey dit avoir vu assez souvent des militaires atteints d'engorgements aigus de la glande thyroïde. Ces engorgements lui ont paru provenir d'une double cause. Voici en général , comment les choses se passent : « C'est sur des hommes venant de la campagne et récemment incorporés, qu'on observe cet engorgement. Ces hommes , habitués jusque-là à avoir le cou nu , se trouvent astreints à avoir la tête relevée et le cou comprimé par un col raide et souvent étroit , et par le col de l'habit lui-même. Or , sitôt que ces hommes arrivent à un lieu de repos après une marche ou un service qui les ont mis en sueur , ils n'ont rien de plus pressé que de dégrafer leur habit et d'enlever leur col , exposant ainsi à des courants d'air froid leur cou en sueur. De là une double cause d'engorgement de la glande thyroïde, une compression à laquelle ces hommes ne sont pas habitués et une transpiration supprimée par un brusque refroidissement (1). »
Nous croyons devoir rapprocher des faits exposés précédemment , quelques observations de goitre aigu sporadique qui démontrent avec quelle rapidité l'ingestion de l'eau froide détermine , chez certaines personnes , l'engorgement aigu du corps thyroïde.
En 1842 une jeune dame, originaire du Bourbonnais, d'une constitution lymphatique , vint habiter à Clermont, un rez-de-
(1) Séance de la Société de chirurgie (mars 18îj5), dans Union médicale 18b3, page 156.
36 GOITUE ÉPIDÉMIQCE.
chaussée dont les croisées s'ouvraient sur une rue étroite et humide. Un an après , c'était au mois de juillet, pendant une Jongue promenade qu'elle fit dans les vallées de Rajat êt de Fontanat , elle but à plusieurs reprjses de l'eau des sources de Fontanat , eau qui marque-!- 10° à -f- 11° centigrades. Le soir même, elle ressentit an cou une douleur sourde qui fut suivie d'un gonflement rapide de la totalité du corps thyroïde.
Le lendemain , cette glande avait doublé de volume; elle était un peu douloureuse au loucher. La maladie a guéri en peu de temps ( docteur Nivet ).
Eq 1832, année exceptionnellement chaude, le 12 septembre , le jeune F..., âgé de 16 ans , est venu nous consulter pour un goitre qui le gênait depuis trois semaines.
Ce jeune homme d'une constitution faible , d'un tempérament lymphatique , offre des symptômes manifestes d'anémie. Le bruit carotidien est sonore et doux.
La tumeur formée par le corps thyroïde qui est engorgé en entier, est molle, peu saillante. Mais le cou est très-large : sa circonférence , au niveau de la partie la plus volumineuse de la tumeur, est de 0,37 centimètres , le côté droit est un peu plus gros que le gauche.
F. ^. nous dit que durant son travail qui est fatigant, U a soif, il sue et ôte sa cravate. Il a souvent hn de grandes quantités d'eau froide lorsqu'il était en sueur. Le sirop de proto-iodure de fer et la pommade iodurée ont fait cesser cette maladie au bout de six semaines (docteur Nivet).
Pendant l'été de 1869, M"" D..., âgée de 26 à 28 ans , d'une constitution molle , a été atteinte d'une névralgie qui a duré peu de temps. Elle ne souffrait plus que d'une dyspepsie légère lorsque , ayant pensé que son métier de couturière entretenait celte indisposition , elle accepta une place de cuisinière dflins une maison dont le personnel était assez nombrenx^ '
La chaleur du fourneau , un travail pénible ne tardèrent pas à provoquer chez elle des sueurs abondantes et une soif vive. Ne pouvant résister au besoin de boire , elle avalait de grands-
verres d'eau fraîche qui lui faisaient mal au gosier el à r estomac.
Au bout de huit jours de ce régime , elîe s'aperçut que sa guimpe la gênait , et que son cou devenait plus gros qu'il n'était d'habitude.- Quinze jours après , la gêne ayant augmenté graduellement, elle vint nous trouver. Les trois lobes du corps thyroïde étaient tuméfiés ; mais le droit l'était proportionnellement plus que les autres ; il formait une saillie qui égalait la moitié d'un œuf de dinde ; la circonférence du cou mesurait 0,35 centimètres. La tumeur était indolente et un peu molle.
Traitement : sirop d'iodure de potassium ; pommade iodurée. (Nous n'avons pas revu cette malade, nous ignorons si elle est guérie).
