‹ Études sur les développements de la colonisation du Bas-Canada, depuis dix ansChapitre 8 sur 124 · REGION DE LA 8ASPES1E · texte numérisé non relu

REGION DE LA 8ASPES1E

Cette région, qui comprend les comtés de Gaspé et de Bonaventare, couvre une surface de terrain de 8,613 milles quarrés, et elle est bornée par le fleuve Saint-Laurent, au nord, et par la Baie des Chaleurs et la rivière Ristigouche, au sud.

Cette péninsule est aussi grande que le royaume de Belgiqne où. l'on compte plusieurs millions d'habitants ; cependant elle ne renferme que 27,169 âmes dont 16,008 sont d'origine canadienne-française.

Malgré les graves inégalités de la surface, cette région offre à la colonisation de vastes étendues d'un territoire fertile, capable de recevoir pour le moins un demi million d'habitants. Cette péninsule présente dans ses contours, une ligne d'environ 400 milles de côtes, et mesure 90 milles dans sa plus grande largeur.

D'aprè3 l'intéressant rapport de l'hon. M. Cauchon, commissaire des terres en 1856, il est constaté que le produit de toutes les espèces de récoltes y est supérieur à ce qu'il démontre dans les autres parties du pays.

Depuis 1854, il a été octroyé au-dessus de $20,000 pour l'ouverture de nouveaux chemins de colonisation dans les deux comtés précités, par le seul département de la Colonisation. Le budget de 1862 contient une nouvelle allocation de $60,000 dont la majeure partie doit servir à la confection d'une

route nouvelle destinée à établir une communication directe entre la Baie des Chaleurs et le fleuve Saint- Laurent, dans le comté de Rimouski.

Si le projet du major Robinson réussit çt que le chemin de fer intercolonial traverse les 12 à 15 millions d'acres de terre mentionnés dans son rapport, nul doute que la région de Gaspé ne deviennne densément peuplée. Le climat de la Gaspésie est à peu près le même que celui de Québec.

Les espèces de bois qui dominent sont le pin rouge et blanc, le cèdre, l'érable, le bouleau et le merisier rouge. Dans quelques localités on trouve aussi du frêne et de l'orme.

Les vallées arrosées par les rivières Saint-Jean, Grande- Rivière, Pabos, Bonaventure, Cascapédia, Ristigouche etMatapédia, renferment une grande quantité de bois d'exportation.

Les pêcheries de cette riche péninsule prennent une valeur de plus en plus grande, surtout depuis que le gouvernement y porte quelqu'attention et que MM, Nettle et le Commandant Fortin, tous deux si dignes de remplir leurs missions respectives, protègent ces immenses réservoirs de la richesse publique qui fournissent en quantité considérable la morue, le saumon, le hareng, le maquereau et autres poissons.

La pêche de la baleine s'y fait aussi avec beaucoup de succès. Il n'y a pas moins que 10 à 12 goélettes employées à cette grande pêche dans le seul port du bassin de Gaspé, par les habitants du lieu. Cette pèche se fait durant une grande partie de l'année ; toutefois, c'est la pèche à la morue qui est la plus considérable.

Cette dernière pêche se fait le long des côtes de la province. Celle du hareng a lieu en partie aux Isles de la Magdeleinc, situées dans le golfe à environ 125 milles des côtes de la Gaspésie, ainsi que dans la Baie des Chaleurs et sur la côte du Labrador. Celle du maquereau, aux Isles de la Magdeleine, le long de la côte de Gaspé et dans la partie inférieure du fleuve Saint- Laurent. La pêche du saumon se fait dans plus de 70 rivières, et elle est assujétie à un système régulier de licence que des inspecteurs nommés à cet effet accordent aux exploitateurs de cette source très productive de richesse.

Ie ÉTODE. OASPÉSIE. 17

La valeur totale du produit annnel des pêcheries du golfe est d'environ $12,500,000. Trois mille bâtiments, de 30 à 200 tonneaux chaque, et 10,000 berges, montées par plus de 100,000 pêcheurs sont employés dans cette branche de commerce. Bur cette somme immense de revenu, le Canada ne compte que pour environ $950,000, chaque année. Comme le remarque si bien M. Langevin, dans son ouvrage déjà cité, nous nous laissons ravir un commerce que nous pourrions faire facilement nous-mêmes, si nous le voulions.

