DE JEANNE D’ARAGON
l’AR RAI HAEL.
Jeanne d’Aragon, sœur de Ferdinand-le-Catholiquc, et vice-reine de Sicile, était une des plus belles personnes de son temps. Le goût également connu de François 1" pour les beaux-arts et pour les beaux visages lit sans doute penser au cardinal de Médicis que le portrait de la vice-reine , peint par Raphaël, serait un présent agréable à ce prince : il le fit donc faire pour lui, et le lui envoya. La tête seule de ce portrait appartient à Raphaël ; tout le reste, dit-on, est de Jules Romain. L’admirable beauté des mains donnerait à penser cependant qu’elles ont aussi reçu la touche
du maître, bien que Mengs accuse Raphaël d’avoir en général peu réussi dans les mains, et particulièrement dans les mains de femmes, parce que, dit-il, les modèles antiques lui ont manqué, la plupart des statues se trouvant en effet mutilées dans cette partie, et que la nature offre bien peu de belles mains*. Raphaël aimait à travailler d’après des modèles; il se plaint, dans une de ses lettres ’, « de la carestia di belle donne » (de la disette de belles dames); et ce n’est qu’à leur défaut qu’il se sert, dit-il, « di una certa dia che mi viene in mente » (d’une certaine idée qui me vient dans l’esprit). Peut-être les mains de Jeanne d’Aragon lui avaient-elles fourni ce beau modèle dont il avait besoin, jusqu'à un certain point, pour arriver à toute la perfection qu’il désirait; on serait tenté de le penser d’après le soin avec lequel celles-ci sont peintes. La tête aussi est d’une grande beauté, et porte bien le caractère des têtes de Raphaël, caractère qui n’est point démenti par la sécheresse de quelques contours. Du reste, Jules Romain, fut du vivant de son maître, l’image fidèle de sa manière et l’heureux imitateur de son pinceau. Ce n’est qu’après la mort de Raphaël qu’il commença à se livrer à son penchant, qui le conduisait, dit Lanzi ’, à travailler plutôt de prati((ue qu’en pre-
1 Tome I, p. 147.
' Al GasUglioue. Lett. pUt-, t. I, p. 74.
» Tome IV, p. 12.