Fenêtres. MeurtriÈns
Nons n'avons point à nous occuper ici des ren-' scignements qae peuvent fournir les formes caractérisliques de quelques ouvertures, teltes que l'ogivâ , le plein cintre , les fenêtres carrées avec meneaux en croix. Nous ne nous attacherons qu'aux dispositions propres à l'arcbitecture militaire.
Toutes les oavertures pratiquées dans le mur d'enceinte d'une place de guerre sont fort étroites. On ne voit de fenêtres, à proprement parler, qu'à une hauteur telle que les traits de l'ennemi y soient peu & craindre. Beaucoup de tours de courtines n'offrent même pas d'ouvertures donnant sur la campagne.
Il faut d'abord prémunir les observateurs contre les inductions qn'ils seraient tentés de tirer delà forme des ouvertures étroites conn&es sous le nom de mewtrières. De ce qu'un ch&teau a des meurtrières ou d«9 embrasures évidemment destinées & des armes à feu, l'on ne doit pas conclure que la cjnstroctittn de cette forteresse soit postérieure à l'nsagB de l'artilterie. En effet, il est toujours fecile de percer une muraille, et, lorsque les armes à feu commencèrent à jouer un grand rôle dans les sièges, on s'enpmsa de faire aux anciennes fortifications
DyGoogle
850 ÉTUDES SUR LES ARTS AU MOYEN AGE les travaux nécessaires pour le service des canons et des arquebuses. Il faut donc, avant tout, observer avec le plus grand soin si les meurtrières que l'on étudie sont de construction primitive ou si elles ont ët6 ajoutées.
On peut distinguer quatre espèces de baies dans {'épaissear des remparts d'une place forlinôe ; ce sont :
i" Des trous carrés toujours (rès-étroits, quelquefois un peu plus longs que larges;
3* De longues fentes verticales, hautes de trois k six pieds et plus, très-étroites à l'estériBar, s'étargissant k l'intérieur, terminées à leur sommet par une portion d'arc, que viant quelquefois interrompre it l'intérieur la parité supérieure de la paroi où la meurtrière est pratiquée;
3° Des Tentes, semblables aux précédentes, mais moins longues, traversées par une fente horizontale : même disposition intérieure;
4* Des fentes dont le centre ou la partie inférieure est agrandie el présente un trou circulaire i même disposition intËrieure.
Les premières ouvertures, n* 1, ne paraissent pas avoir eu d'autre usage que celui de donner du jour et de l'air, et peut-être d'observer l'ennemi à couvert.
Les dernières, n" 4, semblent avoir été, sinon
DyGOOgIC
L'ARCBITBCTURE HILITAIRB. 257
construites, dn moins disposées, pour des armes à feu, et, lorsque le trou rond est placé au bas de la fenle, et qu'il a de certaines dimensions, on peut conclure qu'il a servi à une pièce d'artillerie.
Quant aux fentes verticales, n" 2, et aux ouvertures en croîs, n' 3, on considère ordinairement les premières comme destinées au tir de l'arc, et les secondes à celui de l'arbalète. (Quelques archéologues nomment les premières arcbères; les secondes, arbalêtnères.) Or, l'nsage de cette dernière arme s'étant introduit en France vers la fin du xii° siècle, on pourrait, de la forme des meurtrières, tirer des conclusions sur l'époque de la bâtisse 'a laquelle ces meurtrières appartiennent, si loutefois l'opinion que nous venons de rapporter était fondée. Mnlhcureusement,ce point reste encore sujets bien dcsdoules.I/arbalèteaétédéfendueenfre chrétiens, au deuxième concile de Latran, en 11 39. Guillaume le Breton rapporte que, de son temps, les Français n'en faisaient encore que peu d'usage :
FrancigenîB aoitria. Ulîs ignota diebus, Eei erat omnino qtiid balistarius arcui, QuiJ balista foret.
{Phllippidos, t. 11,315.)
il ne s'agit que de l'arbalète ayant un arcd'ociVr, car les arbalètes avec des arcs de bois ou de corne étaient connues dans l'antiquité. On en voit la
description dans Âmmiec Uarceilin, sous le nom de manabalista, et, an musée du Puy, un bas-relief curieux oSreuu chasseur armé d'une arbalète : la grandeur de l'arc moutre qu'il ne peut être que de bois.
