‹ Études sur les arts du Moyen âgeChapitre 49 sur 62 · Cinlu, ruban · texte numérisé non relu

Cinlu, ruban

CONSTANTIN OPLE EN 1403. 309

ce sont dalles vertes de jaspe, et le pavé est de

dall(>s do jaspe de beaucoup de couleurs à toutes manières d'enlrclacs, cl ladite chapelle est bordée tout alentour de chaires de bois taillé, très-bien ouvrées, et entre chacune il y a comme un brazero de cuivre, avec de la cendre, où le monde crache, alin qu'on ne crache pas sur le pavé. Aussi beaucoup de lampes d'argent et de verre. El dans ladite église il y a beaucoup de reliques dont c'est l'empereur qui a la clef. El ce jour leur fut montré le bras gauche de saint .Jean-Baptiste, lequel est depuis l'épaule jusqu'à la main, et ce bras fut brûlé cl n'y a rien d'entier hormis la peau et l'os; et les jointures du coude el du poignet sont garnies d'or avec des pierreries. En ladite église, il y avait beaucoup d'autres reliques de Jésus-Christ, mais les ambassadeurs ne les virent pas ce jour-là, pour tant que l'empereur était allé à la chasse, laissant les clefs à l'impératrice sa femme, laquelle, les donnant, oublia de donner quant et quant celles qui ouvraient lesdites reliques. Mais ensuite, un autre jour, elles leur furent montrées comme il sera dit et raconté tout à l'heure. Et ladite église est monaslère de moines religieux; ils ont un réfectoire dai s une salle haute très-grande, el au milieu il y a une table de marbre blanc de trente pas en longueur, et devant force sièges de bois, ensemble

vingt et un bancs * de pioire blanche, qui servent comme de dressoirs pour mettre la vaisselle ou les viandes; semblablement trois autres tables de pierre aussi, mais plus petites. Dans l'intérieur du monastère, il y a force vergers, vignes et assez d'autre:, choses qui ne se peuvent raconter en bref.

Puis, le môme jour, s'en allèrent voir dans une autre église de Sainte-Marie, qui a nom Péribélique ^ et à l'entrée de ladite église, se voit une cour avec cyprès, noyers, ormeaux et beaucoup d'autres arbres, et le corps de l'église, du côté du dehors, est tout imagé d'images etde figures de toutes façons, riches et faicticement travaillées d'or, azur et autres couleurs. Et d'abord, en entrant au corps de l'église, à main gauche, il y avait force images figurées, et, parmi, une image de sainte Marie, et tout contre, d'un côté, une image d'empereur, et de l'autre côté, une image d'impératrice, et, aux pieds de l'image de sainte Marie, sont figurés trente

1. Poyos, bancs de pierre. Il s'agit ici d'espèces de servantes en pierre, probablement adaptées à la muraille, car poyo n'indique pas un banc isolé. C'est, à proprement parler, un banc à la porte delà maison.

2. Lisez Peribolique, c'est-à-dire Sainte-Marie-de-l'Enceinte des remparts. Ou voit le sens de ce mot dans Procope. « Ces églises, dit-il {De ced. I, chap. 3.) étaient placées en ce lieu pour qu'elles fussent les gardiennes invincibles de l'enceinte de la ville. Q-wç 5'ri àij.cpw dcxaxayojvis-Ta tpuXavcTTipwt tw T.içi:6o)M Tr^<; xôXtiwç ïtev. » Les Grecs l'appelaient Sainte -Maiûe-de-la Fontaine ; sv irrcch.

châteaux et villes avec les noms de chacun écrits en grec. Et leur fut dit que Icsdites villes et châteaux étaientdu domaine de ladite église, donnés à icelle par un empereur qui l'avait dotée, lequel avait nom Romain, et y est enterré. Et aux pieds de l'image susdite sont appendus certains privilèges écrits sur acier ' scellés de sceaux de cire et de plomh, et dit-on que ce sont les privilèges que l'église avait reçus desdites villes et châteaux. Au corps de l'église il y a cinq autels. Or, le corps de l'église, c'est une salle ronde, très-grande et haute, et porte sur des piliers ' de jaspe ^ de beaucoup de couleurs. El le pavé et les parois sont semblablement revêtus de dalles de jaspe. Ladite salle est bordée tout autour de trois nefs^^ qui s'y joignent, et le ciel couvre tout ensemble, salle et nefs, et est ouvré fort richement de mosaïque. Et, dans un bout de l'église, à main gauche, il y avait une grande sépulture de pierre de jaspe rouge, où repose ledit empereur Romain, et disait-on que jadis cette sépulture fut

1. En acero. Probablement il y a une faute dans le manuscrit. C'est, je suppose, en lettres d'or qu'il faut lire. Dans la vieille orthographe espagnole, on trouve quelquefois aiiro poftr oro- La méprise du copiste s'explique alors facilement.

Page 1