‹ Études sur les causes, la nature et le traitement de la maladie scrophuleuseChapitre 38 sur 44 · CR LA TEIGNE FAVEUSE · texte numérisé non relu

CR LA TEIGNE FAVEUSE

ulcérée et la peau déprimée par un tubercule faveux , fera voir que, loin d'observer de la parité entre les deux cas, on y trouve des différences capitales.

1° Une surface ulcérée présente tou jours , dans toute son étendue , des inégalités formées par une multitude de petits bourgeons arrondis ou coniques, connus sous le nom de bourgeons charnus.

La peau déprimée par le favus oSre au contraire une surface lisse et tellement unie, qu'on l'a cru recouverte par une membrane très-fine. A la vérité, lorsque plusieurs favHs se trouvent rapprochés, on voit ça et là, ainsi que je l'ai dit tout-à-l'heure, des saillies de forme et de volume irréguliers , qu'on pourrait être tenté de prendre, et qu'on a pris en effet pour des bourgeons sanguins : mais ces inégalités ne se remarquent pas sur toute l'étendue de l'excavation ; elleslaissent entre elles des surfaces lisses et unies , paraissant recouvertes d'une pellicule très-mince. Leur figure , leur disposition diffèrent totalement de celles des bourgeons sanguins ; et, je le répète, elles résultent de la compression , de la déformation des cloisons qui séparent les uns des autres les folliculefs malades.

2° Une surface ulcérée sécrète du pus, La peau affectée de favus ne fournit point de pus; elle laisse suinlerun liquide clair, jaunâtre, transparent,jouissaat de la propriété de se concréter très-promplement.

30 Enfin une ulcération ne saurait guérir sans laisser une cicatrice; et, si l'on juge d'après ce qui se passe dans les brûlures, on sait combien sont apparentes les cicatrices de la peau.

Après la chute des croûtes faveuses, et souvent dans l'espace de quelques heures, la dépression de la peau a disparu ; on ne voit plus rien qui ressemble à une ulcération; l'épiderme ne larde pas à se reproduire ; et,

KECnERCHES

comme je l'ai déjà répété plusieurs fois, on ne voit aucune apparence de cicatrice; c'est une partie qui, après avoir subi une extension, un dédoublement pour ainsi dire, revient à son état premier.

On ne sera pas fondé à m'objccter que, quand l'ulcération est peu prof'ondi', la cicatrice est à peine marquée; car, en admeitanl que celle assertion fût toujours vraie, je pourrais répondre que, dans quelques cas, l'amincissement de la peau est tel que l'épaisseur de cette membrane se trouve réduite presqu'à rien , et qu'alors il n'y a pas plus de cicatrice que quand la dépression est superficielle.

Le de^ré d'amincissement que la peau est susceptible d'éprouver par le développement des favus, présente beaucoup de différences, et ces différences tiennent à l'étendue de la cavité du follicule malade, à la profondeur à laquelle ce follicule est situé dans l'épaisseur du derme. Plus la cavité du follicule sera grande, plus les parties voisines devront être écartées, déprimées pour que cette cavité puisse être convertie en une surface léjjèremeni concave. Cela est facile à comprendre. De même, plus un follicule sera situé profondément dans l'épaisseur de la peau, plus l'excavation qui résultera des favus devra être profonde. Or il est des follicules qui sont placés dans les aréoles du derme, au milieu du tissu cellulaire qui remplit ces aréoles. Leur fond se trouve sur le même niveau que la face interne du derme ; il repose sur le tissu cellulaire sous-cutané. Lorsque ces follicules sont dilatés par des favus , on serait porté à croire que la peau a été détruite dans toute son épaisseur, si l'absence de suppuration, et principalement le retour de cette membrane à son état normal , la guérison sans cicatrice aucune, ne venaient prouver que cette destruction n'a pas existé, t.

SUR LA. TEIGNE FAVEU8E. 385 II ressort positivement, ce me semble, des considérations qui précèdent , que l'amincissement de la peau affectée de teigne faveuse n'est point dû à une destruction de parties. Il peut arriver cependant que l'ulcéraralion s'empare de la surface des follicules dilatés, et cela s'observe quelquefois lorsque les malades, pour calmer une vive démangeaison, ont déchiré avec les ongles les points malades, ou bien lorsque l'on a eu recours à des applications irritantes, ou bien lorsque le liquide faveux, altéré dans sa composition, est devenu irritant, etc. Alors l'aspect de la peau change, la sécrétion du pus remplace le suintement séreux, la membrane du bulbe pileux, le bulbe lui-même sont souvent détruits. Un ulcère cutané a remplacé la maladie folliculeuse, une nouvelle affection est substituée à la {wemière. Dès ce moment les favus ne peuvent plus se reproduire, non pas , comme le dit M. Mahon, parce que Je principe faveux qui avait mission de détruire le follicule et le bulbe du poil a rempli sa tâche, mais bien parce qu'il n'y a plus de follicule, plus, par conséquent, de liquide susceptible de se concréter, plus de parties qui impriment à la concrétion de ce liquide une forme particulière : les élémens du favus manquent entièrement. L'ulcération, en détruisant ces élémens, amène nécessairement la guérison de la teigne faveuse.

