LA RECONTRE. PAR GUSTAVE COURBET
Tableau connu sous le titre : Bonjour, Monsieur Courbht {Musée Je Montpellier. )
l'éclaircissement progressif de la palette; toutefois on ne verra point Manet s'appliquer, avec les Impressionnistes, a noter le poudroiement de la lumière diffuse et les jeux ténus de l'enveloppe; il ne se soumet pas à la loi du contraste simultané et du mélange optique; ses visées ne le portent pas plus que Cézanne, pas plus que Bazille et que Degas, à la consignation exclusive des phénomènes lumineux. Amoureux du beau ton, Cézanne, maitre peintre, dessine et modèle en pleine pâte; dans la
même voie que l'auteur de VOtympia s'efforce Bazille, tombé en héros au combat de Beaune-la-Rolande ; mais peut-être posséda-t-il avant et plus que Manet, l'intuition de l'ambiance : la Temme au pied d'un arbre offre le premier exemple d'une figure montrée par la campagne ensoleillée s'enlevant en clair sur clair. L'origine languedocienne de Bazille peut ne pas être étrangère à l'ordre de ses recherches; parmi ses œuvres peu nombreuses, plusieurs ont été exécutées, sinon à Montpellier même, où il est né, du moins dans le Midi. L'art d'Edgard Degas est, au rebours d'essence et de quintessence parisiennes ; le champ de courses — qui avait déjà fourni à Géricault plus d'une inspiration heureuse, — l'opéra, le café-concert, les ateliers l'attirent et l'intéressent; il dévisage les chanteuses, les ballerines, les jockeys, les ouvrières en action ou au repos; il surprend en des accroupissements batraciens les baigneuses occupées à purifier leur chair dans le secret de la réclusion. Qu'est pourtant cet analyste aigu et méprisant de la vie moderne? Un disciple lointain de Ghirlandajo, qui copie Poussin, s'affilie à Ingres et subit l'attirance des estampes japonaises que collectionnaient déjà Rousseau et Millet, Manet et Monet. De toute évidence, le titre de chef de l'école du plein air revient en propre à Claude Monet ; il a repris, poursuivi et fait triomphalement aboutir les recherches « luministes » encore timides, indécises et confuses de Courbet; nul ne s'est montré à ce point puissant et subtil, pareillement apte à fixer les plus rapides, les plus fugitives visions et à différencier, dans leurs états successifs, les variations de l'atmosphère; jamais facultés picturales n'ont été mises au service d'un appareil de perception optique aussi affiné et aussi sensible ; au résumé, le paysage moderne n'a pas compté, en dehors de Turner et de Corot, de maître de plus fière envergure. Renoir, transfuge de l'atelier Gleyre, comme Monet, est, comme lui, acquis à la doctrine nouvelle; \zjeune fille dans le jardin ou E/i f7t? (Salon de i 869) montre son talent envoie de formation; il serait curieux de comparer à ce tableau le Portrait du Grand-Père exécuté dans la suite par Bastien Lepage et qui figura au Salon de 1874; c'est de part et d'autre le même compromis ou, si l'on veut, la même lutte entre la soumission à l'enseignement classique et les tendances vers une expression d'art moins factice, plus sincère et plus directe ; mais, alors que l'audace de Bastien-Lepage ne s'aventure guère au delà, l'émancipation de Renoir est sûre, continue et, en même temps, sa palette s'irise des plus délicates nuances. La rue grouillante, la
banlieue et ses canotiers, le théâtre et son faste, le Moulin de la Galette avec ses buveurs attablés, les bals où tournoient les couples amoureusement enlacés, voilà les thèmes familiers à ce notateur du plaisir parisien