‹ Etudes sur les BeauxArts en généralChapitre 43 sur 89 · ECOLE ITALIENNE (LE BASSAN · texte numérisé non relu

ECOLE ITALIENNE (LE BASSAN

Son premier guide fut François da Ponte son père, peintre dont les productions ne se sont pas élevées audessus de son temps. Jacques prit ensuite, selon quelques-uns, des leçons du Titien , dont il a reproduit la manière dans ses premiers tableaux; mais il étudia surtout à Venise, chez un peintre nommé Boniface, si peu disposé à communiquer à ses élèves le secret de son art que le Bassan ne put jamais le voir peindre que par le trou de la serrure de son atelier.

La mort de son père et les affaires de sa famille le contraignirent de retourner à Bassano, lieu de sa naissance, d’où le défaut de fortune ne lui permit pas ensuite de sortir; là, au milieu d’im pays riche d’une fécondité naturelle , mais peu avancé dans les jouissances elles occupations delà société perfectionnée, les yeux ni le goût du jeune artiste ne purent contracter ces habitudes de noblesse et d’élégance qu’il eût peutêtre acquises au milieu d’une nature plus choisie et plus cultivée ; les modèles des arts, la fréquentation des artistes lui manquèrent également, et son imagination ne fut point excitée à s’élever au-dessus des réalités dont il était environné ; mais il porta tout son talent à les bien reproduire : les sujets de ses nombreuses compositions sont peu variés ; ce sont presque toujours des marchés, des foires, et, dans les sujets saints, le Retour de Jacob, l’Arche de Noé, le Repas chez Marthe ou chez le Pharisien, l’Adoration des Mages, ou l’Arrivée de la

LE CHRIST déposé DE LA CROIX.

reine de Saba, et quelques autres du même genre. Tout ce qui lui donnait occasion de représenter un grand nombre d’animaux, ou de riches ornements, ou une grande quantité de vases d’airain, qu’il savait rendre avec un éclat surprenant, était l’objet de sa préférence; dans quelques autres sujets qu’il a aussi traités fort souvent, comme Notre Seigneur sur la montagne des Oliviers ou déposé de la croix, il a généralement employé la lumière des torches et des flambeaux, d’où il tire les effets les plus frappants par le contraste des teintes qu’il sait opposer entre elles sans rompre l’harmonie; de manière, dit Algarotti, qu’il parvient à les faire véritablement reluire et briller, il a aussi cherché dans ses compositions à faire contraster les attitudes ; ce qui lui était peut-être nécessaire pour déguiser la ressemblance de -scs flgures, dont il a très-habituellement pris les modèles dans sa propre famille. C’est ainsi qu’il a su tirer, d’un très-petit nombre d’objets d’imitation, tout ce que ces objets étaient susceptibles de produire ; car le feu dataient ne se laisse point étouffer, mais se fait jour {lar différentes voies.

On a reproché au Bassan quelques défauts de (>erspecüve, défauts bien rares dans l’École vénitienne; on a prétendu aussi que, ne sachant pas bien faire les pieds et les mains, U avait soin d'ordinaire de les cacher : quelques-uns de ses tableaux prouvent du moins ce qu’il a pu en ce genre; mais il est certain qu’il ne Ht

pas toujours ce qu’il (touvait; pressé de peindre et de vendre, il envoyait ses ouvrages aux foires les plus fréquentées; leur nombre ne nuisit point à leur réputation; les cours s’empressèrent de faire travailler le Bassan , et Paul Véi-onèse lui donna son fils pour élève- Le tableau que Je décris est un Christ mort représenté à la lueur d’une torche, comme le sont,, dans les ouvrages du Bassan, pres(|ue tous les sujets de ce genre ; la torche jette une vive lumière sur les genoux et la poitrine du Christ, ainsi que sur quelquesuns des traits de son visage vu en dessous, parce qu’il a la tête renversée dans les bras de Joseph d’Arimathie : le front chauve, la barbe blanche, et le vêtement rouge de ce vieillard, les cheveux blonds de Madeleine et le voile blanc de Marie, ont de même un éclat singulier, quoique naturel ; les trois femmes sont aux pieds dn corps; dans l’enfoncement, on voit saint Jean qui paraît arriver, et, de l’autre côté, un homme qui a aidé à descendre le Christ, et tient encore l’échelle. La douleur est peinte sur toutes les figures ; l’expression en est tranqviille et silencieuse, mais vraie; les détails sont d’une grande beauté, et le coloris est d'une chaleur admirable.

PROPORTIONS

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