‹ Etudes sur les BeauxArts en généralChapitre 83 sur 89 · PAR GÉR.ARD DE LAIRESSE · texte numérisé non relu

PAR GÉR.ARD DE LAIRESSE

Gérard de Lairesse naquit à Liège en 1640. Ses premiers pas dans la carrière furent ceux d’un grand nombre de peintres flamands de cette époque , où le goût des arts, répandu pour ainsi dire dans l’air, formait des peintres partout , en tirait de toutes les classes , et ne manquait pas ensuite de leur procurer te hasard ou l’occasion nécessaire pour les faire sortir de l’obscurité dans laquelle la fortune avait d’abord enveloppé leurs talents. Bien que fils d’un assez bon peintre, Rénier de Lairesse , employé au service du prince évê(|ue de Liège, Gérard éprouva d’abord cette sorte de

Digilized by GoogI

410 ËCOLE HOLLANDAISE (GËRARD DE LAIRESSE).

(lélaissenioiit qui parfois ajoute ensuite du prix au talent en lui donnant, aux yeux du public, le mérite d’une découverle. Peu occupé à Liège , oii apparemment son père, et Bartholet, le collègue et l’ami de Renier de Lairesse, et le second maître de son fils, n’avaient d’ouvrage <iue ce qu’il en fallait pour eux-mêmes, Gérard, poussé j)cut-être par des goûts assez désordonnés, se rendit à L’treclit, où d’alwrd il fut réduit à peindre des enseignes et des paravents. Cependant, un de ses amis l'engagea à composer deux morceaux plus importants, qu’il se chargea de faire passer à un marchand de tableaux à Amsterdam. Les marchands de tableaux en Hollande , sûrs alors des débouchés de leur commerce, avaient des peintres qu’ils tenaient chez eux, qu’ils faisaient travailler à leur compte , et dont les ouvrages, même en les payant bien, leur rapportaient encore des * profits considérables. Les deux taldeaux de Lairesse donnèrent à Lylenburg , c’était le nom du marchand auquel ils avaient été présentés, le désir de s'approprier un (lareil talent. 11 partit lui-même pour Utrecht, |)oriaut à Lairesse cent florins pour le prix de ses deux tableaux, et des promesses capables de le décider à rengagement qu’on désirait de lui : Lairesse y consentit ; il partit avec Uylenburg ; et le lendemain de son arrivée, invité à se mettre à l’ouvrage dans l’atelier d’L'ylenburg, il surprit fort son hôte et les autres spectateurs lorsque après une assez longue pause ein-

LA UALADIE D'AMTIOCHUS. Alt

ployée à la méditation, au lieu'de prendre ses pinceaux, il tira de dessous son manteau un violon dont il joua quelques airs; puis il élMucha un tableau , reprit son violon , et , après quelques nouveaux airs , peignit et finit d’un seul coup plusieurs têtes. Sa facilité était remarquable ; on s’étonne de la quantité de plafonds, de tableaux, gravures, dessins, etc., qu’il a trouvé le temps d’exécuter dans les intervalles que lui laissait la débauche à laquelle il se livrait avec une intempérance qui lui coûta la vue à l’âge de cinquante ans , et qui épuisait journellement les fruits d’un travail cependant très-productif, surtout depuis que Lairesse avait quitté Uylenburg pour recueillir seul les profits de son talent et de sa réputation. .

Quoique son dessin manquât souvent de porrection et d’élégance, Lairesse était savant dans son art et ingénieux dans sa manière de l’enseigner; oe i[ut sa consolation et sa ressource lorsque la perte de la vue lui eut ôté les moyens de le pratiquer. Ce fut probablement à ces leçons , rédigées après sa mort par les peintres qui en avaient profité, qu’il dut eu partie le titre du Poussin hollandais, que contribuèrent aussi à lui acquérir et son talent pour l’expression, et l’esprit qu’il mettait dans scs com|K>silions , ainsi que le fréqueiU usage qu’il a fait de l’allégorie, et le choix de ses sujets, tous en contraste avec ses penchants, car ils sont tous sérieux et même assez graves.

412 ECOLE H0LLA^ÜA1SE (GÉRARD DÉ LAIRESSE).

Ce tableau est un des' plus estimés qu'ait produits Gérard de Lairesse. Le moment de l'action parait être celui de la visite de Stratonice à Antiochus; car, à l’abattement du jeune prince, il est difficile de croire qu’il reçoive actuellement la nouvelle qui doit lui rendre la santé. La couronne et le sceptre , placés sur un guéridon où Séleucus paraît les offrir à son fils, n’indiqueraient qu’une tentative de Séleucus pour distraire les chagrins de son fils, dont il ignore encore le siyet. Quoi qu’il en soit, l’attitude et l’expression d’Antochius sont remplies de charme; ses yeux baissés, ses mains croisées sur sa poitrine pour retenir le vêtement qui s’échappe de dessus ses épaules, annoncent avec une grâce infinie la timide pudeur qui convient an caractère de la passion du jeune homme prêt à mpurir plutôt que de laisser échapper son secret; Stratonice y répond par un embarras pres(|ue égal au sien. Leurs têtes sont d’un assez bon style; la figure de Séleucus est pleine de dignité. La composition du tableau est riche et bien ordonnée. L’appartement d’Antiochus est magnifiquement décoré de ces ornements, d’architecture pour lesquels Lairesse avait du goût et du talent.

La couleur de Lairesse est bonne ; sa manière large, et pourtant finie.

Ce tableau est peint sur bois.

PIOrOBTIOSS.

Hauteur, 31 cenüm. — 23 pouces 6 lignes.

Largeur, 40 — z= 28 — 6 —

HERCÜLE

Page 1