LA TOILETTE, PAR PUVIS DE CHAVANNES
( Collection Je M. Tij-viland. )
La section des dessins du siècle constituait, à vraiment parler, une exposition spéciale; par le nombre elle l'emportait sur les collections réunies au quai Malaquais en 1884 et au Champ-de-Mars en 1889. L'extension donnée à ce département répondait au désir, déjà signalé, d'apporter un complément d'information nécessaire en révélant des
— coproductions renseignantes entre toutes et trop souvent tenues loin du regard dans les musées, chez les amateurs même. Le dessin n'est-il pas seul à posséder « le pouvoir révélateur et la vertu suggestive »? Nulle part on ne pouvait mieux suivre le moderne épanouissement de notre génie émancipé que dans ces sténographies directes, dépourvues d'artifice ou d'apprêt.
A cet égard, et par exception, la convenance des locaux s'accordait à seconder les vues de l'organisateur : au premier étage des halls court une galerie étroite, offrant trop peu de recul pour qu'aucune toile importante puisse être accrochée sur la paroi, mais qui permet l'utilisation des surfaces murales, d'ailleurs considérables, si l'on n'y dispose que des oeuvres de dimensions restreintes, comme sont d'ordinaire les dessins. Les deux nefs en furent garnies; encore les ouvrages rehaussés de couleur ne prirent-ils pas place sur le palier; un plus sûr asile leur était garanti dans les salles du rez-de-chaussée, à l'abri de l'éclairage direct et des clartés trop violentes. A quelles raisons était dû l'intérêt passionnant de l'ensemble? La question s'est trouvée ailleurs étudiée '. Ce fut déjà une particularité, et non la moindre, d'admettre au bénéfice de la divulgation les sculpteurs, de Clodion, — dont le mode d'écriture semble parfois présager Daumier — à Barye, à Pradier, à Carpeaux, à P. -A. Graillon; les graveurs, de Méryon et Bracquemond à Gaillard, Chifflard, Jacquemart et Buhot ; les architectes, de Fontaine à Violletle-Duc; les humoristes, de Henry Monnier à Gavarni, de Guys à Edmond Morin, et même les « lettrés artistes », de Victor Hugo à Théophile Gautier. On retiendra encore que le degré d'avancement ne guida en rien le choix et que nul ostracisme ne bannit le crayonnage vague, sommaire, s'il était jugé édifiant. Qu'est d'ailleurs le croquis ? Une manière de confidence, le balbutiement d'une pensée qui se cherche et qui s'élucide sous la contrainte de la définition graphique. Le croquis fixe la vision à jamais évanouie, délaissée; il contient en soi le germe de la création future; que plus tard il y ait ou non reprise et développement de l'idée formulée durant l'éclair d'une illumination soudaine, le prix reste invariable de cette expression, qui est presque encore du rêve et qui offre la plus sûre initiation aux dessous de l'œuvre.
I . Voir la préface des Satires du dessin (Chaix éditeur) ; la seconde année de ce recueil a été consacrée, dans son entier, à la reproduction des plus beaux dessins exposés à la Ccntennale (49 héliogravures in-4").
Ils en eurent bien conscience, ceux qui s'attardèrent devant les cadres à suivre, à travers l'inquiétude des recherches, la genèse de la Médée, de la 'Bataille des Cimhres, l'élahoraùon des 'Funérailles d'Atala, de la T(evue nocturne, du Wagon de troisième classe, de VJlpothéose d'Homère, ou qui se plurent à rapprocher l'interprétation dessinée et