PRÉFACE
La physiologie expérimentale du système nerveux est une œuvre qui doit paraître à tous ceux qui s’occupent de science médicale aussi difficile que pénible, si l’on songe que, malgré les nombreux travaux, les importantes et minutieuses recherches des savans, malgré tant de veilles et d’investigations laborieuses, les fonctions de l’appareil nerveux semblent encore être 'un mystère impénétrable. On dirait que l’intelligence de l’homme doit s’arrêter là, qu’il lui est interdit d’interpréter les phénomènes de ces organes , oui établissent d’une manière si tranchée les caractères de l’animalité.
J’ose aborder pourtant cette entreprise, si téméraire quelle puisse paraître , car j’ai l’espérance de jeter quelques clartés sur un point si obscur encore de la science. Je ne prétendrai pas rattacher toute la puissance intellec-
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tuelle à l’organisation, fet mesurer la perfection des fonctions à la forme et au volume des diverses parties de l’appareil nerveux, mais j’espère démontrer que les fonctions sont en rapport avec les proportions du système nerveux, et que, chez tous les êtres qui sentent et se meuvent, la fibre nerveuse est répandue dans le corps vivant sous forme de masse ou de cordons. La régularité des fonctions établit en général une sorte d’équilibre, et constitue dans l’homme une supériorité incontestable, qui le distingue des autres animaux par l’élévation de la pensée, par le brillant de l’imagination, faculté mystérieuse et insaisissable, comme la divinité dont elle émane. Jetons un coup d’œil sur les différentes classes qui composent l’échelle animale, et voyons si les fonctions grandissent à mesure que l’appareil nerveux est plus parfait.
Dans une classe inférieure , la substance nerveuse se montre sous forme de filets mous et de petits renflemens placés autour de la bouche. Mais on ne retrouve, chose remarquable, de la substance grise ni dans ces filets nerveux ni dans ces renflemens. La substance blanche entre seule dans leur composition. Or
c’est à sa surface que se tient répandu le fluide électrique, et c’est elle qui paraît être chargée de la sécrétion, pour ainsi dire, de ce fluide, et de son transport dans les diverses parties du corps.
Si nous avançons dans l’échelle des animaux
invertébrés, nous trouvons les nerfs plus gros; ils forment deux cordons qui se réunissent dans des ganglions, sorte de nœuds qui résultent de la réunion des filets qui accompagnent l’œsophage. On trouve autour de ce conduit et autour de la bouche un anneau, et quelquefois un ganglion, qui prend le nom de cerveau dans les mollusques, et dont le développement est en rapport avec celui de la tête. Jusque-là, dans tous ces animaux, on ne rencontre aucun centre nerveux, si ce n’est dans les céphalopodes qui en présentent un remarquable , d’où semble découler la puissance motrice et les sensations.
Nous venons de voir que dans les invertébrés il n’y avait pas d’organes centraux des sensations et du mouvement. Il n’en est pas de même dans les animaux qui portent une colonne osseuse, qui renferme et protège la moelle épinière , d’où partent des cordons
qui restent sous sa dépendance, sorte detui qui se renfle pour former la tête, vaste cavité qui contient ces masses nerveuses, proportionnées à l’intelligence des êtres quelles gouvernent. C’est dans cette boîte crânienne que l’on trouve le cerveau , le cervelet et la moelle alongée, d’où émanent des nerfs importans. Dans tous les animaux qui composent cette grande classe , on trouve donc : i 0 Les masses nerveuses renfermées dans le crâne; 2.0 Un cordon dans le canal vertébral ; 3° Des nerfs qui se répandent dans les membranes et les muscles, et dont le nombre est en rapport avec celui des ouvertures situées à la base du crâne et les côtés de la colonne vertébrale.
Tout cela ne veut pas dire qu’il n’y a pas de différence remarquable entre les diverses parties qui composent l’appareil nerveux, et dans les genres variés qui constituent cette grande classe. Le système nerveux en effet, depuis les reptiles et les poissons jusqu’à l’homme, qui présente sous ce rapport le plus beau degré de perfection, offre des variétés dignes du plus haut intérêt. On trouve dans l’homme, aux phases successives de son développement, l’état passager, qui est permanent dans les
genres d’une même classe d’animaux. On dirait que la nature a voulu montrer ainsi toute la supériorité de son organisation sur tout ce qui l’entoure. Ces métamorphoses, que le système nerveux de l’homme paraît subir dans son développement, avaient conduit des philosophes à admettre la théorie des analogues, théorie qui parait d’abord une sorte de merveille, et que l’observation et l’expérience ont rendue inadmissible, l’état embryonnaire ne pouvant servir de base à ces principes, puisqu’il n’est lui-même que temporaire et passager.
Étudier isolément chaque partie du système nerveux, présente une grande différence chez l’homme et les autres vertébrés ; voyez la moelle épinière, par exemple; elle est creuse chez les ovipares, pleine dans l’homme, elle ne présente un conduit au centre que d’une manière accidentelle. Dans les autres mammifères, elle est pleine aussi, il est vrai, mais son volume est disproportionné avec celui des renflemens crâniens, qui est toujours en raison inverse de celui de la moelle. Ils présentent tous aussi un nerf, très remarquable par lui-même , couché sur les côtés de la face antérieure de la colonne vertébrale, le nerf grand sympathique.
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Le cervelet présente la même différence de structure et de développement. Petit et fort simple dans les poissons osseux , peu volumineux dans la plupart des reptiles et dans la plupart des poissons cartilagineux, il est plus compliqué dans les oiseaux. Il présente déjà des lames, et l’apparence d’hémisphères latéraux; mais il n’y a point encore de traces de ces prolongemens qui, chez d’autres animaux, concourent à la formation de la protubérance annulaire.
Dans tous les mammifères, on rencontre un cervelet composé de lamelles, d’hémisphères latéraux; toutes ces parties sont de plus en plus marquées, jusqu’à ce que l’on soit arrivé à l’homme, chez lequel elles présentent la plus grande perfection. Il n’y a que dans quelques poissons, comme la torpille, que l’on rencontre des sortes de lobes accessoires derrière le cervelet.
Les tubercules quadrijumeaux présentent aussi une grande différence, soit qu’on examine leur volume extérieur, soit qu’on pénètre leur épaisseur avec le scalpel. Ils existent dans tous les vertébrés, et donnent naissance, en partie du moins, aux nerfs optiques. Plus le
cerveau est développé , et moins les tubercules quadrijumeaux ont de volume. Au nombre de deux dans les oiseaux, ils sont au nombre de quatre chez les mammifères, et à peu près égaux d’ailleurs chez l’homme et chez les quadrumanes. La paire antérieure est plus volumineuse chez les rongeurs, les ruminans et les solipèdes, que la paire postérieure, qui à son tour offre des proportions plus grandes dans les carnassiers.
Le cerveau, formé par les pyramides antérieures, qui s’épanouissent en éventail, et qui se croisent au dessous de la protubérance annulaire, dans les mammifères et les oiseaux de proie seulement, offre, lui aussi, des variétés très remarquables, et même, suivant Desmoulins, il n’existerait point dans les poissons cartilagineux, et il serait représenté dans les poissons osseux par une couche optique solide.
Dans les reptiles et les oiseaux, apparaissent des rudimens d’hémisphères, qui semblent formés par la couche optique creusée à cet effet, et qui laissent à nu les tubercules quadrijumeaux ; mais il n’y a encore ni lobes, ni circonvolutions, ni corps calleux. Je ferai remarquer en passant que les oiseaux, dépourvus des cir-