ECOLE ITALIENNE (LE BASSAN
Son premier guide fut François da Ponte son père , peintre dont les productions ne se sont pas élevées audessus de son temps. Jacques prit ensuite, selon quelques-uns, des leçons du Titien , dont il a reproduit la manière dans ses premiers tableaux; mais il étudia surtout à Venise, chez un peintre nommé Boniface, si peu disposé à communiquer à ses élèves le secret de son art que le Bassan ne put jamais le voir peindre que par le trou de la serrure de son atelier.
La mort de son père et les affaires de sa famille le contraignirent de retourner à Bassano, lieu de sa naissance, d’où le défaut de fortune ne lui permit pas ensuite de sortir; là, au milieu d’un pays riche d’une fécondité naturelle , mais peu avancé dans les jouissances et les occupations de la société perfectionnée, les yeux ni le goût du jeune artiste ne purent contracter ces habitudes de noblesse et d’élégance qu’il eût peutêtre acquises au milieu d’une nature plus choisie et plus cultivée ; les modèles des arts, la fréquentation des artistes lui manquèrent également, et son imagination ne fut point excitée à s’élever au-dessus des réalités dont il était environné ; mais il porta tout son talent à les bien reproduire : les sujets de ses nombreuses compositions sont peu variés; ce sont presque toujours des marchés, des foires, et, dans les sujets saints, le Retour de Jacob, l’Arche de Noé, le Repas chez Marthe ou chez le Pharisien, l’Adoration des Mages, ou l’Arrivée de la
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reine de Saba, et quelques autres du même genre. Tout ce qui lui donnait occasion de représenter un grand nombre d’animaux, ou de riches ornements, ou une grande quantité de vases d’airain, qu’il savait rendre avec un éclat surprenant, était l’objet de sa préférence; dans quelques autres sujets qu’il a aussi traités fort souvent, comme Notre Seigneur sur la montagne des Oliviers ou déposé de la croix, il a généralement employé la lumière des torches et des flambeaux, d’où il tire les effets les plus frappants par le contraste des teintes qu’il sait opposer entre elles sans rompre l’harmonie; de manière, dit Algarotti, qu’il parvient à les faire véritablement reluire etbriller. 11 a aussi cherché dans ses compositions à faire contraster les attitudes; ce qui lui était peut-être nécessaire pour déguiser la ressemblance de ses figures, dont il a très-habituellement pris les modèles dans sa propre famille. C’est ainsi qu’il a su tirer, d’un très-petit nombre d’objets d’imitation, tout ce que ces objets étaient susceptibles de produire ; car le feu du talent ne se laisse point étouffer, mais se fait jour par différentes voies.
On a reproché au Bassan quelques défauts de perspective, défauts bien rares dans l’École vénitienne; on a prétendu aussi que, ne sachant pas bien faire les pieds et les mains, il avait soin d'ordinaire de les cacher : quelques-uns de ses tableaux prouvent du moins ce qu il a pu en ce genre; mais il est certain qu’il ne fit
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pas toujours ce qu’il «pouvait; pressé de peindre et de vendre, il envoyait ses ouvrages aux foires les plus fréquentées; leur nombre ne nuisit point à leur réputation; les cours s’empressèrent de faire travailler le Kassau , el Paul Véronése lui donna son (Ils pour élève.
Le tableau que je décris est un Christ mort , représenté à la lueur d’une torche, comme le sont, dans les ouvrages du Bassan, presque tous les sujets de ce genre ; la torche jette une vive lumière sur les genoux et la poitrine du Christ, ainsi que sur quelquesuns des traits de son visage vu en dessous, parce qu'il a la tète renversée dans les bras de Joseph d’Arimathie •le front chauve, la barbe blanche, et le vêlement rouge de ce vieillard, les cheveux blonds de Madeleine et le voile blanc de Marie, ont de même un éclat singulier, quoique naturel ; les trois femmes sont aux pieds du corps; dans l'enfoncement, on voit saint Jean qui parait arriver, et, de l’autre côté, un homme qui a aidé à descendre le Christ, et tient encore l’échelle. La douleur est peinte sur toutes les figures ; l’expression en est tranquille et silencieuse, mais vraie; les détails sont •l’une grande beauté, et le coloris est d’une chaleur admirable.
PROPORTIONS
Hauteur, 1 mètre fil ceolini. = 4 pieds 10 pouces G lignes ■
l argeur, 2 — 30 — —1 — » — »