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LA PRIERE DU MATIN. PAR J.-B. GREUZE

(Mu..ee Je Montpelliei .)

aux T^omains de la décadence de Couture, et le Saint Symphorien d'Ingres à V Automne de Puvis de Chavannes ; dans les salles voisines on avait groupé les tableaux de moindre format; non sans quelque désordre, Boilly voisinait avec Manet, Millet avec Baudry ; à la suite, dessins et estampes étaient installés, très à l'étroit, tandis que les sculptures,

d'ailleurs fort peu nombreuses, garnissaient la nef. Alentour au contraire, les sections de l'art contemporain, étranger et français, se développaient au large, occupant, sauf cette enclave, l'édifice dans son entier. L'obstruction la plus tenace ne parvint point à empêcher la vérité de se dégager haute et probante, tant il est certain que c'est assez d'une filtrée de jour pour dissiper les ténèbres. On avait espéré compromettre, par une relégation inique, le succès de l'entreprise, et voici t]ue la place dévolue prenait la signification d'un symbole : avec ses chefs-d'œuvre d'antan groupés sous le dôme central, l'école française semblait l'unique foyer d'où avait rayonné au loin, partout, la flamme inspiratrice. Personne, soit chez nos contemporains, soit au dehors, qui n'ait tiré profit de ses exemples ; les plus révolutionnaires d'entre les novateurs se découvraient avec leurs devanciers de secrètes attaches; en même temps s'établissait le décompte des emprunts dont l'art des deux mondes demeurait redevable à la France.

Pour contraindre notre pays à prendre conscience de son génie, il avait suffi de le révéler à lui-même. Encore s'en était-il fallu que les délais nécessaires fussent accordés pour mener à bien une pareille tâche, et le résultat fut digne d'étonner, si l'on songe au court répit laissé pour y atteindre. Organisée en quelques mois, l'Exposition centennale de 1 88q ne garda point la marque des improvisations hâtives '. Les plus acharnés détracteurs n'ont trouvé à formuler contre elle que des griefs d'assez mince importance. La vérité est qu'une heureuse fortune avait secondé l'effort, que les circonstances ne laissaient pas d'être favorables, et que les difficultés rencontrées (si grandes aient-elles paru alors) allaient sans cesse s'accroître et rendre plus ardue la réussite lorsque l'instant viendrait de répéter l'expérience et d'établir de nouveau, à l'expiration du siècle, le bilan de son apport.

La création d'un département rétrospectif n'alla pas sans rencontrer les pires entraves ; derechef, il parut que c'était là une tentative redoutable à la façon d'une « concurrence », et par surcroit encombrante. Alors que la place était mesurée aux vivants, de quel droit en

j . " Telle qu'elle était. l'Exposition centennale, envisagée dans ses grandes lignes, constituait un ensemble magistral, attestait le goût et la science de ceux qui l'avaient organisée et offrait des points de repère suffisants pour permettre de suivre les évolutions de l'art pendant la période de 178g à 1889. Elle justifiait l'hommage à la fois touchant et flatteur des jurés étrangers qui. dans la première séance du jury international de la peinture, proposèrent à l'unanimité l'attribution d'une médaille d'honneur collective aux exposants fran<,-ais. » (J{jppcrl ^cnei\il sur l'Exposilion universelle Je ;A'<S'i;. par M. Alfred Picard, t. IV. p. 4.)

distraire une part au profit du passé ? Un instant, chacun put croire le projet avorté, et définitivement ajournée la mise en lumière glorifiante et instructive. Si les espaces tout d'abord concédés n'étaient pas en-

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