‹ Études sur le XVIIIe siècleChapitre 11 sur 45 · Digression sur la sincérité philosophique · texte numérisé non relu

Digression sur la sincérité philosophique

Scandale causé par ce dernier livre. Intervention d'Arnauld.

Danger de la thèse soutenue par La Mothe le Vayer, que « la foi n'est pas nécessaire au salut » et moins encore « la religion à la vertu ». Interruption de la discussion par l'affaire du Jansénisme (1643-1663).

"i. — Molière.

Qu'il n'est pas ici question de savoir ce que Molière a voulu, ni s'il a voulu quelque chose, ni même ce qu'il a pu penser intérieurement de son œuvre ; — mais uniquement de ce que ses contemporains ont vii^ ou cru voir dans son œuvre.

Sa philosophie de la nature. Contraindre ou régenter la nature, c'est aux yeux de Molière la (( mutiler » sous le vain prétexte de la. « perfectionner », et là même sont : 1^ la source de tous les ridicules (Sganarelle, Arnolphe, Armande); — 2^ le principe de tous les vices (Tartuffe, don Juan, Trissotin); — 3^ l'origine de toutes les erreurs (Philaminte).

D'où cette conséquence que l'imitation de la nature sera le principe de toute morale, comme de toute esthétique, et même de toute médecine. (Voir Malade imaginaire^ éà. Despois, IX, 395, 397,399; et cf. Diderot, éd. Assézat, I, 245,246.)

Là est en même temps la réponse à toutes questions qu'on se pose : parenté de Molière avec Rabelais, exacte signification de Tartuffe^ faveur de Molière auprès des « libres penseurs )>, etc. Il a popularisé, sans la nommer, la philosophie de la nature, et proclamé publiquement qu'aucune morale ne valait les « leçons )) de la nature.

Diversité de sens que peut recevoir le mot nature )>, mais que de toutes manières il n'y en a point de plus contraire à celui de « grâce » \ ni donc de moins a chrétien » et surtout au temps de Molière. Comment, par ce lien, Molière se rattache à La Mothe le Vayer et tous deux à Pierre Bayle, car là où suffît la nature, à quoi bon quelque espèce de religion que ce soit?

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