‹ Études sur les beaux-arts en généralChapitre 11 sur 104 · VAINQUEUR I)U DRAGON · texte numérisé non relu

VAINQUEUR I)U DRAGON

PAR RAPHAËL

Saint George a toujours été considéré comme le patron de la chevalerie ; elle se conférait au nom de Dieu et de monseigneur saint George. L’ancien proverbe, « Monté comme un saint George, » nous apprend que le cheval de saint George a, dès longtemps, joué un grand rôle dans son histoire , et ce fait nous est confirmé par le récit de Nicéphore Grégoras, historien grec du quatorzième siècle. Il raconte que, sous le règne d’Andronic-le- Vieux, le grand logothèle Théodore, assistant avec plusieurs autres personnes de la cour aux offices de nuit qui se célébraient le premier

samedi du carême en mémoire des empereurs orthodoxes, un messager vint de la part de l’empereur chercher Théodore, auprès duquel se trouvait en ce moment l’iiistorien qui rapporte le fait, et lui raconta «qu’à « l’heure de la retraite des soldais de la garde, on avait « tout-à-coup entendu un tel hennissement qu’il avait « frappé tout le monde de surprise; d’autant plus qu’il « ne se trouvait alors aux environs aucun cheval, tous « ayant été ramenés le soir dans leurs écuries, situées à « une grande distance. Ce bruit commençait à peine à « s’apaiser qu’il se fit entendre de nouveau et avec beaua coup plus de violence dans les appartements de l’em- « pereur, qui envoya aussitôt un domestique s’infor- « mer de ce qui pouvait le causer; mais le domestique, « étant revenu, déclara n’avoir entendu autre chose « que le bruit qui semblait sortir d’un mur situé contre « la chapelle de la Vierge victorieuse, et sur lequel le « fameux peintre Paul avait long-temps auparavant « représenté un saint George à cheval. »

Après avoir entendu ces nouvelles, le grand logothète, composant son visage , alla trouver l’empereur, et le félicita sur les triomphes que lui présageaient les hennissements miraculeux du belliqueux cheval de saint George : sur quoi l’empereur, en soupirant , lui dit : « Je vois bien que vous ne savez pas la vérité des « choses, car nous tenons de ceux qui ont vécu avant « nous que ce cheval a déjà henni une fois de la même

SAINT GEORGE, VAINQUEUR DU DRAGON. I« f

« manière quand Baudouin, prince des Latins, fut ■ chassé de la ville par mon père. »

Le caractère superstitieux d’Andronic, et les terreurs <fui agitèrent sa vie, rendent très- vraisemblable, sinon l'histoire du hennissement, du moins la croyance qu’on y a donnée ; mais jusqu'ici rien n’autorise dans le tableau la présence du dragon, qui certainement n’aurait pas manqué de prendre part à cette merveilleuse aventure. Quelques-uns pensent que la figure du dragon ne fut ajoutée d’abord à quelques portraits de saint George , que comme une représentation allégorique du diable, confondu et vaincu par la piété de ce saint martyr ; mais la légende a pris la chose au propre, et raconteque : «George de Cappadoce, tribun, « vint dans la province de Libye, à une ville qu’on v appelle Silène, située près d’un lac semblable à la mer, « dans lequel habitait un dragon dont l’haleine était « empoisonnée : en sorte que, s’approchant des murs « de la ville, ce dragon faisait mourir tout le monde, « ce qui força les citoyens à lui donner tous les jours « deux brebis pour apaiser sa fureur. Quand ensuite « les brebis commencèrent à manquer, ils n’en don- « nèrent plus qu’une, en y ajoutant un homme.» Après, ou avec les hommes, on donna des femmes, puis des filles, puis enfin on en vint à la fille du roi. En voilà assez pour faire comprendre le reste de l’histoire : c’est celle qu’on a adoptée toutes les fois qu’on a voulu mon-

trcr saint George dans son caractère de chevalier; c’est .aussi celle qu’a représentée Raphaël dans son tableau. Saint George à cheval, et armé de toutes pièces, tient le bras levé pour asséner un grand coup de sabre au dragon qui s’élance sur lui, bien que déjà percé de la lance du guerrier, dont un fragment lui esl resté dans la gorge. Dans le fond une jeune fille effrayée, portant une couronne sur la tête, s’enfuit à travers les rochers. La figure de saint George est celle d'un beau jeune homme blond ; c’est ainsi qu’on l'a toujours représenté dans les premiers temps, et qu'il apparut en songe à Elpidia. Son action est animée et son expression calme. Son cheval, qui se cabre et hennit, a la tête, le poitrail, et toute la partie antérieure d’une beauté rare. Quoique ce joli tableau ait été un peu endommagé |>ar le temps, on y remarque une grâce parfaite et un fini singulièrement soigné. Le paysage est évidemment de la première manière de Raphaël.

PBOFOKTIOXS.

Hauteur, 28 contint. 18 ntill. = 10 pouces 8 lig.

Largeur ,24 - 27 — = 9 — 6 —

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