H&tODS-Dous de dire qu'il existe des preuves que, bien avant l'invention des armes à feu, les longues fentes pratiquées dans les murs des places fortes ont servi à lancer des traits. Un passage de Guillaume le Breton ne laisse point de doute à cet ^ard.
Facit aplariqac renestris
SirictÎB et longi», ut streauus arte latenti Intmitlat lathi prffinuiitift tda «atellM.
Mais quelle était l'arme au moyen de laquel'c on lançait ces traits? Voilà ce qu'il est plus difficile de déterminer qu'on ne le pourrait croire d'abord. La plupart des ouvertures que nous ayons appelées meurtrières, d'après l'usage général, sont percées dans des murs souvent épais de sept ou huit pieds, et, en s'avançant aussi loin que le lui aurait permis le rétrécissement de la muraille, du cillé de l'ouverture extérieure, l'archer qui voulait décocher une flèche ne pouvait guère s'approcher assez pour bien ajuster et manier commodément son arme. On comprend qu'il ne découvrait que l'«n-
DyGoogle
nemi placé esactemeat dans l'axe de la meurlrtëre. ea sorte qu'il lui eût été & pau près impossible de tirar sur un homme ea mouvement. On observe encore qae la hauteur de la meurtrière est rarement assez grande pour qu'on puisse bander iin arc dans l'intérieur de son embrasure. L'arc le plus court avait au moins cinq pieds; il aurait donc fallu que la meurtrière eût plus de huit pieds de haut, car, pour tirer, l'archer élevait le milieu de son arc au niveau de son œil. Si l'on suppose, au contraire, que l'archer, pour tirer, restait hors de l'embrasure de la meurtrière, il courait le risque de frapper de sa flèche l'une ou l'autre paroi oblique de celte embrasure. En outre, comment pouvait-il juger alors de la distance de son ennemi, condition indispensable pour lancer une Qècbe? Ajoutons encore qu'on rencontre souvent des meurtrières fort exhaussées au-dessus de l'aire de la salle où elles sont pratiquées, et qu'on ne peut découvrir la campagne qu'en montant un escalier de plusieurs marches dans l'intérieur de ['embrasure.
Même observation pour les meurlrières en croix, dont la plupart sont d'ailleurs tellement étroites qu'elles ne laisseraient pas de place au jeu de l'arc de l'arbalète, lequel est horizontal, comme on sait
DyGoogle
Il faut donc admettre que la plupart de ces meurtrières, quelle qu'eu soit la forme, oui ^rvi à deâ armes à feu, on bien à une espèce de machine qui nous est inconnue; ou bien encore, ce qui est plus probable, que, dans le plus grand nombre de cas, elles n'ont en d'autre destination que de donner de la lumière et de l'air, sans compromettre la sûreté des habitants d'une place de guerre.
Qnelle que fût la destination de ces ouvertures, il est important de remarquer !es précautions prises par les ingénieurs pour qu'elles ne servissent point de passage aux traits de l'ennemi. On a vu qu'elles sont souvent élevées au-dessus de l'aire des étages qu'elles éclairent ou qu'elles défendent. Leur amortissement, en outre, est formé par une portion de vcûle dont la courbe est calculée de façon à rencoolier toujours un trait lancé d'en bas et de l'extérieur, à la portée ordinaire; elle empêchait ainsi que les traits n'arrivassent de but en blanc à l'intérieur, et sa courbe contribuait à les faire retomber dans l'embrasure, au lieu de leur permettre de ricocher dans l'intérieur.
Avant de terminer cet article, nous devons dire on mot des latrines disposées, en général, k une grande hauteur et toujours en encorbellement audessus du fossé. On les plaçait ordinairement dans
àc& tours, et dans des angles renlrants, aTin qu'elles fussent moins exposées; et, pour que l'assiégeant ne pût s'introduire par ces ouvertures, on prenait soin d'en défendre l'orilice extérieur par des barres de fer transversales.