En vertu d'une proclamation datée du 30 novembre 1860, le port du bassin de Gaspé est constitué Port francy et les denrées et marchandises de toutes sortes y sont admises sans être sujettes à aucun droit de douanes. Les privilèges accordés à cette partie du district de Gaspé s'étendent aux Isles de la Magdeleine, à l'Isle d'Anticosti et à la rive nord du fleuve Saint-Laurent, depuis la Pointe des Monts, vers l'Est, jusqu'aux limites Est du Canada sur la côte du Labrador, formant, en suivant les accidents de la côte, un parcours de 1,000 à 1,500 milles.

C'est en feuilletant les importants rapports sur la Navigation et le Commerce du pays que l'on peut se former une idée exacte des grands développements que prennent nos inépuisables pêcheries du golfe.

On voit qu'en 1851, par exemple, il fut exporté des trois principaux ports de Gaspé, New-Carlisle et Amherst (Isles de la Magdeleine), provenant de nos pêcheries canadiennes, pour une valeur de $341,400, tandis qu'aujourd'hui ces exportations ont plus que doublé. En effet, le dernier rapport publié, celui de 1860, démontre que durant l'année précédente la valeur des exportations s'était déjà élevée à $712,389 !

Je m'estime heureux de mettre devant les yeux des lecteurs l'extrait suivant d'un remarquable écrit sur les commencements de l'exploitation en grand de nos vastes pêcheries provinciales. Comme on va le voir, c'est l'histoire des premiers négociants de la Gaspésie.

" Avant M. Charles Kobin, habitant de l'Isle de Jersey, il

n'y avait encore eu personne engagé dans le commerce de la morue, dans la Baie des Chaleurs. Ce fut donc lui qui donna l'élan ; et sous lui les affaires prirent un nouvel aspect.

" Les habitants de la Gaspésie qui, jusque-là, ne péchaient que pour envoyer un. peu de morue verte à Québec, commencèrent à la faire sécher, trouvant que M. Robin les payait bien mieux que le marché de Québec. Son commerce n'était pas, il e3t vrai, ce qu'il est aujourd'hui ; cependant il était assez développé pour subvenir aux besoins des pêcheurs.

" Il fut s établir sur le banc de Paspébiac ; c'est le plus beau port de la Baie des Chaleurs. Il ne fut pas trompé dans ses espérances ; son commerce progressa et s'agrandit au point qu'il jugea utile de fonder de nouveaux établissements de pêcne à rercé, Caraquet et Arichat, et durant ces dernières années à Pointe au Genièvre, formant cinq établissements appartenant à cette puissante maison de Charles Robin et Cie.

" Cette riche maison n'exporte pas moins de 40,000 quintaux de morue sèche, chaque année, en Espagne, à Haïti, au Brézil et ailleurs, et n'emploie pas moins de 20 navires pAur le transport de cette morue. Il y a environ 88 ans que M. Robin fut s'établir à Paspébiac.

" Un commis de cette maison, M. David LeBoutillier, a pris place à côté de ses anciens patrons, il y a 27 à 28 ans ; et aujourd'hui il n'exporte pas moins que 25 à 30,000 quintaux de morue sèche, chaque année. "

A part ceux-là on compte de plus : M. Jean LeBoutillier, membre du comté de Gaspé au parlement provincial, qui poissède plusieurs établissements de pêche et plusieurs navires pour exporter sa morue ; MM. J. et E. Collas, de la Pointe Saint-Pierre, qui possèdent deux établissements de pêche et plusieurs navires ; M. John Farwell, demeurant aussi à la Pointe Saint-Pierre, ancien agent de la maison Robin; MM. £. et J. de Lapenellc, de l'Anse du Cap, ayant aussi appartenu à la même maison ; MM. Savage et Legros ; enfin, M. Michel L'Espérance, de Saint-Thomas, qui, aujourd'hui, possède trois établissements de pêche à la morue: un au Grand-Etang et deux sur la rive nord du fleuve Saint-Laurent.

Je passe maintenant, dans ce chapitre et les suivants, à la partie principale de ma tâche, la Colonisation.

Ie ÉTUDE. — COMTÉ DE GÀ8PÉ. 19

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