SUR LES ■GENOUX DK LA VIERGE
P.Ut A. VAN-DVK
Si«n beat! génie, une grande répntation, une grande foilane, les dons de la nature et le concours des circonstances extérietrres les plus fatvoraWes , suffisaient pourassurcruncYielongueetheureuse, peu d’honnnes en anraient joui antant'quc Van-Dyk ; mais le bonheur ne se fait pas ainsi hors de nous ; il faut que riioinmc y mette du sien ; et Van-Djk tenant, comme il le disait lui-même, table ouverte à ses amis et bourse ouverte à ses maîtresses, n'eut jamais ni assez d’argent ni assez de plaisirs. Pendant son séjour à Londres, ses portraits en pied lui étakmt payés centimes sterling "(environ
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2,500 fr.), ses portraits à mi-corps cinquante livres sterling, somme très-considérable dans ce temps-là ; il en faisait un en un jour ou à peu près , et manquait rarement d’en avoir à faire; cependant il eut recours à ralcbimie pour se procurer l’or qui lui manquait, et perdit dans ces vaines reclierches une grande partie de celui qu’il gagnait si facilement. Le duede Buckingham, pour le soustraire auxmaitresses qui ruinaient sa santé, lui fit épouser une tille de qualité d’une rare beauté; le roi d’Angleterre promit trois cents guinées à son médecin s’il parvenait aie guérir; sa femme et son médecin ne purent le rendre ni plus sage ni mieux portant, et il mourut en 1641, âgé de 42 ans.
C’est probablement à sa facilité plutôt qu’à son assiduité qu’est dû le grand nombre de ses ouvrages ; un homme qui aimait l’éclat, la société, la représentation, qui avait toi^'ours à sa suite .une grande quantité de domestiques, de chevaux, d’équipages, de musiciens, de chanteurs, de bouffons, qui donnait tous les jours à dîner, et souvent à de grands seigneurs, n’employait I>as sans doute tout soin temps au travail. Van-Dyk avait pris dans l’école de Rubens des habitudesde dissipation et de luxe; il est assez remarquable que ces deux maîtres de l’école flamande aient eu l’un et l’autre une grande fortune et une grande existence ; mais Rubens employa sérieusement, et dans des affaires importantes, sa vie et ses richesses, tandis que Van-Dyk con-
LE CORPS DE JÉJiliS MORT, ETC. 391
suma les siennes en faste et en divertissements Il a |>eint sept à huit fois le Clurist mort sur les genou.v de sa mère. Le musée royal possède trois de !^s tableaux, et l'un des trois est une i>etitc ébauche exprimant la première pensée que Van-Dyk a exécutée en grand dans celui dont on voit ici la gravure : la composition de l’ébauche n’est pas la même •jiie celle du tableau : dans la première, le (’lirisl n’est pas étendu horizontalemcn t ; le haut du corps est relevé dans le giron de la Vierge, et la tète répose contre son sein ; saint Jean ne s’y trouve point, et les anges, placés à la gauche regardent Jésus et sa mère avec l’expression de la jdus vive douleur; sur la droite, dans les nuages, de petites tètes d'anges ailés contemplent de même ce douloureux spectacle; ces tètes enfantines, surprises et désolées, ne me paraissent pas une invention heureuse; la douleur de ces jeunes visages, qui n'ont point de mains, point de corps dont le mouvement accompagne l’expression de leurs traits, produit un effet bizarre et peu agréable. Le peintre en a probablement été frappé lui-même, puisqu’il les a supprimés «luns son grand tableau ; il les a remplacés par la ligure (le saint Jean qui soulève le bras de Jésus et montre aux (leux anges les blessures de sa main. I^a Vierge,
• Bdiori, Vile de’ IHltori, p. 253-304 ; Descaïups, Vie* de» Peintre» flamand», t. ii, p. 8-38.
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ooRiplétemcntétraogèreàccUe scène particii Hère, lève vers le ciel ses yeux noyés die larmes; c’est à Dieu seul qu’elle s’adresse; c’est à lai seul qu’dle |»ark de son fils et de sa doulmr ; saint Jean et les anges n’attirent point son attention - sentiment touchant et vrai qui donne ù la mère de J^us un caractère simple et auguste ; elle ne voit plus rien, elle a tout oublié, hormis Dieu et son fils.
La lumière trappe le corps de Jésus, dont ta couleur est admirable; ce n’est point cette teinte générale grise et bteiie que les peintres médiocres jettent uniformément sur les corps morts; Van-Dyk n’a point cherché à rendre l’aspect d’un cadavre plus hideux qu’il ne l’est naturellement ; on sent l’engorgement du sang dans les jointures, dans les extrémités * la tête est noble et bien affaissée ; celle de la Vierge , peutrétre un peu vieille et un peu maigre (elle l’est moins dans l’ébauche), est pleine d’une expression déchirante. C'est bien là le pinceau facile, chaud et vrai de Van-Dyk.
MkOrOKTIOMS.
Hauteur, I mètre 18 centint. = 3 pieita 7 pouces 7 telles 8S.
Largeur, 2— ü — =6 — 4 — 1 — 188.