ÉCOLE FRANÇAISE (CARLE VANLOO
à lui seul uu cabinet du palais de jolies peintures représentant divers sujets tirés de la Jérusalem délivrée*. Vanloo dessine bien ; ses tètes sont d’une grande vérité : sa couleur est généralement bonne, quoique tirant quelque fois un peu sur le violet ; mais il manquait à son temps le sentiment qui agrandit les arts : le défaut de croyances fortes et d’habitudes énergiques qui, élevant l’imagination, lui font concevoir les choses dans un grand ensemble, jetait à cette époque les arts d’imitation dans des détails puérils, qui remplaçaient trop souvent la vérité par la recherche, ou bien substituaient à la vérité grande et générale, qui est le patrimoine des beaux-arts, une imitation mesquine et triviale de la nature. Exempt du premier de ces défauts, Vanloo n’a pas toujours échappé au second. Le mariage de la Vierge n’est pas |>our lui le solennel avant-coureur de l’événeiuent qui va renouveler le monde tant visible qu'invisible, que va célébrer k* ciel et qui fera trembler l'enfer. Une jeune filk* modeste épousant un vieux charpentier, voilà tout ce qu’il a vu, tout ce qu’il a voulu faire voir. U a donné à la tète du grand prêtre un beau caractère ; quel que soit le rang de ceux qu'il unit, il remplit toujours des fonctions augustes, et le peintre ne les a pas méconnues. La figure de la Vierge, si elle manque de noblesse, plaît |*ar cette expression de pudeur virginale qui peut appartenir à la jeune épousée de village
LE MARIAGE DE LA VIERGE
comme à celle d'un rang (dus élevé ; mais le Saint Joseph est trop paiement réduit ù l’extérieur d'un artisan dont les idées ne sont pas élevées au-dessus de son métier : ses traits qui peuvent n’avoir pas été dépourvus d’agréments, semblent avoir contracté avant l’âge les formes et l’expression éteinte de la vieillesse. La couronne de roses blanches qui ceint ses cheveux, cette verge fleurie qu'il [>orte à la main comme signe de la préférence céleste qui l’a marqué pour être l’époux de la Vierge, forment un contraste affligeant avec celte vieillesse que ne relève pas assez la dignité du maintien, et ces mains qui portent l'empreinte d’un bien rude travail. Aucun cortège n’environne les époux. Le pontife n’est assisté dans ses fonctions que par un seul petit lévite ; saint Joseph n’a personne avec lui ; et derrière la Vierge, un homme et deux femmes, dont les têtes sont d’une grande vérité et très-heureusement dégradées, donnent, plus qu’il n’est nécessaire, l’idée des habitudes de la pauvreté.
Les grands maîtres ont souvent traité ce sujet. Raphaël [tarait s’en être occupé au moins deux fois. Dans ses tableaux, la figure de saint Joseph est d’une beauté mâle et grave, parfaitement convenable dans celui à qui va être confié un si grand dépôt. La pompe nuptiale offre un coup d’œil animé; des groupes d’hommes et de jeunes filles remplissent le tableau ;