EN AVAL DB QUEBEC
Cette région, qui renferme une population de 140,507 âmes dont 133,860 habitants appartiennent à l'origine canadiennefrasçaise, couvre un territoire de 13,643 milles qnarrés qui se déroule depuis Cap-Chattes jusqu'à la Rivière Chaudière, Cette longue et importante lisière de terrain renferme une quantité considérable de magnifiques terres.
Dans cette région sont compris les riches comtés de Rimouski, Témisconata, Kamouraska, Islet, Montmagny, Bellechasse, Dorchester et Lévis.
La longue chaîne de montagnes qui borne en arrière les seigneuries de la rive sud du fleuve courre sur toute l'étendue de la région. Elle commence, com ne l'on sait, à la branche orientale de' la rivière Connecticut, et, se dirigeant vers le nord-est, va aboutir au Cap-Rosier, dans le golfe.
Ce vaste territoire, long de 250 milles sur une largeur variant entre 16 à 40 milles, est entièrement divisé en cantons, au nombre de soixante-et-trois, à l'exception du comté de Rimouski qui renferme encore une assez grande étendue de terrain non-divisé.
Quoiqu'il en soit, il y a au-dessus de 1,500,000 acres déterre divisés en lots de 100 acres pour les besoins futurs de la colonisation, à part environ 1,000,000 d'acres qui ne sont pas encore arpentés ou subdivisés.
Le sol, qui est généralement bon, est cependant supérieur aux extrémités de la région, c'est-à-dire dans les comtés de Rimouski et Témiscouata, à l'Est, Bellechasse et Dorchester, à
l'Ouest, auxquels endroits la colonisation prend de grands développements. Qnant aux meilleures terres à coloniser dans les comtés de Kamonraska, l'Islet et Montmagny, le centre de la région, il est préférable de se rendre à une distance de quelques lieues dans l'intérieur. Celles plus rapprochées de la chaîne de montagnes dont j'ai fait mention, étant généralement composées d'un sol plus aride et plus rocheux, quoique fertile.
Toutefois, cette contrée a tellement été appréciée par le gouvernemeut, que de 1854 à 1861, il a été octroyé au-dessus de $129,800 pour faciliter l'ouverture des routes partant des seigneurie* pour atteindre les terres de la couronne dans les divers comtés ci-dessus, à part $212,822 dépensées par le département des Travaux Publics, à la dite du 1er janvier 1862, pour l'ouverture d'autres chemins situés dans les limites de la région, formant en tout $342,622.
Afin d'offrir un plus vaste champ de colonisation aux surplus de populations entassées dans les paroisses échelonnées le long du fleuve, le gouvernement a fait commencer l'ouverture de quatre grands chemins principaux, donnant accès à d'immenses quantités d'acres de terre propres à l'agriculture, savoir :
Le Chemin Taché, long de 209 milles, lequel doit traverser 22 •cantons situés au centre de cette immense forêt, sur le sommet de l'angle formé par les deux versants, dont l'uu envoie ses eaux an Saint-Laurent, et l'autre à la rivière Saint-Jean. Ce vaste chemin, que l'on peut appeler avec vérité le Grand- Tronc des chemins de colonisation de la région Est du Saint- Laurent, et qui court parallèlement au flenve, part de Buckland, dans le comté de Bellechasse, pour aller aboutir au •chemin Matapédia, dans le comté de Rimouski. La confection <de ce chemin est 60U8 le contrôle du département de la ^Colonisation. Cinquante milles sont ouverts comme suit : 26 milles dans les comtés de Bellechasse et Montmagny ; 17 milles dans le comté de l'Islet, et 8 milles dans celui de Kamonraska.
À propos de ce chemin de colonisation, voici ce qu'en dit M. Heath, dans son rapport du recensement de 1861 :
n* étude. — le kas dit fleuve: 4!ï
u C'est autant pour moi un devoir qu'un véritable plaisir «le parler de cet admirable projet dont l'exécution est déjà commencée, du Chemin-Tacné, auquel tons les habitants de la rive sn^l du Saint-Laurent doivent s'intéresser à tons les titres. Çà été une belle et grande pensée que celle d'ouvrir, depuis le chemin de Kénébec jusqu'à celui de Ristigouche, une grande route de communication traversant l'intérieur des beaux comtés de Lévis, Dorchester, Bellechasse, Montmagny, l'Islet, Kamouraska, Témiscouata et Rimouski.