L'observation du fusilier Behr , recueillie par M. Artigues, est assez importante pour mériter une mention spéciale.
« Behr , soldat au 58® régiment de ligne , âgé de 30 ans, d'une bonne constitution, est né à Languelsheim (Moselle). En novembre 1845 , ce fantassin , après un mois de séjour dans la garnison de Clermont , éprouva un gonflement de la glande thyroïde qui guérit èn quinze jours.
» De 1846 à 1847 point de goitre; en novembre 1848 , nouvelle atteinte. Guéri en décembre, il quitta le régiment.
» Admis comme remplaçant en 1850 , il arriva en bon état à Besançon , au mois d'octobre 1852.
» Le 1" septembre 1853 , son régiment fit une marche militaire dans les montagnes qui environnent la ville. Lorsque Behr rentra à la caserne , il était couvert de sueur ; il quitta sa veste, prit une cruche pleine d'eau , l'éleva à la hauteur de sa bouche , et but à longs traits. Quatre ou cinq jours après , non-seulement le goitre reparut, mais une glande lymphatique placée immédiatement à la partie inférieure du lobe droit de la glande thyroïde , s'engorgea considérablement. »
« Dans cette observation , l'action de l'eau agissant , -non par sa qualité, mais par sa température est, pour ainsi dire saisie au moment où elle apporte le désordre dans le système lymphatique. » (Docteur Artigues).
On trouve dans le Recueil des mémoires de médecine et de chirurgie militaires une note que nous croyons devoir signaler : « On raconte , dit l'auteur , qu'il existe dans le pays (Briançon), des gens qui , à tort ou à raison , passent pour faire naître rapidement le goitre chez les jeunes gens appelés par la conscription. Pour arriver à ce but, il paraît qu'ils conseillent de boire beaucoup d'eau, de faire des courses dans les montagnes avec un fardeau sur les épaules , le cou serré dans une cravate au-dessus du corps thyroïde (1). »
L'action du refroidissement est également très-manifeste chez les jeunes gens observés par le docteur Dourif au petitséminaire de Clermont.
« Le 26 juin 1863 , les élèves d'un établissement important vont , au retour de la promenade , se désaltérer à la fontaine située dans la cour.
» Le surlendemain , l'un d'eux , le nommé V... se présente à l'infirmerie et se plaint de ne pouvoir boutonner sa chemise. En effet , on constate à première vue un tel gonflement de la glande thyroïde que le bouton de la chemise est éloigné de sa Boutonnière de trois centimètres. L'enfant va , du reste , trèsbien , et souffre peu de la partie engorgée. Instruit par l'expérience des années précédentes , je rassure le malade , et le renvoie dans la cour après avoir fait envelopper son cou d'un collier d'ouate.
» Le lendemain ce jeune homme revient avec cinq de ses camarades qui se plaignent de gonflement du cou; mais chez quatre d'entre eux , il n'existe rien de bien notable. Quant au cinquième , M. de Ch. . . , il offre un engorgement très-manifeste de la glande thyroïde avec écartement de deux centimètres environ entre les extrémités du col de la nhemise. Un collier de ouate est appliqué comme dans le cas précédent, et le malade continue de suivre les exercices de la maison. Or, sous 1 influence de ce traitement fort simple , grAce à la température
(1) Grelois, Recueil des mém. de méd., de cliir. el de ph. mililaires. Tom. II, 5o série, 18Î59.
élevée qui règne en ce moment, une transpiration abondante s'établit, et trois jours après, les deux malades boutonnent aisément leur chemise : ils sont parfaitement guéris.
» Pour éviter la reproduction de pareils accidents ; on a , dit M. Dourif, sur ma demande, arrêté l'eau des fontaines au retour de la promenade, et aucun autre cas ne s'est produit. )>
Le fait que nous allons citer est encore plus extraordinaire que ceux qui précèdent :
M''^ R., âgée de 15 ans et quelques mois , blonde et rose , présente une augmentation du volume du corps thyroïde qu'il est difficile de ne pas rernarquer , mais qui n'a rien de désagréable.
Cette demoiselle a les globes oculaires volumineux et saillants. M. Gros qui a pubhé cette observation dans la Gazette hebdomadaire de médecine et de chirurgie de Paris, revoit sa malade plus tard , et la trouve guérie de son goitre.
