Par le comité des art3 et monuments
de Saint-Savin,j'ai pensé que ma tâche ne se bornait pas à rinterprélation des sujets peints sur lesmurs de l'église; il m'a semblé que je devais encore rechercher l'origine, la date, les procédés matériels de ces peintures. Dès lors, une étude complète de l'église qui les renferme m'a paru nécessaire. En effet, dans l'absence ou l'insuffisance des renseignements historiques, les caractères particuliers à l'arciiitecture du monument peuvent nous fournir des témoignages de la plus haute importance. 11 était difficile d'ailleurs de séparer la peinture de l'architecture dans l'œuvre d'une époque où elles étaient si étroitement unies; enfin, l'abbaye dô Saint-Savin offrant dans ses fresques un système de décoration complet et. original, c'eût été en méconnaître l'harmonie que de ne pas le considérer dans ses rapports avec la disposition architectenique de l'édifice.
Je décrirai donc d'abord l'église telle qu'elle existe actuellement, et je m'occuperai ensuite de rassembler tous les documents historiques que j'ai pu recueillir sur l'abbaye de Saint-Savin '. Je
I. M. le maire de Poitiers a bien vcalu m'envoyer en communication les deux volumes du recueil de dom Fonteneau, qui contiennent un certain nombre de pièces relatives à l'abbaye de Saint-Savin ; ces renseignements m'ont été de la plus grande utilité pour mon travail. Je dois encore des remerciraents au savant M. Redet, archiviste de la préfecture de la Vienne,
commencerai par un abrégé de la légende du saint dont elle porte le nom. Bien que absolument dépourvue de toute critique liistoriquo, cette légende conserve le souvenir d'une tradition évidemment fort ancienne, et dont il était impossible de ne pas tenir compte. Elle est, en outre^ nécessaire à l'intelligence d'une partie des peintures qui retracent la vie de saint Savin.
J'écris l'histoire d'un monument, et non celle d'une communauté religieuse : aussi je m'attache-
qui m'a indiqué avec beaucoup de complaisance quelques documents curieux conservés dans le dépôt important confié à ses soins.
« Dom Léonard Fonteneau, né à Jully, diocèse de Bourges, a fait profession, à l'âge de vingt et un ans, dans l'abbaye de Saint-Allyre, à Clermont, le 7 septembre 1726. Il entreprit en 1741, conjointement avec dom Marie-Joseph Boudet, nonseulement de travailler à l'histoire du Poitou, mais encore à celle de toute l'Aquitaine. La mort ayant enlevé son compagnon d'études en 1743, il ne perdit pas courage. Il s'appliqua sans relâche à la recherche des diplômes, chartes et autres monuments relatifs à l'histoire des provinces de Poitou, d'Aunis et de Saintonge. Il a collationné ses copies sur les oi'iginaux avec beaucoup de soin et d'exactitude. Ces matériaux^ ramassés pendant vingt-sept ans et mis en ordre, forment une collection très-nombreuse. » (Notice de dom Tassia. Histoire litt. de la congrégation de Sainl-Maur.) Les manuscrits de dom Fonteneau, conservés à la bibliothèque de Poitiers, composent quatre-vingt-sept volumes in-folio. Voir l'intéressante notice publiée sur les travaux de ce laborieux bénédictin par M. Foucart, dans le tome II des Mémoires de la société des Antiquaires de VOuest.
Le recueil de dom Fonteneau contient, outre un assez grand nombre de chartes, diplômes, actes judiciaires, etc. : quel
rai principalement aux faits qui ont quelque rapport à la fondation, à l'agrandissement, à la dégradation de léglise. Toutefois, je noterai avec soin les périodes de prospérité de l'abbaye et celles de décadence ; car, de même que les richesses de ses religieux ont eu la plus grande influence sur sa décoration monumentale, de même sa pauvreté l'a préservée des altérations que tant d'autres églises ont subies aux époques de révolutions dans les arts.
ques mémoires manuscrits sur l'abbaye de Saiut-Savin. Plusieurs de ces mémoires me semblent des copies ou des abrégés du même ouvrage, que, d'après une note inscrite sur l'un des manuscrits, je crois devoir attribuer à dom Nozereau, de la congrégation de Saint-Maur. Je n'ai pu, d'ailleurs, me procurer aucun renseignement sur ce religieux ou sur ses ouvrages. Pour la rédaction de cette notice, je me suis servi principalement d'un manuscrit de la même collection, écrit en latin par dom Estiennot, qui paraît avoir visité l'abbaye de Saint-Savin et exploré ses archives avec un soin particulier. Dom Claude Estiennot de la Serre , né à Varennes, diocèse d'Autun, en 1639, prit les ordres dans l'abbaye de Vendôme en 1658. Il fut intimement lié avec Mabillon, et fit avec lui, à pied, le voyage de Flandre. Il mourut en 1699, dans les bras de B. de Montfaucon. Ses manuscrits formaient quarante-cinq volumes in-folio, presque tous écrits de sa main. « Ce ne sont pas seulement des copies, dit dom Tassin; on y rencontre souvent des notes très-judicieuses qui supposent un goût exquis, une grande justesse d'esprit et une profonde érudition. » Les manuscrits de dom Estiennot ont été mis en œuvre par Mabillon, les auteurs du Gallia Chrisdana, dom Vaissette, dom Bouquet, etc. : Mal)illon le cite souvent sous le nom de Steplianotius. (Voir dom Tassin, flisloire littéraire de la congrégation de Saint-Maur, page 177 et suivantes.)
Après avoir comparu entre eux les renseignements que nous auront fournis l'histoire et l'étutle du monument, j'examinerai les procédés d'eKécubion et les caractères généraux des peintures; j'essayerai d'en indiquer l'âge, et même de présenter l'hypothèse la plus probable, à mon avis, sur leur origine. La dernière partie de ce travail sera consacrée à l'explication des peintures.
Quatre visites à l'abbaye de Saint-Savin m'ont permis d'étudier son architecture avec tout le soin qu'elle mérite, et le concours le plus généreux de la part d'artistes et d'antiquaires instruits ne m'a pas manqué pour l'accomplissement de la tâche que j'avais entreprise. M. Denuelle, qui a séjourné assez longtemps à Saint-Savin depuis que les travaux de restauration ont fait découvrir des fresques inconnues il y a peu d'années, a bien voulu mettre à ma disposition plusieurs beaux dessins inédits. M. Joly Leterme, architecte de l'église, m'a communiqué ses plans et une foule d'observations importantes. M. VioUet- Leduc, qui m'avait accompagné dans mon dernier voyage, m'a ouvert son précieux portefeuille. Je dois enfin à M. de Chergé, correspondant du ministère de l'intérieur, et l'un des antiquaires les plus savants et les plus zélés du Poitou, beau-
coup de renseignements utiles sur un monument qu'il connaît depuis son enfance. Je suis heureux d'offrir ici à ces messieurs l'expression de ma reconnaissance.