‹ Études sur les beaux-arts en généralChapitre 50 sur 104 · ECOLE ITALIENNE (SALVATOR ROSA · texte numérisé non relu

ECOLE ITALIENNE (SALVATOR ROSA

Dieu vivant qu’il ne lui serait fait aucun mal. a La « femme lui dit alors : Qui voulez-vous que je fasse « paraître? Il lui répondit : Faites paraître devant moi « Samuel. Dès que la femme eut aperçu Samuel , elle « jeta un grand cri, et dit à Saül : Pourquoi m’avez- « vous trompée? vous êtes Saül. Ne craignez point , dit « le roi, mais qu’avez-vous vu? J’ai vu, dit-elle, un « personnage vénérable qui sortait de la terre. Il lui « dit encore : Comment est-il fait? C’est, dit-elle, un « vieillard qui monte couvert d’un manteau. Saùl « jugeant que c’était Samuel , se baissa et se prosterna « le visage contre terre. Samuel dit alors à Saül : Pour- « quoi avez-vous troublé mon repos? » Il est clair, par ce passage, que Samuel, aperçu de la Pylhonisse, est demeuré invisible pour Saül, auquel seulement il a fait entendre sa voix; mais il paraît également que le peintre a négligé, ou plutôt omis à dessein cette circonstance qui ne pouvait se rendre sans ôter à son tableau toute apparence de vérité , puisqu’il eût alors fallu nous représenter Saül comme ne voyant pas ce qui est devant ses yeux et parfaitement visible aux nôtres. Saül voit Samuel , car il le regarde. Prosterné à terre, il vient de lever la tête, non avec l’incertitude d’un homme qui cherche à démêler d’où vient le son qui l’a frappé, mais avec un saisissement attentif, et tel que le produit la vue d’un objet effrayant et connu. D’ailleurs, Samuel n’a point encore parlé à Saül, il

LA PYTHONISSE DENDOR.

arrive , et quoique entièrement sorti de terre , il monte , pour ainsi dire, enveloppé dans son manteeu blanc. A l’expression de sa figure, on pressent déjà ces effrayantes paroles qu’il va prononcer sur Saül : «Demain, vous et vos fils serez avec moi.» Mais, comme pour annoncer à Saül sa réprobation, les premiers regards de Samuel sont fixés sur la Pythonisse, qui n’a pas fini le travail de l’évocation, ainsi qu’on le voit par la violente contraction de ses traits et de ses membres, et par la branche de verveine qu’elle continue d’agiter de la main gauche au-dessus delà tiamme placée sur un autel, tandis que de la droite elle anime cette flamme en y jetant de nouveaux ingrédients. Il y a donc lieu de croire que le peintre a saisi le moment de l’apparition , et l’a voulu rendre également sensible aux deux principaux assistants ; mais il semble qu’il ait cherché à conserver, daus les serviteurs de Saül, quelque chose de la circonstance indiquée par l’Écriture; ils ne regardent point Samuel, qui, s’ils pouvaient le voir, devrait être certainement le principal objet de leur curiosité ; placés à quelque distance, dans un lieu bas, au-dessus duquel ils ne se montrent qu’à mi-corps, mais d’où toute la scène se déploie devant eux , ils n’ont d'attention que pour la Pythonisse, et ne paraissent pas |mème apercevoir les spectres qui remplissent le fond du tableau, confondus dans la nuit et dans la fumée.

Ces spectres, ainsi que l’armure dont le peintre a

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