Depuis cinq ou six jours , cette jeune personne se trouvant en fête, avait bu très-peu d'eau , et avait pris par compensation d'assez grandes quantités de vin pur. Elle dit à M. Gros que deux ou trois verres d'eau suffisaient pour faire grossir son petit goitre presque à vue d'oeil , et qu'elle avait souvent remarqué cela, — Nous^laissons parler M. Gros :
« Je la fis venir chez moi pour mieux l'observer, elle y est restée plusieurs jours. G'est ainsi que j'ai pu constater ce qui suit :
« Premier jour. M"«R... prend quatre ou cinq grands verres d'eau toutes les heures. A deux heures, le goitre a repris son volume habituel , c'est-à-dire qu'on aperçoit très-bien la saillie qu'il détermine à la région antérieure et inférieure du cou. L'exophthalmie devient plus marquée. A 4 heures , le goitre paraît avoir acquis plus de volume. Dans certaines positions du cou il est très-apparent. L'exophthalmie est très-forte ; les yeux deviennent larmoyants. A six heures , au dîner, plusieurs verres d'eau sont avalés coup sur coup. L'appétit est presque nul Après le repas, le goîtrc est plus volumineux que jamais... (1). »
(1) Gazelle hcbd. de méd. et de chir. de Paris. 1802, 29 août el 2G septembre.
'^0 GOITIIE ÉPIDÉMIQUE.
Nous savons que MM. Lavort, Chevalier, Nivet , Artigues, Gérard et Dourif , considèrent l'eau froide comme étant une cause active de goitre.
M. Gouget n'est pas de cet avis. Voici ce qu'il écrit à ce propos : « Mais si cette cause est aussi commune et d'une évidence aussi grande que l'assurent MM. Gérard et Artigues, il faut convenir par contre que sa puissance est loin d'être aussi grande, puisque sur une garnison de 2907 hommes , elle n'est pas arrivée à produire quinze goitreux (1). »
L'objection de M. Gouget nous paraît bien irréfléchie ; il n'a pas songé que son raisonnement, appliqué à un grand nombre de maladies, détruirait, d'un seul coup, une grande partie des données étiologiques admises par tous les médecins. Citons quelques exemples :
Une population de deux mille âmes habite un village placé au milieu d'un pays marécageux; elle' présente seulement 25 ou 30 fièvres intermittentes. On peut dire , si l'on adopte la manière de voir de M. Gouget , que ces maladies n'ont pas été produites par les miasmes du marais voisin.
Autre exemple : deux cents hommes de troupe , après avoir fait 40 kilomètres dans une journée , sont obligés, alors qu'un grand nombre est en sueur, de séjourner sur la place d'Espagne, qui est au nord de la ville de Clermont, par une pluie fine et un vent assez vif; plusieurs soldats sont atteints de pleurésies ou de pneumonie , d'autres de maux de gorge ou de rhumatismes ; un dixième seulement des soldats entre à l'hôpital. On aurait le droit, vu le petit nombre des individus atteints , de supposer que le refroidissement éprouvé par eux est étranger à la production de leurs maladies.
Nous ne pouvons accepter de semblables conclusions.
INFLUENCE DE LA COMPOSITION CniJIIQDE DE l'eAU POTABLE
L'eau potable de Riom est suffisamment aérée, elle vient des sources sous-laviqiies de Saint-Genès. Ces sources se
(I) Rapport de 18C2.
réunissent dans un réservoir découvert avant de s'engager dans les tuyaux de conduite. Cette eau a été analysée par M. Lamotte, professeur adjoint à l'Ecole de médecine et de pharmacie de Clermont. Ce chimiste a obtenu comme chiffre maximum , par litre d'eau , huit centigrammes de sels solubles et insolubles. Les substances solubles dans l'alcool pesaient 0 gr., 02 ; les substances solubles dans l'eau Ogr., 01 ; les substances insolubles Ogr., 05.
Il résulte de cette analyse et des réactions signalées par son auteur, que les eaux des fontaines de Riom contiennent des traces de chlorure de sodium ainsi que des quantités minimes de sels de chaux , d'oxide de fer et de silice.
L'eau potable de Clermont vient des sources qui s'échappent des brisures de la lave à côté de la grotte de Royat ; sa température prise à sa sortie des fontaines , est en moyenne de -H 11" à -f- 12° centigrades (1). Sa saveur est agréable, elle cuit bien les légumes et dissout très-bien le savon ; elle est d'une digestion facile.
