UN SIECLE D'ART
C'est le propre des sociétés vieillies de se complaire à l'évocation du passé, aux longs regards sur l'Histoire ; leur existence artificielle est surtout faite de souvenirs ; en se remémorant les âges abolis, elles éprouvent l'orgueil de survivre à tant d'orages et elles s'accoutument à approfondir la loi de leur destinée. Notre ère n'a pas échappé à larégle commune ; sa caractéristique essentielle est une recherche de la vérité passionnée et impuissante à se satisfaire ; dans tous les ordres de la pensée succèdent au caprice des inductions hasardeuses les connaissances acquises sous le contrôle d'un examen réfléchi et jamais clos. De là vient que la vision des temps révolus ne cesse pas de se modifier aux clartés des lumières nouvelles et que l'Histoire apparaît telle qu'un procès qui, perpétuellement, s'instruit ou se revise. A n'envisager que l'Art, le souci d'une information plus sûre a porté de bonne heure la France à interroger et à remettre en lumière
l'œuvra d'autrefois. Le penchant éclate durant la Révolution, qui crée les musées départementaux, ouvre au public le Louvre et le couvent des Petits-Augustins tout empli des trouvailles de Lenoir ; il s'avive encore sous l'aiguillon de la curiosité romantique ; l'émancipation définitive des esprits les entraîne à la découverte parallèle des civilisations étrangères et du moyen âge. De tous côtés, à Paris, dans les provinces, on recherche les monuments, on les rassemble, on les compare au grand jour des expositions rétrospectives. Bientôt prédomine la volonté de réhabiliter le génie méconnu de la France, et l'archéologie nationale se fonde... Une poursuite logique des revendications devait étendre en dehors de la période médiévale le bénéfice de ce retour d'attention et d'estime ; des époques moins lointaines sollicitent le justicier, et l'on voit, aux environs de i85o, des érudits artistes, les Concourt en tète, relever de son inconcevable discrédit l'école de la Régence et de Louis XV, par qui avaient superbement triomphé nos dons fonciers de mesure, d'élégance et de grâce.
Moins l'objet de l'étude est distant de nous, plus l'intérêt s'accroît. Le désir d'être édifié sur nos ascendants directs et sur la persistance de la tradition légitime cette surexcitation ; elle s'explique aussi par l'impatience que les fils ont toujours montrée à se prononcer sur leurs pères. Le xix" siècle ne touchait pas à son terme que l'on se prenait déjà à dresser son testament et à juger son œuvre. Chacun entend s'élever aux considérations planantes et aboutir à de définitives conclusions; ce ne sont qu'entreprises récapitulatives et qu'inventaires de gloire ; tour à tour, pour en faire honneur à leurs aînées, les générations nouvelles réunissent les dessins, les portraits, les estampes parus depuis la première République. Enfin arrive l'Exposition de 1889, où la pensée de célébrer cent années d'art va compléter ces résurrections partielles et prématurées en leurdonnant le lien logique d'un plan d'ensemble et le sens d'une enquête générale.
L'événement date d'hier; mais il a été de si grande conséquence, que les péripéties n'en sauraient être rappelées en vain. Institué par Castagnary, en dépit d'oppositions très vives, et réalisé sous la direction d'Antonin Proust, le premier musée centennal n'a pas laissé d'offrir les plus salutaires enseignements.
On se le rappelle encore, implanté, comme de vive force, au milieu du palais de Formigé, du palais rose tendre et bleu turquoise, alors dans
p.p. Prud'Koii.dei