‹ Études sur le PéloponèseChapitre 47 sur 66 · XX, V · texte numérisé non relu

XX, V

L'ACHAIE. :{•>()

un aulie passage, Junoi) reproche au dieu de ne point voler au secours des Grecs, « (jui lui porte tent à Hélice et à /i.gae tant d'agréables prête sents ". »

Je leniarque le nom d'swo'jtyaie (|ue lui donne en ce monienl sa sœur. Ce (ul, en effet, celte puissance qui éhninlc la terre qu'éprouvèrent les Héliciens : triste récompense de tant de prières et de tant de sacrifices.

Deux ans avant la bataille de i.euctres, dans l'hiver de 3^3, pendant la nuit, un tiemblement de terre rerrversa de fond en comble la ville d'Hélice*; les eaux de la mer, franchissant leurs limites, ensevelirent et les ruines et les habitants de celte malheureuse cité. Neptune n'épargna même pas son temple, et les flots s'élevèrent juscpi'à la cime du bois qui lui était consacré. Dans sa colère, il ne souffrit pas davantage (jue les cadavres fussent retirés et reçussent la sépulture. Le sol même de la ville s'était abîmé soirs les eaux.

Toute l'Achaïe consternée chercha l'explication de ce désastre. Les anciens ne voulaient aux bouleversements terrestres fpie des causes di-

' Ot ôâ TOI et; 'EXi'x'CiV tî v.t'. Mvà; owp' àvâyouai rioAXâ T£ xoà /otpîevTa. (//., \lil, v. 2o':i.)

' Paus., ./t//.. XXIV. - Siral... I, Mil, |., '^S.',.

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vines. C'élaiL là toute leur physique. Ou se rappela que des suppliants avaient été anacliés aux autels et massacrés '. D'autres^ parlaient des refus qu'avaient opposés les Héliciens aux Ioniens d'Asie, (|ui voulaient qu'ils leur cédassent la statue du dieu. Que!(pies-uns ^ accusaient leur violence à l'égard des députés ioniens qu'ils n'avaient même pas laissé sacrifier sur l'autel, et dont ils avaient dispersé les offrandes. Élien dit même (ju'ils les égorgèrent dans le temple, de concert avec les habitants de Bura '^.

Aussi Bura fut-elle enveloppée dans la même ruine. Tous ses habitants périrent également sous les débris de leur patiie, et leurs cadavres ne furent protégés que par la position de la ville sur la montagne. Comment ne pas reconnaître l'éclatante vengeance du dieu? y^giuffi, distante de (pjarante stades comme Bura , n'avait pas éprouvé la moindre secousse^! Au reste, les avertissements du ciel n'avaient pas manqué! les sources avaient tari; le soleil s'était montré ou plus rouge (pie le sang ou voilé de noir; des feux avaient

' Pans., /bid.

' Strab., )). 385.

•' Diod. Sic. I. XV, r. .',9.

^ t^lien, fie Nat. a/iim., XI , [^\).

^ Senec, Qtuvst. luit., I. VI, <-. 2'».

L'ACHAii:. 331

sillontié le ciel, et la terre avait fait entendre de sourds mugissements ' !

Le territoire d'IIélicé fut réuni à celui cV/¥.gium, (|ui hérita en même temps de sa prospérité et devint la capitale de l'Acliaïe. Quant à lîura, comme un petit nombre de ses liabilants avaient survécu, ils fondèrent une seconde fois leur ville anéantie; riches de tant d'héritages, ils firent venir pour l'embellir le marbre du Pentélifpie, et appelèrent le sculpteur Euclide, Athénien.

Mais le souvenir de cet événement se perpétua pendant des siècles : les matelots montrèrent toujours la place d'Hélice. Ils faisaient même im grand détour pour ne point se l^riser contre un Neptune de bronze (jui se maintenait à fleur d'eau sur sa base ^ : statue de la Vengeance éternisée.

Les Romains en parlaient encore, poètes comme naturalistes :

«Si quaeras Heliceu et liuraii, Achaïdos urbes « Inventes siib aquis et adhiic ostendere nauta; « Inclinata soient ciim niœnibiis opoida mersis'. >•

« Helicen et Buran, » dit Pline, « in sinu Cote rinthio, (piarum in alto vestigia apparent 4. »

' Paus.,//^., \XIV.

' Kratostli. a|>. Stral)., \ 111 , p. iS/J.

"• Ovid., Mrtaiii., \\\ v. ■i.(V\.

4 l'Iin., Hist. nal^ Il , \yi.

;J32 L'ACHAIE.

Mais le poète et le piosaleur se trompent tous les deux ; Bina, située sur une montagne escarpée, à une lieue de la mer, ne j)ouvait se voir sous les eaux; de plus, elle avait été reconstruite à son ancienne place. Hélice avait véritablement dispaïu. Du temps de Pausanias, les luines se voyaient encore un peu, quoique rongées par l'action de la mer '.

Il parait, du reste, que la colère de INeptune dure encore. Le .23 août 181-7, -^X'"^''^ ^ ^^'^ tour (aujourd'hui f us(itza) fut aux deux tiers renversée par un tremblement tle terre, et cinq villages, sur le territoire de l'antique Hélice, furent complètement anéantis.

A l'orient de Bura, en s'avançanl vers Sicyone, se présente bientôt le Cralbis, qui roule, mêlées à ses eaux, les eaux du Styx, et ne tcirit jdfUdis'^: éloge qu'on ne saurait adresser îi la plupart des torrents (jui ariosent l'Achaïe; car ils se dessèchent dès que l'été a fondu les dernières neiges. Sur les boids du Crathis était j-Egœ, où Neptune n'était pas moins vénéré qu'à Hélice ^, comme le prouvent les vers d'Homère cités plus haut, et ces autres vers;

' SuvoTTxa, où ulÈv £Ti yE ôjj(.o{o)<; , iii uttÔ Trjç ^\\^rfi XsXuaaffjxÉva. (Pans., Ach., XXV^.) ' 'Xi'^^OLO^. {Tbid.) ' IL, Mil, V. 2o3.

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