On pourrait peut-être regarder l'ulcération comme on degré plus avancé de la maladie, et non comme une maladie nouvelle. Mais si l'on fait attention qu'elle n'a pas lieu constamment; que, quand elle survient, ce n'est jamais à une époque fixe, régulière; que son développement est tout-à-fait dû à des circonstances extérieures accidentelles, qu'on peut faire naître à volonté ou prévenir, on aura plus de raisons, je crois , de la regarder comme une maladie substituée à une autre.

S86 RECBERCBES Au reste, il est peu utile de savoir si l'ulcérafion des follicules est le second dej^ré de la teigne faveuse, ou si elle constitue une nouvelle affection. Ce qu'il importe de connaître, c'est que le /a«Ms ne peut pas se reproduire dans un follicule ulcéré; c'est que le pus n'est pas susceptible de se concréter comme le liquide faveux , et que quand bien même il le serait, sa concrétion ne présenterait pas le caractère spécial du favus, la dépression centrale, puisque les parties qui impriment ce caractère ont été détruites. La cicatrisation de l'ulcère cutané amène une guérison solide, et cette connaissance peut conduire à des résultats importans dans le traitement de certaines teignes faveuses qui opposent une résistance opiniâtre à l'action des moyens qui réussissent ordinairement.

Ici finit l'exposé des remarques que j'ai faites sur la formation du favus, sur les changeraens anatomiques dont la peau devient le siège dans cette maladie. Je ferai observer que ces remarques ne sont pas un objet de simple curiosité. A ce titre elles mériteraient déjà de fixer l'attention des gens de l'art; car une erreur détruite peut conduire à la découverte d'une vérité, et comme tout se lie , s'enchaîne dans les phénomènes de la vie, il est impossible de mesurer l'influence que peut avoir une observation neuve.

Il n'est point de disposition anatomique bien observée qui ne puisse donner l'explication de quelque phénomène morbide , et fournir des indications utiles à la thérapeutique. Celte remarque de notre savant et respectable maître , M. Boyer , trouve une nouvelle preuve de sa justesse dans les faits que je viens rapporter. La forme, la disposition des follicules cutanés, soit dans l'état normal, soit lorsqu'il y a favus, font connaître pourquoi les adhérences de la croûte faveuse à la peau

. SBR LA TEIGNE FAVEUSE, 387 s'opposent à la guérison de la teigne. C'est en empêchant le retour sur elles-mêmes des parties dilatées, déformées. Les changemens qui surviennent dans la peau, après la chûle de ces croûtes, donnent la raison pour laquelle celte maladie est si rebelle aux remèdes qu'on lui oppose, indiquent les modifications qu'il faut apporter dans son traitement. On comprend facilement, en effet, que si , comme je le pense , le follicule se resserre, reprend sa forme normale immédiatement après Je décollement , la chiite de la croûte faveuse , qui le mainlenail étendu, dilaté; on comprend, dis-je, que les remèdes topiques, quels qu'ils soient, ne peuvent plus agir sur le mal lui-même, situé alors profondément dans l'épaisseur de la peau : leur action reste bornée à la surface de celte membrane. On parviendra peut-être, par l'emploi d'un corps humide ou gras, à empêcher la concrétion du liquide faveuxj mais on n'arrêtera pas la sécrétion de ce liquide; et, aussitôt que l'on cessera l'usage des topiques, le/àrws reparaîtra. On comprend aussi que, pour espérer quelque chose des applications locales dans le traitement de la teigne faveuse , il faut que ces applications soient faites immédiatement après la chûle des croûtes, avant que les follicules aient eu le temps de se resserrer, de reprendre leur forme ordinaire ; c'est le moment pour agir, occasio prœceps. En saisissant ce moment, le remède est appliqué directement sur le mal. Je n'ai point par devers moi assez de faits pour établir positivement les avantages qui pourront résulter de cette conduite, et que le raisonnement autorise à croire importans. Je dois dire cependant que plusieurs fois j'ai obtenu la guérison en cautérisant avec le nitrate d'argent fondu des surfaces malades, immédiatement après la chûle des croûtes. Les follicules, maintenus dilatés par

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l'escharre , n'ont l-epris leur forme ordinaire qu'après le détachement de cette escharre , et lorsque leur vitalité avait été modifiée par l'action du caustique. Une seule fois le favus s'est reproduit ; mais celui que j'avais enlevé était très-petit , la cavité où il était logé trèsprofonde; le nitrate d'argent n'avait pu pénétrer jusqu'au fond de cette cavité : l'entrée seule avait été touchée. C'est un inconvénient que l'on peut éviter en se servant d'une dissolution du sel caustique. Cependant, je le répète , les faits que je possède ne sont pas assez nombreux pour que j'en puisse tirer des conséquences absolues.

Il me reste à faire connaître les motifs qui m'ont engagé à vous adresser cette lettre. Pouvais-je choisir un meilleur juge des observations qui y sont contenues que l'illustre professeur qui , par les charmes de son éloquence , a su répandre le plus vif intérêt sur des maladies dont l'étude était généralement dédaignée ; que le savant et ingénieux observateur, quia fait rentrer dans le domaine de l'art le traitement des affections cutanées, qui en avait été presque banni?

Je vous prie de recevoir avec votre bienveillance ordinaire ce témoignage public de la reconnaissance d'un de vos anciens élèves.

(Octobre 1831.)

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