" Quels avantages résulteront de la confection du Chemin- Tache qui, en se prolongeant parallèlement au fleuve, mettra au moyen de routes allant dans le sens de la profondeur, toutes nos paroisses, tous nos ports de mer, tous nos quais en communication directe avec 1 intérieur qui se trouvera aussi en rapport direct avec la navigation et la ligne ferrée du Grand-Tronc ! "
A l'occasion du Chemin Taché, M. Heath dit des paroles très bien inspirées à l'adresse de Sir E. P. Taché, le félicitant d'être l'inspirateur et le promoteur do cette utile route de colonisation. Je m'estime heureux d'avoir l'occasion de rappeler ce fait dans ces pages, puisqu'il honore à la fois le véritable patriote et l'homme d'état le plus distingué.
Le* lots de terre qui bordent le Chemin-Taché doivent être
•offerts en octrois gratuits, à mesure qu'il s'ouvrira. Je suis-
chargé de la colonisation de ce chemin : le gouvernement
m'ayant fait l'honneur de me confier cette importante mission-
Le deuxième grand chemin qui s'offre à notre appréciation est celui de Témiscouata. Cetto route, construite par le département des travaux Publics, part de la Rivièredu-Loup et traverse toute la forêt du territoire canadien jusqu'à la ligne qui sépare la province d'avec l'état du Maine et le Nouveau- Brunswick, auquel endroit elle s'embranche avec une autre route conduisant aux établissements de Madawaska et du Nouveau-Brunswiek. An 1er janvier 1862, la somme dépensée sur ce chemin 6'élevait déjà à $175,158.56. Le chemin Témiscouata, sur lequel sont établies 141 familles, traverse les principales rivières appelées : Rivière-du-Loup, Rivière Veite et Rivière des Trois-Pistoles, qui tombent dans le Saint- Laurent, et la Rivière Saint-François qui tombe dans lai
Rivière Saint-Jean par celle de Madawaska. La communication par eau, depuis le lac Témiscouata jusqu'à Saint-Jean du Nouveau-Brnnswick, sur la Baie de Fundy, est très aisée, — dit Boucliette, dans son savant et intéressant ouvrage typographique du Canada, — n'étant interrompue que par la petite et la grande chute de Madawaska-, dont la première n'offre qu'un portage de 30 toises, et la dernière un autre d'environ un quart de mille. Aujourd'hui, il existent de magnifiques ponts jetés sur la rivière Saint-Jean, près de chacune de ces chutes, qui abrègent d'avantage l'étendue de ces difficultés de la navigation mentionnées par Boucliette.
Le lac Témisconata, qui se rencontre sur la route, est à environ 35 milles du fleuve Saint-Laurent. Il a une longueur de 22 milles sur une largeur moyenne de trois quarts de mille, entourré de toute part par de hautes montagnes couvertes d'une épaisse forêt. C'est aux environs du Lac que résident les familles établies sur le chemin Témiscouata comme nous le verrons plus tard.
M. lu. N. Gauvreau, de l'Isle- Verte, vient d'être nommé Agent de Colonisation pour cette importante route, et il est autorisé à faire des octrois gratuits dans certains cantons traversés par ce Chemin. M. Gauvreau, ami zélé de l'agriculture, saura s'acquitter avec zèle de sa tâche, comme toujours.
Le troisième grand chemin est celui de Matapédia, que les lecteurs connaissent déjà. L'importance de cette route, an point de vue militaire, est reconnue pour être supérieure à celle de Témiscouata ; cette dernière étant trop rapprochée de la frontière du Maine, tandis que l'autre passe complètement dans l'intérieur des territoires canadiens et newbrunswicains. Par l'ouverture de cette route il va résulter de grands avantages d'utilité publique, et pour la colonisation une source féconde d'heureux développements. A environ 33 milles du fleuve, se rencontre sur cette route le lac Matapédia, sur les bords duquel sont groupées quelques familles que nous aurons occasion d'apprécier en leur temps, et 27 milles plus loin se trouvent les confluents des rivières Coaupscolt et Matapédia,
IIe ETUDE. — COMTE DE RIMOUSKI. 49
dont les eaux sont richement poissonneuses. Au 1er janvier 1862, la somme dépensée sur ce chemin, dans le comté de Rimouski seul, s'élevait à $16,382.59. Comme je l'ai déjà noté, l'agent de colonisation chargé de faire des octrois gratuits sur ce chemin est M. J. B. Lepage, de Rimouski.
Le quatrième grand chemin est celui do Matane à Cap- Chattes^ étant la continuation do la grande route provinciale qui suit la rive du golfe à travers la partie Est du comté de Rimouski, auquel j'ai déjà fait allusion. Ce chemin avait déjà coûté au département des Travaux Publics, à la date du 1er janvier 1862, la somme de $21,291.74. L'agent de colonisation chargé d'octroyer des terres gratuitement sur ce chemin est M. Ch. Frs. Roy, de Sainte-Anne des Monts.
Ceci posé, nous allons maintenant étudier cette région dans ses détails.