D'après Robiquet, qui avait bien voulu nous indiquer le résultat de ses recherches , elle ne renferme pas de sulfate , et elle contient des traces de chlorures.
Il résulte des expériences que nous avons faites , il y a quelques années , que ces eaux fournissent dix centigrammes de substances salines par litre d'eau. Ce résidu est composé d'une quantité minime de chlorure de sodium , de sels de chaux , de bicarbonate de fer , d'acide sihcique, et d'un peu de matière organique.
Nous avons l'espérance de publier à la fin de cet ouvrage , une analyse plus exacte des eaux potables de Royat; mais nous pouvons, dès à présent, affirmer que leur composition chimique est complètement étrangère à la production du goître aigu épidémique.
Les expériences de M. Petrequin tendent à démontrer que l'eau de Clermont tient en dissolution 22 centimètres
(1) Nous n'avons pas lenu compte de la température de l'eau qui pendant 1 eiè, son des bornes-fontaines ou des fontaines en fonte.
cubes d'air môlé d'acide carbonique (1) ; d'après M. Bergouhnioux , l'habile préparateur de l'École de médecine et de pharmacie , la proportion de l'air également môlé d'acide carbonique est de 25 à 26'='^ par litre d'eau..
Jusqu'à présent on n'a point reconnu la présence de l'iode dans les eaux que nous venons d'étudier; mais nous ne pouvons admettre que cette absence d'iode soit la cause des engorgements thyroïdiens aigus observés chez les ^militaires et les collégiens de Clermont. Elle ne pourrait certainement pas produire, en aussi peu de temps , des goitres aussi nombreux.
D'autre part , l'iode manque dans les eaux potables de beaucoup de communes oii le goitre n'existe pas. Ainsi , à Cisternes-la-Forêt , point de goitre , point d'iode dans les eaux potables; à Pontaumur et à Thedde , très-peu de goitreux, point d'iode dans les eaux (2).
Il existe sur les plateaux élevés des Alpes , plusieurs villages qui appartenaient autrefois aux provinces du Faucigny , de la Maurienne et de la Tarentaise, où les goitres manquent, et cependant M. Châtain assure : que « sur les sommets et dans les vallées des Alpes l'air et toutes les eaux douces sont également pauvres en iode (3). ;)
Nous citerons parmi ces villages : Châtillon , Combloux , Onion , Albanne , Mont-Rond , Bessans , Bonneval et Les- Chapelles. ,
D'ailleurs , il nous semble difficile , en faisant intervenir uniquement l'absence de l'iode , d'expliquer la formation des goitres qui se multiplient parmi les élèves du collège lorsque le robinet d'eau froide de la cour des récréations est ouvert » et qui diminuent sensiblement quand on ferme ce robinet , et
(1) Recherches sur les eaux potables de CIcrmonl. ^ln?jaZes (f/ij/f/icHe el de médecine, 187d , tom. xxxvii, première parlie. D'après M. Pelrequin, les 22 ccnlimèlres cubes de gaz représenlent U<^<^ d'air Irès-oxygéné, el 8" d'acide carbonique, (pag. IC el 23).
(2) L'absence de l'iode dans les eaux des diverses localités citées ici a été conslalce par M. Gonod fils , pharmacien à Clernionl.
(5) Gomple-rendude l'Académie des sciences de Paris, du 5 janvier 1852.
qu'on fait boire aux mômes élèves de l'eau qui a été conservée dans des cruches où elle a dû se réchauffer un peu.
Que l'absence d'iode soit classée parmi les causes prédisposantes du goitre aigu , soit ; mais nous ne pouvons admettre qu'elle doive être rangée parmi les causes actives, déterminantes des engorgements rapides du corps thyroïdien (1).
INFLUEKCE DE l' ALIMENTATION.
A Clermont , la nourriture des soldats est bonne ; ils ont de fréquentes occasions de boire du vin pendant toute l'année, et ils en profitent. L'administration leur accorde en outre une ration de vin pendant la saison chaude au Heu de leur donner del'eau-de-vie.
Nous n'avons aucun motif de penser que les aliments, même en les supposant privés d'iode , soient pour quelque chose dans la production du goitre épidémique.