‹ Études sur les beaux-arts en généralChapitre 27 sur 104 · PAR ANN IB AL CARRACHB · texte numérisé non relu

PAR ANN IB AL CARRACHB

On a peine à comprendre, surtout en considérant ce tableau, comment il est possible que Mengs ait refusé à Annibal Capuche la réflexion philosophique ( riflessione filosofica). La réflexion fut précisément le caractère de l'école des Carrache; c’était en appliquant à leur art les vues de l’esprit et les préceptes de la raison qu’ils avaient su le ramener à la nature écartée par des préjugés d’école. Ce fut dans les sentiments réfléchis, dans les émotions intérieures de l’âme qu’ils cherchèrent la source de cette expression pure et sage, opposée par eux avec tant de succès à l’exagération des imitateurs mal-

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adroits de Michel-Ange. Sans doute, entrés tous les trois dans la môme voie, ils la suivirent avec des facultés diverses. L’expression est peut-être plus pénétrante dans les tableaux de Louis Carraclie, et la conception plus ingénieuse dans ceux d’Augustin, qu’Annibal a surpassés tous les deux pour la pureté du style et la grâce des formes. Mais presque toutes les productions de ces trois grands maîtres contiennent une profonde pensée; l’attention s'y arrête d’abord, involontairement saisie par le naturel et l’apparente simplicité de l’expression ; cette simplicité est celle de la richesse; elle révèle l’ordre et invite la réflexion à pénétrer dans les trésors de vérité qui se déploient devant elle à mesure quelle pénètre et s’enfonce plus avant.

Ici le premier effet est celui d’un grand mouvement, effet assez rare chez les Carraclie; ils ne font guère entrer d’ordinaire dans leurs tableaux plus d’une douzaine de figures; mais ici il s’agissait de représenter un événement pour ainsi dire universel. Le Christ vient de naître; tout s’est ému sur la terre et dans le ciel ; le firmament s’est ouvert, et sur les nuées peuplées de chérubins se montrent à nous les chœurs des anges (minslrelsy of heaven). Les uns, revêtus des formes de l’adolescence, célèbrent par des hymnes et au son des instruments la venue du Rédempteur; des voix d’anges enfants les accompagnent; et l’un d'eux, au milieu du tableau, élève une banderole sur laquelle se lisent en

LA NATIVITÉ

lettres d’or les paroles triomphales : Gloria in excelsis. Au-dessous, quelquesautres se balancent sur leurs ailes, parfumant d’une pluie de fleurs le groupe terrestre auquel se sont unis d’autres anges qui complètent ainsi la chaîne d'actions de grâces que vient de former, entre le ciel et la terre, le grand avènement du lils de l’homme. Le groupe inferieur se compose de trois bergers, de la Vierge, de saint Joseph et de trois anges, tous agenouillés autour de l’Enfant, qui, couché au milieu d’eux sur la paille de la crèche, y forme comme un point lumineux où viennent se confondre les regards et les sentiments des divers personnages.

Cette belle composition est remarquable à la fois parla richesse et l'harmonie, l’unité et la variété. Le groupe d’en haut, d’une ordonnance presque symétrique, composé d’êtres de la même nature, du même âge, du même sexe, tous charmants, tous animés du même sentiment, offre surtout un exemple frappant de l’art de disposer et d’accorder les lignes sans confusion et sans monotonie, et du talent de diversifier les formes et le caractère de la beauté ; sur leurs physionomies, variées comme leurs traits, règne cependant une même expression d’amour et de désintéressementcéleste, de joie sans étonnementet sans aucun mouvement qui paraisse les faire sortir de leur état habituel. On ne saurait dire si ce moment n’est pas semblable à tous ceux de leur existence.

lîî ÉCOLE ITALIENNE (ANNIBAL CARRACHEi.

Chez les bergers, l’attendrissement, la surprise, l’admiration se manifestent avec une vivacité qui les distingue parfaitement des anges mêlés avec eux. La figure de l’enfant est intelligente et majestueuse; et au milieu du groupe, la Vierge, les mains sur la poitrine , l’âme élevée vers le ciel et les yeux sur son enfant, parait remplie d’un sentiment qui n’appartient qu’à elle, comme à elle seule appartient la dignité des hautes destinées auxquelles elle va se dévouer avec la plus profonde tendresse d’une mère.

PROPORTIONS

Hauteur, 1 mètre 2 centim. 0 mill. == 3 pieds 2 pouces.

Largeur, ■ — 83 — 9 — =2 — 7 —

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